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Sur les mers plus ignorées d’Internet en 2026 — L’Art délicat de la navigation numérique

Il est temps maintenant de repenser non plus seulement la façon de poser des jalons sur les sites que nous avons visités, mais de repenser de fond en comble notre manière de naviguer sur internet.

par Germain Huc | Oct 28, 2026 | 0 commentaire

L’un des premiers livres que j’ai lus, L’île au trésor, de Steevenson, a suscité en moi la passion de la lecture, mais a aussi éveillé mon imaginaire. Les histoires de pirates et les aventures des flibustiers, les îles, les tempêtes, les duels à l’épée… et le voyage. La navigation. Les navires. La découverte. Plus âgé, c’est Sur des mers plus ignorées, de Tim Powers, qui renouvellera mon intérêt pour toute cette mythologie, en y insérant aussi un zeste de surnaturel vaudou.

Est-ce aussi pour cela que la métaphore d’Internet comme un vaste océan numérique largement inexploré me parle tant ?

Cette analogie maritime n’est pas de moi. Elle impreigne les premiers temps de la Toile. Mais elle fait partie de moi, et explique peut-être l’importance que le réseau des réseaux a pour moi. L’attrait presque irrésistible, qui rappelle la puissance des sortilèges vaudous.

Mais l’âge d’or des aventuriers des mers n’a duré qu’un temps (il était d’ailleurs très loin d’être un âge idéal), tout comme l’âge d’or des explorateurs de la Toile.

En 2026, Internet est devenu plus étendu que jamais, mais en même temps, comme rétréci. Tout y semble plus étriqué, plus insipide, tant les plateformes ont envahi son espace-temps et le nôtre par la même occasion. Tout est normé, corseté. Mais également, et c’est le paradoxe, plus brutal qu’avant. Les insultes ne se limitent plus aux commentaires des blogs (qui sont désertés), mais sont devenues des campagnes massives de cyberharcèlement sur les réseaux dyssociaux. Les coups de vent d’autrefois sont devenus des shitstorms, selon l’expression populaire, des tempêtes de merde, si l’on traduit littéralement.

En 2026, Internet est plus vaste que jamais, mais étrangement plus petit, tant il a été colonisé par les algues toxiques de l’IA, qui clonent des sites, noient les humains, et font se ressembler toutes les pages.

Ou presque.

Car les Frères & Sœurs de la Flibuste écument encore ces mers plus ignorées, affrontant les dangers d’une Toile où les trésors sont plus rares et bien cachés, où connaître les vents et les courants permet d’éviter les récifs.

C’est pour vous, pour elles & pour eux, que j’ai décidé d’écrire cette série d’articles.

Car si j’aime toujours Internet, en 2026, j’ai dû me résoudre à adapter ma navigation pour éviter d’y devenir un naufragé.

Introduction

Pour naviguer sur les océans numériques de l’internet, il est bien évidemment nécessaire d’avoir une embarcation, un navire qui se trouve être notre navigateur internet. Mais encore faut-il savoir où aller avec, quelles directions prendre, et quelles directions éviter. Il nous faut une boussole.

Depuis notre dernière conversation, nous disposons maintenant de portulans fiables, puisque nous les avons nous-mêmes constitués. Ils nous permettent de garder la trace des sites qui nous ont paru à la fois intéressants, fiables, et dignes d’être conservés.

Nous pouvons donc prendre la mer et nous diriger vers ce que nous recherchons.

Mais comment ?

Oui, comment savoir où trouver ce que nous recherchons et vers quel cap mettre les voiles ?

Depuis deux décennies, nous avons pris l’habitude de nous fier à la boussole des moteurs de recherche. Mais Google, DuckDuckGo ou Qwant oui, même Qwant, nous fourvoient souvent vers des sites remplis de publicités, ou pire, écrits par des IA. Sans compter que leurs résultats sont parfois influencés par la publicité, et très souvent limités, surtout si nous cherchons des sites sur des sujets très spécialisés ou avec peu d’audience (tiens, comme d’écaille & de plume, oui).

Comme nous en parlions au début de cette série d’articles, dans les premiers temps d’internet, cette même question a commencé à se poser assez vite, et la solution a été la plus évidente : constituer un index des pages web, qui liste toutes les pages découvertes en suivant les liens qui les unissent entre elles.

Bien sûr, cet index est rapidement devenu gigantesque. Et il devenait complexe d’y naviguer aussi, c’est-à-dire d’y trouver les résultats qui étaient les plus pertinents pour une recherche donnée. D’ailleurs, comment les classer ? Comment évaluer le critère même de pertinence ? Le nombre de liens qui mènent à une page ? Le nombre de clics sur le lien présenté dans les résultats de recherche ? Les métadonnées de la page ? Son contenu ? Mais alors, comment parcourir ce contenu et le ranger dans l’index sans le submerger ?

En réalité, naviguer sur les Océans numériques du Net, ça revient à chercher plusieurs gouttes d’eau qui satisfont à des critères très précis, et cela parmi des milliards de milliards de gouttes, et de les classer de manière à ce que les premiers résultats soient les plus pertinents sur lesdits critères.

