Dans les rouages d’écaille & de plume, Scrivener

Dans les rouages d’écaille & de plume, Scrivener

Cela fait presque six années maintenant que j’ai ouvert cet espace numérique qui me sert à la fois de carnet de notes public, de tribune pour mes coups de cœur ou mes coups de gueule, d’exposition pour mes projets artistiques, de lieu d’échange.

Malgré les aléas de la vie réelle, je continue d’y poster mes élucubrations, mois après mois, même si c’est de façon un peu moins régulière que pendant les quatre premières années.

Si vous me suivez depuis le début, vous avez pu remarquer certaines de mes marottes, et aussi une évolution.

Comme tout un chacun je change au fil du temps.

Il m’est donc arrivé, ici ou là, dans la vie réelle comme dans cette vie numérique, de me tromper (ne l’ébruitez pas autour de vous, mais c’est assez fréquent, beaucoup plus que je ne le voudrais, puisque malgré tous mes efforts pour retrouver ma nature profonde de lutin, je reste un être humain), et plus étonnant encore de nos jours, de changer d’avis.

S’il est d’ailleurs un domaine où je change souvent d’avis, c’est en ce qui concerne les outils technologiques que j’utilise.

C’est ainsi que j’ai pu par le passé clamer haut et fort que Scrivener n’était pas un outil qui correspondait à ma façon de voir les choses… et c’est ainsi que je me suis ravisé il y a un an tout juste.

Les convertis étant toujours les zélotes les plus dangereux, j’ai pris l’habitude d’utiliser Scrivener à tout bout de champ lorsque j’avais quelque chose à écrire, au point d’en avoir délaissé mes idoles passées, comme LibreOffice. Comme il aurait été dit à Clovis :

Courbe la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou. Adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré.

Vous savez que j’utilise Scrivener pour mes romans. J’aime la façon dont le logiciel me permet de structurer ma pensée et de me concentrer sur l’écriture au lieu de la mise en page, même si, indécrottable que je suis, je pense toujours à celle-ci en parallèle, mais dans d’autres logiciels. Je ne suis plus distrait pendant l’acte primordial, lorsque le texte coule en longues tirades faciles ou même en courtes saccades laborieuses.

Mais je l’ai aussi adopté pour des écrits plus professionnels, comme un mémoire rédigé pour valider une formation, ou pour des lettres structurées à des administrations, à des confrères… Je n’ai pas encore essayé pour écrire un scénario de jeu de rôle, mais j’y pense sérieusement…

Et voici maintenant que je l’utilise aussi pour écrire mes articles ici !

Cela devient véritablement une manie, une obsession.

J’étais à deux doigts de consulter…

Et puis, comme vous commencez à connaître le plaisir que j’ai à partager mes coups de cœur, je me suis dit que la meilleure thérapie pour moi serait de présenter la manière dont je m’y prends pour écrire mes articles avec Scrivener.

Cerise sur le gâteau, si vous êtes sages, je vous livrerai en prime mon fichier de modèle (ou comme on dit dans la langue de Greg Stafford, mon template) avec les modèles de compilation.

Je dois préciser cependant que cet article n’est en rien lié commercialement à Scrivener, et en est donc totalement indépendant.

Scrivener, petite présentation

Mais qu’est-ce donc que Scrivener ? Vous demandez-vous avec curiosité.

Scrivener, dont j’utilise la troisième version sur Mac, est un logiciel à la fois d’une simplicité désarmante et d’une complexité stupéfiante. C’est un studio d’écriture.

Comparaison n’est pas raison, mais on peut tout de même expliquer son concept en partant de ce que tout le monde connaît : le traitement de texte, qui est à la fois le cœur de Scrivener tout en étant finalement très éloigné de ce qu’il est réellement.

Dans un traitement de texte comme Word que tout le monde a déjà ouvert une fois dans sa vie, ou LibreOffice que j’avais pour ma part préféré adopter, vous écrivez votre texte dans une interface où les pages s’enchaînent de façon linéaire, comme si vous dérouliez un interminable rouleau de papier. Vous y disposez également d’outils qui vous permettent de déterminer la mise en page finale de votre texte au même moment où vous l’écrivez, et voyant directement l’apparence qu’auront vos mots lorsque tout le document aura été écrit. Même si vous utilisez des styles, une bonne pratique qui est recommandée par tous les professionnels de l’écriture, car elle permet de changer facilement l’apparence de votre texte en fonction de sa structure, votre document sera formaté pour une taille de page bien précise, avec des marges bien précises, des choix de mise en page que vous aurez pensés à l’avance, comme des numéros de page, un sommaire, et j’en passe.

Le fond et la forme seront tellement liées l’une à l’autre que transposer le texte dans une autre forme, même en changeant l’apparence des styles, sera long et complexe.

Une autre conséquence de ce long rouleau de papier virtuel se fera sentir lorsque vous devrez corriger le texte, ou bien faire référence à la fin à un passage qui se trouve perdu au milieu et pour lequel vous devez retrouver des éléments précis, comme une phrase ou juste quelques mots, voire vous rappeler de la description physique d’un personnage que vous aviez juste croqué en passant sans lui faire de fiche. Vous retrouver dans un document de plus d’une centaine de pages va être long.

Bien sûr, il existe la possibilité de mettre des signets, des références dans le texte, mais cela implique de savoir à l’avance que votre passage sera important pour la suite. Que faire si vous le découvrez en cours de route ? Vous devez vous servir des ascenseurs interminables à droite de la fenêtre principale de votre traitement de texte pour faire dérouler tout le document, en perdant un temps fou à chercher les quelques mots qui peuvent être flous dans votre mémoire. Vous devez peut-être vous servir de la fonction Rechercher et remplacer, dont l’efficacité est parfois sujette à caution si vous n’avez qu’une vague idée de ce que vous cherchez.

Bref : vous perdez du temps.

Avec Scrivener, dès le début vous travaillez avec un paradigme différent sur ces deux points précis.

Votre texte est scindé en petites unités que vous déterminez vous-même, avec un titre qui peut vous aider à facilement le retrouver, avec des notes, des mots-clefs, des signets, et même un résumé qui sont attachés à chacune de ces unités. Elles peuvent faire la taille de votre roman, comme dans Word, mais aussi la taille d’un chapitre, d’une partie de chapitre, d’une scène, d’une phrase, d’un mot si vous le désirez. Et vous pouvez organiser et réorganiser l’ordre de ces unités à votre guise.

Il devient très facile de retrouver un élément.

Plus encore lorsque l’on sait que l’on peut stocker toutes les informations nécessaires à l’écriture, comme la recherche iconographique ou historique, des fiches de personnages ou de lieux, dans la même interface et suivant le même principe.

Vous pouvez bien entendu voir et travailler sur chaque unité séparément, mais aussi sur l’ensemble en une seule vision globale comme si vous étiez dans un traitement de texte.

Quant à votre texte lui-même, d’ailleurs, il s’étale dans chaque unité comme s’il était inscrit sur une fiche, avec bien entendu des styles pour en marquer certaines particularités. Mais sa mise en forme n’est au départ pas déterminée lorsque vous écrivez.

C’est plutôt le travail d’une opération unique à Scrivener que l’on appelle la compilation, qui permet de formater le même texte de façon très différente en fonction de ce que l’on veut en faire : un brouillon, une épreuve de correction, un texte fini, mais lequel ? Une lettre, un rapport, un livre papier, un livre électronique ? Un article ?

Le fond du texte est clairement séparé de sa forme, ce qui permet une grande liberté et une plus grande rapidité dans les processus de publication ensuite. Cela n’empêche pas de choisir avec quelle police de caractères le texte s’affiche lorsque vous écrivez, de déterminer une apparence pour des styles lorsque vous devrez marquer une partie comme état importante, mise en évidence, comme étant une citation ou un bloc de code. Au contraire. Mais votre marquage ne sera finalement que cela : un simple marquage. Vous pourrez ensuite décider de façon très simple d’ignorer certaines marques, certains styles, voire de ne pas publier les parties marquées d’un style en particulier lors de la publication dans un rapport alors que pour vos archives vous pourrez autoriser ces parties de texte à être imprimées. Et vous pourrez décider comment chaque style apparaîtra dans des publications différentes.

Par exemple, décider pour un roman que la version classique verra les portions importantes en italique alors que dans la version luxe ces portions seront affichées selon une fonte différente, en petites majuscules.

La compilation est sans doute l’étape la plus complexe à comprendre et à appréhender, voire à maîtriser, de Scrivener, mais c’est aussi elle qui permet d’en goûter le plus la souplesse et la puissance.

En fait, le principe de Scrivener ressemble beaucoup à la façon dont sont conçus les sites sur internet à notre époque.

Sur un site internet, l’information que vous voyez à l’écran est séparée en deux dans le code.

D’un côté — c’est ce que l’on appelle le fichier HTML — le texte lui-même avec des balises permettant de savoir quelles parties sont importantes, lesquelles sont des citations, lesquelles sont des liens, et d’un autre côté un fichier – appelé CSS – qui décrit comment chacune de ces balises doit être montrée à l’écran, leur style.

Cette séparation permet beaucoup de choses, notamment le fait que le même article d’un site puisse être montré un peu différemment sur un ordinateur (avec une police de caractères particulière par exemple) ou sur un téléphone (une police plus grosse, par exemple).

Apprendre à se servir de Scrivener est assez simple une fois qu’on en a compris les principes. Vous pourrez trouver sur le net quantité de tutoriels en français comme en anglais. Il existe même des formations payantes en ligne, qui franchement me semblent plutôt inutiles si l’on accepte d’expérimenter soi-même un peu. Nous avons affaire à un logiciel extrêmement versatile dans les usages qu’on peut en faire et comportant une myriade d’options certes, mais ce n’est pas non plus un casse-tête au point de payer des centaines d’euros pour en exploiter les nombreuses possibilités.

Le mécanisme derrière le rideau d’écaille & de plume

En plus du côté très pratique et agréable de Scrivener, c’est cette similitude de principe qui m’a conduit à envisager de l’utiliser aussi pour écrire les articles de mon site, qui est motorisé, comme une grande majorité des sites modernes, par le code de WordPress.

Habituellement, l’interface qui permet d’écrire à l’aide de WordPress est très inspirée des traitements de texte classiques comme Word et ressemble à ceci.

Ma façon de faire lorsque d’écaille & de plume est né fut donc d’écrire directement dans cette interface, avec deux écueils principaux. Tout d’abord ceux du paradigme d’un traitement de texte comme je vous les ai exposés plus haut. Mais surtout se rajoutait l’inconvénient de dépendre d’une connexion internet pour écrire (ce qui n’est pas toujours possible), ce que j’ai trouvé très inconfortable, voire dangereux, car à plusieurs reprises j’ai dû réécrire des articles parce que la connexion internet n’avait pas été fiable et que mon travail n’avait pas été enregistré. De même, tous mes premiers articles étaient uniquement stockés sur internet, et je n’en possédais pas de copie hors-ligne.

J’ai donc décidé de changer de méthode et d’écrire mes articles d’abord hors-ligne, en utilisant un traitement de texte, pour copier et coller le résultat final dans l’interface de l’éditeur de WordPress.

Comme tous les sites internet, d’écaille & de plume est produit avec un code HTML mis en forme par un fichier CSS.

L’idée s’est donc imposée très vite d’écrire avec Scrivener, puis d’exporter, de compiler le travail ainsi accompli pour qu’il soit parfaitement intégré à WordPress.

Et plutôt que de bêtement copier-coller le texte, je pouvais me servir de sa fonction de compilation pour exporter non seulement les balises marquées par les styles, mais aussi les liens internet.

J’ai donc déterminé des styles personnalisés qui sont basés sur les balises classiques du HTML (comme <i>, <em>, <b>, <strong>, <blockquote>, etc.), et ensuite un modèle de compilation qui permettait d’obtenir un code HTML propre contenant les balises utilisées dans le texte. Le tout est regroupé dans un fichier de modèle (ou template) que vous pouvez importer dans vos propres modèles de Scrivener.

Le fichier modèle d’article

Ce modèle (template) a été pensé pour faciliter l’écriture de posts ou de pages sur WordPress en se servant de l’éditeur classique TinyMCE, ou même avec Gutenberg. Il n’est hélas pas directement utilisable avec les constructeurs de pages comme Divi. Il faudra d’abord en passer par l’étape éditeur classique auparavant.

Il est conçu pour sortir un fichier HTML5 via la syntaxe MMD (MultiMarkdown). Une fois compilé, il suffit de copier le code HTML compris entre les balises <body> du fichier (en ouvrant ce dernier avec votre éditeur de code préféré, chez moi c’est Espresso), et de le coller dans l’onglet texte (et non dans l’onglet visualisation) de l’éditeur de WordPress.

En basculant ensuite sur l’onglet visualisation, votre texte devrait apparaître comme mis en forme.

Le modèle comporte des styles très fréquents dans les articles, comme la mise en emphase (style Mise en évidence), ou le texte fort (style Strong), la combinaison des deux (style Strong & italic utilisé pour distinguer le titre d’une œuvre par exemple), voire le texte barré (style Barré).

Il est capable aussi de reconnaître les citations (style Bloc de citation) qui peuvent être insérées comme vous le désirez en bloc.

Il gère la mise en forme du code (style Bloc de code) et les balises <code> (style Balise span).

Et encore plus, les liens d’écaille & de plume.

Pour les insérer, tapez le texte, sélectionnez celui qui sera visible pour le lien, et dans Scrivener cliquez sur Édition > Ajouter un lien... en choisissant Aucun préfixe. Vous tapez l’adresse du lien, et le tour est joué !

Je ne conseille pas de s’occuper des images directement dans Scrivener, car WordPress a une façon bien à lui de les gérer. Mieux vaut les insérer une fois le texte à l’aise dans l’éditeur de votre blog.

La hiérarchie des sections a été pensée pour que les titres soient balisés seulement à partir de<h2>, laissant la balise <h1> seulement pour le titre de votre article dans WordPress, comme il est recommandé par les bonnes pratiques du SEO.

La compilation se fait exclusivement via le format MultiMarkdown, mais peut sortir deux types de fichiers.

Tout d’abord un fichier HTML, qui sera utilisé pour publier l’article sur WordPress, en copiant tout ce qui se trouve entre les balises <body> et en le collant dans l’éditeur du blog.

Ensuite, un fichier RTF qui servira éventuellement à archiver le fichier, ou ensuite à le transformer en PDF.

Compilation vers HTML, petit tutoriel

En sélectionnant le format de compilation Article de blog d'écaille & de plume, veiller à bien choisir une compilation MultiMarkdown -> Web Page (.html).

Dans les paramètres de compilation (la roue dentée dans le panneau de droite, située à droite de l’étiquette symbolisant les métadonnées), veiller à bien cocher Convertir le texte enrichi en MultiMarkdown. C’est la condition pour que les styles embarqués dans l’article soient bien retranscrits dans le fichier HTML.

Dans l’éditeur de code

Le résultat dans l’éditeur de code sera une syntaxe HTML comme celle-ci.

