Sur les mers plus ignorées d’Internet en 2026 — Les portulans du Serpent à Plume

par Germain Huc | Sep 11, 2026 | Le Serpent à Plumes, Les Pixe-Ailes du Phœnix, Vers l'Infini et Au-delà | 0 commentaire

L’un des premiers livres que j’ai lus, L’île au trésor, de Steevenson, a suscité en moi la passion de la lecture, mais a aussi éveillé mon imaginaire. Les histoires de pirates et les aventures des flibustiers, les îles, les tempêtes, les duels à l’épée… et le voyage. La navigation. Les navires. La découverte. Plus âgé, c’est Sur des mers plus ignorées, de Tim Powers, qui renouvellera mon intérêt pour toute cette mythologie, en y insérant aussi un zeste de surnaturel vaudou.

Est-ce aussi pour cela que la métaphore d’Internet comme un vaste océan numérique largement inexploré me parle tant ?

Cette analogie maritime n’est pas de moi. Elle impreigne les premiers temps de la Toile. Mais elle fait partie de moi, et explique peut-être l’importance que le réseau des réseaux a pour moi. L’attrait presque irrésistible, qui rappelle la puissance des sortilèges vaudous.

Mais l’âge d’or des aventuriers des mers n’a duré qu’un temps (il était d’ailleurs très loin d’être un âge idéal), tout comme l’âge d’or des explorateurs de la Toile.

En 2026, Internet est devenu plus étendu que jamais, mais en même temps, comme rétréci. Tout y semble plus étriqué, plus insipide, tant les plateformes ont envahi son espace-temps et le nôtre par la même occasion. Tout est normé, corseté. Mais également, et c’est le paradoxe, plus brutal qu’avant. Les insultes ne se limitent plus aux commentaires des blogs (qui sont désertés), mais sont devenues des campagnes massives de cyberharcèlement sur les réseaux dyssociaux. Les coups de vent d’autrefois sont devenus des shitstorms, selon l’expression populaire, des tempêtes de merde, si l’on traduit littéralement.

En 2026, Internet est plus vaste que jamais, mais étrangement plus petit, tant il a été colonisé par les algues toxiques de l’IA, qui clonent des sites, noient les humains, et font se ressembler toutes les pages.

Ou presque.

Car les Frères & Sœurs de la Flibuste écument encore ces mers plus ignorées, affrontant les dangers d’une Toile où les trésors sont plus rares et bien cachés, où connaître les vents et les courants permet d’éviter les récifs.

C’est pour vous, pour elles & pour eux, que j’ai décidé d’écrire cette série d’articles.

Car si j’aime toujours Internet, en 2026, j’ai dû me résoudre à adapter ma navigation pour éviter d’y devenir un naufragé.

Introduction

Les vents d’internet sont capricieux par nature, tout le monde le sait. Mais l’âge des tempêtes (des shitstorms) est désormais advenu, comme nous en avons convenu dans l’article précédent de cette série. Les courants nous ramènent inexorablement vers des sites générés par IA, d’autres captant nos données personnelles, et tout cela sans jamais vraiment nous apporter ce que nous recherchons. Car la Toile a désormais une sœur jumelle maléfique, où tout est formaté, rien n’est authentique, et où l’humain n’est qu’un produit.

Cela aurait pu n’avoir que des conséquences limitées dans les années 1990, à l’époque où internet n’était qu’un passe-temps pour des geeks boutonneux (le monde sérieux était dehors). Mais en 2026, alors que le réseau est devenu central dans les vies de tout le monde, tout ceci prend une ampleur bien différente.

La conséquence la plus irritante (mais pas forcément la plus grave) est celle que vous avez sans doute déjà expérimentée de trop nombreuses fois : il est devenu presque impossible de trouver véritablement ce que l’on cherche sans tomber sur des sites si remplis de publicités clignotant partout sur la page que le texte qui vous intéresse devient difficile à séparer de la promotion commerciale.

La deuxième conséquence est plus perverse. Ces sites nous traquent, et nous abreuvent de publicités ciblées.