Vous l’avez compris, ce n’est même plus une boussole, qui nous est nécessaire, mais la boussole de Jack Sparrow, un objet magique permettant de trouver à coup sûr, et même à travers des milliers de miles, l’emplacement exact du Black Pearl. Un objet magique qui n’existe donc pas, hélas…

Voilà pourquoi il est si difficile de remplacer Google, qui a su trouver une formule efficace pendant de nombreuses années.

Pourtant, ce n’est pas impossible si on considère que le fameux index n’est autre que la combinaison de deux instruments : une carte de nos propres routes sur internet, c’est-à-dire les portulans dont nous avons parlé lors du précédent article de cette série, et une boussole pointant vers des îles que d’autres navigateurs ont explorées avant nous.

En réalité, c’est de plusieurs boussoles dont nous allons nous servir.

Alors, embarquez avec moi sur le fier navire du Serpent à Plume : le Serpent-des-Océans-Numériques appareille sur les mers plus ignorées d’internet !

À la recherche d’un trésor

Nous allons chercher ensemble des ressources sur un sujet particulier. Pour que notre aventure soit plus palpitante, nous prendrons bien soin de choisir un sujet assez pointu, mêlant à la fois la recherche d’informations fiables et la recherche d’images. Nous pourrons ainsi vivre une véritable Odyssée.

Les limites d’un article nous empêchent de réaliser cette recherche à partir d’un sujet que vous auriez vous-mêmes choisi, je serai donc le seul maître en charge de la destination, un peu comme un capitaine est le maître à son bord (après les dieux). Cependant, rien ne vous empêche, en même temps que vous me lisez, d’ouvrir une page sur votre propre navigateur et de suivre les mêmes escales, étape par étape, que celles que je vais décrire ici, mais en déterminant votre propre destination.

Pour ma part, je considère que le plus grand trésor en ce monde, hors les liens que j’ai avec mes proches, est constitué par le seul véritable or noir, le seul qui soit comestible, en tous les cas : le chocolat. Je sais qu’un certain nombre d’entre vous a automatiquement pensé au café. Même si j’ai un peu pitié de vous, je vais passer l’éponge pour cette fois. Mais ne recommencez pas. Le seul véritable or noir est bien le chocolat.

C’est donc à la recherche d’informations sur la place du cacao dans les civilisations amérindiennes précolombiennes que nous allons nous lancer. Cela inclura la divinité que les Mayas et les Aztèques avaient créée pour incarner cette substance, et la façon dont ils écrivaient et prononçaient le mot qui a donné notre cacao.

Notre point de départ sera une requête dans un moteur de recherche.

Divinité du cacao dans les civilisations précolombiennes

Nous allons déterminer si les sites nous permettent de savoir s’il existait une divinité reliée au cacao, et ensuite, nous ferons une deuxième requête pour savoir comment on écrivait le mot «cacao» dans la langue maya ou la langue aztèque.

Écriture du mot «cacao» en langue maya et aztèque, avec une recherche d’images.

L’illusoire quête de l’ultime carte

Nous allons utiliser trois moteurs pour cette quête : Google, DuckDuckGo, et Uruky.

Notre première requête («Divinité du cacao dans les civilisations précolombiennes») donne les résultats suivants, en captures d’écran.

Comme vous le constatez, seul Google nous donne en premier résultat l’article Wikipedia sur Ek-Chuah, même si DuckDuckGo nous trouve dans les premières lignes l’article plus général sur les divinités précolombiennes, dans laquelle nous pourrons retrouver le dieu du cacao. Si Google est si précis, c’est qu’il a interprété la requête avec Gemini, son IA (d’où les suggestions de questions à lui poser ensuite). Mais dans les résultats suivants, après deux sites commerciaux de chocolatiers, se cache un site dédié à l’ésotérisme, un article du Monde très intéressant mais derrière un paywall, et si on pousse plus loin, un site complètement généré par IA (mr-ginseng). Noyé dans cela, un article scientifique sur le réseau Persée va vraiment plus loin que le reste, mais ne parle pas vraiment de l’aspect religieux. DuckDuckGo fait encore pire, présentant en premier un site multilingue sans aucune information sur sa conception, et qui semble généré par IA, suivi du fameux mr-ginseng et de plusieurs sites commerciaux de chocolatiers.

Uruky, un moteur européen, fait mieux, même s’il ne trouve pas l’article sur Ek-Chuah dans Wikipedia. D’abord, il présente le site d’un chocolatier, puis l’article scientifique de Persée, puis l’article Wikipedia sur les divinités précolombiennes (mais en anglais), un article fouillé du Nouvel Observateur et d’autres sites de chocolatiers ou de producteurs éthiques et agroraisonnés de cacao, mais aussi une vidéo YouTube en anglais très détaillée et sourcée sur le cacao, son origine, et même son étymologie avec (petit teaser pour la deuxième recherche) un glyphe maya signifiant «cacao».

D’accord.

Maintenant, tentons la deuxième requête («Écriture du mot cacao en langue maya et aztèque») que nous allons réaliser à la fois en recherche de sites et en recherche d’images, puisque les écritures précolombiennes étaient faites de glyphes, donc graphiques.