<!DOCTYPE html>
<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="en">
<head>
	<meta charset="utf-8"/>
	<title>Template blog</title>
	<meta name="author" content="Germain HUC"/>
</head>
<body>

<h2 id="sectiondelarticle">Section de l’article </h2>

<p>Du texte</p>

<h3 id="sous-sectiondarticle">Sous-section d’article </h3>

<p>Encore du texte</p>

<h4 id="sous-sous-sectiondarticle">Sous-sous-section d’article </h4>

<p>Du texte toujours.</p>

<p>Et un texte sans titre.</p>

</body>
</html>
Résultat de la compilation en HTML

Il ne vous restera plus qu’à copier tout ce qui se situe entre les balises <body> et à le coller dans l’éditeur de WordPress. Votre article est prêt.

Le présent du Serpent à Plume

Vous pouvez télécharger ce modèle pour Scrivener et le modifier selon vos goûts et vos besoins.

Je vous encourage même à le faire, parce que vous verrez que Scrivener n’est jamais plus efficace que lorsque vous l’avez modelé à vos habitudes, à votre façon unique de vous en servir.

Vos retours et vos expériences sont d’ailleurs les bienvenues sur cet espace.

En attendant, bonne écriture !

Making of a book, partie 4 : du fichier au papier

Making of a book, partie 4 : du fichier au papier

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Introduction

Une fois que votre livre a été écrit, mis en page et doté d’une couverture, ou peut-être même bien avant que toutes ces étapes aient été franchies, vous devez accomplir certaines formalités si vous désirez aller jusqu’à l’éditer vous-même.

Car si le travail de l’auteur s’arrête généralement à l’écriture du texte, le rôle de l’éditeur consiste à véritablement le faire naître au monde. Pour cela, comme s’il s’agissait d’un être vivant, présenter un livre au reste de l’univers requiert quelques règles et quelques rituels.

ISBN

Votre livre a un titre, ce qui sera son nom. Il a un ou plusieurs auteurs, un ou plusieurs illustrateurs, un ou plusieurs contributeurs, qui seront ses parents. Il a une date de publication, qui sera sa date de naissance.

Comme pour la venue au monde d’un enfant, votre premier geste sera donc de déclarer sa naissance à l’état civil.

Dans le monde de l’édition, un acte de naissance porte le nom exotique et un peu barbare d’ISBN ou Internation Serial Book Number. Ce code à 13 chiffres sera l’identifiant unique du livre, un peu comme sa carte d’identité. Il permet de connaître le type de publication, sa zone géographique, l’éditeur, et le numéro de l’ouvrage chez l’éditeur.

L’obtenir est assez simple en France. Il suffit de contacter l’AFNIL (Agence Francophone pour la Numérotation Internationale du Livre) via son site internet. Par retour de mail, vous recevrez un identifiant d’éditeur, un segment d’ISBN, et une liste de numéros ISBN à utiliser sur ce segment, dans l’ordre chronologique de vos publications.

Il vous suffira de garder cette liste en lieu sûr et de noter, par exemple comme je le fais dans un fichier, à quelle édition correspond chaque numéro ISBN que vous utiliserez.

Ainsi, l’ISBN de la première édition brochée du Choix des Anges est 9 791 093 734 019.

Ce sésame sera indispensable pour déclarer la naissance de votre enfant de papier, car si l’ISBN est sa carte d’identité, l’officier de l’état civil qui enregistrera sa venue au monde n’est autre, dans notre pays, que la Bibliothèque Nationale de France (BnF) via son Dépôt légal.

Dépôt légal

Prenant racine dans la pratique des copistes de la célèbre Bibliothèque d’Alexandrie, qui confisquaient chaque livre pour le copier et en entreposer ainsi un exemplaire au sein de la gigantesque institution, le dépôt légal est une manière pour chaque pays de conserver son patrimoine écrit à l’abri des destructions et des pertes.

Ainsi, chaque livre qui est publié en France doit être conservé en un exemplaire à la Bibliothèque Nationale.

Pour ce faire, il vous suffit là encore de vous rendre sur internet, sur le site de la BnF. Vous y déclarez la publication de votre livre, et téléchargez le bordereau d’envoi de l’exemplaire que vous destinez au dépôt légal.

Mieux vaut faire cette déclaration un peu en avance par rapport à la publication effective de votre livre, car la BnF doit avoir reçu son exemplaire au plus tard le jour de la mise à disposition au public de votre œuvre.

Impression à la demande

Les démarches administratives liées au livre terminées, vous pouvez penser au plus important : comment le faire imprimer et distribuer à moindres frais pour vous et vos lecteurs, avec une qualité satisfaisante.

Le temps où les technologies imposaient d’imprimer en très grande quantité pour diminuer le coût de chaque exemplaire est heureusement révolu, et l’avènement de ce que l’on appelle l’impression à la demande permet deux révolutions majeures.

La première est de rendre le coût d’impression d’un seul exemplaire pratiquement égal à celui d’un millier, donc d’éviter aux auteurs comme aux éditeurs de débourser une somme faramineuse comme mise de départ. Cette grande révolution a encouragé l’apparition de l’auto-édition, et la rend non seulement possible, mais viable. Elle rend d’ailleurs l’importance et la nécessité de l’éditeur plus fragile, comme je vous l’avais exposé il y a quelques années déjà. À tel point que l’on peut se demander si entrer dans une maison d’édition lorsque l’on est auteur est véritablement une bonne idée.

Je vous spoile : à mon avis plus du tout. Cet avis est d’ailleurs partagé par quelques-uns dans le monde du livre, et pas des moindres

La seconde est le corollaire direct. Auparavant, quand on devait faire imprimer cinq mille exemplaires d’un roman dès sa naissance, et que l’on n’en vendait qu’une dizaine, la détestable habitude de l’industrie qui ne pouvait s’offrir en plus du coût de l’impression celui du stockage improductif de tant de papier dans des entrepôts pleins à craquer était de les envoyer au pilon : les exemplaires restants (soit quatre mille neuf cent quatre-vingt-dix dans notre exemple) étaient détruits. Oui. Détruits. Purement et simplement. Comme un autodafé institutionnalisé… En plus du geste symbolique qui m’arrache le cœur rien que d’y penser, le gâchis de ressources financières et écologiques est absolument incroyable…

Imprimer votre livre passera donc obligatoirement, même si vous avez des reins financiers solides, par de l’impression à la demande.

Plusieurs options s’offrent à vous.

Les plus connues sont lulu.com et CreateSpace, filiale d’Amazon, même si cette dernière est contestée.

Pour ma première expérience en auto-édition, j’ai tout de même choisi CreateSpace.

Pourquoi ?

Parce que je voulais essayer de limiter le nombre d’intermédiaires et qu’au final Amazon est une plaque tournante du monde de l’auto-édition. J’entends les critiques qui lui sont formulées, notamment par Neil Jonunsi, dont j’admire la démarche. Sa réflexion et mes propres envies se rejoignent peu à peu, et il est probable que mes prochains livres soient imprimés et distribués autrement.

CreateSpace : processus de commande de votre livre

Pour illustrer ce processus, prenons l’exemple du Choix des Anges.

Première étape, créer un compte sur CreateSpace, via leur site, puis accepter leurs conditions d’utilisation.

Sélectionner Set up your book now pour commencer vous-même la conception. Puisque tous vos fichiers sont désormais prêts grâce aux épisodes précédents de cette série d’articles, cela va aller très vite.

L’étape suivante consiste à enregistrer les données principales de votre livre. Son titre, son auteur (vous !), de quelle édition il s’agit (une première édition, probablement).

Puis l’on vous demande s’il s’agit d’un livre en noir et blanc ou en couleur. Bien évidemment un roman n’a que rarement besoin de pages intérieures en couleur, j’ai donc choisi noir et blanc. Vous devez aussi trancher un débat philosophique qui agite les forums d’auteurs en deux camps irréconciliables. Ce débat qui change la face du monde à chacune de ses itérations est le suivant : papier blanc ou papier crème ? Je fais résolument partie des prosélytes du papier blanc, mais j’admets à ma table les fanatiques du papier crème, je ne suis pas sectaire…

Puis on vous demande d’indiquer la fameuse trim size, ou taille de coupe de votre livre. Son format. Pour Le Choix des Anges, j’ai choisi un format A5 (148mmx210mm) qui n’est hélas pas un standard pour Amazon (les anglo-saxons et leurs unités non métriques !). J’ai dû sélectionner une custom trim size (ou taille de coupe personnalisée), qui correspond pour du A5 à 5,83 pouces par 8,27 pouces.

Veillez à sélectionner la case Ends before the end of the page dans l’option bleed. Cela indique à CreateSpace que vous n’avez pas d’images intérieures qui doivent être imprimées jusqu’au bord de la page, ou d’autres « bords perdus ». Si vous passiez outre, l’outil risquerait de redimensionner votre maquette pour amener votre texte jusqu’au bord de la page. Or, comme nous l’avons vu dans l’épisode 2 de cette série, une marge confortable est souhaitable sinon indispensable pour la lecture.

Cochez la case Interior reviewer, qui lancera automatiquement un processus de visualisation de votre maquette, afin de vérifier que chaque page soit bien positionnée.

Et vous pouvez enfin indiquer en cliquant sur Browse le chemin sur votre ordinateur du fichier de votre maquette intérieure. Après quelques minutes d’attente, ce fichier aura été téléversé vers les serveurs de CreateSpace.

Là, le site va automatiquement analyser votre fichier pour détecter d’éventuelles erreurs dans votre maquette.

Une fois ce travail effectué, cliquez sur le bouton qui vous propose de lancer l’outil de révision (Launch Interior Reviewer) et vérifier dans cet outil que vos pages s’affichent comme vous le désirez (ce qui, si vous avez suivi mes conseils, ne devrait poser aucun problème).

Étape suivante, la couverture. Là encore un débat philosophique vous attend. Couverture brillante (glossy) ou mate ? Chacun ses préférences. J’ai opté pour la finition brillante, j’avoue, au hasard…

Vous pouvez téléverser le fichier de votre couverture, vous savez, celui que nous avons préparé dans l’épisode précédent ?

Une page récapitulative vous permet de vérifier que vous n’avez rien oublié ou que vous n’avez pas commis d’erreur.

Enfin, vous sélectionnez votre Canal de distribution.

Canal de distribution

Imprimer le livre, c’est bien, le distribuer pour qu’il soit vu et lu par le plus grand monde, c’est mieux.

Autant les technologies d’impression à la demande permettent de s’affranchir des coûts et des principales difficultés de l’impression, autant le dilemme de la distribution la plus large possible reste presque entier.

La distribution et la diffusion feraient d’ailleurs un bon sujet pour de nombreux articles en soi, tant elles sont le principal point d’achoppement de la production d’un livre.

Néanmoins, si vous avez choisi Amazon via sa filiale CreateSpace, votre propre choix sera plus facile, car ce sera Amazon qui se chargera, via son site, de la distribution à vos lecteurs. On peut détester cela (et je le comprends), mais Amazon, de par sa notoriété, pourra toucher un public énorme de lecteurs potentiels. Il suffira de dire : « mon livre est disponible chez Amazon », et toute personne intéressée pourra facilement le trouver et le commander, pour se le faire livrer dans presque tous les pays du monde.

Vous devez donc indiquer à CreateSpace pour quels canaux de distribution vous optez.

Il en existe trois.

Amazon aux USA, sur le site amazon.com, diffuse dans le monde entier. Si en plus vous avez opté pour une taille de papier dans les standards d’Amazon, vous pourrez aussi être distribué, via l’option Expanded dans les bibliothèques et les librairies du réseau américain d’Amazon.

Amazon Europe, pour les livres imprimés sur le continent. C’est l’option la plus intéressante.

Amazon UK, pour les livres imprimés en Grande-Bretagne.

Au final, ces trois possibilités n’ont que peu d’importance sur l’étendue de votre audience, mais en auront plus sur les royalties que vous allez toucher. Le calcul de la marge d’Amazon et du coût d’impression est en effet dépendant du canal par lequel votre lecteur aura commandé son livre.

Prix du livre

Vous devez tout d’abord savoir qu’en France le prix d’un livre doit être unique, c’est-à-dire qu’il ne peut pas être vendu à un prix différent chez un vendeur et chez un autre. Le prix de votre ouvrage sera donc le même pour tous vos acheteurs, ce qui ne veut pas dire qu’il ne pourra pas évoluer dans le temps.

Cela étant posé, votre livre aura fatalement un coût d’impression et un coût dû à la marge prise par Amazon. Le prix de votre livre sera donc influencé par ce coût, et au minimum égal.

Vous pouvez décider de vendre à prix coûtant, mais « tout travail mérite salaire » et vous avez sans doute sué sang et eau pour écrire votre ouvrage. Outre la reconnaissance et la satisfaction d’être lu, que ce long travail vous permette une rémunération, même faible, ne serait que justice.

On peut débattre à l’envi du juste prix d’un livre, de la juste rémunération d’un auteur.

Au final, faites comme vous le sentez.

Bien évidemment, votre livre se vendra peu si vous fixez son prix à 150 € (ou alors il faudra qu’il soit imprimé avec une tranche dorée à l’or fin, ce que CreateSpace, étonnamment, ne propose pas – ou pas encore), mais il est tout à fait envisageable de déterminer un bénéfice de 2 à 4 € (certains font plus) sur chaque exemplaire, ce qui vous permettra de financer un achat groupé d’exemplaires auteurs, cédés par CreateSpace à un coût inférieur.

De façon pratique, je vous conseille d’abord de calculer le coût fixe du livre, puis de calculer en fonction du prix final hors taxes de votre livre la part qui sera la marge d’Amazon, puis de rajouter la TVA. Vous obtiendrez le prix final toutes taxes comprises.

En cherchant un peu, j’ai déniché la formule permettant de savoir assez facilement ce que cela donne.

Le prix final hors taxes sera la somme de :

Un pourcentage sur le prix de vente hors taxes de votre livre, soit 40 % pour une distribution standard et 60 % pour une distribution Expanded.

Une charge fixe, calculée suivant le canal de distribution, le type d’impression des pages intérieures (couleur ou noir et blanc), enfin, la fourchette dans laquelle se situe le nombre de pages du livre.

Un prix à la page, dépendant là encore du canal, du type d’impression et de la fourchette dans laquelle se situe le nombre de pages du livre.

Je vous récapitule tout cela dans un tableau.

Vous pourrez constater que tous ces calculs sont un peu complexes, mais la vie est rarement simple.

 amazon.com USA Amazon Europe Amazon UK 
Type de livreCharge fixeCharge par pageCharge fixeCharge par pageCharge fixeCharge par page
Noir & blanc 24-108 pages2,15 $US0,00 $US0,60 €0,012 €0,70 £GB0,01 £GB
Noir & blanc 110-828 pages0,85 $US0,01 $US0,60 €0,012 €0,70 £GB0,01 £GB
Couleur 24-40 pages3,65 $US0,00 $US0,60 €0,060 €0,70 £GB0,05 £GB
Couleur 42-500 pages0,85 $US0,07 $US0,60 €0,060 €0,70 £GB0,05 £GB

Statut social et statut fiscal

Moins simple encore est la dernière étape de votre chemin vers le statut d’auteur autoédité : le labyrinthe des règles de cotisations sociales et de déclarations fiscales.

Quelques sites peuvent vous aider à trouver comment vous déclarer en micro-entrepreneur (le nouveau nom du statut d’autoentrepreneur) si vous êtes salarié par ailleurs, ce qui certes est le cas de la majorité des Français, mais pas de la totalité. Ils vous aideront à déclarer et gérer le statut auprès de l’URSSAF, ainsi que pour déclarer et payer vos impôts. Car bien entendu, vos revenus tirés de l’auto-édition seront imposés…

Cependant, si, comme c’est mon cas, le statut de micro-entrepreneur vous est interdit (vous exercez déjà une profession libérale, par exemple), les choses sont tout de suite beaucoup moins claires et aucun site n’a pu me mettre sur la voie.