La troisième est déguisée en atout : nos moteurs de recherche intègrent de plus en plus, et mettent en avant de plus en plus, des réponses à nos recherches sous la forme de textes générés par IA à partir de résumés des premiers sites apparaissant comme pertinents. On pourrait imaginer que cela nous fait gagner du temps. En réalité, il s’agit d’un piège bien ficelé. Car ce qui pourrait nous faire gagner du temps est surtout une façon habile d’orienter les résultats de nos recherches, selon des critères que nous ne connaissons pas, et du moins de diriger nos clics vers certains sites au détriment d’autres. Google fait déjà cela, c’est vrai. Pourtant, avec l’IA, nous passons à une tout autre échelle.

Parce qu’enfin, la quatrième conséquence est celle qui me met le plus en colère. Car l’IA ne se contente plus de se nicher dans les résultats de nos moteurs de recherche. Maintenant, elle est utilisée massivement pour produire directement des sites. Images lissées reconnaissables entre mille, textes mal écrits ou mal traduits par des chatbots mal paramétrés, le résultat est assez édifiant : non seulement les phrases sont parfois incompréhensibles, mais, en prime, ils sont le plus souvent vides d’informations qui ne soient pas déjà clonées dans cent autres sites. Censée accélérer les recherches sur la Toile et nous livrer les réponses que nous cherchons beaucoup plus facilement, l’IA devient au contraire un frein, voire un boulet, que nous nous traînons en permanence, et qui rend l’obtention d’une information plus complexe qu’aux temps anciens où AltaVista n’indexait que très mal le peu de pages que comptait le Web. En termes de progrès, on touche le fond de l’oxymore.

J’ai donc décidé de changer ma façon de naviguer sur les océans virtuels de la Toile.

Voici comment.

Rebattre les Cartes

Que faut-il pour naviguer ?

Une embarcation (un navigateur internet). Un moyen de propulsion. Oui. C’est vrai.

Mais comment aller quelque part si on ne sait pas où l’on est ni où l’on veut aller ?

Tout repose, en réalité, sur cette simple question : où ?

Pour y répondre, nous avons inventé deux outils complémentaires.

La boussole et la carte.

L’une servant à savoir où l’on se trouve sur l’autre. L’autre servant à savoir comment se rendre de là où l’on est à là où l’on voudrait être. On ne peut pas envisager l’une sans l’autre, l’autre sans l’une. Mais comme il faut bien commencer quelque part, je vais d’abord parler de la carte.

«La carte n’est pas le territoire», a dit un philosophe. Je crois que si lorsque l’on parle d’internet. La carte qui montre les endroits où nous nous rendons, où nous aimerions nous rendre, où nous avons l’habitude de nous rendre, est littéralement le territoire de nos signets, nos toujours vivaces bookmarks.

C’est bien à partir de cet outil un peu mal-aimé qui date des premiers temps de la Toile que je veux construire ma carte d’internet.

Au départ, les signets étaient déjà ce qu’ils sont encore : une liste de liens hypertextes menant vers des sites que l’on avait déjà visités et que l’on avait enregistrés, parfois en les regroupant par thèmes dans des «dossiers». Une organisation spartiate, qui ne permet qu’une seule dimension de classement, horizontale ou verticale, mais pas les deux à la fois.

Certains outils, comme raindrop.io, ont introduit la gestion des tags, ces étiquettes qui donnent une deuxième dimension au classement, mais ce n’est pas réellement suffisant pour que l’on retrouve facilement un signet et, par conséquent, pour que l’on puisse en faire la base d’une véritable cartographie.

L’hégémonie des moteurs de recherche comme AltaVista ou Google ensuite a bien rapidement remplacé ces listes de signets que l’on pouvait même s’échanger via des précurseurs des réseaux dyssociaux actuels, comme feu del.icio.us. La carte a été confisquée par les moteurs eux-mêmes, auxquels nous demandons désormais notre route. Ce sont eux qui possèdent la carte d’internet, désormais. Mais si l’on considère les moteurs de recherche comme désormais non fiables, cela signifie-t-il que nous n’avons plus de cartes à disposition ?

Exemple de fichier de bookmarks issus du navigateur web Orion

Les signets comme portulans

Non, bien évidemment, car vous & moi avons certainement une habitude en commun : nous continuons à marquer des pages internet dans nos signets.

Sur un océan numérique dont les cartes ne sont plus fiables, rassembler une véritable liste de signets peut devenir l’équivalent numérique d’un Portulan : une carte personnelle des courants favorables, des terres amicales, avec la mention des vents et des dangers.