Google commence mal avec un post Facebook, autant dire une discussion digne du café du coin, sans recherche ni source. Il ne se rattrape pas vraiment avec l’article sur le cacao dans Wikipedia, qui ne mentionne absolument pas l’écriture du mot «cacao». Il s’enfonce avec des sites présentant au mieux le mot «kakawatl», mais, comme les précolombiens n’utilisaient pas notre alphabet, ça ne nous avance pas beaucoup. Il convoque même reverso, avec le même biais… et Reddit, encore pire… Il fait mieux avec la recherche d’images, puisque, dès le premier résultat, il sort le glyphe kakawa, et puis d’autres images d’écriture maya ou aztèque.

DuckDuckGo est plus sérieux sur la recherche de site, mettant en premier celui sur lequel nous pouvons trouver le fameux glyphe, avec en prime des expressions en langue nahuatl, même si c’est un site commercial. Bon, ensuite, il se trompe complètement avec l’entrée du mot «nahuatl» dans le dictionnaire de l’Académie française, puis Lexilogos. Mais il trouve enfin l’article Wikipédia très documenté où les glyphes mayas et le système d’écriture sont détaillés et explicités. C’est ce que je cherchais. Sur le plan des images, c’est par contre très pauvre, avec beaucoup de redites et beaucoup d’IA…

Enfin, Uruky convoque en sixième position dans les sites web un article en anglais qui est pile dans la question, et où l’on peut même trouver le glyphe du cacao, mais le reste est plutôt décevant. Pour ce qui est des images, par contre, on est à la fois pile dedans (le glyphe apparaît au moins deux fois) et plus varié que DuckDuckGo. Il n’y a pas de résultat IA dans les images.

Et si on comparait avec mes propres portulans ?

Avant d’écrire cet article, j’avais déjà cherché à savoir comment les Mayas et les Aztèques écrivaient le mot cacao. Mes recherches avaient été plus longues que celles que nous avons faites ensemble, je ne sais pas très bien pourquoi, et j’avais eu beaucoup de peine à mettre la main sur le glyphe «kakawa». Cependant, dans mes pérégrinations, j’avais déniché un site très intéressant. Hélas, le téléchargement des images numériques vectorielles des glyphes est soumis à une identification en tant que chercheur dans la discipline (ce que je ne suis pas), mais la ressource existe bel et bien.

Mers & océans, le local & le global

Que retenir de ces deux recherches ?

Les boussoles que nous avons utilisées ne cherchaient pas dans les mêmes eaux.

Internet est vaste et, comme un océan est divisé en plusieurs mers, il est lui-même composé de divers domaines.

Cartographier les grands ports est assez facile, ils brillent des mille feux de leurs phares. Trouver les ports de pêche est plus compliqué, cela implique de s’intéresser à des sujets qui sont rarement demandés. Mais dénicher une petite crique isolée, c’est surtout l’affaire des gens du coin, et certainement que les cartographes n’ont même pas entendu parler de l’existence d’une telle crique.

Il y a en effet des centaines de sites internet qui traitent d’une recette à base de chocolat, mais il n’en existe qu’une poignée qui s’intéresse à l’histoire du cacao, et un nombre encore plus faible qui ont pour sujet l’écriture maya ancienne. Quant à trouver le ou les sites qui permettent de savoir quelle était la façon d’écrite «cacao» dans ces langues, cela demande d’avoir indexé non pas un océan, ni même une mer, mais sans doute une petite presqu’île dans l’infini de l’océan.

Il n’existe donc pas un seul index qui aurait répertorié la totalité de l’Océan Virtuel infini.

Il y a des index qui sont plus ou moins complets pour certains sujets. Comme des atlas qui montrent des cartes du monde, à des échelles de pays entiers, et d’autres qui se concentrent sur des régions particulières, voire un seul département.

Le couple indissociable de la carte & de la boussole

En réalité, chaque moteur de recherche (chaque boussole) fonctionne avec une ou plusieurs cartes bien particulières, des cartes qui ne sont pas les mêmes. Ce sont nos fameux index, que les robots des moteurs de recherche constituent en parcourant la Toile. Chaque boussole possède un ou plusieurs index, une ou plusieurs cartes, pour déterminer quelles îles répondent le mieux à la destination que nous cherchons. Souvent une carte globale, et plusieurs cartes locales, spécialisées dans des sujets plus précis.

Mais même si Google possède une carte gigantesque, elle n’est ni exhaustive, ni suffisamment locale. Il en va de même pour tous les autres moteurs de recherche.

Plusieurs cartes, plusieurs boussoles

Comme dans la réalité, il faut donc changer de couple boussole-carte en fonction de l’endroit où l’on désire se rendre.

En transposant cette métaphore, on comprend bien que, selon le type de recherche que l’on souhaite faire, il est nécessaire de se tourner vers un moteur de recherche qui intègre ou utilise un ou des index adaptés : soit un index global généraliste, soit un index plus spécialisé dans certains domaines.

Ceci n’est possible que si l’on a à disposition plusieurs moteurs de recherche, ou si le moteur que l’on utilise va piocher dans plusieurs index différents.