J’ai donc appelé directement l’URSSAF pour leur poser des questions.

Ce qui suit est donc mon expérience et pourrait ne pas véritablement convenir à votre situation particulière, je vous conseille donc dans le doute d’appeler votre centre URSSAF (si vous parvenez à les joindre, ce qui n’est pas toujours facile).

Tout d’abord se rendre sur le site des formalités en ligne, le CFE.

Choisir déclarer une formalité, puis modification, et sélectionner le formulaire d’adjonction d’activité P2. Ce formulaire m’a donné du fil à retordre, car je ne parvenais pas à le trouver.

Après bien des recherches, je l’ai déniché ici.

Vous le remplissez (lisez bien la notice, comme d’habitude ce n’est pas simple et il vaut mieux ne pas se tromper).

Vous le renvoyez au centre de votre URSSAF.

Pour ce qui est de la déclaration d’impôts, il m’a été indiqué de reporter le montant de mes revenus liés à l’auto-édition en ligne B du formulaire 2035 que connaissent bien les professions libérales (ou leur comptable).

Vers l’infini et au-delà…

Dans la dernière partie de cette série, nous effleurerons un sujet encore plus vaste, en effet : le devenir de votre livre une fois que vous l’aurez publié.

Créer un livre électronique au format epub3, partie 3 : dessine-moi un ePub

Créer un livre électronique au format epub3, partie 3 : dessine-moi un ePub

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Introduction

Nous avons vu dans les deux premiers volets de cette série comment structurer la mise en forme de votre livre pour rapidement le transformer en version électronique, puis l’anatomie d’un livre électronique au format ePub3.

Vous êtes maintenant prêts à réaliser votre premier livre en ePub3.

C’est une étape qui peut facilement intimider.

Il faudra manipuler du code informatique.

Il faudra faire des tests.

Il faudra ciseler votre livre pour qu’il atteigne vos critères de qualité.

Si produire un livre papier est finalement assez naturel, le façonnage d’un livre électronique l’est beaucoup moins à ceux qui ne sont pas familiers de l’univers du code informatique.

Si j’osais une comparaison, vous allez devoir vous transformer en joaillier, car les outils dont nous disposons actuellement sont aussi versatiles que les normes des livres électroniques elles-mêmes, et aussi délicats à manier que pour la taille d’une pierre précieuse. Un simple geste de travers et votre émeraude peut rapidement être gâtée.

Mais il y a une bonne nouvelle. Des petits lutins industrieux sont là pour vous aider, comme Jiminy Panoz, par exemple, qui œuvre depuis des années pour rendre la production de livres électroniques plus simple, plus opérante, plus fluide, et plus satisfaisante pour le lecteur comme pour l’éditeur et l’auteur lui-même.

Le seul écueil encore sur votre chemin reste que nombre de ces lutins, dont Jiminy lui-même, exposent souvent leurs idées, leurs astuces, leurs méthodes, dans la langue de l’auteur du Songe d’une nuit d’été.

Je vais donc vous présenter ici ce que j’en ai retenu pour ouvrager mes propres livres. Ce sera une base je l’espère suffisante pour que vous puissiez commencer vous aussi.

Et une fois que vous les aurez maîtrisées, sans doute serez-vous prêts à en apprendre plus dans les multiples sites spécialisés qui sont hébergés sur la Toile, en anglais.

Les outils

Bien évidemment, il serait trop simple que les mêmes outils que vous avez enfin maîtrisés pour votre livre papier puissent vraiment servir pour votre livre électronique.

Même si Jiminy Panoz a conçu un petit plug-in pour InDesign permettant de facilement transposer votre maquette papier en numérique, il vous sera nécessaire, à un moment où à un autre, de mettre les mains dans le moteur. Aussi suis-je partisan d’une méthode plus artisanale, même si, vous le verrez, l’automatisation pourra être d’une certaine utilité.

Le prérequis

N’espérez pas aborder cet article facilement sans avoir au moins quelques bases dans deux langages très simples de l’informatique actuelle : le HTML5 et le CSS3. Vous pourrez faire comme moi et suivre les cours d’openclassroom à cette adresse. La pédagogie est très didactique et vous apprendrez très rapidement les quelques rudiments qui vous seront nécessaires pour comprendre ce dont nous allons parler.

Le HTML5 servira à coder le texte de votre livre. Chaque chapitre ou section importante de votre livre sera un fichier HTML5. À l’intérieur de chacun de ces fichiers, chaque paragraphe sera encadré de balises, probablement des balises <p>, ou <span>, ou <i> ou <b>. Vos citations seront soit des <blockquote> soit des <cite>. Votre table des matières sera encadrée dans une balise <nav>.

Une grande partie de cette structure de base sera déjà faite pour vous lors de l’exportation de votre texte depuis Scrivener, aussi n’aurez-vous qu’à la peaufiner ou la corriger à la marge.

Le CSS3, lui, sera la partie la plus ardue et la plus ingrate. Il contrôle la forme de votre livre, son apparence dans l’application de lecture. Bref, c’est lui qui contient la matière de vos styles, ceux que vous avez conçus dans la version papier, et que vous devez transposer (sans toujours y coller parfaitement) dans une version numérique. C’est sur cette transposition que va porter l’essentiel de notre travail.

Espresso

Pour écrire ou corriger du code numérique, on peut utiliser un simple éditeur de texte comme Notepad ou Textedit. Un fichier de code n’est en effet rien d’autre qu’un fichier de texte dont l’extension est un peu différente.

Mais il est plus aisé et plus confortable d’utiliser un logiciel qui possède quelques fonctionnalités dédiées, comme la coloration du texte en fonction de la structure du code (les instructions d’une couleur, les variables dans une autre), l’indentation automatique (chaque balise étant indentée en fonction de sa place dans l’imbrication), ou même la fermeture des balises avec des raccourcis (car une balise doit toujours être refermée lorsqu’elle se termine).

C’est pour cela que j’ai choisi Espresso.

Facile à prendre en main, épuré visuellement, il permet néanmoins de garder un œil sur la structure de livre ePub (le volet sur la gauche) et sur celle du fichier lui-même (le volet sur la droite) en même temps que l’on inspecte ou modifie le code (fenêtre principale) et que l’on navigue dans divers fichiers en utilisant les onglets sur la barre supérieure. On peut également visualiser facilement le résultat final, dans le navigateur web de son choix, en cliquant sur l’icône en forme de boussole.

Il possède une fonction de recherche et de remplacement satisfaisante et maîtrise les règles du HTML5 comme du CSS3.

Blitz

Blitz est la pièce maîtresse de la conception de mon fichier de style en CSS3.

Mis à disposition et régulièrement mis à jour par Jiminy Panoz, Blitz est un framework, un cadre de travail dans la langue de Molière, qui a été pensé et peaufiné pour faciliter le casse-tête habituel que l’on peut rencontrer en essayant de rendre homogènes les styles que l’on a conçus pour son livre électronique.

Et surtout pour les rendre opérants sur presque toutes les solutions de lecture numérique.

Car le monde numérique a un gros désavantage sur le monde papier : là où un livre papier se présentera toujours sous la même forme quelles que soient les mains qui le tiendront, chaque application de lecture va traduire un peu différemment le même code et vous allez donc obtenir un rendu différent à chaque fois. Il est donc rare que deux lecteurs aient la même présentation de votre livre sur leur liseuse, sauf s’ils utilisent le même modèle, mais aussi la même version de l’appareil, ainsi que le même système d’exploitation, avec la même version…

Afin de remédier à cela, Blitz propose une façon originale de concevoir votre code CSS3, grâce à des briques simples déjà codées pour vous, que vous pouvez d’abord paramétrer.

Ainsi, il suffit de partir de la définition simple en phrases de ce que l’on veut obtenir, de chercher quelles briques de Blitz correspondent, de les paramétrer, puis de compiler le résultat.

Compiler ? Encore ?

Oui, comme Scrivener, Blitz est une sorte de traducteur, et l’obtention de votre code final (ou du moins de sa version préfinale, avant vos petits ajustements de dernière minute) est la dernière étape de la traduction.

Car Blitz n’utilise pas à proprement parler du CSS3.

Il traduit plutôt la conception de vos briques depuis un langage un peu plus évolué, nommé le LESS (petit jeu de mots anglais sur « less » qui veut dire « moins », car le code est souvent plus court), capable entre autres d’adapter une propriété CSS à des conditions précises, ce que ne permet pas nativement le CSS3.

LESS et CSS sont très proches, aussi n’aurez-vous aucun mal à vous adapter à ses particularités.

Crunch 2

Crunch est comme Espresso, un éditeur de code. Mais il permet gratuitement de travailler sur du code LESS, et de le compiler ensuite en CSS3 (il le « crunche » pour employer le mot franglais exact). C’est donc lui qui sera votre première interface avec les briques de Blitz.

Il se présente un peu comme Espresso : volet de gauche montrant la structure du framework LESS de Blitz, éditeur dans la fenêtre principale, des onglets au-dessus.

La structure de l’ePub

Tout commence bien sûr avec l’ossature de votre livre électronique. Comme nous l’avons vu dans le volet précédent, un ePub est structuré d’une façon très précise. C’est par cette structure que vous devez débuter la réalisation.

Plusieurs possibilités s’offrent à vous.

La construire vous-même. Fastidieux, mais possible.

Vous servir du modèle que je vous ai déjà livré dans les épisodes précédents de cette série d’articles.

Vous servir du fichier que Scrivener va compiler pour vous lorsque vous aurez terminé la rédaction et la correction de votre manuscrit.

Vous servir de la structure déjà fournie avec Blitz de Jiminy Panoz.

J’ai moi-même fait un petit mélange entre les solutions 2 et 4. La structure que je vous ai déjà fournie est donc basée sur celle de Blitz, avec quelques modifications personnelles.

Ainsi, j’ai choisi de séparer dans des dossiers différents certains éléments de l’OEBPS. J’ai donc un dossier Fonts pour les fontes de caractères, un dossier Images, un dossier Styles pour les fichiers CSS3, un dossier Texte pour tout ce qui touche aux pages du livre.

Pour ouvrir cette structure, il suffit de demander à Espresso d’en faire un Projet.

Il va présenter la hiérarchie de votre dossier sur la gauche, et en double-cliquant sur chaque fichier, vous pourrez l’ouvrir dans son interface.

L’avantage du squelette de Blitz réside dans le fait qu’il intègre des fichiers codés spécifiquement pour certaines pages spécifiques d’un livre. La couverture (cover.xhtml), la dédicace (dedication.xhtml), mais aussi la bibliographie, l’index, le glossaire, les remerciements, la préface, l’avant-propos, l’épilogue, et j’en passe. Chacune de ces pages contient un code epub:type qui permet de la caractériser de façon correcte pour que votre livre respecte la norme sémantique ePub3.

Vous n’aurez que trois choses à modifier sur chaque page.

Le xml:lang= »en » qui déclare que la langue principale est en anglais devra contenir la variable « fr » puisque vous écrirez en français.

Le nom éventuel des fichiers de style (ici c’est blitz.css et blitz-kindle.css) pour coller à vos propres styles. J’ai pour ma part conservé les noms originaux.

Le code de votre chapitre à la place de la balise de commentaire <!– Your contents here –>.

Vous voici prêts à débuter.

Toujours une question de styles

Quel est le vôtre ?

Êtes-vous du même genre que moi, à essayer de trouver une identité graphique très codifiée pour vos écrits, avec l’idée sous-jacente que, en papier ou en numérique, un de vos ouvrages doit être reconnaissable entre mille ?

Ou avez-vous en tête que la forme d’un livre doit être assez standard ?

Quoi qu’il en soit, vous devez déterminer quels seront les styles utilisés par votre texte.

Comment les paragraphes vont-ils apparaître ? Seront-ils indentés ou séparés par un petit espace, ou bien les deux (ce que je trouve personnellement hideux, mais tous les goûts sont dans la nature) ? Quelle police de caractère allez-vous utiliser ? Allez-vous utiliser les césures ?

Une fois que vous aurez les réponses à toutes ces questions, vous aurez déjà construit la plus grande partie de vos styles.

Mon flux

Comme pour la version papier, je pars de la base de mon manuscrit dans Scrivener.

Nous l’avons déjà vu dans l’article sur la version papier, je me sers d’un format de compilation particulier.

Pour la version papier je compile dans le format .rtf, pour la version électronique je me sers du format ePub3 que Scrivener génère.

Un texte marqué avec un nom de style particulier dans Scrivener (ou dans Word ou dans LibreOffice) gardera attaché le nom de ce style une fois compilé.

Ainsi, comme nous l’avons vu, j’ai créé un style dans Scrivener qui me permet de marquer les portions de texte qui sont vues par un autre angle, ou qui désignent une scène décalée temporellement ou spatialement, des flashbacks.

La compilation de Scrivener peut marquer le texte stylé pour le lier à la feuille de style CSS.

Il n’est donc besoin que ne marquer une seule fois le texte original, pour y appliquer ensuite les styles propres à chaque canal de diffusion : livre papier dans InDesign, livre électronique dans Espresso ou Sigyl.

Les styles nécessaires

Pour un livre électronique, vous allez avoir besoin de créer quelques styles.

  • Bien sûr, le style de votre texte (parfois il peut y en avoir plusieurs, d’ailleurs).
  • Le style des titres de chapitre.
  • Le style du nom de l’auteur.
  • Le style de l’éventuelle collection ou de l’éventuelle série.
  • Le style des mentions légales.
  • Le style du titre du livre.
  • Le style de la table des matières.

Il sera inutile de prévoir des styles de numéros de page, puisque la lecture électronique se distingue justement par le fait que c’est l’application de lecture qui gère ce genre de choses, pas l’auteur ou l’éditeur.

D’ailleurs, une précision importante qu’il est sans doute bon de rappeler même si nous l’avons évoquée dans le premier volet de cette série est que le lecteur pourra, en version numérique, agir sur la forme que vous avez voulu donner à votre livre. Il pourra en changer les styles à sa convenance. Augmenter la taille de la police de caractères, aligner le texte à gauche ou le justifier, en changer la couleur, voire changer complètement la police de caractères ou même passer l’application en mode nuit.

Au final, votre feuille de style si patiemment élaborée ne sera qu’une proposition que le lecteur sera libre ou non d’accepter.

Je sais, c’est frustrant.

Mais c’est le jeu.

C’est pour cela que je prévois d’insérer au début du livre une page dénommée « Avertissement » dans laquelle j’indique au lecteur que l’ouvrage a été pensé avec une maquette numérique en tête, et qu’il pourra tirer le meilleur parti de sa lecture en activant ces styles.

Pour revenir à nos moutons, il se peut que vous ayez besoin de créer d’autres styles pour des raisons inhérentes à votre projet ou à votre texte (par exemple, le style de mes scènes intriquées, ou un style imitant un message informatique ou SMS).

Dans tous les cas, ce sont globalement les mêmes que dans votre projet Scrivener. À la différence près que les styles de Scrivener ne servent que pour marquer le texte sans véritablement lui donner une identité, et que cette dernière est définie dans les styles de la feuille CSS3.