Mais si marquer chaque site fiable pour y revenir plus tard est une saine habitude, c’est seulement si l’on ne se noie pas ensuite sous leur profusion.

Je gage en effet que, comme moi, si vous jetez un œil aux signets de votre navigateur (vous avez bien entendu pris soin de bien le choisir), vous vous trouverez face à une telle quantité d’adresses accumulées au cours du temps, que vous ne saurez plus vraiment à quoi correspond quoi. Et encore, peut-être que, comme moi, vous avez plusieurs navigateurs internet, et donc, potentiellement, plusieurs listes de signets, déconnectées les unes des autres. Bref, un vrai capharnaüm.

Leur sens

Pourquoi nous laissons-nous déborder par cette collectionnite aigüe de signets ?

Il me semble que la racine de cette habitude est la même que celle qui fait scroller sans réel but les personnes qui sont zombifiées par les réseaux dyssociaux : la sensation de satisfaction que l’archivage provoque dans notre cerveau grâce à (ou à cause de) la dopamine. Car sans avoir d'intention consciente derrière un archivage, celui-ci ne sert à rien.

C’est un peu la même chose que ce que Nick Milo explique lorsqu’il différencie le note-taking, qui est un réflexe inconscient, du note-making, qui fait intervenir notre réflexion consciente.

C’est la même différence qui existe entre avaler un sandwich en vitesse entre deux réunions et prendre le temps de déguster un vrai repas avec des amis.

Que voulons-nous vraiment en marquant un site comme signet ?

Posons-nous cette simple question, et tout change.

Est-ce que ce site m’apporte réellement quelque chose ?

Si la réponse est non, je ne mets pas son adresse dans mes signets.

Si la réponse est oui : que m’apporte-t-il ? Une référence solide ou une source, qui me servira de base pendant des années ? Un ensemble de ressources dans lesquelles je vais piocher régulièrement ? Une piste de réflexion qu’il me convient de travailler ? En fonction de mes réponses, je capture la page sous un format ou un autre, dans un endroit ou un autre.

Comment les classer ?

Oui, il importe de classer nos signets, afin de les retrouver facilement, rapidement, naturellement. Sinon, ils resteront dans un placard à prendre la poussière, et nous ne pourrons pas les utiliser comme nous l’avions prévu. Ce qui implique encore autre chose : nous aurons perdu tout le temps que nous avions mis à les parcourir et à les enregistrer.

Et nous ne voulons pas perdre notre temps. Il est trop précieux.

Dans un précédent billet, je vous expliquais comment le service raindrop.io m’avait aidé. C’était, à la réflexion, une fausse piste, qui pourtant, s’est révélée féconde car elle m’a permis de construire un vrai flux, une réelle habitude, et, au fil du temps, un Portulan beaucoup plus fonctionnel.

Le dilemme de départ vient de l’habituel conflit entre le classement par dossier et le classement par étiquettes (les tags des anglophones), c’est-à-dire entre le classement par grand thème et celui par description. Avec un moteur de recherche comme Google ou DuckDuckGo, tout le travail de classement est fait pour vous. Avec un Portulan, c’est à vous de réaliser votre classement pour qu’un moteur de recherche personnel puisse retrouver pour vous ce qui collera le mieux à votre besoin du moment.

Je l’ai résolu en mêlant les deux : j’ai un classement par grand thème (une sorte de dossier même si ce n’est pas un dossier mais une liste de liens dans une note Obsidian (mais on y viendra un peu plus loin), mais aussi un classement par étiquettes pour certains signets qui ont droit à plus d’importance car ce sont des ressources extrêmement importantes pour moi (dans mon système, ce sont des signets qui ont leur propre note dans Obsidian).

Où les classer ?

