The Cursed Child : père, fils, et voyage dans le temps

The Cursed Child : père, fils, et voyage dans le temps

On ne présente plus le phénomène culturel qu’est devenu l’univers d’Harry Potter, petit sorcier orphelin vivant dans la banlieue de Londres qui découvre qu’il appartient à tout un monde caché où la magie existe vraiment, côtoyant celui des non-magiciens (les moldus) que nous sommes. On ne présente plus ni son succès littéraire (et la formidable réussite d’une écriture qui déploie à la fois son vocabulaire, sa syntaxe et ses thèmes un peu plus loin à chaque tome en évoluant avec ses lecteurs qui grandissent en même temps que le héros) ni celui de son adaptation à l’écran.

Tout le monde ou presque a déjà écrit sur le sujet.

Mieux que moi.

Et comme moi, tout le monde a été surpris par le projet de J.K. Rowling d’écrire une pièce de théâtre pour terminer l’histoire d’Harry, maintenant père de trois enfants, dix-huit ans après les événements du dernier livre.

Harry Potter et l’enfant maudit (The Cursed Child) n’est pas vraiment un livre de J.K. Rowling, cependant, puisque la pièce a été écrite et mise en scène par John Tiffany et Jack Thorne, deux dramaturges qui ont eu le talent d’adapter une trame conçue par la créatrice du sorcier à la cicatrice.

Harry Potter est devenu adulte. Il travaille pour le Département des Mystères au Ministère de la Magie, sous les ordres d’Hermione qui est devenue la Ministre en charge des affaires délicates.

Il est marié avec Ginny Weasley, qui lui a donné trois enfants.

Son deuxième fils, Albus, ressent pourtant le fardeau de l’héritage paternel. Coincé entre son désir d’être aimé par son père et son refus d’être comparé à lui, il se lie d’amitié avec le fils de Drago Malefoy, Scorpius, après avoir été admis dans la Maison de Serpentard lors de sa première année à Poudlard. L’un et l’autre, en révolte envers leur famille et particulièrement leur père, vont se lancer dans une quête à travers le temps pour réparer ce qu’ils considèrent comme la faute première d’Harry : la mort de Cédric Diggory.

Mais jouer avec un Retourneur de temps peut être dangereux, surtout quand l’enfant caché de Voldemort rôde dans les ombres.

Évacuons tout de suite la forme du livre, qui a fait tant parler. Passée la troisième page, on ne se rend plus vraiment compte qu’il s’agit d’une pièce de théâtre, et on lit le livre comme un roman. Les didascalies sont suffisamment précises mais aussi suffisamment évocatrices, s’appuyant sur les images véhiculées par les films, pour qu’on puisse sans aucun problème plonger dans l’univers magique qu’a si bien créé Rowling.

L’écriture des dialogues est crédible, agréable, fluide.

N’ayant pas la chance d’avoir vu la pièce se jouer à Londres, je ne sais pas quelle forme la mise en scène a pu donner lors du passage au spectacle vivant. Et j’avoue que je serais curieux d’y assister. Il y a de nombreux défis de mise en scène : la magie, les voyages dans le temps. Et après tout, depuis les mystères chrétiens joués sur les places publiques au moyen âge, le théâtre a su s’accommoder des effets spéciaux, bien plus tôt que le cinéma lui-même.

Mais c’est surtout le fond du texte qui m’a intéressé, et les échos qu’il a fait naître dans deux réflexions que je vous présentais ici il y a quelque temps : la paternité, et le voyage dans le temps.

Quand être un héros ne protège pas des conflits de générations

L’argument central de la pièce est constitué par la difficulté qu’ont Harry et son fils Albus d’un côté, mais aussi Drago et Scorpius, à se comprendre, à s’appréhender, à s’apprivoiser, à s’entendre. Ces relations conflictuelles sont le moteur d’Albus comme celui de Scorpius. Elles les poussent à accomplir des actions pour rechercher l’approbation ou au contraire pour se démarquer de leurs pères.

