L’Humanité après l’Effondrement, deux visions comparées

par | Nov 1, 2014 | Chimères Animées, L'encre & la plume | 0 commentaires

Attention, cet article pourrait vous dévoiler certaines choses que vous préféreriez découvrir vous-même en regardant le film, la série ou en lisant le livre dont il est question ici.

L’Apocalypse… oui, mais après ?

Probablement depuis des éons, l’être humain s’interroge sur le devenir du monde et son devenir en tant qu’espèce. Il a pris conscience que chaque chose en ce monde naît, vit… et meurt, et que cet axiome fondamental peut aussi être appliqué au monde tel qu’il le connaît. Les mythes du Déluge et des « fins du monde » cycliques (par exemple ceux des Mayas) nous enseignent aussi qu’il réfléchit depuis bien longtemps à ce qu’il pourrait se passer après

Notre espèce a imaginé bien des façons dont son monde pourrait atteindre son terme.
Et pour illustrer ces peurs, nous avons imaginé des centaines histoires, dans les contes, dans la littérature, dans les films et les séries.

Les catastrophes naturelles sont bien sûr les causes les plus évidentes, celles auxquelles nous avons songé en premier. Les déluges, donc, qu’ils soient bibliques (Noé) ou précolombiens. Les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, et plus récemment les chutes ou collisions de météorites (Armageddon, autre) que notre connaissance du passé et notre science nous ont montrées comme les plus dangereuses. Nous savons que d’autres espèces ont subi leurs foudres, comme les dinosaures. Nous savons aussi qu’il y a eu des épisodes d’extinction en masse à plusieurs reprises dans le passé lointain de notre planète.

Jusqu’au bombardement de neutrinos à la base du « scénario » du film 2012.
Tout ceci n’étant que des causes extrinsèques, l’expression de « la Colère des Dieux » ou la vengeance de la Nature, ou bien même le hasard cruel et meurtrier.

Mais les causes naturelles n’ont pas suffisamment étanché cette soif, et, en s’observant elle-même, l’espèce humaine a bien compris que le plus grand danger qui la guettait était bien : elle-même. Les guerres thermonucléaires, bactériologiques, l’apparition de virus créés par l’Homme dans un but guerrier ou même pacifique (La Planète des singes : les Origines) et échappant à tout contrôle, sont évidentes à qui connaît la tendance belliqueuse des êtres humains.

Mais l’Effondrement est aussi celui d’une civilisation, d’un modèle de vie. Les récits de cataclysmes sont souvent l’occasion pour les conteurs de critiquer le modèle social ou de civilisation dominant, en montrant sa vanité. Ainsi le chaos résultant de l’arrêt d’une technologie devenue essentielle comme l’électricité, ou d’une des bases de l’économie capitaliste, aurait le même effet qu’une guerre nucléaire. Du moins dans l’anticipation que nous en avons.

La question centrale et commune à toutes ces histoires, à toutes ces anticipations n’est cependant pas vraiment le « comment ? », mais sans doute plus le « pourquoi ? ». Et plus encore, car la survie de l’espèce est ancrée au plus profond de nos gènes, le « que se passe-t-il après » ?

Car s’il y a des survivants (ce que nous ne pouvons pas ne pas imaginer), leur histoire semble au moins aussi intéressante que celle de l’Effondrement lui-même.
C’est d’ailleurs l’intérêt comme le défaut du film Signs de M. Night Shyamalan, que de poser, à sa toute fin, l’absence totale de survivant. La fin véritable d’une histoire. Autant cela fait réfléchir sur nous-mêmes en tant qu’espèce et sur notre place dans l’univers, autant, dramatiquement parlant, je trouve cette posture moins intéressante, puisqu’elle oblitère les questions de l’après.

Un peu par hasard, je suis tombé cet été sur le premier tome d’une saga, Zhongguo, par David Wingrove, intitulé Fils du Ciel. Et dans le même temps, j’ai enfin suivi le conseil de Car Beket : j’ai vu la première saison de The 100.