Comme vous, j’ai plusieurs navigateurs internet, car certains sites ne s’accommodent pas aisément de tous les navigateurs. Il est donc impossible d’utiliser les signets intégrés à un navigateur en particulier. D’ailleurs, les fonctionnalités de gestion des signets sont souvent très peu commodes ou intuitives, et elles sont en tous les cas très limitées pour différencier des sources fondamentales des sources récurrentes ou encore des sites sur lesquels on se rend pour des démarches administratives. Leurs capacités de recherche dans la liste des signets sont souvent rudimentaires, il n’existe pas la plupart du temps de système de tags permettant de catégoriser chaque signet…

Voilà pourquoi je m’étais au départ tourné vers raindrop, qui comble ces lacunes… mais qui enferme vos signets dans ses serveurs situés aux USA, et dont les fonctionnalités les plus intéressantes sont payantes. De plus, confier mes données à un fournisseur… j’aime de moins en moins. J’ai donc envie de garder le contrôle de mes signets, ce que permettent les navigateurs… qui sont trop limités par ailleurs.

La solution est donc, comme toujours, dans l’inventivité à partir d’outils très simples. Pourquoi ne pas simplement faire des listes de liens par thème, dans un fichier texte tout bête ? Oui, je vous l’ai bien dit au début, tout cela ressemble furieusement au simple fichier HTML des premiers bookmarks. On peut cliquer dessus en choisissant le navigateur pour l’ouvrir. On peut le mettre dans un cloud, privé ou non, et donc y accéder depuis son mobile comme depuis son ordinateur. Ce qui change, c’est qu’on a plus de souplesse. On peut créer un fichier unique pour un signet particulièrement intéressant sur lequel on voudrait prendre des notes, ou dont on voudrait se servir pour travailler sur un sujet précis. C’est du texte, donc ça peut être lu par d’innombrables logiciels, même si notre préféré venait à disparaître.

Ça manque cependant d’ergonomie, je suis d’accord. Alors, imaginons qu’il existe un logiciel qui utilise des fichiers textes et qui, en plus, sache faire facilement des liens entre eux. Oui, ça existe. C’est Obsidian. Mais vous pouvez aussi trouver d’autres solutions : OneNote, Apple Notes, Bear, Evernote, etc.

Pourquoi c’est à Obsidian que j’ai confié mes propres signets ? Parce que tous les fichiers restent en local sur mes appareils (ou sont synchronisés via mon Cloud privé) et que le logiciel est gratuit, open-source, mis à jour très régulièrement, et qu’en plus cela intègre mes signets dans mon écosystème de prise de notes et de réflexion. Avec en prime une extension magique pour créer des signets : Obsidian Web Clipper, qui permet, si je le veux, de capturer dans une note une page internet entière, texte, images, vidéos et sons compris.

Exemple d'un fichier des bookmarks comme une note dans le logiciel Obsidian

Les liens morts toujours vivants ?

Capturer dans un fichier une page entière est en effet parfois très utile.

Pour prendre des notes dessus. Pour y revenir quand on veut, y compris quand on n’a pas de connexion internet… ou que le lien est mort, c’est-à-dire que la page a été retirée d’internet. Cela arrive bien plus souvent qu’on ne le pense, et encore plus souvent qu’on ne le désire. Quand ça concerne une recette de cocktail pour une soirée, ce n’est souvent pas très grave et il est aisé de trouver une solution de remplacement. Mais quand il s’agit d’un tutoriel qui donnait des clefs qu’on n’avait trouvées nulle part ailleurs et qu’on avait mis beaucoup de temps à trouver… cela peut mettre en rage.

Alors, oui, c’est vrai, il y a la Wayback Machine, cette archive de millions de pages internet collectée depuis des années.

Mais c’est encore mieux si vous avez dans vos propres notes ce qu’il vous faut. Car la Wayback Machine n’a pas pu indexer et sauvegarder tout le Web.

Dans ce cas, vous avez toujours accès à votre copie de l’article ou de la page en question.

Votre lien est un lien mort-vivant. Mais sympathique, et surtout à votre service. C’est assez rare pour être souligné.

Exemple de capture d'un article de blog sous la forme de note dans mon coffre sur le logiciel Obsidian

Les portulans en pratique

C’est bien beau, tout ça, mais concrètement, comment on fait ?

Bon, d’accord, je vous explique. Ce qui suit est ma façon de faire, je ne peux que vous encourager à vous en inspirer pour créer la vôtre sur mesure. Nous sommes tous différents, et c’est notre force.

Les prérequis : ancre, parchemin… encre, par chemins

D’abord, il est nécessaire de disposer d’une version à jour d'Obsidian. C’est votre parchemin.