Ce faisant, la pièce parle autant des difficultés d’être un fils que de celles d’être un père. Elle projette sur Harry les figures paternelles qui sont disséminées dans la saga alors qu’il est lui-même un enfant : Hagrid, Rogue, Sirius Black, et bien entendu Dumbledore. Un renversement des rôles qui déstabilise le lecteur autant que le personnage, qui se demandent chacun de son côté ce qui fait qu’on est un bon père : guider ou au contraire laisser se construire des valeurs propres, protéger ou au contraire laisser libre au risque de paraître désintéressé ?

La réponse de Rowling est tout en nuances. Elle est probablement la synthèse du modèle de construction qu’elle a scindé dans toutes les figures auxquelles Harry se réfère au long des sept livres précédents : le modèle inatteignable et idéalisé de James, son père biologique, la figure protectrice brute d’Hagrid, l’autorité sévère de Severus Rogue contre laquelle on aime à se rebeller, la complicité de Sirius Black, et le guide spirituel qu’est Dumbledore.

Il est également amusant de constater que le meilleur ennemi d’Harry, Drago, traverse les mêmes épreuves que lui avec son propre enfant. Une communauté qui fera se rapprocher autant les pères que les fils et qui sans doute fait plus encore grandir les deux vieux héros que les aventures surnaturelles. Oublier les vieilles rancunes et les anciennes blessures, pour repartir à zéro. Qui d’entre nous a déjà réussi cet exploit émotionnel ?

Jouer avec les allumettes du temps, c’est mettre le feu à sa propre création

En mettant la main sur un Retourneur de temps, Albus et Scorpius pensent corriger les erreurs du passé et redresser les torts. Mais ils apprennent bien vite que le temps a sa propre logique, et que d’un mal peut sortir un grand bien, comme d’un bien un grand mal. D’infimes changements peuvent avoir des conséquences inattendues dans le futur, suivant la célèbre métaphore du battement d’ailes du papillon et de la tempête tropicale.

Rowling n’hésite donc pas à pousser les conséquences jusqu’au bout : la disparition (ou plutôt la non-existence) de certains protagonistes dans un futur totalement remanié par rapport à ce que l’on connaît de la saga originelle.

En laissant ses héros « jouer à l’apprenti sorcier », elle expérimente elle-même, dans une mise en abîme assez réjouissante, bien qu’un peu déstabilisante, la déconstruction du mythe qu’elle a mis des années à édifier à force de centaines de pages et d’adaptations cinématographiques.

On a vraiment l’impression qu’elle éprouve un malin plaisir à prendre ses fans à contrepied : Ron devient aussi ennuyeux qu’un discours politique, Hermione est mariée à Viktor Krum, Cédric devient un mangemort. Et ce ne sont que quelques-uns des changements majeurs que l’auteur provoque dans sa propre création, car les deux enfants changent le futur à plusieurs reprises, jusqu’à annuler même la victoire d’Harry, et à provoquer celle du Maître des Ténèbres lui-même, Voldemort.

Elle explore ainsi diverses autres fins, divers autres univers. Elle joue avec ses propres codes, ses propres personnages.

Quand les deux thèmes se rejoignent

Le plus intéressant reste la dernière partie, quand l’enfant maudit, qui n’est pas celui que l’on croit, met au point un plan plus terrifiant et machiavélique encore que prévu, à cause des imprudences des héros. L’enfant de Voldemort veut provoquer le triomphe de son père en l’empêchant de commettre l’acte premier qui causera sa chute : le meurtre des parents d’Harry.

Une idée qui met les héros devant un dilemme moral et émotionnel parfait : sauver les parents d’Harry et assurer la victoire du Seigneur des Ténèbres, ou accepter le mal qui a été fait dans le passé et provoquer la défaite d’un plus grand maléfice.

En quelque sorte, grandir en sagesse, accepter le monde tel qu’il est. Grandir tout court.

Se servir des paradoxes temporels pour mettre les héros devant un choix et provoquer une interrogation chez le lecteur lui-même.

Rowling fait basculer son lectorat vers des problématiques d’adultes. Elle clôt l’histoire de l’enfant orphelin par ce choix qui marque la fin de son évolution vers la sagesse.