Vous l’aurez compris, je suis en train de vous suggérer d’abandonner le confort d’un seul moteur de recherche… ou du moins d’abandonner les grands moteurs que tout le monde connaît (Google, ou Bing ou Yahoo). Ils ont beau avoir chacun un index gigantesque, ce n’est pas avec eux que vous trouverez à coup sûr ce que vous cherchez.

D’autant que, nous n’en avons que peu parlé encore, mais la quantité de sites indexés ne garantit pas la qualité desdits sites.

Que cartographie-t-on : des terres peuplées ou des îles hantées ?

Notre petite recherche en deux temps n’a pas tardé à faire apparaître un écueil qui va devenir de plus en plus fréquent, je le crains : la proportion de sites «hantés» par l’IA apparaissant dans les résultats. Que ce soient des sites traduits (mal) par des IA, ou des sites entièrement (mal) construits par des IA génératives, ou encore des sites qui se contentent de reprendre des textes écrits par et pour d’autres, ou encore des sites gorgés d’images générées par IA, rien de tout cela ne correspond, en grande majorité, à ce que nous cherchons.

Je gage que la majorité d’entre nous a besoin d’une même chose : trouver une information de qualité, en laquelle nous puissions avoir confiance, et, si possible détaillée, avec une analyse pertinente. Si ceci peut être atteint avec une IA bien entraînée, je pense que nous sommes encore très nombreux à préférer que cette information ait été rédigée par un ou plusieurs humains. Une machine peut étaler les faits connus sur la culture du cacao dans l’Amérique précolombienne, mais elle ne me donnera pas envie de manger du chocolat, ou ne pourra pas me glisser ces petits détails auxquels un humain s’intéresse forcément.

Vous aurez d’ailleurs remarqué que les sites «hantés» contenaient des informations très générales, qui ne nous apprenaient finalement pas grand-chose.

Nous avons donc besoin d’une boussole qui pointe sur un index de très bonne qualité, c’est-à-dire qui balance les résultats en fonction de la qualité des sites.

Vous pensez encore que la fameuse SEO (Search Engine Optimization) qui fait les choux gras des spécialistes du référencement naturel (les gens dont le métier est de faire en sorte que Google indexe correctement et dans les premiers résultats votre site) est le gage de qualité qu’on nous vend ? Vous êtes alors plus naïfs que moi, et ce n’est pas peu dire.

Pointer le bon index du doigt

Une question importante subsiste pourtant : comment la boussole connaît-elle le nord ?

En d’autres termes : comment le moteur sait-il quel site internet est le plus pertinent pour ma recherche et donc comment classe-t-il les résultats qu’il possède dans son propre index ? Comment pointe-t-il sur la carte la bonne destination ? Si vous cherchez Paris dans un Atlas, vous aurez le choix entre au moins deux localités dans le monde. Paris, France. Ou Paris, Texas, États-Unis d’Amérique. Vous, vous savez forcément à quel endroit vous désirez vous rendre, mais comment une boussole fait-elle la différence pour vous ?

La réponse tient en un mot que vous connaissez forcément : l’algorithme.

Chaque moteur de recherche est essentiellement un algorithme, c’est-à-dire un programme informatique, qui privilégie certains choix au sein de son index afin de trouver pour vous la meilleure destination en fonction de votre requête.

Ceci dit, je ne vous ai pas vraiment expliqué comment cela se passe concrètement. Parce que c’est souvent un secret bien gardé. Mais dans le principe, tous les moteurs depuis l’avènement de Google fonctionnent de la même manière : ils pèsent les mots clefs de votre requête, que ce soit avec l’aide d’un long algorithme ou avec l’aide d’une IA chargée de comprendre votre question de façon sémantique, et leur attribuent une valeur, qu’ils vont chercher à comparer avec les valeurs associées à chaque site internet contenu dans leur index.

Car bien sûr, comme vous pouvez le faire sur votre carnet de voyage, ou sur vos portulans de navigation internet, les moteurs de recherche prennent des notes sur les destinations qu’ils ont visitées. Ils le feront un peu différemment de vous, bien entendu, mais l’idée est là. Sur un site que vous trouvez formidable, vous pourriez noter dans votre portulan, par exemple :

D’écaille & de plume : mine d’information sur des sujets très variés concernant l’écriture, la narration, les technologies, avec des réflexions sur le soin et la société, et présentant le travail artistique d’un auteur inconnu mais qui gagnerait à l’être beaucoup moins. Surtout, lire ses ouvrages et écouter sa podfiction, ce sont de vraies pépites.

Les moteurs de recherche font la même chose, mais sur des critères plus cadrés, plus stricts, beaucoup plus nombreux. Et pas forcément plus objectif, au final.

C’est tout le propos de la SEO dont nous parlions plus haut. Cette discipline du marketing vise à présenter votre site internet de manière à jouer favorablement sur les critères de l’algorithme de Google, puisque les autres ont une part de marché très négligeable. Sans considérer que la SEO est de la triche, disons qu’elle consiste à vous présenter sous votre meilleur jour, parfois quitte à cacher certains défauts.

Mais même la SEO n’est pas si efficace qu’on le pense.

Parce qu’un des critères les plus importants dans le fonctionnement des algorithmes des moteurs de recherche (du moins de la plupart, ceux qui sont gratuits et détenus par des sociétés dont le but est de rapporter de l’argent) est décorrélé de la pertinence pure. C’est bien entendu la publicité.