J’ai suivi les principes d’organisation ACE présentés par Nick Milo, et dans cette structure de dossiers simples :

  • Un dossier +, qui servira de boîte d’entrée des notes à traiter.
  • Un dossier Atlas, destiné à recevoir tout ce qui se trie en espaces, par catégories simples. Il contient quatre sous-dossiers :
    • Bases, regroupant toutes les tables construites pour récapituler des notes facilement sous forme de tableaux.
    • Cartes, dans lequel je vais entreposer mes portulans thématiques.
    • Points, qui est le lieu où toutes les notes génériques sont regroupées dans mon coffre.
    • Et Sources, où se trouvent toutes les notes qui ont pour sujet des documents que j’ai lus, des films qui m’ont inspiré, des musiques, et d’autres choses encore… dont des sites internet.
  • Un dossier Calendes, qui reçoit tout ce qui se trie en temps, notamment mes entrées de journal personnel.
  • Un dossier Efforts, destiné à regrouper tous les grands domaines d’intérêt sur lesquels je travaille quotidiennement ou très souvent.
  • Un dossier X, qui contient toutes les notes «support» des autres notes, ce qui comprend notamment le dossier Modèles, dans lequel j’entrepose les modèles de notes de mes Portulans.

Cette structure est pour moi à la fois simple, logique, reproductible et fractale. C’est d’ailleurs la même que je vous ai proposée dans mon article sur la conception et la maîtrise d’un scénario de jeu de rôle avec Obsidian.

Les plugins (ou modules dans notre langue maternelle) dont je me sers spécifiquement pour mes portulans sont peu nombreux.

  • Templater, qui permet de créer facilement des notes à partir d’autres notes servant de modèles, et rangées dans le dossier X > Modèles, bien sûr.
  • Quick Add, encore plus utile, car il permet de créer automatiquement une note selon un modèle défini à un endroit défini avec une structure de nom de fichier définie. Là, comme ça, c’est peu compréhensible, mais son intérêt va vous sauter aux yeux lorsque vous verrez la démonstration.

Il est ensuite nécessaire de se munir d’un navigateur internet (ça paraît évident, puisqu’il s’agit de se constituer une carte des routes sûres d’internet), auquel vous aurez pris soin d’ajouter l’extension Obsidian Web Clipper.

Obsidian Web Clipper : les quatre modèles de capture fondateurs

L’extension pour navigateur internet permet de capturer dans une note d'Obsidian le contenu partiel ou total et les métadonnées de votre choix d’une page internet donnée, dont la plus importante, son URL, c’est-à-dire l’adresse internet sous la forme https://exempledesite.fr/la_page_en_question.html. Vous commencez à voir venir les choses, n’est-ce pas ?

Il est néanmoins important de paramétrer l’extension pour qu’elle capture ce que vous voulez, et pas autre chose.

Ça tombe bien, elle permet de créer des modèles (là encore) en fonction du site que vous voulez capturer, ou de ce à quoi vous destinez cette capture.

Dans mon cas, j’ai quatre modèles destinés spécifiquement à mes portulans. Plus quelques autres destinés à la capture de sources internet très précises (un épisode de podcast, une page Wikipedia, la fiche d’un film sur TMDB, etc.).

Il s’agit du modèle par défaut, du modèle pour un Signet comme nouvelle route sur le Portulan des Routes Inexplorées, du modèle pour un Signet comme Source de site internet, et du modèle pour un Article de blog.

Page des paramètres de l'extension Obsidian Web Clipper pour un navigateur internet.
Capture d'écran de la page de paramètre d'un mode de capture de site par l'extension Obsidian Web Clipper dans un navigateur internet.

Les réflexions du cartographe

Je me suis posé la question de vous retranscrire ici sans fioritures la note qui, dans mon coffre Obsidian contient la réflexion que j’aie menée sur mon système de portulans. Je crois que cela aurait eu le mérite d’être concis, mais cela n’aurait peut-être pas été très compréhensible pour vous. Je vais donc traduire un peu mon raisonnement, qui commence avec une question.

La question : un signet internet, c’est une adresse où on peut aller chercher des choses qui nous intéressent, mais comment classer cela dans Obsidian avec la structure ACE ?

J’ai ensuite posé quelques axiomes :

Un signet, c’est une seule URL, essentiellement.