Par exemple, mon corps de texte est défini pour ma maquette papier par un style de paragraphe justifié, sans retrait global, mais avec un retrait de première ligne, et un style de caractère de fonte Sorts Mill Goudy normal de corps 10 pixels avec un interlignage de 13 pixels, des ligatures communes et discrétionnaires activées.

La fonte Sorts Mill Goudy est assez bien adaptée à la lecture numérique (contrastes assez forts pour éviter les confusions de lettres, jambages assez grands), j’ai donc décidé de la garder, ce qui crée une unité d’identité entre les deux versions. Mais sur une tablette une taille de 10 pixels est trop faible pour être agréable. J’ai donc basculé sur une taille de 15 pixels, et gardé un interligne de 1,3, ce qui permet de conserver un aspect cohérent avec les proportions de la version papier. Quant aux ligatures, elles sont activées si l’application de lecture le permet, grâce à une astuce particulièrement maligne de Blitz que nous verrons plus tard, nommée « amélioration progressive » par Jiminy Panoz.

Compiler l’ePub depuis Scrivener

Une fois dressée la liste de vos styles, l’étape suivante est d’obtenir une version préliminaire de votre texte traduit dans le format ePub3. C’est le traditionnel passage par la compilation de Scrivener.

La version 3 du logiciel est en effet capable d’exporter votre texte dans le format ePub3, même si ce n’est pas avec le même raffinement que notre travail artisanal. Je me sers donc de cette base pour obtenir le code HTML5 de chaque chapitre de mon livre.

La marche à suivre vous est maintenant familière depuis que nous l’avons apprivoisée avec la version papier.

En sélectionnant Fichier > Compiler… vous êtes conduits à la fenêtre de compilation.

Vous pouvez vous servir du format de compilation Publication que je partageai avec vous il y a quelque temps déjà.

Dans ce cas vous le sélectionnez, et veillez ensuite à ce que le format de sortie soit ePub3. Vous cochez les chapitres que vous voulez inclure dans la compilation, ainsi qu’éventuellement la préface et la postface, et vous cliquez sur Compiler.

Scrivener crée donc un fichier ePub totalement fonctionnel, mais assez brut, dont nous ne garderons que les fichiers correspondants aux chapitres.

Pour ce faire, il faut ouvrir l’ePub avec ePub Packager, et extraire les fichiers HTML5 de votre texte. Pour ma part je les mets dans un dossier rangé à part. Et je détruis ce qu’il reste de l’ePub généré par Scrivener.

Petite incursion dans mon format de compilation

Au passage, nous pouvons détailler un peu le format de compilation Publication d’écaille & de plume, afin de vous montrer une petite astuce qui permettra que tous vos styles soient correctement marqués par Scrivener pour être parfaitement reconnus dans la feuille de style CSS3.

En vous rendant sur Fichier>Compiler… puis en faisant un clic droit sur le format de Publication, vous entrez dans la modification du format de compilation.

Sur la colonne de gauche, sélectionnez ePub3 pour faire apparaître les réglages spécifiques à cette exportation.

Puis descendez dans la colonne et cliquez sur Styles.

Cliquez sur le Style Scène intriquée. Vous vous rappelez ? C’est le style que j’ai créé dans Scrivener pour marquer les passages de flash-back ou de scènes qui se déroulent à un autre endroit en même temps dans le texte.

Dans la colonne de droite vous allez remarquer que dans la case CSS Class Name, j’ai noté italic.

Lors de la compilation de mon texte, les paragraphes qui seront marqués dans Scrivener comme des Scènes intriquées seront marqués dans le codage HTML5 avec la classe CSS3 italic, qui sera utilisée plus tard pour rendre leur apparence différente de celle des autres paragraphes.

Ainsi, automatiquement, tous mes paragraphes seront marqués sans que j’aie à m’en soucier.

De la même façon, j’ai créé un style de caractère pour les quelques premiers mots d’un chapitre, que j’ai nommé Première phrase de chapitre. Et son CSS Class Name sera first-sentence, qui fera référence au même nom dans la feuille de style CSS3 générée là encore automatiquement par Blitz une fois que vous l’aurez correctement paramétré.

Malin, non ?

Bien utilisée, la combinaison Scrivener/Blitz va vous faire gagner beaucoup de temps.

Blitz krieg

Une fois le texte exporté en HTML5, il est temps de nous occuper de la traduction de vos styles en CSS3.

C’est le rôle de Blitz, que vous pouvez télécharger ici. Vous aurez aussi une documentation (en anglais, mais très intéressante) ici. Je vais essayer pour ma part de vous guider dans ce que j’ai retenu de son utilisation, en me basant sur le tutoriel d’introduction mis à disposition par Jiminy lui-même sur Medium.

Il faut considérer Blitz comme un jeu de construction, où chaque brique peut être paramétrée.

Blitz comme une API

On peut tout d’abord se servir de Blitz comme d’un générateur de classes CSS, c’est-à-dire comme une base de code qui permet de donner des propriétés esthétiques et de positionnement à une balise HTML.

Par exemple, si nous voulons que les paragraphes simples du texte soient indentés et justifiés, il suffira d’attribuer les classes correspondantes (indent et justified respectivement) comme classe à nos balises <p> et Blitz aura généré le code tout seul. Cela donnera le code suivant dans le fichier HTML de votre chapitre.

<p class="indent justified">Ceci est un paragraphe indenté et justifié</p>
Un paragraphe inventé et justifié grâce aux classes CSS3

Dans ce cas-là, vous pouvez simplement vous servir du fichier blitz.css déjà fourni par Jiminy Panoz dans l’archive zip que vous avez téléchargée, et appeler les classes CSS qu’il a déjà paramétrées lorsque vous en aurez besoin pour votre texte.

Mais cela suppose que vous précisiez à chaque ligne de votre texte comment styler le paragraphe. Même avec les fonctions de recherche et de remplacement des logiciels, c’est fastidieux, car il faudra probablement que vous vérifiiez à chaque fois que votre paragraphe doit bien être stylé de cette façon. Si au beau milieu de votre texte vous avez des paragraphes de flash-back que vous vouliez présenter différemment (par exemple sans indentation), il vous faudra parcourir tout le texte pour faire vos modifications.

De plus, vous n’utiliserez alors que les classes principales de Blitz, en vous fermant la possibilité dont nous parlions tout à l’heure, c’est-à-dire l’amélioration progressive.

L’amélioration progressive

C’est un constat frustrant que chaque solution de lecture gère les possibilités de codage différemment, et que selon que votre lecteur utilisera une tablette Kobo ou Kindle, un iPad ou un ordinateur votre style apparaîtra différemment, mais aussi qu’il est possible qu’une application de lecture qui ne supporte pas les ligatures pour votre texte, par exemple, pourra très bien arrêter de comprendre votre fichier CSS complètement, ce qui engendrera un gros bug visuel et gâchera l’expérience de lecture d’une façon extrêmement désagréable.

Pour remédier à cela, et pour tout de même présenter à vos lecteurs ce que vous aviez prévu, l’amélioration progressive pose les fonctionnalités par couches successives. La base de votre présentation sera celle qui sera lisible par toutes les applications de lecture. Puis vous prévoirez dans votre fichier les fonctionnalités qui pourront apparaître si l’application les supporte. Ainsi, votre texte pourra être lisible dans tous les cas, et s’améliorera en présentation en fonction des capacités de l’application de lecture.

Blitz gère ça avec ce que l’on appelle les media-queries (ou requêtes de média en bon français) qui permettent de poser des conditions au code.

Par exemple, avec la syntaxe

@supports {amélioration{mettre en place l’amélioration}}

votre application de lecture saura quelle amélioration enclencher si elle est capable de la supporter. Les applications qui ne sauront pas le faire en resteront aux fonctionnalités basiques que vous aviez déjà prévues, voire aux fonctionnalités codées dans la syntaxe

@supports not {amélioration{fonctions basiques en cas de non-support}}.

Construction modulaire du fichier LESS

L’autre façon, la meilleure, de se servir de Blitz, est de construire un fichier CSS sur mesure.

Pour cela, nous allons faire nos paramétrages dans Crunch 2. Après avoir ouvert le logiciel, cliquez sur l’icône de dossier avec un signe + et ouvrez le dossier LESS. Puis parcourez l’arborescence de fichiers sur le volet de gauche. Si vous double-cliquez sur le fichier blitz.less, il sera ouvert dans la fenêtre principale.

Le fichier blitz.less

Ce fichier est le moteur du générateur Blitz. C’est lui qui détermine quelles options vous sont ouvertes pour générer le code CSS3 final.

La partie Namespaces permet de déclarer les normes auxquelles le fichier se réfère.

C’est ici que l’on peut déjà commencer à déclarer les fontes particulières que vous voudrez utiliser dans votre texte. Par exemple, pour ma police Sorts Mill Goudy, il suffit que j’insère la référence, en n’oubliant pas de spécifier à quel endroit de l’ePub se trouve le fichier de la fonte (ici dans le dossier Fonts).

Ainsi :

@font-face {
font-family: 'Sorts Mill Goudy';
src:  url('../Fonts/GoudyStM.otf');
}

@font-face {
font-family: 'Sorts Mill Goudy italic';
src:  url('../Fonts/GoudyStM-Italic.otf');
}
Déclaration des fontes utilisées

Vous pouvez par contre remarquer que la partie Begin CSS (début du CSS) contient 6 parties.

Les références sont des fichiers qui ne seront pas intégrés dans le code final, mais qui servent à paramétrer d’autres parties du code.

La partie core (ou noyau) est le cœur des variables qui vont générer le rythme des espaces et du texte, gérer les distances entre les paragraphes, les lignes, les tailles des caractères.

La partie base contient les styles qui sont nécessaires à presque tous les ouvrages électroniques.

Les extensions sont des petits ajouts qui vous seront peut-être utiles.

Les utilities (ou utilitaires) sont des références qui sont exportées par défaut dans le code final.

Enfin, le plug-in kindle permet de générer quelques spécificités pour le système de lecture d’Amazon.

Comme j’ai envie de me servir des fonctions d’amélioration progresives de Blitz, j’ai déplacé le fichier blitz-progressive.less dans la partie utilitaires et j’ai enlevé la parenthèse qui le marquait comme référence. Ainsi, le code CSS généré contiendra les styles rattachés à des fonctions avancées. De la même façon, comme j’ai besoin de paramétrer les césures (hyphens en anglais), pour le fichier hyphens.

Le noyau : variables.less

Il y a là deux réglages fondamentaux qui peuvent être très utiles si vous avez l’intention de doter votre ePub3 de polices de caractère un peu différentes de celles qui sont fournies par les applications de lecture. Il s’agit de la taille du corps de votre police (@body-font-size) et de la hauteur de l’interligne (@body-line-height). Par défaut, le premier paramètre est à 16 pixels et le deuxième à 1,5.

Ce réglage fonctionne avec la plupart des fontes.

Pour ma part, afin de caler l’impression de lecture sur la version papier, j’ai utilisé une fonte un peu haute (Sorts Mill Goudy), qui donne donc une impression massive inélégante en taille 16 pixels. Et le rythme de succession des lignes semble plus harmonieux avec un interligne réglé à 1,3. J’ai donc simplement changé ces réglages. Je n’ai rien touché d’autre.

Pour ce qui est du deuxième fichier du dossier core, rythm.less, je n’y ai pas touché non plus. Il s’agit d’un algorithme savamment dosé que je ne voulais pas casser.

La base

Ce sont les fondations du code CSS qui sera généré.

La première fondation est ce qu’on appelle le reset. Il remet à zéro tous les réglages que l’application de lecture peut avoir modifiés auparavant. Cela vous assure que votre code sera toujours basé sur quelque chose de propre, puisque remis à zéro. Il n’est pas nécessaire de toucher ce fichier.

Ensuite vient le fichier page.less. Il règle les paramètres d’une page de votre livre. Là encore, à moins que vous ne préfériez augmenter les marges de votre page, pas besoin d’y toucher.

La typographie

Le fichier typo.less est celui que vous allez le plus modifier.

C’est ici que vous allez pouvoir déterminer que tous vos paragraphes <p> seront indentés et justifiés par défaut, par exemple. Il suffit pour cela de trouver la classe <p>, et de lui appliquer une classe indent et justified. Car, oui, contrairement à un code CSS, un code LESS peut imbriquer des classes les unes aux autres.

C’est la puissance de la modularité de Blitz.

Les classes déjà paramétrées par Jiminy peuvent être utilisées comme des briques qui vont construire vos propres classes.

Par exemple, pour construire mon style de paragraphes pour le copyright, dénommé bien entendu copyright, voici le code LESS que j’ai inséré dans ce fichier.

.copyrights {
.fs-s;
.no-indent;
.disable-hyphens;
.align-center;
}
Code LESS pour construire une paragraphe de copyright de façon modulaire avec Blitz

Il déclare que la taille de la police doit être petite, qu’il ne doit pas y avoir d’indentation ni de césure, et que le paragraphe doit être centré. Sans utiliser une seule ligne de code CSS ! Il suffit de décrire ce que vous voulez voir, et Blitz le code pour vous…

De même, pour l’amélioration progressive.

Si je veux que mes paragraphes utilisent les ligatures (clig, les ligatures communes, dlig, les ligatures discrétionnaires), le code LESS sera :

p {
    .indent;
    .justified;
    .supports-clig({
    .clig;
  });
.supports-dlig({
    .dlig;
  });
}
Code LESS d'amélioration progressive sur les ligatures de texte

La compilation du fichier LESS en CSS

Il existe une multitude d’autres choses que vous pouvez paramétrer avec Blitz, notamment comment les images seront gérées, comment certains objets seront centrés, comment la hauteur de certains objets (dont les images) pourra être déterminée par la hauteur de l’écran de l’appareil de lecture, etc. Mais cela n’entre pas dans le cadre de cet article.

Sachez seulement que le principe sera toujours le même, celui de la modularité.

Et une fois que vous avez complété votre paramétrage de tous les fichiers contenus dans le framework LESS, il est temps de compiler votre fichier CSS3 final. Dans Crunch 2, il suffit de cliquer sur l’icône en forme de d’étau ou de C majuscule sur la droite de la fenêtre.

Et voici le fichier qui sera exporté.