Le choix est un thème qui me tient à cœur depuis quelques années, et j’ai pris le parti, comme Rowling, de le rendre visible dans Le Choix des Anges, même si c’est d’une tout autre manière.

L’Exoconférence, les extraterrestres à la Table Ronde

L’Exoconférence, les extraterrestres à la Table Ronde

Sommes-nous seuls dans l’Univers ?

Cette question essentielle obsède l’Humanité.

Depuis que les anges et les démons ont été remplacés par les extraterrestres dans notre bestiaire imaginaire des êtres non humains doués de conscience, nous cherchons à remplir ce vide existentiel en rêvant à des formes de vie intersidérales.

Le folklore des petits hommes verts ou gris, des théories conspirationnistes, des soucoupes volantes et des enlèvements a inspiré de nombreux artistes, dont le plus célèbre reste Chris Carter et ses X-Files, dont on nous promet la réapparition cette année.

Il fallait bien que le sire Alexandre Astier s’y intéresse un jour, délaissant la couronne du Pendragon pour le costume trois-pièces du professeur suranné donnant une conférence déjantée sur le sujet.

Au milieu de considérations factuelles et scientifiques rigoureuses expliquant comment s’organise l’univers tel que nous le connaissons, sa cosmogonie, avec ses lois physiques fondamentales et ses inconnues, il insère des saynètes plus ou moins réussies illustrant de façon plus burlesque tel ou tel point de son exposé d’astrophysique.

Avant même la première image, on s’attend à une parodie de conférence, prétexte à des situations cocasses ou absurdes dans la même veine que Kaamelott.

Tel n’est pas vraiment le cas.

La forme est bien celle d’une conférence. Et d’ailleurs, si le costume d’Alexandre Astier évoque bien le vieux professeur du début du XXe siècle, la mise en scène brouille un peu les codes en faisant intervenir une Intelligence Artificielle censée aider l’orateur, ou le gêner, en ne répondant pas à ses sollicitations. On assiste donc tout au long du spectacle à un jeu très appuyé et un peu répétitif entre le vieux professeur aigri dont le caractère râleur fait un peu trop penser au Roi Arthur de Kaamelott, et l’I.A. version 5,0 récemment mise à jour qui bogue sans arrêt, sorte de Perceval numérique féminin plus ou moins pervers.

Si la présence de l’I.A. permet de dynamiser un peu la mise en scène, son intérêt s’arrête là, et c’est bien dommage.

En effet, au fur et à mesure que l’exposé avance et que le conférencier prend position sur l’existence des extraterrestres, faire un parallèle entre une forme de vie alien et une forme de vie artificielle aurait pu avoir du sens sur le fond et pas seulement sur la forme. La cohérence du spectacle y aurait grandement gagné, me semble-t-il.

Et puis, il y a ces digressions faites sous la forme de sketches, plus ou moins réussis.

Pour illustrer son propos, Alexandre Astier incarne alors brusquement des personnages aussi variés que Copernic, des généraux américains et russes, Pierre Curie, des extraterrestres un peu bêta, et j’en passe.

L’idée est intéressante, mais peut-être un peu convenue. On imaginait bien quelque chose dans ce goût-là.

Mais ce qui fit le succès mérité de la parodie des romans de la Table Ronde ne semble pas fonctionner pour l’Exoconférence.

À deux exceptions notables près (le passage sur la morphologie extraterrestre, absolument hilarant, et celui sur les enlèvements), ces saynètes tombent à plat. Elles n’ont pas de vraie saveur, pas de vraie profondeur, n’apportent rien. Elles sont mêmes, du moins c’est mon impression, jouées en force, comme s’il fallait absolument les placer malgré leur incongruité, et tant pis si elles donnent le sentiment de n’être là que pour rallonger la sauce.

On reste donc sur notre faim.

On rit, c’est vrai, mais pas autant qu’on aurait pu l’imaginer.

On apprend des choses, c’est vrai, mais pas autant qu’on aurait pu en avoir envie.