Mais une URL peut être égale à :

  • Soit la page d’accueil d’un site, qui peut mener ensuite à d’autres pages qui nous intéressent plus ou moins, et qui peuvent être liées à un ou plusieurs sujets, qui nous intéressent ou pas. Mais dans ce cas, le site lui-même peut être considéré comme une Source d’un type différent qu’un film ou un livre. Une Source nommée Site internet, pouvant donc avoir sa propre note et donc un Modèle propre, qui détaillerait : l'URL, bien sûr, l’auteur ou l’autrice du site, les sujets abordés, des informations annexes, comme l’existence d’une newsletter à laquelle je serais abonné ou pas. Ce serait déjà beaucoup plus d’informations qu’un seul signet dans mon navigateur internet n’est capable de rassembler.
  • Soit une page en particulier qui contient ce qui nous intéresse comme informations, et donc liée à un sujet en particulier. Ce type de signet peut être considéré comme une Source et donc traité comme telle dans Obsidian. Une source de type Page internet, ou Article de blog.

Pour organiser une collecte dans le système ACE, il est nécessaire de posséder une Carte des Matières (CDM, dans mon coffre, dérivée de l’anglais Table of Content, ou `TOC), située dans le dossierCartesdu dossierAtlas, regroupant en une note des liens vers d'autres notes (par exemple, une note pour une source et donc uneURL`), sur un sujet donné ou une thématique donnée.

Certains signets valent par eux-mêmes (un article de blog), d’autres sont liés à une thématique commune avec plusieurs sources.

Que faire des signets que l’on ne peut pas classer sur le moment ou que l’on n’a pas le temps de visiter à fond ?

Cela vous explique mon choix de quatre modèles de capture.

Les sites internet comme Sources

Lorsque, au gré des vents, je découvre un site, une page, un article, une vidéo, un podcast très fouillé avec des informations directement utilisables ou à relier à mes notes pour nourrir ma propre réflexion, je clique sur l’icône de l’extension Obsidian Web Clipper et je choisis mon modèle de capture de la page en question.

Cela crée une note à part entière dans mon coffre Obsidian. Cela permet également de sauvegarder tout ou partie (les parties surlignées grâce au highlighter de OWC) de la page en question, ainsi, même si le lien meurt (site qui disparaît, etc.), je garde la ressource intacte dans mes notes.

Voici deux exemples de sites internet comme sources : un site qui vaut par son existence, et un article de blog.

Note dans le logiciel Obsidian détaillant l'intéret d'un site internet avec son URL et pouvant servir de "signet augmenté"
Exemple de capture d'un article de blog sous la forme de note dans mon coffre sur le logiciel Obsidian

Les Portulans thématiques

Parfois, nous avons besoin de marquer un site car il contient des ressources pour un ou des sujets précis.

Dans ce cas, je crée un Portulan thématique, c’est-à-dire une note dans mon coffre Obsidian qui va rassembler une liste de toutes les ressources — y compris les sites internet — que j’ai trouvées sur cette thématique. Je n’ai qu’à copier l'URL de ce site pour ensuite la coller dans la note en question. J’ai souvent des sous-parties dans la note qui scindent le sujet en sections.

Voici par exemple mes Portulans thématiques sur l’astrophysique, et sur les savoir-faire et savoirs qui ont trait à la tenue d’un site internet.

Capture d'écran d'une note dans Obsidian listant des signets internet sur des sujets d'astrophysique et astronomie.

Le Portulan des Routes Inexplorées

Et puis, parfois, nous n’avons pas vraiment le temps d’explorer, juste celui de noter et de savoir que nous voulons y revenir plus tard. Pas même le temps de classer dans une thématique. C’est à ça que sert le Portulan des Routes Inexplorées : en choisissant ce modèle dans Obsidian Web Clipper, j’ajoute automatiquement l'URL du site, son nom, son auteur, et le ou les sujets dont traite le site au début de cette note spéciale au nom évocateur.

Plus tard, je reviens sur cette note et j’explore plus en détail les liens en question. En fonction, je classe le site sur un Portulan thématique, ou je capture une page, ou en fais une source. Ou je décide qu’il ne mérite finalement rien de cela. Et dès que j’ai décidé, je clique sur la case à cocher, me montrant que j’ai visité cet endroit.