@charset "UTF-8";
/*  blitz — CSS framework for reflowable eBooks      
    Version 1.1.2 by Jiminy Panoz                      
    Codename: Idle in Kangaroo Court W1                              
    License: MIT (https://opensource.org/licenses/MIT)   */
/* NAMESPACES */
@namespace h "http://www.w3.org/1999/xhtml/";
@namespace epub "http://www.idpf.org/2007/ops";
/* if you need to style epub:type */
@namespace m "http://www.w3.org/1998/Math/MathML/";
/* if you need to style MathML */
@namespace svg "http://www.w3.org/2000/svg";
/* if you need to style SVG */
@font-face {
  font-family: 'Sorts Mill Goudy';
  src: url('../Fonts/GoudyStM.otf');
}
@font-face {
  font-family: 'Sorts Mill Goudy italic';
  src: url('../Fonts/GoudyStM-Italic.otf');
}
html {
  /* Don't use it for styling, used as selector which can take a punch if anything goes wrong above */
}
/* Begin CSS */
/* RESET */
/* So here's the trick, we must reset to manage a number of problems once and for all: 
- HTML5 backwards compatibility (EPUB 3 file in EPUB 2 app); 
- user settings (e.g. line-height on Kobo and Kindle); 
- CSS bloat (DRY); 
- KFX for which a reset using `border: 0` seems to disable support; 
- etc.
It all started as a normalize and became a reset given the magnitude of the task.                                                          
*/
article,
address,
aside,
blockquote,
canvas,
dd,
details,
div,
dl,
dt,
figure,
figcaption,
footer,
h1,
h2,
h3,
h4,
h5,
h6,
header,
hr,
li,
main,
nav,
ol,
p,
pre,
section,
summary,
ul {
  margin: 0;
  padding: 0;
  /* RS may apply vertical padding to el such as p */
  font-size: 1em;
  /* Font size in pixel disable the user setting in legacy RMSDK */
  line-height: inherit;
  /* Kindle ignores it, Kobo needs it. If you don’t use inherit, the user setting may be disabled on some Kobo devices */
  text-indent: 0;
  font-style: normal;
  font-weight: normal;
}
/* This is absolutely necessary for backwards compatibility */
article,
aside,
figure,
figcaption,
footer,
header,
main,
nav,
section {
  display: block;
}
[hidden] {
  display: none;
}

/* Le reste du Reset, que je ne retranscris pas ici... */

/* PAGE LAYOUT */
@page {
  margin: 30px 30px 20px 30px;
  /* Recommended by Barnes & Noble in this old spec: https://simg1.imagesbn.com/pimages/pubit/support/pubit_epub_formatting_guide.pdf */
  padding: 0;
}
body {
  font-size: 93.75%;
  line-height: 1.3;
  margin: 0;
  /* RS will override margins anyways */
  padding: 0;
  widows: 2;
  /* iBooks and Kobo support widows and orphans */
  orphans: 2;
}
/* TYPOGRAPHY */
h1,
h2,
h3,
h4,
h5,
h6,
blockquote p cite,
dt,
pre,
address,
table,
caption,
th,
td,
p,
.align-left,
.align-center,
.align-right,
.caption,
.no-hyphens {
  adobe-hyphenate: none;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  -ms-hyphens: none;
  -moz-hyphens: none;
  -webkit-hyphens: none;
  -epub-hyphens: none;
  hyphens: none;
}
/* Je ne retranscris pas non plus les codes pour les titres et on passe directement à ce que nous avons modifié dans Blitz */
p {
  font-family: "Sorts Mill Goudy", "Minion Pro", "Iowan Old Style", Palatino, "Palatino Linotype", "Palatino Nova", "BN Amasis", Cambria, FreeSerif, "Times New Roman", serif;
  text-indent: 1em;
  /* Designed as a class for body — We don't enforce as user setting > author */
  text-align: justify;
  adobe-hyphenate: auto;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  -ms-hyphens: auto;
  -moz-hyphens: auto;
  -webkit-hyphens: auto;
  -epub-hyphens: auto;
  hyphens: auto;
  /* before and after not in spec but iBooks support all three (-webkit-) */
  -ms-hyphenate-limit-lines: 2;
  -moz-hyphenate-limit-lines: 2;
  -webkit-hyphenate-limit-lines: 2;
  hyphenate-limit-lines: 2;
  /* No support except Trident (Windows) */
  -ms-hyphenate-limit-chars: 6 3 2;
  -moz-hyphenate-limit-chars: 6 3 2;
  -webkit-hyphenate-limit-before: 3;
  -webkit-hyphenate-limit-after: 2;
  hyphenate-limit-chars: 6 3 2;
  /* No support except Trident (Windows) */
  -ms-hyphenate-limit-zone: 10%;
  -moz-hyphenate-limit-zone: 10%;
  -webkit-hyphenate-limit-zone: 10%;
  hyphenate-limit-zone: 10%;
  /* No support */
  -ms-hyphenate-limit-last: always;
  -moz-hyphenate-limit-last: always;
  -webkit-hyphenate-limit-last: always;
  hyphenate-limit-last: always;
}
@supports ((-ms-font-feature-settings: "liga") or (-webkit-font-variant-ligatures: common-ligatures) or (font-variant-ligatures: common-ligatures)) {
  p {
    -ms-font-feature-settings: "liga";
    -webkit-font-variant-ligatures: common-ligatures;
    font-variant-ligatures: common-ligatures;
  }
}
@supports ((-ms-font-feature-settings: "dlig") or (-webkit-font-variant-ligatures: discretionary-ligatures) or (font-variant-ligatures: discretionary-ligatures)) {
  p {
    -ms-font-feature-settings: "dlig";
    -webkit-font-variant-ligatures: discretionary-ligatures;
    font-variant-ligatures: discretionary-ligatures;
  }
}
.footnote {
  font-size: 0.93333333em;
  line-height: 1.39285714;
  text-indent: 0;
}
blockquote {
  margin: 1.3em 5%;
}
blockquote p {
  text-indent: 0;
  font-style: italic;
}
blockquote p i,
blockquote p em,
blockquote p cite {
  font-style: normal;
}
address {
  /* Styles */
}
.copyrights {
  font-size: 0.93333333em;
  line-height: 1.39285714;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  adobe-hyphenate: none;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  -ms-hyphens: none;
  -moz-hyphens: none;
  -webkit-hyphens: none;
  -epub-hyphens: none;
  hyphens: none;
  text-indent: 0;
  /* Necessary as RS may define text-indent for p */
  text-align: center;
}
.dedicace {
  /* Don't use that with span if i, cite, dfn or em can be used */
  font-style: italic;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  adobe-hyphenate: none;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  -ms-hyphens: none;
  -moz-hyphens: none;
  -webkit-hyphens: none;
  -epub-hyphens: none;
  hyphens: none;
  text-indent: 0;
  /* Necessary as RS may define text-indent for p */
  text-align: right;
  margin-left: 20%;
  margin-top: 5.2em;
}

/* FIGURES + IMAGES  */
figure {
  page-break-inside: avoid;
  break-inside: avoid;
  margin: 1.3em 0;
}
figcaption,
.caption {
  font-size: 0.93333333em;
  line-height: 1.39285714;
  text-indent: 0;
}
img {
  width: auto;
  max-width: 100%;
  /* Note: KF8 doesn't support max-width hence "width: auto;" as fallback */
  height: auto;
  object-fit: contain;
}
/* Note: portrait image styling + figcaption is a nightmare */
/* See https://github.com/jstallent/ImagesSingleFile for the css hack */
img.portrait {
  width: auto;
  max-width: 100%;
  /* Note: KF8 doesn't support max-width hence "width: auto;" as fallback */
  height: 100%;
  /* We try to prevent blank page after */
  max-height: 95%;
  /* Max value iBooks enforces */
}
.float-left img,
.float-right img {
  width: 100%;
  /* If it’s auto, image in floating container will overflow on Kobo iOS + Kindle */
}
@supports (height: 99vh) {
  img.portrait {
    height: 99vh;
  }
}
/* ETC... */
Le fichier CSS3 exporté par Blitz

C’est ce fichier qui déterminera l’apparence de votre livre. Et vous l’aurez créé en un minimum d’effort.

Merci Jiminy !

Greffe des chapitres créés par Scrivener

Il est temps de greffer les chapitres exportés par Scrivener dans la coquille pour l’instant presque vide de votre maquette d’ePub3.

Pour ma part, comme la partie <head> de ces fichiers n’est pas aussi optimisée que celle fournie par Blitz, j’ouvre chaque chapitre créé par Scrivener et je sélectionne tout ce qui se trouve entre les balises <body> et </body> du fichier. Je copie ce bloc, et le viens le coller à l’endroit où Blitz indique Your content here. Dans la maquette que je vous ai fournie, c’est à la place du code :

<p>Ici c’est votre texte qui prend forme.</p>

<p>le reste du texte</p>
Remplacez ce code par le corps de votre chapitre HTML

Et je recommence pour chaque chapitre en créant auparavant à chaque fois un fichier chapitre_numéro-de-chapitre.xhtml identique à ceux qui sont donnés en modèle.

Je n’oublie pas de déclarer chaque nouvel ajout dans le fichier opf, bien entendu (si vous ne vous souvenez plus de ce qu’est le fichier opf, faites un nouveau détour par l’épisode 2 de cette série, ePub Anatomy), en y notant dans le manifeste :

<item href="Texte/Chapitre_numéro-de-chapitre.xhtml" id="Chapitre_numéro-de-chapitre.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"/>
Déclaration d'un chapitre du livre dans la manifeste du fichier opf

Et dans le spine :

<itemref idref="Chapitre_numéro-de-chapitre.xhtml" linear="yes" />
Déclaration d'un chapitre du livre dans le seine du fichier opf

 

Nettoyage des balises HTML

Cependant, comme Scrivener n’a pas de style pour les paragraphes classiques, il a la sale manie de coller un code de style sur chaque balise <p> qui n’a pas une classe CSS particulière. Cela se manifeste par une balise <span style= »color:#000000″></span> du plus mauvais effet.

Heureusement, il suffit de se servir de la fonction de recherche et remplacement d’Espresso pour remplacer d’abord la séquence de code <p><span style= »color: #000000″> par un simple <p>, puis la séquence </span></p> par un simple </p>.

Il ne faudra pas oublier de chasser les quelques balises </span> qui auront été oubliées, car contiguës à d’autres balises qu’à une balise </p>.

Une fois que cela sera fait, votre texte sera prêt. Vous avez fait le plus gros.

Vous pourrez aisément vérifier l’apparence de vos chapitres en visualisant le rendu grâce à la fonction d’Espesso le permettant (la boussole en haut de la fenêtre).

Les pages liminaires

Comme nous en avons déjà discuté dans l’épisode 2 de la série d’articles Making of a book, un livre ce n’est pas seulement que vos chapitres. C’est aussi d’autres pages comme une préface, un index, une bibliographie.

Chaque partie aura besoin d’un fichier de texte, comme chacun de vos chapitres.

De la même façon que vous l’avez fait auparavant, vous devrez y importer votre texte.

Et soit vous aurez déjà pensé vos styles auparavant (c’est par exemple ce que nous avons fait avec la classe CSS3 copyright dont nous parlions auparavant, et qui servira aux mentions légales de votre livre) ce qui vous fera gagner du temps puisque vous n’aurez qu’à appliquer le style correspondant à vos balises HTML, soit vous avez décidé d’utiliser les classes préfabriquées par Blitz pour déterminer a posteriori quelle apparence auront ces pages.

Dans ce dernier cas, vous allez devoir coder votre page HTML dans Espresso pour ajouter des classes et visualiser le rendu ensuite dans un navigateur internet de votre choix ou dans celui du logiciel lui-même, qui est assez bon pour cela je trouve. Cela peut être long, mais heureusement il y a souvent peu de texte dans les pages liminaires par rapport au corps d’un livre.

La navigation : fichier nav

Comme nous l’avons vu dans l’épisode 2 de cette série, ePub Anatomy, un ePub3 a besoin d’un fichier dédié à la navigation, encadré par des balises <nav epub:type= »toc »>.

Pour peaufiner votre livre électronique, vous aurez donc besoin de compléter ce fichier en y insérant les références de tous les chapitres de votre texte accessibles à la navigation, donc y compris les pages liminaires dont vous souhaiter intégrer les références dans le sommaire.

Ce sommaire est matérialisé par une liste en code HTML5, avec des balises <li> encadrées par une balise <ol>. Chaque ligne contient un lien avec une balise <a> qui mène au fichier correspondant au chapitre.

La navigation, fichier ncx

De la même façon, afin de garantir une rétrocompatibilité avec les solutions de lecture ePub2, il sera intéressant de remplir le fichier de navigation de cet ancien format, le fichier ncx.

Vous y mettrez les mêmes informations, mais codées différemment, entre des balises <navMap> encadrant des <navPoint>.

Les images

Les images sont parmi les objets les plus délicats à manier dans un fichier ePub.

Tout d’abord, elles doivent respecter certaines règles de taille et de poids.

En effet, l’iBookstore d’Apple exige que les images intérieures (même la couverture intérieure donc) ne dépassent pas les 4 millions de pixels.

Ensuite, le code CSS3 qui permet de les afficher correctement (notamment sans qu’elles soient coupées en deux entre deux pages) est assez complexe.

Enfin, leur positionnement est toujours délicat, notamment si vous voulez les centrer au milieu de la largeur de la page avec une taille définie.

C’est une des raisons pour lesquelles les modules de Blitz sont si intéressants. Ils ont été soignés pour éviter ces écueils.

Pour ma part, je fais un usage immodéré des classes Blitz telles que wrap-pourcentage qui permettent de centrer l’image en lui donnant une taille définie par le pourcentage indiqué, et portrait, qui permet de s’assurer que l’image est contenue au maximum de la hauteur de l’écran.

La couverture, elle, suit des règles différentes. Elle n’a notamment pas les limitations des images destinées à la maquette intérieure. Et elle est intégrée seulement dans le fichier qui contient le paramètre epub:type= »cover ».

On peut par contre lui appliquer les mêmes classes, notamment portrait.

Métamorphose en ePub

Une fois toutes ces étapes franchies, votre ePub est prêt à naître.

Il vous suffit de le glisser dans la fenêtre d’ePub Packager, puis de cliquer sur l’icône avec la flèche vers la droite notée Open. L’application vous ouvre une fenêtre qui montre l’emplacement de l’ePub généré.

Vous êtes presque au bout de vos peines. Normalement.

Le test ePubCheck

Car un ePub n’est pas vraiment un ePub tant qu’il n’a pas passé l’épreuve ePubCheck. Cette application en lignes de commande permet de savoir si votre fichier respecte bien toutes les normes de l’ePub, sur la forme comme sur le fond, sur le codage comme sur l’organisation et la hiérarchie, la syntaxe, bref : tout.

C’est un outil très pointilleux qui ne va laisser passer aucune erreur.

Aucune.

SAUF.

Certaines erreurs de frappe. Par exemple, comme cela m’est arrivé, avec des paramètres CSS tels que margin-left:20% si comme moi vous êtes étourdis et écrivez margin-left:2a0%.

L’ePub passera le test, mais sera affiché de façon complètement erratique sur une liseuse.

Le plus simple pour soumettre votre epub au test est cependant une interface graphique nommée ePubChecker, distribuée gratuitement par Pagina. Il suffit de glisser-déposer votre ePub dans la fenêtre d’ePubChecker, et l’application l’analyse, pour vous renvoyer les erreurs éventuelles, avec un écran rouge, ou vous avertir de la validation avec un écran vert.

Le test ultime : les différentes applications de lecture

Enfin, pour vous assurer que tout se passe bien, je ne saurai trop vous conseiller de tester votre fichier sur différentes applications de lecture, et au moins sur une liseuse, pour vous rendre compte du résultat en dehors d’un environnement informatique évolué qu’est l’ordinateur personnel.

Les liseuses embarquent des interpréteurs souvent plus tatillons que les navigateurs internet sur lesquels sont basés les logiciels tels qu’Espresso, par exemple.

Et comme nous venons de le voir, le test ePubCheck est incapable de donner un rendu de votre livre.

Il est donc important de savoir comment votre feuille de style se comporte sur une liseuse, si votre texte est lisible, formaté selon vos souhaits. En utilisant Blitz, vous avez une certaine garantie, mais même Blitz ne peut pas tout prévoir…

The eBook Identity, la Lecture dans la Peau

Vous savez dessiner un ePub3, mais il y a d’autres règles qui ne concernent pas véritablement le codage. Et vous devez les connaître pour que votre livre puisse véritablement avoir une identité.