La relativité fait cependant son œuvre, et de façon magistrale puisque le spectacle parvient à provoquer à la fois l’impression que le temps se ralentit beaucoup trop (lorsque l’on aimerait que les sketches se terminent plus vite), et qu’il file beaucoup trop vite (lorsque l’on aimerait qu’Alexandre Astier développe un peu plus certains aspects de son monologue, en le mettant en perspective).

En somme, on hésite à classer l’Exoconférence dans les trous noirs supermassifs dont l’attraction est si grande que le temps s’étire à l’infini, ou dans les pulsars dont le rayonnement ne parvient à s’échapper que par intermittence.

Là encore, c’est bien dommage.

Alexandre Astier a rencontré de nombreux scientifiques, notamment des astrophysiciens, pour écrire ce spectacle, et cela se voit. Il y a un monde de choses vraiment intéressantes dans son texte. Mais j’ai pour ma part été déçu du manque de perspective, et ce même si certains passages sont vraiment de petites bulles de rire ou de poésie (comme le parfum de l’univers qui serait celui de la framboise).

Le fil rouge (si je puis dire, vous comprendrez le jeu de mots en regardant le DVD) de la plaque emportée par la sonde Voyager vers les espaces extrasolaires restera pour moi la meilleure trouvaille de mise en scène de l’Exoconférence.

Il manque donc un « je-ne-sais-quoi » pour faire opérer la magie qui transformerait cette conférence-comédie en un vrai moment de bonheur. Un souffle, un liant, une perspective différente.

En y réfléchissant, c’est bien la cohérence entre les saynètes et le corps de la conférence qui manque le plus.

Peut-être un autre regard sur l’écriture de ce texte aurait-il pu le faire évoluer ?

Peut-être bien que je demande beaucoup.

Peut-être bien qu’Alexandre Astier retravaillera sa copie, et qu’une nouvelle version verra le jour dans quelque temps ?

Peut-être bien que je crois trop aux Extraterrestres, moi.

Une drôle de… première !

Une drôle de… première !

Les lumières s’éteignent.
Le silence se fait peu à peu, on entend presque les respirations qui se suspendent, tendues dans l’attente de ce qui va advenir ensuite.
Ma gorge se serre.
Puis des pas sur la scène, deux autres comédiens qui prennent leurs places. Éloïse et Désiré Scarfati, les concierges romancés, sont prêts à se jeter dans la fiction écrite sur eux.

Et graduellement, comme l’aube qui se fait sur un champ de bataille, les feux des projecteurs déchirent le voile d’obscurité, et la scène prend vie. Les premières répliques fusent, le rythme s’installe rapidement. Les personnages prennent vie, leurs caractères s’ancrent dans la réalité, les gestes de mes camarades sont précis, travaillés et retravaillés depuis des mois, pour leur faire prendre substance.

Je suis toujours dans l’ombre, et la concentration ne me quitte pas, happé que je suis par l’histoire, par son déroulement, celui que les spectateurs admirent et celui que j’anticipe. Chaque réplique me fait sortir de moi-même, pour me faire entrer dans les années 40, la fin de la Deuxième Guerre, l’utopie communiste et le quotidien de la cellule Élisa Verlet.

Peu à peu, la tension monte encore en moi. Je sais que la fin du premier acte sonnera mon entrée imminente dans la lumière.

La lumière descend doucement sur le couple enlacé : Josyane et Jean-Louis entament leur brève romance de fiction.

Le deuxième acte débute et ma gorge se serre plus encore.

Léone entre en jeu pour pousser Roger dans ses derniers retranchements, pour exposer les petits renoncements auxquels il est prêt afin d’obtenir l’investiture du Parti aux élections municipales.
Jean-Louis qui revient pour faire du feu.
Et c’est le moment.

Ma casquette bien enfoncée sur l’arrière de mon crâne, ma veste d’époque épinglée d’une étoile rouge venant de Russie, mon écharpe qui réchauffe ma gorge sèche, je m’apprête à passer le mince filet qui sépare la réalité du lieu et l’intemporalité de la fiction.