Deux façons d’envisager un monde post-apocalyptique. Deux façons d’appréhender l’Effondrement et ses conséquences. Deux façons d’explorer l’adaptation de l’espèce humaine à un changement radical de son monde.

The 100

The 100, une série de CW

Je ne vous cache pas que les deux premiers épisodes de la série The 100 de la chaîne américaine CW m’ont un peu refroidi.

Tout commence comme une de ces séries pour adolescents que j’exècre, genre Teen Wolf ou Vampire Diairies, où tout n’est que mise en scène de questions existentielles telles que « Jack a-t-il couché avec Megan alors qu’il était déjà en couple avec Sydney ? »

Mais à partir du troisième épisode, les choses deviennent beaucoup plus intéressantes et matures.

The 100 décrit le retour de 100 adolescents « sacrifiés » dans une tentative désespérée des derniers survivants de l’Humanité réfugiée dans une station spatiale pour recoloniser la Terre dévastée par une guerre nucléaire 3 générations plus tôt. Sacrifiés car la station spatiale se meurt. Sacrifiés car le projet de retour ne devait être déclenché que 3 générations plus tard. Sacrifiés car ils étaient tous condamnés pour des crimes ou des délits qui, surpopulation aidant, sont tous punis de mort sur la station. Sacrifiés car rapidement, tout lien avec l’Arche sera techniquement coupé, et qu’ils devront affronter seuls les nombreux périls d’une planète qui leur est devenue aussi étrangère qu’hostile.

La réalisation est extrêmement réaliste.
La technologie est crédible, car assez proche, finalement, de la nôtre.

À travers le parcours des personnages principaux que sont Finn, Bellamy, et surtout Clarke, de leurs relations avec ceux restés sur l’Arche et entre eux, on vit avec eux des remises en question éthiques, comportementales, politiques. La survie dans un environnement hostile les pousse à se poser des questions essentielles sur ce qu’ils pensent être juste et ce qu’ils pensent devoir faire comme entorses à cette justice idéale pour ne pas être tués.

On découvrira aussi que la Terre abrite des survivants de l’holocauste nucléaire, et que leurs réponses, plus anciennes, ne sont pas du tout les mêmes que celles que tentent d’apporter les héros de la série.

Sur l’Arche condamnée par le manque d’oxygène, les adultes qui ont envoyé ces adolescents en reconnaissance dans une mission suicide ont eux aussi leurs dilemmes à résoudre, leurs drames à jouer.

The 100 - Promotional Poster2

Au final c’est la confrontation des points de vue, des compromissions avec leurs idéaux, les liens qui se créent, qui montrent combien notre société actuelle nous protège ou nous expose à des dangers qui sont « artificiels », car créés par elle. La Nature sauvage telle qu’elle est décrite dans The 100 est celle des pionniers, et même si une civilisation d’ordre féodal s’est recréée sur Terre, elle est finalement elle aussi soumise aux lois de la Nature. Il n’est pas innocent, d’ailleurs, que tout se passe en forêt, lieu des mystères par excellence. Tout comme le traitement de cette colonisation par une série américaine fait penser férocement à une réflexion sur la vie des premiers colons débarqués du Mayflower au dix-septième siècle…

On se prend à réfléchir comme Clarke ou Bellamy, à se demander quelle décision on aurait prise à leur place. On cherche en nous-mêmes la réponse à cette question que posent souvent les premiers épisodes : « que sommes-nous ? » À quoi devons-nous accepter de renoncer pour survivre ?

Vous l’aurez compris, je suis devenu accro… Et dire que la saison 2 débute tout juste aux États-Unis !

Fils du Ciel, de David Wingrove

Fils du Ciel, la Couverture de l'édition française

David Wingrove est britannique. Aussi, l’ambiance de Fils du Ciel est-elle extrêmement différente de cette « frontière sauvage » que décrit The 100.