Couverture, couverture

La couverture est la principale marque d’identité de votre livre. Comme nous en avons discuté pour la version papier, elle est l’interface avec votre public. Dans le cas d’un livre électronique, c’est même presque la seule, car c’est la couverture qui servira d’icône sur le bureau de votre ordinateur, comme elle servira d’image sur la page de la librairie en ligne.

Faites-en donc une version extrêmement haute définition, qui sera à fournir à votre libraire virtuel.

Quant à celle qui servira dans votre fichier lui-même, Apple recommande qu’elle soit au moins de 1440 pixels de large, et Amazon de 1660 pixels de large, mais n’hésitez pas à la faire plus grande encore. Par contre, optimisez-en son poids, afin de ne pas trop augmenter la lourdeur de votre fichier.

ISBN

Les livres numériques doivent avoir un ISBN, un numéro unique à treize chiffres qui identifie chaque édition de chaque ouvrage publié à travers le monde. Comme un livre numérique est considéré comme une édition différente de la version papier du même ouvrage si elle existe, son ISBN devra être différent.

Il devra être intégré dans le code du livre (dans le fichier opf), mais aussi visible par le lecteur (sur une page dédiée, appelée colophon, par exemple).

Nous discuterons d’ailleurs plus en détail des obligations légales diverses et variées dans un article dédié.

Dépôt légal

À la différence d’un livre papier, il n’existe pas d’obligation de dépôt légal d’un livre numérique en France.

Les robots de la Bibliothèque Nationale de France se chargent d’écumer le web à la recherche de tous les ouvrages numériques, et vous n’aurez donc pas de formalités à accomplir de ce côté-là.

It’s a Kindle of magic

Enfin, malgré le fait que le format Kindle ne soit pas vraiment de l’ePub3 vous serez obligés de proposer une version de votre livre adaptée à l’écosystème de lecture d’Amazon du fait de son extrême et écrasante majorité chez les possesseurs de ces applications de lecture.

La bonne nouvelle c’est que c’est presque Amazon qui le fait pour vous.

Il vous suffit de télécharger gratuitement Kindle Previewer 3, le logiciel maison d’Amazon chargé de la conversion vers le format propriétaire. Jiminy Panoz (encore lui !) en avait fait un petit article de test en 2016.

Une fois votre livre importé par simple glissé-déposé, KP3 mouline pendant un long moment et vous permet de simuler les applications Kindle sur différents appareils, afin d’en vérifier le rendu.

Vous aurez peut-être certains réglages à faire sur le fichier CSS3 spécifique généré par Blitz.

Puis vous sélectionnez Fichier>Exporter pour créer automatiquement une version Kindle de votre ePub3.

Étonnamment (ou pas), la version Kindle est toujours beaucoup plus lourde que la version ePub3.

Mais elle est indispensable.

Vers l’infini et au-delà

C’est le destin qui est maintenant promis à votre œuvre.

Vous avez en main deux versions de votre ouvrage, un fichier Kindle à mettre entre les mains des possesseurs de tablette Amazon, et un fichier ePub3 pour tous les autres.

Dans le prochain épisode, nous verrons comment les mener vers vos lecteurs.

Making of a book, partie 3 : la Couverture à soi

Making of a book, partie 3 : la Couverture à soi

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Introduction : le but de la couverture

Votre livre est écrit, mis en page, et le PDF est prêt à être envoyé à l’imprimeur, mais avant de pouvoir donner naissance à votre ouvrage, vous allez devoir lui créer une couverture.

Si le corps du texte est l’âme de votre livre, si les pages liminaires en sont les muscles, la couverture tient lieu de peau, d’enveloppe charnelle. Elle sera aussi le premier contact que votre lecteur ou votre lectrice auront avec lui. Ce premier contact, qui entre un humain et un livre est aussi important qu’entre deux humains, détermine souvent si votre œuvre va finir dans les mains de son public potentiel.

Tout comme nous prenons soin de notre apparence pour paraître à notre avantage en société, votre livre va devoir revêtir des atours séduisants s’il veut conquérir les yeux de vos lecteurs.

En effet, pour être lu, il faut donner envie d’être lu.

D’après ce que je viens d’écrire, on pourrait penser que la couverture se résume à son illustration, à des couleurs bien agencées, à quelque chose de publicitaire.

Il n’en est rien.

Le rôle de la couverture c’est aussi de proclamer le titre de votre livre. C’est aussi l’occasion d’inscrire le nom de l’auteur (vous, donc) même si certains, par exemple Neil Jomunsi dont j’apprécie beaucoup les réflexions, se demandent si l’on peut accepter de ne pas figurer du tout comme l’auteur de son propre livre. On appose aussi le logo et le nom de l’éditeur (dans le cas de l’auto-édition, vous aussi), et l’on peut enfin trouver un résumé, une accroche, un « pitch » du livre, dans la fameuse 4e de couverture dont nous discuterons plus tard.

La couverture est aussi l’endroit où sera visible le code ISBN à 13 chiffres qui permet de marquer chaque édition de chaque ouvrage édité dans le monde.

Comme vous pouvez le constater, une couverture, ce n’est pas si anodin ni si simple qu’il paraît au premier regard.

Quelques exemples de couvertures de livres parmi ceux dont nous avons déjà parlé ici

Quels outils pour quelle couverture ?

Pour bien commencer, il faut d’abord savoir de quelle couverture l’on parle.

S’agit-il de la couverture de votre livre papier ? De celle de votre livre numérique ?

Car de la réponse va dépendre beaucoup. Notamment l’anatomie de votre fichier.

Couverture imprimée

Une couverture imprimée rassemble à la fois la 1re de couverture (votre illustration et le titre du livre) et la 4e de couverture (nous en parlerons plus tard, mais en gros, le résumé de votre livre et quelques mots sur l’auteur, c’est-à-dire vous), séparées par une tranche qui permettra la reliure des feuillets de papier.

Votre boulot est donc de concevoir trois maquettes en une, ce qui est loin d’être simple.

De plus il ne faut pas oublier que, puisque nos livres s’ouvrent vers la gauche, en Occident, votre 4e de couverture se trouvera à gauche du fichier, puis vous placerez la tranche, puis la première de couverture.

Pour ce genre de réalisation, mon premier réflexe est d’abord de me servir de papier plié et de crayon pour créer une maquette que je puisse tenir dans mes mains et sur laquelle je puisse placer facilement et intuitivement ce que je désire faire figurer.

Puis vient l’étape informatique.

D’aucuns se servent de Photoshop (je vous ai déjà dit que j’utilisais InDesign pour la maquette intérieure, alors pourquoi pas  ?), mais je n’aime pas l’idée de payer un abonnement pour utiliser un logiciel si j’ai le choix, et je préfère donc jeter mon dévolu sur d’autres outils.

Je me sers donc de Graphic, un logiciel de dessin vectoriel pour Mac, afin de réaliser les parties qui seront vectorielles (formes, logo), et de Pixelmator Pro, encore pour Mac, afin de concevoir la mise en page et le placement des objets. Bien sûr il y a d’autres possibilités comme la suite Affinity (Designer et Photo).

Couverture numérique

La couverture numérique, elle, se résume à l’image de la première de couverture et aux informations essentielles qui pourront taper dans l’œil de votre lecteur potentiel. Ici, il n’est absolument pas besoin de 4e de couverture incluse dans le fichier, mais plutôt d’identité graphique.

La 4e de couverture sera plutôt placée dans les espaces prévus par la librairie en ligne ou la page web de votre site internet. Inutile donc de l’intégrer dans le fichier, même si, à titre personnel, j’aime bien mettre le pitch du livre au début de celui-ci, dans un eBook.

Je me sers des mêmes logiciels que pour la couverture papier.

Et au final, je conçois d’abord la première de couverture en ayant les deux approches, papier et numérique, à l’esprit en même temps et en permanence.

Car si la caractéristique principale d’une couverture est d’installer une identité graphique, elle doit être plus marquée lorsque l’on a le numérique en tête. En effet, les ouvrages, dans une bibliothèque en ligne, sont rangés selon des icônes représentant la couverture, avec une taille assez petite. Il faut donc que votre couverture soit assez visible et surtout assez lisible pour le lecteur, même avec une taille, disons de 256 pixels de large.

L’illustration de couverture

C’est elle qui va être votre plus grand défi, car c’est la pièce maîtresse de votre couverture.

Et soit vous êtes doué en dessin/peinture/infographie et dans ce cas vous n’avez même pas besoin de conseil.

Soit vous êtes comme moi, c’est-à-dire pas doué du tout, et vous avez deux solutions : trouver des illustrations du domaine public que vous travaillez avec votre logiciel préféré (c’est ce que j’ai fait, pas trop mal je crois, pour Le Choix des Anges dont l’illustration de couverture est de Gustave Doré), ou engager un illustrateur qui réalisera un travail de commande pour vous.

La première piste n’est pas toujours facile, car il faut bien chercher pour trouver, parfois pendant très longtemps.

La deuxième vous coûtera de l’argent.

Mon conseil : si vous ne trouvez pas vite votre bonheur dans le domaine public, tournez-vous vers un illustrateur ou une illustratrice. Vous gagnerez du temps et l’argent sera bien investi.

J’ai eu de la chance, depuis le début de l’écriture du Choix des Anges, je lorgnais sur les planches de Gustave Doré, notamment celles qu’il a créées pour le Paradis Perdu de Milton. Je m’étais même servi de l’une d’elles pour le logo de mon éphémère studio de cinéma, le MacLeod Studio, il y a des années. Je n’ai donc pas eu à chercher trop loin. Mais si ça avait été le cas, j’aurai largement investi dans le travail d’illustration d’un professionnel.

Un titre de caractère

Dans le cas où vous réalisez votre illustration vous-même, veillez ensuite à positionner le titre de façon à ce qu’il soit bien visible et saute tout de suite aux yeux.

Vous aurez bien sûr pris la précaution de choisir correctement la police de caractères qui sera utilisée. Elle sera si possible différente de celle de votre corps de texte, ce qui créera une impression esthétique. Elle devra bien exprimer l’ambiance de votre livre, lui donner une couleur particulière.

Seul votre sens artistique sera le bon juge, mais rares sont les univers de space opera qui s’accommoderont d’une fonte gothique, ou les univers médiévaux qui seront bien exprimés par une fonte de style art nouveau.

La célèbre 4e de couverture

Le cœur de la 4e de couverture, c’est le résumé ou l’accroche de votre livre, ce que les anglophones appellent le « pitch ». Il doit donner envie de lire votre livre, en posant les bases de l’ambiance, en présentant les personnages principaux et notamment le ou les héros/héroïnes, le début de l’intrigue.

C’est sans doute un élément à soigner particulièrement, car il est le pendant textuel de votre illustration de couverture. Il doit résonner avec cette dernière pour évoquer le sujet autant que l’ambiance de votre livre.

Vous pouvez aussi, si vous êtes un peu mégalo comme moi, en profiter pour poser quelques mots sur votre biographie, bref, pour vous présenter un peu. Sérieusement, je suis toujours très intéressé par le parcours des auteurs que je lis, et je me dis que cela doit être un peu la même chose pour beaucoup de lecteurs de par le monde. Mais je conçois parfaitement que d’autres n’aient pas ce besoin, aussi, loin d’être une obligation comme le résumé, la courte présentation que vous ferez de vous-même est-elle du ressort de votre propre feeling.

Le gabarit de la couverture papier

Alors que nous explorerons le cas particulier du numérique dans un article à part, le moment est venu de constituer véritablement votre couverture papier.

À titre d’exemple, voici comment peut se concevoir une couverture papier pour CreateSpace.

La mesure de base des Anglo-saxons est le pouce (ou inch), et la résolution minimale de votre couverture devra, pour être correctement imprimée, être de 300 points par pouce (ou ppp, ou dpi, ou ppi). Toutes les mesures suivantes tiendront donc compte de cette équivalence de 1 inch = 300 points ou 300 pixels.

Première dimension d’importance, celle de la page intérieure de votre livre. Elle deviendra aussi celle de votre 1re de couverture et de votre 4e de couverture finalisées et découpées par l’imprimeur. Pour mon format A5, il faut commencer à convertir les millimètres en pouces. Un rapide passage par un convertisseur nous apprend que le format A5 (148x210mm) correspond à 5,83x8,27 pouces, soit 1749x2481 pixels.

Cependant, il faut tenir compte de l’incertitude de la coupe et afin que votre couverture ne soit pas affublée d’un disgracieux liseré blanc si la machine se trompe de quelques microns dans son positionnement, CreateSpace vous conseille fortement de prendre 0,125 pouce de marge, soit 37,5 pixels (arrondissez à 38), sur le haut, le bas, et l’extérieur de votre couverture.

Pour obtenir la dimension exacte de votre planche de papier réunissant la 4e de couverture et la 1re, il ne vous manque qu’à calculer la dimension de la tranche. Cette dernière dépend du papier utilisé par l’imprimeur, de son épaisseur, de sa qualité. Bref, tout dépend d’un calcul que vous allez devoir faire avec des paramètres qui vous seront fournis par CreateSpace.

À l’heure où j’écris ces lignes, CreateSpace vous donne le choix entre un papier blanc et un papier crème, censé être plus adapté aux romans. Pour ma part, la finition du papier blanc me convient bien. Mais suivant votre choix, vous devrez multiplier votre nombre total de pages intérieures (y compris donc vos pages liminaires et pages blanches éventuelles) par un nombre différent. Le résultat sera la dimension de la tranche, en pouces.

Dans mon cas, le papier blanc de CreateSpace impose un multiplicateur de 0,002252, quand le papier crème plus épais impose plutôt 0,0025. Je vous laisse faire l’exercice pour un choix de papier crème, mais dans mon cas, le papier blanc et mes 296 pages pour Le Choix des Anges me donnent un résultat de 0,666592 pouce (remarquez que j’ai quand même du bol, dans un livre sur les Anges, de tomber sur un 666… un signe, non ?) ou 199,9776 pixels, que nous arrondirons à 200.

Ma planche de papier devra donc mesurer [(5,83 +0,125) x2] +0,666592 = 12,576592 pouces, ou bien encore [(1749 +38) x2] +200 = 3774 pixels de largeur.

Quand à la hauteur, plus simple à calculer, elle sera de 8,27+(0,125x2) = 8,52 pouces ou 2481+(38x2) = 2557 pixels.

Ne reste qu’à positionner les différents éléments sur ce canevas de base.

Mais là aussi, il y a des règles à respecter.

Tout d’abord les marges de sécurité des titres et autres éléments de texte importants. Ils devront absolument être à 0,25 pouce, soit 75 pixels, du bord de la page. Pour les deux couvertures. Et à 0,0625 pouce, soit 18,75 pixels, arrondis à 19, pour la tranche, sur laquelle, si elle est assez large, vous pouvez inscrire à nouveau le titre, l’auteur, l’éditeur.

Ensuite le code-barre de l’ISBN, ce numéro standardisé à 13 chiffres qui répertorie les éditions de chaque livre publié sur la planète. CreateSpace demande que vous laissiez blanc un espace de 2x1, 2 pouces sur la 4e de couverture, à 0,25 pouce de ses bords interne et inférieur.

Une fois ces éléments bien délimités, à vous de jouer…

Armée et casquée, Athéna naquit du crâne de Zeus

C’est l’image qui me vient à chaque fois que je pense à la naissance d’un livre. Armé par les mots, portant l’armure et l’égide de sa couverture, il vient au monde paré de l’intelligence et de l’astuce de son auteur.