Un drôle de cadeau, acte 3

Un drôle de cadeau, acte 3

Dans ce laps de temps infime et infini à la fois, je songe que quelques années en arrière, dans une salle à quelques mètres, je passais des nuits à arpenter des rêves ludiques partagés avec des compagnons qui endossaient comme moi les costumes de héros de papier dans des parties de jeu de rôle interminables. Je pense à ce que j’aurais ressenti en sachant que j’allais jouer un véritable rôle devant un public. Je pense que, de toute façon, cela fait presque dix ans que je fais du théâtre, et que cet endroit en vaut un autre. Je pense aussi, surtout, à Marcel, à mon double fictionnel, qui en quelques secondes prend possession de mon enveloppe corporelle, s’installe dans mes os et ma chair comme s’il enfilait un costume. Le moment fatidique estompe les frontières. Je peux sentir la joie et la bonhomie de Marcel, son optimisme et sa faconde, sa sensibilité à fleur de peau.

Il ne me faut qu’un pas, et ce pas met en marche l’enchaînement de gestes, de paroles, de sentiments, qui donnent à Marcel son existence tangible.

Ma gorge se libère, mes muscles se dénouent, mes yeux, privés de leurs verres correcteurs du quotidien, sont dans la lumière, et ne discernent plus, au-delà de mes compagnons de scène, que des ombres floues. Mon univers se réduit à ce décor de théâtre, aux planches de la scène, aux accessoires et aux costumes, mais par un prodige que seul permet le rôle, il s’étend aussi bien au-delà de ce lieu, de cette époque, et gagne plus de réalité. Au-delà du rideau d’ombres que la lumière vive des projecteurs crée en contraste devant mon regard déjà myope, ce ne sont plus des spectateurs, ce ne sont plus des parents, des amis, des collègues, une épouse aimante. Ce sont des rues parisiennes, des manifestations enflammées, des rêves de société idéale et des amours fragiles.

L’accent méridional de Marcel coule naturellement dans mes veines, je n’ai qu’à le libérer, à lui donner force et à pousser ses inflexions vers plus de rondeur.

Les deuxième et troisième actes déroulent leurs trames, et Marcel espère enfin faire danser Josyane, s’amuse des manœuvres de Roger, s’inquiète de celles de Jean-Louis, considère Léone avec curiosité, tout comme il aimerait recevoir un peu d’amitié de la part de Suzanne.

Et vient le quatrième acte.
Celui du dénouement inattendu.
Celui qui fait vieillir de sept années, qui fait changer une veste ajustée pour un manteau trop grand, celui qui change la bonhomie en ironie, tempère l’humour et serre la gorge à nouveau, non pas par le trac, mais par la dureté de ce que Marcel a vécu.

Un drôle de cadeau, acte 4, avant l'entrée en scène de Marcel Feuillard

Un drôle de cadeau, acte 4, avant l’entrée en scène de Marcel Feuillard

Enfin, il danse avec Josyane, mais un peu tard, mais maladroitement, mais faiblement. Amaigri, blessé, malade peut-être. Et lucide.

Je prononce la dernière phrase, et, lentement, mes pas me mènent vers la sortie. La musique des Chœurs de l’Armée Rouge, leurs voix, accompagnent l’instant. Le tableau se fige comme les personnages qu’incarnent mes compagnons entrent dans l’immobilité de leurs destins.

Je souffle, seul dans la coulisse.
J’ai vécu ce retour sur les planches aussi intensément que je m’y attendais.

La lumière s’éteint, puis jaillit à nouveau, et les applaudissements m’appellent à rejoindre mes camarades comédiens pour saluer le public. Je ne distingue toujours pas plus loin que le bord de la scène, mais je peux sentir autre chose. Le public est là. Mes parents, mes amis, mes collègues, ma femme. Ceux que je ne connais pas, également.
Ils sont là nombreux.
Ils nourrissent ce sentiment de joie profonde de leurs applaudissements, des leurs commentaires, de leurs encouragements. Mes mains prennent celles de mes camarades. Et nous nous inclinons.
C’est pour le public que nous avons joué.
C’est aussi pour nous.
C’est aussi pour moi.