Car, lorsque ces moteurs de recherche sont l’activité principale d’entreprises qui veulent gagner de l’argent, il est nécessaire qu’ils en rapportent, de l’argent. Comme ils ne font pas payer leurs résultats de recherche à l’utilisateur, ils sont bien obligés de les faire financer par les sites qui veulent mieux figurer dans l’index.

Des sites qui vont payer l’entreprise pour que l’algorithme les favorise et les présente plus haut dans les résultats de recherche.

Si, lorsque vous recherchez un site traitant de l’écriture, en français, d’écaille & de plume apparaît en premier, vous aurez plus tendance à cliquer sur le lien pour vous y rendre, et ainsi, mon Nid Virtuel verra beaucoup plus de monde débarquer sur ses rives… avec à la clef sans doute un peu plus de visibilité pour mes œuvres et donc plus de chance que quelqu’un veuille les lire, donc les acheter.

La SEO est donc plus une caution qu’autre chose. Si vous y mettez le prix, votre site apparaîtra plus haut dans les résultats de recherche, même si votre SEO est passable. C’est d’ailleurs une des raisons qui m’ont fait abandonner la SEO il y a des années déjà.

Ce qui nous amène à une conclusion logique : si tout index est par nature incomplet, la façon dont la boussole pointe la destination qui pourrait vous conduire à bon port est par nature arbitraire. Il s’agit donc de bien choisir la boussole que vous utilisez pour que cela corresponde à la pertinence du résultat que vous désirez obtenir.

Comment donc choisir sa boussole, donc sa carte, donc son index ?

Un bon guide est déjà de se rappeler qu’il est plus efficace de trouver un moteur de recherche qui utilise plusieurs index. Ou, à défaut, d’utiliser plusieurs moteurs de recherche pour une même requête. Mais, bien sûr, la première solution est plus facile car plus rapide.

Voyons donc quelles sont nos possibilités.

Les moteurs de recherche grand public

Nous les connaissons tous : Google, Bing, Yahoo, ou encore DuckDuckGo, tous américains.

Mais aussi d’autres, européens, que vous ne connaissez peut-être pas très bien : Ecosia, Qwant, par exemple.

Toutes ces entreprises ont pour but de gagner de l’argent, mais vous noterez qu’aucune ne vous fait payer vos requêtes internet. Elles sont toutes, donc, financées par la publicité. Leurs index sont donc influencés par l’argent.

Autre point commun entre tous ces moteurs : ils utilisent tous un seul index, que leur propre algorithme va ensuite traiter différemment.

Google utilise l’index de… Google, ça paraît évident. Comme Bing utilise son propre index.

Mais Yahoo utilise l’index de Bing, comme DuckDuckGo.

Ecosia et Qwant utilisent leur propre index, sauf pour les images. Le premier utilise dans ce cas l’index d’images de Bing.

Toutes ces solutions, vous le voyez, sont basées sur un nombre d’index finalement plus restreint que ce que l’on pense.

Les différences sont donc essentiellement marquées par la façon dont ces moteurs priorisent les résultats contenus dans l’index. Leurs cartes diffèrent peu, d’autant plus que ceux qui sont les plus connus, donc les plus utilisés, partagent des index créés à partir des États-Unis d’Amérique. Ce sont leurs boussoles qui changent. Et toutes sont influencées par l’argent, même si toutes ne vendent pas vos données à des publicitaires, comme le font Google, Bing, et Yahoo.

Les moteurs décentralisés

Il existe cependant des moteurs de recherche dont le fonctionnement est très différent.

Leur principe est de décentraliser l’index.

Je m’explique. Au lieu de constituer un seul index géant, disponible sur leur propre serveur et consultable dans une interface que vous allez chercher sur leur propre site internet, ils vous laissent installer sur votre propre ordinateur un logiciel qui comprend la boussole (le moteur de recherche et son algorithme) ainsi qu’un «robot» qui navigue sur internet avec vous, chargé de créer un mini-index qui sera hébergé sur votre propre machine, et mutualisé avec les autres utilisateurs du moteur de recherche lorsque vous serez connecté à la Toile. En gros, vous devenez vous-même un cartographe et propriétaire d’un tout petit morceau de la carte géante constituée par l’assemblage des mini-index de chaque utilisateur. Potentiellement, vous vous trouvez avoir accès à un index titanesque, si vos compagnons cartographes sont connectés en suffisamment grand nombre.

Vous pouvez même régler l’algorithme de recherche suivant vos propres préférences, donner plus de poids à certains critères par rapport à d’autres, et donc personnaliser votre algorithme pour qu’il apprenne à mieux vous correspondre. Sans compter le fait que vous ne subissez plus de publicité ni d’interférence dans la pertinence des résultats à cause de l’argent que paieraient les sites pour influencer les résultats de vos requêtes.

L’inconvénient ?

Soit vous rejoignez une instance publique, c’est-à-dire une communauté fédérée autour d’une personne ou d’une société qui opère un serveur du moteur, et vous êtes donc soumis à nouveau à quelqu’un qui décide pour vous (vous n’avez pas de possibilité de personnaliser le moteur, par exemple). Soit vous devez héberger le moteur sur votre machine et cela requiert quelques connaissances techniques, tout comme le fait d’ouvrir votre ordinateur à d’autres sur la Toile, ce qui peut potentiellement être dangereux. Mais cela vous ouvre en contrepartie une maîtrise totale de la boussole.