Mais il reste une étape cruciale, celle de l’accouchement lui-même.

Comme tout le monde n’est pas un dieu du tonnerre comme l’ami Zeus, je vous conterai dans un prochain épisode comment s’y prendre de façon concrète.

Making of a book, partie 2 : à livre ouvert, la maquette intérieure

Making of a book, partie 2 : à livre ouvert, la maquette intérieure

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Depuis quelques siècles, les livres prennent d’abord la forme d’un livre papier. Si les raisons de s’autoéditer n’ont jamais été aussi nombreuses dans les années 2010, il n’en reste pas moins que concevoir un livre papier implique de se poser quelques questions et d’y répondre précisément. Voyons ensemble comment résoudre chacune et réaliser ainsi une maquette de livre papier pas à pas.

Les outils

Si LibreOffice, Word, ou Pages sont capables de faire une mise en page correcte, j’ai pour ma part préféré un logiciel plus spécialisé, essentiellement parce que la gestion des images dans les traitements de texte me semble très primitive et que je voulais également placer des en-têtes et des pieds de page un peu particuliers.

Je ne suis pas favorable au modèle des abonnements pour utiliser un logiciel, aussi ai-je essayé Scribus.

Mais autant la mise en page d’un court extrait s’est faite sans trop de problèmes, autant l’importation de mes 78 300 mots du Choix des Anges a été un véritable calvaire avec ce logiciel dans sa version 1.5.3., pourtant considérée comme stable. J’ai donc dû me tourner vers le seul autre logiciel sérieux (en attendant Affinity Design dont la version bêta est attendue pour cet été), j’ai nommé InDesign d’Adobe.

Les étapes de la fabrication de notre maquette seront donc réalisées avec ce logiciel, certes cher (37 € par mois si on le choisit seul et avec la souplesse de ne pas avoir d’engagement annuel), mais très ergonomique, et surtout très puissant.

Pour l’instant (mais j’espère qu’Affinity Design changera la donne), pour un auteur autoédité qui ne sort qu’un livre par an, un mois d’accès à InDesign suffit largement à apprendre les bases et à produire une maquette intérieure de livre papier de qualité. D’autant plus qu’il existe une version d’essai de 7 jours, qui a été amplement suffisante pour moi, car j’avais déjà une idée très précise de ce que je voulais.

Pour vous aider à vous construire la vôtre, je ferai en sorte de vous livrer quelques astuces tout au long de cet article.

Quand la taille importe vraiment : le format du livre

Si vous regardez dans votre bibliothèque, vous serez peut-être surpris de remarquer que les dimensions des livres sont très disparates entre les éditeurs, et même entre chaque collection chez un même éditeur. Ainsi vos livres sont plus ou moins hauts, plus ou moins larges, plus ou moins épais.

Théoriquement, on peut grouper les dimensions des livres suivant trois grandes catégories.

Les livres de poche, plutôt peu hauts et peu larges, mais parfois très épais, sont très populaires depuis quelques dizaines d’années. Ils sont caractérisés par une mise en page peu aérée afin de faire tenir le texte dans un espace restreint. Leur confort de lecture, parfois, s’en ressent.

Les livres plus classiques assez hauts et larges, parfois encore plus épais, car possédant souvent un papier de meilleure qualité, ont la plupart du temps une mise en page plus aérée, et un confort de lecture plus grand.

Les beaux-livres sont très hauts et très larges et sont souvent des éditions luxueuses où le texte est mis en valeur de manière plus soignée encore. Il arrive même que la tranche soit dorée, que la reliure soit cousue et recouverte de cuir.

Et pourtant, il n’existe aucun standard de taille et chaque éditeur a conçu ses livres de poche dans des dimensions légèrement différentes.

Chacun choisit donc le format et les proportions qu’il désire.

Vous en aurez une autre preuve lorsque vous examinerez comme moi les formats acceptés à la fabrication par deux des prestataires les plus fréquemment mandatés par les auteurs autoédités : Amazon (via CreateSpace) et Lulu. Vous remarquerez avec moi qu’il y a peu de formats qui correspondent exactement entre les deux.

Vous allez donc devoir faire votre choix selon plusieurs critères.

  • Nature du livre
  • Encombrement désiré du livre
  • Épaisseur désirée du livre
  • Taille des marges du texte
  • Longueur du texte
  • Existence de plusieurs tomes
  • Identité de collection ou d’édition
  • Coût de fabrication du livre et prix final de l’ouvrage

Pour ma part, j’ai commencé par avoir envie d’un format assez haut et assez large, afin d’obtenir un confort de lecture le plus grand possible et une épaisseur modérée, mon texte étant relativement court (un peu plus de 78 300 mots), mais au prix d’un encombrement assez important. Je ne sais pas pour vous, mais si j’adore lire des livres de poche parce qu’ils sont transportables partout, je déteste cette sensation physique très rapide d’avoir les pouces qui ne savent plus où se mettre parce que le texte est collé aux bords des pages et que l’épaisseur du livre rend la force déployée pour laisser le livre ouvert très désagréable. Je finis par ne plus savoir comment tenir le livre et changer régulièrement de position : main gauche ou droite en haut de la reliure, ou chaque main tenant les bords extérieurs du livre, pouce droit ou gauche sur le bas de la reliure. Bref, je suis un lecteur difficile, physiquement parlant. J’avais donc pensé qu’un livre haut et large, mais non pas carré serait bien plus agréable. De plus, j’avais envie d’une proportion qui se rapproche un peu de l’écran d’un iPad. J’avais également dans l’idée de proposer une maquette intérieure qui soit basée sur une identité visuelle ainsi qu’un format assez haut de gamme en choisissant une mise en page dite « demi-luxe » (nous en reparlerons plus tard).

Cependant, le coût du livre était assez cher, ce qui bien sûr en faisait monter le prix final. Et mes conseillers (car j’en ai), m’ont fait remarquer qu’un roman qui se lit, se lit de nos jours dans le métro, dans le train, en vacances, dès que l’on a un moment, et que les formats de petite taille sont bien plus pratiques pour cela.

J’ai donc fait un compromis et opté pour un format A5 (148mmx210mm) assez grand pour mettre en place une mise en page aérée et ne pas être trop épais, mais assez petit pour tenir facilement dans un sac.

C’est un format qui est proposé facilement par Lulu avec un prix à la page assez bas, et qu’il reste possible de choisir sur CreateSpace via l’option custom trim size. Dans ce dernier cas, vous devez être conscients que l’utilisation de cette taille de coupe personnalisée du papier entraîne quelques inconvénients, principalement l’inéligibilité à la vente à travers les boutiques des réseaux physiques de libraires américains.

N’ayant pas trop d’ambition de ce côté-là, puisque francophone, ce n’était pas un problème pour moi.

Mise en page

Cependant, la question de la taille du livre ne peut s’envisager qu’en prévoyant aussi le type de mise en page que l’on souhaite, car c’est aussi un point important pour le confort de lecture comme pour l’identité visuelle que vous désirez offrir à l’ouvrage.

Un livre, c’est donc du texte mis en forme. Encore faut-il savoir comment.

D’abord, il y a les marges, encore appelées blancs, qui vont nous demander un peu de vocabulaire.

On appelle blanc de tête et blanc de pied les blancs situés respectivement en haut et en bas de la page.

On appelle grand fond le blanc situé à l’extérieur de la page, et petit fond le blanc à l’intérieur de la page près de la reliure.

La façon dont ces marges sont agencées, aussi appelée empagement, va avoir une influence sur la disposition du texte et donc sur la façon de lire. On considère en effet qu’il est plus agréable d’avoir de la place pour poser les doigts sans gêner la lecture si les marges extérieures du livre sont assez larges, voire plus larges que les marges intérieures. D’où les noms de grand fond et petit fond. Il est d’ailleurs étonnant que nombre de sites, à commencer par CreateSpace, continuent à recommander de faire l’inverse.

On calcule chaque blanc suivant une proportion, qui a pu varier à travers les époques. Vous en trouverez ici plusieurs exemples.

Connaissant mon attrait pour le nombre d’or, j’aurais pu me laisser tenter, mais c’est finalement vers une proportion différente que je me suis tourné, après avoir fait quelques essais. C’est la règle des 4, 5, 6 et 7/10e.

Pour l’obtenir, il est nécessaire de calculer l’empagement, c’est-à-dire la place qu’occupe le texte dans la largeur de la page. Classiquement, on retient trois tendances d’empagement.

  • Empagement « demi-luxe » : le texte (aussi appelé justification) occupe les ⅔ de la largeur de la page. La justification est donc de 98 mm pour une page A5 dans ce choix d’empagement.
  • Empagement courant : le texte occupe les ¾ de la largeur de la page. La justification est de 111 mm pour une page A5 dans ce choix d’empagement.
  • Empagement « luxe » : le texte occupe les ⅝ de la largeur de la page. La justification est de 92,5 mm pour une page A5 dans ce choix d’empagement.

L’empagement détermine donc ce que l’on appelle le Blanc total, soit la proportion de la largeur de la page qui reste blanche.

Dans mon cas, sur une page A5 de largeur 148mm, en choisissant un empagement demi-luxe, le Blanc Total est de 50 mm. Il ne reste plus qu’à calculer les blancs :

  • Blanc de tête : 5/10e du Blanc total (soit 25 mm dans mon cas)
  • Blanc de pied : 7/10e du Blanc total (soit 35 mm dans mon cas)
  • Petit fond : 4/10e du Blanc total (soit 20 mm dans mon cas)
  • Grand fond : 6/10e du Blanc total (soit 30 mm dans mon cas)

Concrètement, avec InDesign, on commence par créer un document en pages vis-à-vis, et à indiquer la taille du papier comme les dimensions des marges. On active ensuite la grille et son magnétisme afin de positionner correctement tous les éléments sur la page.

Le tout donne une impression, me semble-t-il, assez harmonieuse.

Vous voilà prêts à commencer votre maquette.

En-têtes et pieds de page

Vous aurez remarqué depuis bien longtemps que les blancs d’un livre sont souvent utilisés pour y inscrire des indications qui n’ont rien à voir avec le texte lui-même, mais qui permettent au lecteur de se repérer. Le numéro de la page par exemple, est une information précieuse.

On appelle ces zones les en-têtes (donc, placées dans le blanc de tête) et les pieds de page (placés dans le blanc de pied, merci Monsieur de La Palice).

InDesign fonctionne avec le principe des cadres. On crée des cadres que l’on remplit ensuite d’un contenu. Ce peut être une image (cadre d’image), du texte (cadre de… texte) ou autre chose encore (mais pour la mise en page d’un roman, nous ne nous en servirons pas).

Il nous suffit de sélectionner l’outil de création d’un cadre de texte et de le créer à l’endroit qui nous sied en se servant de la grille, mais aussi de quelques repères, par exemple les marges de notre page, qui sont bien visibles.

Ensuite, nous remplissons le cadre. Si vous désirez que le numéro de la page soit automatiquement ajouté, vous sélectionnez l’option Insérer un caractère spécial > Numéro de page. Pour les autres informations, il est d’usage d’indiquer le nom de l’auteur (mais est-ce bien nécessaire ?), le titre du livre, le titre du chapitre en cours. À vous de voir ce que vous désirez faire.

Pour ma part, vous le verrez, ma maquette est plus atypique. J’ai eu envie de positionner mes numéros de page sur les deux grands fonds, et le titre du livre comme le titre du chapitre en cours sur le grand fond de la page de gauche seulement.

Les gabarits

Je ne vous apprendrai rien en vous faisant remarquer qu’un livre a souvent des pages de gauche différentes de ses pages de droite. C’est encore plus vrai quand les marges intérieures et extérieures sont différentes entre elles. C’est évident quand on remarque que les en-têtes et les pieds de page sont différents à droite et à gauche. Enfin, pour enfoncer le clou, la convention veut qu’en Occident les chapitres débutent toujours sur une page de droite sans en-tête ni pied de page, et souvent même sans être numérotés (sans folio, dit-on dans le jargon).

Pour ne pas avoir à créer à chaque fois les marges des pages, ou à noter les numéros des pages par exemple, on peut créer des gabarits de pages. Les gabarits sont des modèles qui seront utilisés par le logiciel chaque fois que vous en aurez besoin. Tous les éléments présents sur un gabarit seront automatiquement répercutés sur toutes les pages de votre livre qui utilisent ce gabarit. C’est très utile pour inscrire le numéro des pages et pour les en-têtes et les pieds de page, mais aussi pour les pages liminaires ou les premières pages de chapitre, qui ne sont jamais numérotées si l’on suit les règles admises.

Ces gabarits seront très pratiques par la suite, car ils permettent de gagner énormément de temps dans la réalisation de la maquette, mais aussi parce qu’ils vous permettent de créer une unité visuelle d’ouvrage en ouvrage. Vous pouvez ainsi décider d’une mise en page qui sera réutilisée pour vos livres ultérieurs.

C’est pour cela qu’en plus des gabarits évidents que sont les pages droite de texte et gauche de texte, je me suis créé d’autres modèles, comme ceux des premières pages de chapitre, ceux des pages de titre de chapitre, ou même des pages avec des textes ou des images qui se répéteront toujours au même endroit. Nous verrons plus loin quelles sont les pages qui méritent de créer un gabarit.

Pour le moment, de façon pratique, comment créer un gabarit ?

Tout simplement en ouvrant le panneau des pages sur votre droite. Vous avez déjà des gabarits de page droite et gauche en vis-à-vis. En double-cliquant dessus, le logiciel vous les affiche. Vous pouvez les modifier à loisir et chaque changement sera répercuté sur toutes les pages qui utilisent ce gabarit.

Pour appliquer un gabarit, vous sélectionnez une page dans votre « chemin de fer » et vous glissez-déposez le gabarit voulu dessus. Rien de plus simple.

Toujours une question de styles

Nous avons déjà longuement parlé des styles et de leur utilité dans un traitement de texte ou même dans Scrivener, que ce soit pour créer un livre papier ou un livre électronique.

Les styles sont également essentiels dans la conception de la maquette.

Ils vont sans doute vous prendre du temps pour les créer, les peaufiner, les bichonner, mais une fois définis, ils vont vous simplifier la vie d’une façon incroyable, car ils possèdent un pouvoir rare dans le monde de l’informatique : ils sont interopérables.

Mon flux

En effet, mon flux de travail est essentiellement basé sur deux piliers.

Le premier est le format de texte .rtf (rich text format), qui est reconnu et lu par tous les logiciels de traitement de texte comme par Scrivener ou InDesign.

Le deuxième est l’utilisation de styles qui sont inscrits, engrammés dans le fichier .rtf, et que chaque logiciel sait reconnaître.

Un texte marqué avec un nom de style particulier dans Scrivener (ou dans Word ou dans LibreOffice) gardera attaché le nom de ce style si on l’exporte en format .rtf. Ainsi, comme nous l’avons vu dans la première partie de cette série, j’ai créé un style dans Scrivener qui me permet de marquer les portions de texte qui sont vues par un autre angle, ou qui désignent une scène décalée temporellement ou spatialement, des flash-back.

Lorsque j’aurai compilé le texte, les portions marquées de ce style seront reconnues par InDesign, ce qui me permettra d’appliquer le style définitif propre au livre papier.

Mais mieux encore (et nous le verrons dans l’épisode 3 de la série Créer un ePub), la compilation de Scrivener peut marquer le texte stylé pour le lier à la feuille de style CSS.