La première représentation d’Un drôle de cadeau a eu lieu le samedi 28 février, à la MJC Croix Daurade de Toulouse, pour le festival Théâtres d’Hivers 2015.

Un drôle de cadeau, l'affiche

Un drôle de cadeau, l’affiche

Nous rejouons la pièce en juin, pour Vélorution.

Superproduction… théâtrale

Superproduction… théâtrale

Le 28 février prochain aura lieu la première de Un drôle de cadeau, la pièce de Jean Bouchaud que mes camarades de la Compagnie Raymond Crocotte et moi-même allons jouer au festival Théâtre d’Hiver de la Mairie de Toulouse.

Comme vous le savez déjà, la distribution de cette pièce nous a déjà posé quelques problèmes, puisque, outre mon arrivée pour jouer le rôle de Marcel Feuillard suite à l’indisponibilité du premier comédien chargé du rôle, c’est une remplaçante pour celui de Léone Chalière qu’il nous a fallu chercher…
Malgré trois candidatures, nous n’avons pas pu trouver de successeur à Emmanuelle Bost, qui, heureusement, a pu différer son départ pour les forêts mystérieuses de Bretagne afin de jouer avec nous une ultime fois.

Mais ces petits tracas ne nous ont pas découragés, et puisque tout est bien qui finit bien, je peux donc vous parler… et vous montrer… à quoi nous avons occupé notre temps.

Car pour cette nouvelle production, la Compagnie Raymond Crocotte a carrément changé de dimensions, et s’est lancée dans une débauche de moyens jamais connue par la troupe depuis sa naissance en 2006. Une profusion de décors, d’accessoires, des costumes, des visuels… bref : une superproduction digne d’Hollywood dans notre référentiel de compagnie amateur !

Voilà l'effet que cela fait de jouer dans Un drôle de Cadeau...

Voilà l’effet que cela fait de jouer dans Un drôle de Cadeau…

Certes nous sommes huit comédiens sur scène, mais nous avions déjà l’habitude d’être nombreux depuis notre adaptation de Psychanalyse des Contes de Fées.

C’est surtout le contexte historique et la pièce elle-même qui ont demandé beaucoup de travail dans la recherche de réalisme visuel et scénique, comme le « pitch » écrit par Corinne Jacquet, notre metteuse en scène, le laisse deviner :

Le Vietnam s’appelle Indochine, Picasso dessine des colombes, les Français remercient Mister Marshall qui leur envoie des dollars et du coca-cola… Nous sommes en 1949 et Staline va avoir 70 ans. La petite cellule du Parti Communiste du 14e arrondissement de Paris ne fait vraiment pas honneur au camarade Maurice Thorez : pas une seule adhésion depuis des mois, affiches non collées, journaux non diffusés, livres non vendus s’amoncellent dans le local donnant sur l’arrière-cour d’un petit immeuble entre la loge des époux Scarfati et les escaliers qui montent aux étages.

Roger Blot, croque-mort, Josyane Terson, vendeuse, Marcel Feuillard, ouvrier, Suzanne Lalande, institutrice, tous militants du PCF, désespèrent Léone Chalière, représentante de la direction fédérale… Or, la cellule « Élisa Verlet » se doit elle aussi de trouver un cadeau pour « le petit père des peuples ». Il n’est jamais facile de choisir un cadeau d’anniversaire mais imaginez la difficulté d’en trouver un qui plaise à Joseph Staline ! Les camarades de la cellule finiront cependant par dénicher pour l’occasion un drôle de cadeau qui fera l’effet d’une bombe à Moscou…

Cette pièce, en traitant d’un sujet historique grave sur le ton de la comédie, rassemble à la fois les qualités du vaudeville et du plus profond des drames. On pense à Prévert, à René Clair mais aussi à Feydeau et à sa folle mécanique burlesque. Du rire, de la tendresse et au final une réflexion sur le dogmatisme : ce qui arrive quand l’homme cesse de penser par lui-même.