Nous sommes ici dans le Vieux Monde, et le poids de la civilisation passée est beaucoup plus présent.

Dans Fils du Ciel, c’est la civilisation occidentale qui s’est effondrée à la suite d’un krach économique et boursier généralisé que le héros, Jake, au cœur du système, a été incapable de juguler. Il est précipité, à la faveur de flashbacks très bien pensés, depuis le sommet d’une société inégalitaire et financière ressemblant à une exagération de notre propre capitalisme, jusqu’à une vie réorganisée plus simple où les trésors ne sont plus des milliards virtuels côtés en bourse, mais un savon, un vieux disque des Stones, une pile électrique, un fusil, et plus encore les relations entre les survivants.

C’est cette vie simple que l’on découvre dans les premiers chapitres, d’ailleurs, et on est loin de se douter que Jake est si intimement mêlé à la fin du monde qu’il a connu et qu’il semble ne pas regretter du tout alors même qu’il en était l’un des privilégiés.

La vieille technologie est au mieux bricolable, au pire totalement inutile. Mais elle est omniprésente. Les références à l’ancienne société sont beaucoup plus fortes, car moins d’une génération est passée, et la Terre est toujours peuplée. C’est une civilisation qui se crée sur les ruines d’une ancienne en quelques décennies.

Cet Effondrement-là interroge plus sur ce qu’il y avait avant que sur ce que les humains deviennent ensuite. Il nous pousse à revoir nos priorités actuelles. La virtualisation de l’économie, sa gestion par informatique. Les relations internationales.

Mais aussi sur ce que nous considérons comme vraiment précieux dans notre vie. Des œuvres d’art, comme des disques ? Nos proches ? Notre confort ?

Au fil des pages, David Wingrove nous décrit aussi comment l’Effondrement s’est déroulé dans son monde.
Alors que dans The 100 cette question est très secondaire, voire totalement absente (on sait seulement que l’Humanité s’est déchirée dans une guerre), on assiste presque au spectacle dans Fils du Ciel, même si c’est toujours avec le filtre du flashback ou du discours indirect, comme pour atténuer son importance par rapport aux conséquences.

Cette dimension du « pourquoi ? » et du « comment ? » est en effet une question essentielle du livre, puisque la saga Zhongguo décrit la prise du pouvoir mondial par la Chine pendant de nombreuses années. On apprend donc dès ce tome-ci (mais très tard, presque trop tard, d’ailleurs) que c’est un dirigeant chinois qui, sciemment, a provoqué le krach et la chute de la civilisation occidentale, afin de gagner une guerre sans avoir besoin de combattants. On apprend aussi que la Chine s’est relevée plus forte de ce cataclysme économique, que sa technologie n’a pas régressé, mais progressé, et qu’elle conquiert peu à peu l’ancien monde morcelé en une multitude de baronnies pseudo-féodales.

On bascule dans la géopolitique-fiction et l’affrontement de deux pensées. De façon peu originale, David Wingrove oppose la pensée orientale et la pensée occidentale, pour nous montrer les salauds et les justes dans les deux systèmes. Pour débuter sans doute une grande fresque dans un paradigme politique, économique et de civilisation qui nous est en grande partie étranger, puisque déjà plusieurs tomes de cette saga ont été publiés.

J’avoue que j’ai été dérouté par le fait que ce que je pensais être un récit post-apocalyptique était en fait le prologue d’un cycle plus traditionnel. Dérouté aussi que ces révélations arrivent si tard dans le livre. Dérouté enfin de cette rencontre presque à la fin, où tout bascule.

Ces péripéties sont cependant pour David Wingrove l’occasion de nous poser encore la question centrale : « que devons-nous faire et accepter pour survivre ? »

Et comme son écriture est quand même assez efficace et plutôt bien traduite dans notre langue, je crois que je vais poursuivre au moins un livre de plus…

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