Ainsi, je garde une trace des routes que j’ai sillonnées durant mes explorations. Je peux même inscrire pourquoi je n’ai pas retenu le site en question.

Et je rajoute périodiquement un header au-dessus des notes d’une période donnée, pour classer par période et repartir sur de bonnes bases.

Voici une capture d’écran de mon Portulan des Routes Inexplorées, pour vous montrer ce que cela donne en réalité.

Capture d'écran de ma note intitulée Portulan des routes inexplorées et regroupant des bokkmarks internet au fur et à mesure de mes découvertes dans le logiciel Obsidian

Le Portulan des Portulans

Mais comment donc se retrouver dans tous ces Portulans ?

Au lieu d’avoir une longue liste de signets avec leurs titres qui parfois ne nous disent plus vraiment de quels sujets ils traitent, ce que je vous ai décrit jusque-là construit… une longue liste de Portulans qui traitent de sujets divers.

Pour que cela ait un sens, il est nécessaire de réaliser une Carte des Matières un peu particulière, un Portulan de Portulans.

Cela tombe bien, Obsidian possède un type de note qui semble avoir été pensé pour cela : les Bases.

Il s’agit d’une note qui regroupe automatiquement d’autres notes sur des critères de propriétés, ces métadonnées que l’on peut inscrire dans l’entête d’une note pour la catégoriser.

Base de notes dans le logiciel Obsidian, les présentant comme groupées par domaine.

Mon usage

Ce système peut vous paraître complexe. Dans ma pratique, il est cependant très simple. Au lieu de cliquer sur Ajouter un signet ou Ajouter comme Favori dans mon navigateur, je clique simplement sur l’icône d'Obsidian Web Clipper, qui ouvre une fenêtre modale sur laquelle je choisis où et comment j’enregistre la page internet sur laquelle je me trouve.

C’est le même nombre de clics, et cela me permet de classer mes signets selon leur intérêt pour moi.

Je peux ensuite y revenir sur mes ordinateurs comme sur mon téléphone, une fois mon coffre Obsidian synchronisé.

À partir de là, il suffit de chercher le signet avec les fonctions d’Obsidian, pour retrouver celui qu’il me faut, cliquer sur l'URL au besoin, pour ouvrir la page internet désirée sur mon navigateur.

J’y vois deux avantages essentiels par rapport à des signets ou favoris classiques sur un navigateur.

D’abord, la fonction de recherche d’Obsidian permet plus de choses car je peux chercher sur des métadonnées en plus de l'URL et du nom du site ou de l’article. D’autant plus que, deuxième avantage : je peux prendre des notes sur le site ou le sujet en question, ce qui multiplie, voire potentialise, les possibilités de retrouver le signet dont j’ai besoin au moment où j’en ai besoin.

Je ne suis donc plus perdu parmi des centaines de signets dont je ne sais plus ce qu’ils représentent.

Je retrouve un peu plus de pouvoir sur ma façon d’utiliser internet.

Capture d'écran d'Obsidian Web Clipper en action sur une page internet.
Capture d'écran d'une note dans Obsidian créée à partir d'Obsidian Web Clipper
Capture d'écran d'un détail d'une note créée dans Obsidian à partir d'un page internet capturée par Obsidian Web Clipper

Conclusion provisoire

Reprendre le pouvoir, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Ce système de signets ne fera bien sûr pas disparaître les sites générés à la pelle par les IA génératives ni n’endiguera le torrent d’excréments qui se déverse par les réseaux dyssociaux. Il n’empêchera pas les moteurs de recherche de me diriger vers ces sites-poubelles.

Pas à lui seul, c’est vrai.

Mais c’est un premier pas : mes Portulans dressent une carte d’internet alternative à celle de Google et de ses sbires. Je sais que chaque signet est une île sur laquelle je peux débarquer sereinement, sur laquelle je peux trouver des ressources fiables et écrites par des humains.

Et à partir de laquelle je peux éventuellement surfer, c’est-à-dire partir pour d’autres explorations.

Car si l’on veut éviter que Google nous fourvoie de Charybde en Scylla, il faut réapprendre à suivre un chemin tracé par les auteurs et les autrices des sites que nous savons fiables. Nous devons réapprendre à sauter de site en site, au lieu de chercher sur un moteur.

Ce sera l’étape suivante dans cette série d’articles.

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