Et c’est donc tout naturellement que nous avons dû réutiliser la structure modulable de décor qu’avait déjà réalisée Frédéric Dalmasso pour Échauffements Climatiques, afin de construire un espace scénique séparant la cour d’immeuble du local de la cellule Élisa Verlet. Cette structure a été recouverte de toiles amovibles grâce à un système de scratch (merci à Sabine et à Liliane pour la couture), qui ont été peintes en trompe-l’œil par Monique Mazarguil, son talent d’illustratrice mis une fois encore au service de la troupe.

C’est ensuite le bronze d’art qui tient une place centrale dans l’histoire qui a été sculpté. Nous avons également trouvé un vieil électrophone, des portraits de Lénine et de Staline qui correspondaient à ce qui était décrit dans la pièce (cherchez Lénine avec une casquette dans une bonne résolution sur internet… vous aurez du travail…). Au chapitre des accessoires, le poêle qui sert de chauffage aux camarades en ce mois de décembre 1949 a été réalisé par Frédéric qui décidément, pourrait être engagé comme décorateur/accessoiriste dans une production de cinéma (tiens… ça me donne une idée pour mon prochain opus…)
Enfin, c’est la maquette du camp de travail en allumettes, réalisée par Xavier Fouchet (alias le flic ancien collabo Désiré Scarfati dans la pièce).

Et pour les costumes, même recherche intensive de véracité, à partir de photographies d’époque, pas faciles à trouver non plus.

Enfin, les visuels. Une cellule du Part Communiste Français recèle des trésors : des affiches de propagande, des revues officielles (L’Union Soviétique parue de 1949 à 1963, Études Soviétiques qui lui ressemblait beaucoup), des journaux (L’Humanité bien sûr), des livres (l’autobiographie de Maurice Thorez intitulée Fils du Peuple)…
Et pour la touche finale, un magazine osé de l’époque, Paris-Hollywood, dont la reconstitution de la couverture a été un véritable plaisir pour moi…

Tout ceci sans oublier de faux billets de l’époque (c’est fou ce que les francs semblent désuets maintenant), des cartes de membres du PCF, un vélo datant du milieu des années 50 récupéré dans une association de passionnés…

Le souci du détail est allé assez loin, et, toutes proportions gardées, je me suis souvenu de ce que les équipes de Weta Workshop ont accompli pour la saga de Peter Jackson dans la Terre du Milieu. Leur credo était que plus les détails étaient soignés et « faisaient vrais », plus l’immersion était forte pour le spectateur, qui pouvait plonger dans un monde cohérent jusqu’au plus petit bouton de manchette.

Il reste à savoir si nous aurons autant de succès avec Un drôle de Cadeau que la bande de Frodon et Sam… J’ai comme un doute : nous n’avons pas d’acteur de synthèse programmé en motion capture…

Recherche comédienne pour reprendre un rôle de théâtre

Recherche comédienne pour reprendre un rôle de théâtre

Si vous suivez ce blog régulièrement, vous savez que j’ai commencé les répétitions d’une nouvelle pièce de théâtre, Un drôle de cadeau, avec mes vieux complices de la Compagnie Raymond Crocotte et sous la direction de Corinne Jacquet.

Il se trouve qu’une autre personne de la compagnie est obligée de nous quitter en cours de route, de nouveaux projets personnels et professionnels l’appelant ailleurs que dans notre beau sud-ouest.

Nous sommes donc à la recherche d’une remplaçante pour ce rôle, une remplaçante confirmée car nous avons peu de temps si nous voulons jouer comme prévu au mois février. Il y a un peu de travail, à raison de répétitions hebdomadaires de deux heures, plus sans doute quelques jours pendants des week-ends.

Quant au rôle, il s’agit d’incarner Léone Chalière, camarade du Parti Communiste Français appartenant aux organes dirigeants, et amenée dans la pièce à inspecter la cellule parisienne dont sont membres presque tous les autres personnages. La cellule Elisa Verlet est en effet en 1949 très peu active, malgré les velléités de son chef, Roger Blot, qui aimerait bien devenir candidat du Parti aux élections municipales parisiennes. Léone est envoyée par la fédération pour remettre de l’ordre dans tout cela, tout en conduisant une enquête afin de savoir si des contre-révolutionnaires n’auraient pas infiltré la cellule. Au quatrième acte qui se déroule en 1956, après un saut dans le temps de sept longues années durant lesquelles Marcel Feuillard, envoyé à Moscou porter un cadeau pour l’anniversaire de Staline, a disparu sans laisser de traces, elle refusera de croire que son rêve d’une société idéale n’était que l’image projetée par une dictature de fer.