Quelques exemples : SearXNG, YaCy, Spot.

Les boussoles qui utilisent plusieurs cartes

On les appelle métamoteurs de recherche, mais ils n’ont rien à voir avec le Meta de Zuckerberg, et bien heureusement !

Ce sont en réalité des boussoles qui ne se limitent pas à un seul index, mais mélangent dans leurs résultats les données de plusieurs cartes. L’avantage énorme est que si l’algorithme est bien pensé, une recherche peut couvrir un domaine local et le domaine global. Comme si on recherchait dans un catalogue de cartes au lieu d’une seule.

SearXNG, MetaGer, Uruky sont dans ce cas. Mais seul le premier est gratuit.

Une boussole payante ?

Parce que, oui, on peut payer pour un moteur de recherche.

Rappelez-vous : lorsqu’un moteur de recherche est l’activité d’une entreprise dont le but est de gagner de l’argent, il faut bien qu’il vienne de quelque part, cet argent. Quant l’utilisateur ne paie rien, c’est que l’entreprise fait payer quelqu’un d’autre, ou autrement. C’est le fameux aphorisme :

Si c’est gratuit, c’est toi le produit.

Un axiome qui annonce clairement la réalité : à travers la publicité ou à travers la revente des données de recherche de l’utilisateur, l’entreprise fait tout de même payer celles & ceux qui se servent de son moteur de recherche. Comme nous l’avons vu plus haut, cela veut donc dire que les résultats qui sont montrés à l’utilisateur ne sont pas forcément les plus pertinents, mais plutôt ceux qui rapportent le plus (via la publicité, ou ce que les sites eux-mêmes ont payé pour mieux figurer dans le classement).

Pour éviter d’avoir des résultats faussés, une solution est très simple : faire payer les utilisateurs pour rendre l’entreprise indépendante des influences.

Avantage immédiat : une efficacité plus grande dans les recherches.

Quant au coût, actuellement, fin 2026, la plupart des moteurs payants se sont alignés sur un prix de 5 € par mois.

Je suis conscient que c’est déjà une somme, et que mettre 60 € par an pour rechercher des recettes de cuisine à base de chocolat, c’est peut-être exagéré. Mais si vous avez beaucoup de recherches à effectuer (et c’est sans doute le cas pour beaucoup d’entre nous), c’est un investissement qui peut vous permettre de gagner du temps. Au lieu de trier douze pages de résultats Google vérolés parce que l’algorithme priorise des sites au contenu peu pertinent pour vous, ou alors pertinent pour vous vendre de la publicité et des produits sur la base de vos recherches passées, vous aurez plus de chance de trouver ce que vous cherchez sur les deux ou trois premières pages, et vous passerez moins de temps en recherches exaspérantes à travers une jungle d'URL.

Historiquement, le premier et plus connu des moteurs payants est Kagi, basé aux États-Unis, qui utilise plusieurs index, dont le sien propre, axé sur le web indépendant (mais anglophone). Il donne des résultats souvent plus pertinents que les moteurs gratuits, mais, bien sûr, plutôt en langue anglaise. L’entreprise développe aussi Orion, le navigateur internet qui utilise la base de Safari, le navigateur d’Apple.

De mon côté, j’ai déniché Uruky (ceci n’est pas un lien sponsorisé) qui développe la même philosophie que Kagi, mais en version européenne. Basé au Portugal, ce moteur n’utilise pas l’IA, se sert de plusieurs index, vous permet de prioriser vous-même ceux qui seront utilisés pour vos recherches, de pondérer certains sites dans les résultats, la plupart étant hébergés en Europe, donc avec un point de vue qui nous ressemble plus, et des langues diverses (anglais, français). Il fonctionne sans abonnement. Vous payez pour un mois et vous renouvelez quand vous en avez besoin. Cerise sur le gâteau, quand vous aurez totalisé 12 mois de paiement, vous aurez accès au code source et vous pourrez héberger vous-même le moteur (la boussole, donc) avec son algorithme. Ce n’est pas encore mon cas. Uruky n’a pas encore un an d’existence, d’ailleurs. Mais comme vous avez pu le voir par l’exemple, il répond beaucoup mieux à mes besoins que Google lui-même.

D’autres moteurs européens se développent en parallèle, comme l’allemand MetaGer ou le britannique Waterfox, sur le même principe qu'Uruky.

Les IA

Je ne suis pas un adepte de l’IA, vous le savez bien. Pourtant, beaucoup de nos contemporains l’utilisent désormais aussi pour faire des recherches sur la Toile. Quand les moteurs eux-mêmes ne nous les imposent pas tout bonnement en tête de gondole, presque pour nous détourner des sites eux-mêmes. N’est-ce pas, Google ?

Cet usage des IA peut avoir ses bons et ses mauvais côtés.