C’est un rôle qui peut sembler monolithique au premier abord mais qui est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Inquisitrice à sa première apparition, elle est rapidement prise elle aussi dans le maelstrom comique des membres de la cellule Elisa Verlet, avec ses tics, et se verra totalement dépassée par la bonhomie de ses camarades. Enfin, dans le dénouement, elle incarnera ces millions de gens qui continueront un temps à s’accrocher à un idéal malmené par la réalité, de peur de sombrer dans le désespoir en réalisant combien ils ont été dupés.

Si donc vous êtes intéressée, que vous habitez la région toulousaine, vous pouvez soit me contacter (via ce blog, ou sur Twitter), soit contacter la Compagnie.

Retour sur les planches

Retour sur les planches

Je viens de me voir proposer un rôle qui ne se refuse pas.
Un de ces rôles qui peut faire immédiatement penser « Wouaouh ! Vais-je être à la hauteur ? »
Un de ces rôles dont l’apparente simplicité cache une grande subtilité.

Drôle de Cadeau

La pièce de Jean Bouchaud raconte comment une minuscule cellule du Parti Communiste Français tente dans le Paris de 1949 de trouver un cadeau pour l’anniversaire de Staline, entre les ambitions de son leader et les préoccupations pas toujours politiques des militants. L’aide inattendue d’un « sympathisant » va cependant les propulser tous vers un destin plus tragique.

On entre rapidement dans une ambiance comique et légère, presque nostalgique, d’un après-guerre qui semble inspirer à l’auteur beaucoup de tendresse pour ses personnages, les idéalistes comme les bassement pragmatiques ou les opportunistes. L’intrigue se déploie comme une comédie « à la Good Bye Lénine », pour brusquement, au quatrième acte, prendre une conclusion surprenante et beaucoup plus poignante, dont mon personnage, Marcel Feuillard, sera le centre involontaire.

Un personnage et une intrigue qui ont pour moi quelque résonance avec l’histoire de ma famille, et plus précisément de mon grand-père paternel, communiste convaincu rescapé d’un camp de prisonniers en Ukraine durant la Deuxième Guerre.

La Compagnie Raymond Crocotte

Le texte était tentant, il faut donc bien l’avouer.
Mais le texte ne fait pas tout.
Au théâtre comme dans la vie, l’important c’est aussi avec qui on fait les choses.

Lorsque Corinne Jacquet m’a proposé et parlé du rôle, je savais déjà que j’allais accepter, malgré mon retrait de la Compagnie depuis maintenant trois ans. Je le savais parce que je connaissais sa façon de travailler la mise en scène, sa façon de nous pousser à trouver la justesse des personnages, et son humanité (sans jeu de mots).

Je savais que je retrouverais mes camarades de la Compagnie Raymond Crocotte, que je continuais à suivre de loin en loin. Dans les hauts comme dans les bas de la vie, un lien particulier s’est tissé au fil des années dans ce groupe, un lien qui s’est forgé entre nous depuis la création de l’Assemblée des Femmes d’Aristophane et a grandi surtout avec notre adaptation de Psychanalyse des Contes de Fées de Bettelheim à la mode Tex Avery. Un lien qui a permis le tournage d’Ultima Necat. Un lien qu’il n’est pas vraiment possible de cataloguer. Ni collaboration, ni connivence, ni amitié, mais quelque chose qui a à voir avec la communion de la scène et de la création et qui englobe à la fois des aspects de la collaboration, de la connivence, de l’amitié, sans pour autant s’y astreindre, sans pour autant effacer les côtés sombres de chacun mais en s’en nourrissant.

Je remonte donc sur les planches.
Les répétitions commencent jeudi prochain.

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