Disons-le tout de suite, je ne supporte pas de voir une synthèse IA avant les premiers résultats de ma recherche. On ne peut jamais savoir si une IA hallucine ou pas a priori, donc tout ce qu’elle me recrache est suspect jusqu’à ce que je le vérifie.

Pour autant, il m’arrive de me servir d’une IA pour débrouiller un sujet à partir de recherches internet, mais dans un cadre très précis. Le cadre des recommandations et de l’état actuel des connaissances sur la pratique en médecine. Et même si sa synthèse est intéressante, elle source absolument tout ce qu’elle me ramène, et je consulte les sites sur lesquels elle s’est basée. Ce sont d’ailleurs toujours les mêmes : la HAS (Haute Autorité de Santé), la base documentaire des études scientifiques PubMed, et quelques autres.

Finalement, je me sers de cette IA (Vera Health, pour ne pas la nommer, réservée aux professionnels de santé), comme d’un métamoteur de recherche très spécialisé. Et cela peut parfois être une aide dans des sujets de niche.

Mais je n’utilise jamais une IA comme remplacement à ma propre synthèse du sujet. J’explore toujours les liens qu’elle me propose. En effet, parfois, ces liens, ces études n’existent pas, car il faut toujours se rappeler qu'une IA peut mentir.

Mon conseil est donc de ne jamais, jamais, jamais, faire confiance à un résumé IA sur une recherche internet.

Comment entendre le chant des sirènes sans se faire dévorer

Alors, maintenant que nous avons une ou plusieurs cartes, une boussole, et une idée de la destination, comment prendre la mer et naviguer sur les Océans d’internet sans risquer de nous faire dévorer par les monstres virtuels ou égarer dans des eaux troubles ? Voici ma recette, qui n’implique pas de se faire ligoter au mat du navire, ni même de se remplir les oreilles de cire d’abeille.

Un port d’attache

Il faut bien partir de quelque part.

Avant d’avoir constitué un véritable index personnalisé grâce à vos portulans, c’est bien un moteur de recherche qui sera votre port d’attache, l’endroit où, entre chaque exploration, ou même pendant, vous pourrez revenir en sécurité pour faire escale et reconstituer vos réserves, faire une pause, relancer une recherche avant de reprendre la mer.

Aussi est-il à mon avis fondamental que vous trouviez votre port d’attache à vous, voire que vous en ayez plusieurs potentiels. Un seul moteur de recherche n’est pas une garantie suffisante. Et surtout pas un moteur tel que Google ou une IA.

Si vous êtes un peu bricoleur en code et à l’aise en informatique, installez un moteur de recherche que vous allez héberger vous-même, décentralisé ou non.

Sinon, privilégiez un métamoteur.

Et si vous avez les moyens, envisagez l’essai d’un moteur payant.

Mais je crois qu’il faut aller plus loin que ça.

Je crois que le système des portulans, tel que nous l’avons discuté lors de l’article précédent, peut, à terme, constituer votre véritable port d’attache.

De l’utilité fondamentale d’un portulan

Parce qu’après tout, tous ces sites que vous avez répertoriés dans vos portulans, que constituent-ils sinon un véritable index personnel, une carte sur laquelle il ne manque finalement qu’une boussole, c’est-à-dire une recherche ?

Avant de faire une recherche internet, pourquoi ne pas d’abord chercher dans vos portulans, comme la barre du navigateur le fait dans vos signets classiques ?

Oui, c’est vrai, la recherche dans Obsidian n’est pas très performante, et surtout, elle n’est pas intégrée à la barre de votre navigateur. Du moins, par défaut.

Mais la beauté d’un logiciel comme Obsidian est dans la communauté incroyable qui gravite autour et qui pense à développer des petits outils complémentaires. C’est le cas pour une extension baptisée Obsidian Omnisearch, qui n’est pas autre chose qu’un moteur de recherche pour vos notes, donc une boussole. Il vous suffit de l’installer dans Obsidian pour chercher dans vos notes, avec des possibilités de syntaxe pour dénicher une propriété particulière, un mot, une expression, avec des opérateurs pour exclure un autre mot… bref, les possibilités sont les mêmes que celles des moteurs de recherche internet.

Pour autant, vous allez me dire : «oui, mais je vais pas faire deux recherches à chaque fois : d’abord dans mon coffre Obsidian et ensuite sur internet ! Germain, là, tu abuses, ça va me faire perdre du temps et c’est pas pratique ! Tes trucs de geek, ça va bien cinq minutes, mais quand je veux trouver quelque chose, je veux le trouver facilement et rapidement». Et je ne pourrai pas vous donner tort, parce que je pense la même chose.

C’est pour cela que j’ai trouvé non pas une mais deux solutions élégantes :

D’abord, la possibilité d’inclure un petit code qui intègre les résultats trouvés par Omnisearch dans vos notes au sein de ceux de votre moteur de recherche internet, via une extension qui existe pour tous les navigateurs, et qui s’appelle Tampermonkey. Pour que ça fonctionne, il faut suivre cette procédure (lien en anglais).

Mais personnellement, je suis passé par Omnisearch Companion, une extension de navigateur qui existe à la fois pour les navigateurs basés sur Chromium (comme Vivaldi) et Firefox. J’utilise principalement Orion, basé sur Webkit comme Safari, mais capable d’intégrer des extensions de Chrome comme de Firefox, donc les deux peuvent fonctionner pour moi.

Ainsi, lorsque je fais une recherche internet dans la barre de mon navigateur, je peux consulter d’abord les résultats que me remonte Omnisearch dans mes portulans (et dans toutes mes notes Obsidian, d’ailleurs). Et je peux commencer par visiter les sites déjà marqués comme étant d’intérêt pour moi, et par moi.

Cela a l’avantage d’une pertinence certaine (j’ai moi-même constitué l’index de mes portulans, donc je sais globalement que si j’y ai inscrit un site, c’est que je l’ai trouvé suffisamment intéressant).

Et si mes propres signets ne contiennent pas un site à partir duquel commencer ma navigation, alors, je passe par les résultats d’Uruky.

Dans tous les cas, une fois que je tiens une première escale, je commence à naviguer, c’est-à-dire à surfer, comme on disait dans les années 1990…

Car la puissance de la Toile réside dans les liens hypertextes, ces mêmes liens que les moteurs de recherche et même les IA exploitent pour vous envoyer sur une page en particulier qui pourrait vous donner les réponses que vous cherchez.

Mais au départ, ces liens n’avaient pas comme tuteurs un quelconque moteur de recherche.

Au commencement d’internet, les liens reliaient juste des pages entre elles, des sites entre eux.

Pourquoi ne pas revenir à cette habitude ? Pourquoi ne pas se laisser guider de site en site, via les liens qui les relient ?

Car à partir du moment où nous apprécions un site, il est probable que nous puissions apprécier les ressources vers lequel il pointe, les blogs qu’il référence lui-même…

C’est là tout le pouvoir d’internet : une découverte en entraîne beaucoup, beaucoup, beaucoup d’autres en cascades, qui elles-mêmes en font naître plusieurs nouvelles et ainsi de suite…

À cela, il faut deux conditions.

D’abord, que le site de départ soit sérieux, fiable, et rédigé par un ou des humains.

Ensuite, qu’il ait l’habitude de pointer vers d’autres sites semblables, qu’ils traitent des mêmes sujets que lui ou bien d’autres sujets.

Je sais que les blogrolls et les Webrings ont disparu de l’internet actuel.

Pourtant, il existe des alternatives modernes.

L'indieweb, par exemple, et ses webmentions.

Et tout simplement, les petits sites et les blogs confidentiels, les pages personnelles des gens passionnés.

C’est, en réalité, notre arme principale contre les IA qui veulent tout digérer à notre place ou les moteurs de recherche qui nous enferment dans leurs algorithmes. Tout simplement faire confiance à la propriété immanente qui émerge de la mise en relation de sites les uns avec les autres.

La Toile elle-même est la solution, puisqu’elle contient en son sein les courants des liens hypertextes. Il suffit de suivre les liens, comme autant de portes vers des îles étranges, conduisant elles-mêmes à d’autres terres qui n’attendent que nous.

C’est chronophage, c’est vrai, mais la navigation conçue ainsi nous rend plus actifs et nous libère du doomscrolling, cette «malédiction du défilement» qui capte notre attention pour nous rendre esclaves des publicités sur les réseaux dyssociaux. Car même si nous pouvons passer des heures à suivre un courant de liens nous menant d’île en île, chaque escale nous permet de creuser un sujet, ou de prendre des références, au lieu de nous hypnotiser pour nous voler notre temps à juste regarder des publicités.

Conclusion provisoire

L’alliance du portulan comme carte et du moteur de recherche comme boussole doit forcément se compléter d’une navigation de site en site, via les références qu’ils font entre eux. Et c’est ainsi que nous pouvons nous libérer des forces qui cherchent à nous envoyer vers les monstres qui se tapissent dans la Toile.

Pourtant, ceci n’est que la moitié du chemin.

Car si du côté des utilisateurs d’internet, du côté des explorateurs, des voyageurs, bref, du côté des flibustiers que nous sommes tous lorsque nous naviguons sur la Toile, ces outils sont faciles à prendre en main autant que d’une puissance redoutable, ils ne sont plus rien s’il n’existe pas, plus, ou plus assez de terres accueillantes où faire escale.

Ce qui veut dire que, pour reprendre internet à ceux qui nous l’ont enlevé, il ne suffit pas d’y naviguer en flibustiers. Il est aussi nécessaire de reconquérir octet après octet les Terres qui en constituent la Toile. Pour réellement retrouver le contrôle d’internet, nous devons aussi, et surtout, reprendre le contrôle des sites, des blogs, des pages personnelles, des jardins numériques, des nids virtuels. Bref, nous devons construire (ou reconstruire) ces îles que sont nos propres espaces numériques ancrés sur la Toile. Les construire ou les reconstruire autrement. C’est-à-dire en les pensant d’abord pour les autres êtres humains et en lien avec d’autres espaces numériques d’autres êtres humains.

Le véritable changement n’est pas comment nous naviguons sur internet.

Le véritable changement est comment nous construisons autrement les morceaux d’internet que nous possédons.

Et ça, ce sera le sujet du quatrième (et dernier ?) article de cette série, qui ouvrira d’ailleurs une nouvelle ère pour d’écaille & de plume.

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