Il n’est donc besoin que ne marquer une seule fois le texte original, pour y appliquer ensuite les styles propres à chaque canal de diffusion : livre papier dans InDesign, livre électronique dans Espresso ou Sigyl.

Les styles nécessaires à un livre papier

Pour un livre papier, vous allez avoir besoin de créer quelques styles.

  • Bien sûr, le style de votre texte (parfois il peut y en avoir plusieurs, d’ailleurs).
  • Le style des titres de chapitre.
  • Le style des en-têtes et des pieds de page (numéros de page, notamment).
  • Le style des mentions légales.
  • Le style du titre du livre.
  • Le style de la table des matières.

Il se peut que vous ayez besoin d’en créer d’autres pour des raisons inhérentes à votre projet ou à votre texte (par exemple, le style de mes scènes intriquées, ou un style imitant un message informatique ou SMS).

Dans tous les cas, ce sont globalement les mêmes que dans votre projet Scrivener. À la différence près que la gestion des styles par Scrivener est assez rudimentaire. Je préfère donc penser que les styles de Scrivener ne servent que pour marquer le texte sans véritablement lui donner une identité, et que cette dernière est définie dans les styles de InDesign (ou de la feuille CSS lorsque nous parlerons de livre électronique).

Il faut bien distinguer styles de paragraphe (qui s’appliquent donc à l’ensemble d’un paragraphe et en modifient toute la structure et l’apparence : est-il centré, justifié à droite, à gauche, aligné à droite ou à gauche, avec quel retrait de première ligne, quel retrait tout court, etc.) et styles de caractères qui s’appliquent seulement à certaines parties d’un paragraphe par exemple (italique, avec quelle fonte, avec des ligatures, etc.).

Par exemple, mon corps de texte est défini par un style de paragraphe justifié, sans retrait global, mais avec un retrait de première ligne de 3 mm, et un style de caractère de fonte Sorts Mill Goudy normal de corps 10 pixels avec un interlignage de 13 pixels, des ligatures communes et discrétionnaires activées.

Vous devrez parfois appliquer des styles de caractère différents dans un même paragraphe. De même, vous verrez que InDesign inclut des styles de caractère dans chaque style de paragraphe. Ainsi, il faudra faire attention à ce qu’un paragraphe n’ait pas sa mise en forme gênée par un style de caractère différent (par exemple le style [sans style] créé automatiquement par le logiciel à l’importation du texte depuis le fichier .rtf généré par Scrivener).

Le texte brut : compiler depuis Scrivener

Les phases préparatoires étant terminées, il est temps d’intégrer le texte dans la maquette. Pour cela il faut tout d’abord exporter celui-ci depuis Scrivener, ou, selon le terme qui convient le mieux, le compiler.

L’objectif est d’obtenir un fichier .rtf comportant la mention des styles utilisés dans le corps du texte.

Vous pouvez utiliser le format de compilation que j’ai créé spécialement pour cette opération. Il est téléchargeable librement, et vous pouvez le modifier selon vos propres besoins.

Compiler le texte dans Scrivener est d’une facilité déconcertante une fois que le format est bien conçu.

Il vous suffit de cliquer sur Fichier > Compiler et une fenêtre s’ouvre par-dessus votre projet.

Trois vérifications s’imposent.

Sélectionnez bien le format de compilation nommé Publication dans la partie de gauche (1).

Vérifiez que le format de sortie du texte compilé soit bien .rtf dans la barre du haut, même si pour l’importation dans InDesign, le format .docx fonctionne tout aussi bien (2).

Et surtout, veillez à ce que toutes les portions de votre texte soient incluses dans la compilation dans la liste de droite (3). Au besoin, cochez ou décochez ce dont vous avez besoin ou pas.

Après quelques secondes, vous trouverez sur votre bureau un fichier .rtf contenant tout votre texte.

Petite incursion dans le format de compilation de Scrivener

Pour ceux que ça intéresse, il est temps de se pencher sur le format de compilation que j’ai créé dans Scrivener dans l’optique de mon flux de travail. Nous nous intéresserons seulement ici à la partie .rtf et nous verrons dans un autre article la partie ePub3.

L’objectif du format est de sortir un texte simple dont les styles sont préservés.

Pour entrer dans son mécanisme, faites un clic droit et sélectionnez Modifier.

Vous pourrez l’explorer en détail vous-mêmes, mais en voici les principaux points.

En sélectionnant l’option rtf, vous allez voir que les sections de texte seul sont très peu formatées. Les sections des titres de chapitre sont agencées de façon à ce que la compilation écrive « Chapitre » puis un saut de ligne et le numéro du chapitre en incrémentant à chaque fois. Les styles importants sont indiqués.

Le texte n’est pas particulièrement mis en page.

Les autres options n’ont pas été utiles donc je ne les détaille pas.

Intégrer le texte dans InDesign

Une fois en possession de votre texte compilé par Scrivener, vous pouvez revenir dans InDesign.

La partie la plus excitante de la fabrication du livre commence.

Créez un cadre de texte sur la première page, puis allez dans Fichier > Importer. Vous sélectionnez le fichier .rtf que Scrivener a compilé pour vous et vous veillez bien à cocher la case Afficher les options d’importation. C’est ce qui va nous permettre d’automatiser l’importation des styles.

Dans la fenêtre suivante, sélectionnez bien l’option Personnaliser l’importation des styles. Cela vous mène à une deuxième série d’options, dans laquelle vous pouvez mettre en correspondance les styles définis dans le fichier .rtf, et ceux que vous avez finement réglés dans InDesign.

Le texte est alors automatiquement ajouté dans le cadre de texte, mais comme ce dernier est trop petit, le logiciel ajoute lui-même des pages selon le gabarit sélectionné (le gabarit A, celui des pages de texte dans mon cas) chacune avec un cadre de texte, et lie chaque cadre les uns aux autres. Le flux du texte va couler de l’un à l’autre pour créer votre Chemin de fer.

Le Chemin de fer

C’est ainsi que l’on nomme la suite des pages de votre livre, sous la forme d’une liste de pages en vis-à-vis dont la première est toujours une page de droite, et la dernière une page de gauche.

Afin que votre livre soit correctement imprimé, vous devrez toujours vérifier que le nombre total de pages soit un multiple de 4. En effet, un livre n’est rien d’autre qu’une série de feuilles pliées en deux associées entre elles, ce qui crée obligatoirement 4 faces à chaque feuille. Vous serez donc peut-être obligés de rajouter une, deux ou trois pages blanches à la fin de votre ouvrage pour obtenir ce multiple de 4.

Affiner la mise en page

Une fois le texte intégré dans le nombre de pages nécessaire et les styles bien déterminés, vous allez devoir soigner quelques détails.

Tout d’abord, par convention, un chapitre débute toujours sur une page de droite. Si par hasard vous aviez un chapitre qui commençait sur une page de gauche, il vous suffirait d’insérer une nouvelle page blanche, sans en-tête ni pied de page, avant cette page-là, sans lier le cadre de texte. Vous allez ainsi décaler automatiquement le début du chapitre sur une page de droite et retomberez sur vos pieds.

C’est le moment de vérifier si les styles choisis pour certains passages de texte sont harmonieux, si vous n’avez pas trop de veuves et d’orphelines. Je ne veux pas parler ici de votre rôle de soutien de famille, mais bien de lignes qui appartiennent à des paragraphes et qui se retrouvent isolées en bas de page (les veuves) ou en début de page suivante (les orphelines). Personnellement je préfère en laisser plutôt que de déséquilibrer la symétrie des deux pages, mais c’est un choix non académique que j’assume. Par contre, évitez à tout prix de vous retrouver avec une orpheline sur la dernière page du chapitre (voire du livre), cela serait assez disgracieux (à mon goût, bien sûr). Au besoin, jouez avec un saut de ligne ou avec la valeur de l’interligne.

Les pages liminaires

Un livre, c’est le corps du texte, mais pas seulement.

Dans un essai, il peut y avoir une préface, un index, une bibliographie.

Dans un roman, il peut même y avoir un index des protagonistes (ce serait une bonne idée pour Game of Thrones, par exemple, et certaines éditions le font pour les œuvres de Tolkien), des appendices pour expliquer certains détails propres à l’univers (là encore, le Seigneur des Anneaux en regorge).

Mais il y a aussi toute une série de pages auxquelles on ne pense pas spontanément, mais qui font aussi qu’un livre est entier.

Outre les pages de garde (vierges) situées au tout début du livre imprimé, on trouve :

La page de faux-titre.

La page de titre.

À son verso le colophon, sur lequel, généralement en bas de page sera apposé votre copyright (ou la mention d’une éventuelle licence Creative Common), l’ISBN de l’édition, et l’année de l’édition, la raison sociale de l’éditeur, parfois le nom de l’imprimeur.

La table des matières, qui recense les chapitres, leurs numéros et leurs noms éventuels, et le numéro de la page où ils débutent, mais aussi le numéro des pages des éventuelles annexes.

La bibliographie de l’auteur peut également apparaître, généralement sur la page de gauche qui fait suite à la page de titre. Y sont listés les ouvrages déjà publiés dans les différentes maisons d’édition.

Toutes ces pages peuvent facilement être composées dans InDesign à partir du gabarit [sans] que le logiciel a lui-même créé dès le départ.

Les images

Les images éventuelles que vous allez intégrer dans votre maquette intérieure doivent répondre à certains critères pour être imprimées ensuite avec une qualité satisfaisante.

Tout d’abord, veillez à ce qu’elles soient d’une résolution suffisante, d’au moins 300 dpi/ppp/ppi c’est-à-dire 300 pixels par pouce. C’est le standard professionnel qui vous garantira que l’image ne sera pas pixellisée et illisible, ou pire, dégradée, lors de l’impression. Pour cela, utilisez si besoin est Photoshop ou son concurrent Mac beaucoup plus abordable Pixelmator (Pro).

Ensuite, leur format est important. Privilégiez les formats lourds, mais très fidèles que sont le tiff, le psd, le bmp. Mais d’expérience, c’est surtout le format pdf qui sera le plus intéressant dans InDesign.

Enfin, leur intégration doit les mettre en valeur. Traditionnellement, dans un roman, elles sont placées sur la page de gauche qui précède un titre de chapitre. Dans certaines œuvres décrivant des univers fantasmés comme la fantasy ou la science-fiction, des cartes sont même intégrées pour aider le lecteur à suivre la géographie, la politique, le périple des héros, et ces cartes se placent la plupart du temps en début d’ouvrage.

La création du pdf

Une fois tous les éléments de votre maquette positionnés, toutes les pages correctement remplies de texte, tout le corps de votre texte parfaitement placé dans les cadres adéquats, le nombre de pages vérifié, les images de bonne qualité intégrées, il ne reste que la dernière étape, celle qui va produire le document final, l’exportation dans un format stable et lisible par tous.

Ce format standard de l’industrie est le pdf.

Cependant, n’importe quel pdf ne fera pas l’affaire. Vous devez vous assurer de plusieurs critères.

Tout d’abord les fontes (ou polices de caractères) doivent être incorporées dans le pdf, de manière à ce que les caractères soient bien imprimés. InDesign fait ça très bien, automatiquement, sans même que vous ayez à le préciser.

Ensuite, il faut veiller à fournir un fichier aux normes demandées par votre service d’impression à la demande. Faut-il des traits de coupe, des repères ? Ou bien, comme CreateSpace le demande, faut-il veiller à ce qu’il n’y en ait surtout pas ?

Une fois tous ces réglages sélectionnés, le logiciel crée votre fichier pdf.

Votre livre est presque prêt.

Ne manque que la couverture pour le soumettre.

Et c’est ce que nous verrons dans le prochain épisode.

Making of a book, partie 1 : outils pour écrivain

Making of a book, partie 1 : outils pour écrivain

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Publier un livre, c’est d’abord l’écrire, bien sûr.

Je n’ai pas la prétention de donner des cours d’écriture, car j’en serais incapable. D’autres font ça bien mieux que je ne le pourrais. Par contre je peux partager avec vous dans ce premier article quelques astuces que j’ai adoptées pour moi-même, et avant tout les outils dont je me sers pour arriver à mes fins. Je peux aussi vous livrer ma méthode, qui reste perfectible, personnelle, mais qui peut-être pourra vous donner quelques idées pour trouver ou peaufiner la vôtre.

Pour ce qui est de trouver l’idée première, l’amorce, l’étincelle créatrice, seule votre imagination saura vous guider.

Mais à partir de là, de ce mystère qui peut partir d’une impression, d’un sentiment, d’une vague sensation, parfois même seulement d’une couleur, d’une ambiance ou d’une simple phrase, il s’agit souvent d’apprivoiser le chaos, de l’organiser sans trop le brider, de sectionner des branches et d’en privilégier d’autres.

Order out of chaos, here comes the Mindmap again

Je vous ai déjà parlé de ma manie de faire des cartes heuristiques, des mindmaps, dans la conception des scénarios de jeu de rôle. Cette habitude s’est naturellement étendue à l’écriture littéraire comme elle a pu le faire dans ma vie quotidienne ou dans ma vie professionnelle pour structurer, ordonner, développer. Surtout développer. Car à partir de l’idée de base, de l’amorce de mon projet, je commence d’abord par creuser en notant tout ce que cela m’évoque.

J’utilise deux logiciels pour cela.

Historiquement, mon préféré, MindNode, essentiellement parce qu’il existe une version mobile, ce qui n’est pas le cas de Scapple. Je peux ainsi noter mes idées n’importe où, dès que je les ai à l’esprit, ou revenir sur un canevas même quand je suis loin de mon ordinateur. J’utilise la version 2 pour Mac, et pour iOS. Mais dernièrement, j’ai appris à connaître et à apprécier Scapple, dont le manque de formatage initial peut être une meilleure façon d’appréhender un problème de temps à autre. Son plus gros défaut est de ne pas posséder une version mobile, ce qui contraint à être derrière son ordinateur pour noter quoi que ce soit.

L’échange entre les deux est cependant possible via le format OPML et le .rtf, mais cela oblige quand même souvent à jongler.

Quant à la méthode, une fois que j’ai jeté toutes les idées qui dérivent de l’originelle, tout ce que m’inspire cette amorce, je commence à organiser en les reliant entre elles, en les regroupant, et souvent ces groupes engendrent d’autres idées qui en développent le concept. Je pousse la logique de chaque concept le plus loin possible et j’essaie de les expliquer les uns par rapport aux autres.

Je structure ainsi le début d’histoire entre l’intrigue, les personnages, les lieux et les éléments fondateurs.

Réalisme, recherches et crédibilité

Une histoire ne peut être crédible que si elle s’appuie sur une base solide qui en constituera le réalisme. Il est donc nécessaire de rechercher à chaque étape une cohérence dans l’intrigue, mais aussi dans l’univers décrit par l’histoire. Que ce soit pour un space opera poétique comme dans Poker d’Étoiles ou un monde rétrofuturiste comme pour Le Choix des Anges, ou plus encore dans une histoire censée se dérouler entre la Renaissance et nos jours dans des lieux comme Toulouse, Paris, ou Sarajevo comme le sera Fée du Logis, il faut construire ou reconstruire pour soi comme pour le lecteur un monde, un environnement dans lequel prendra place l’intrigue elle-même.

Jusque là ma méthode restait archaïque : bouts de papier, marque-page dans mon navigateur internet, fichier texte.

Et puis, malgré mes réticences initiales (basées sur mon expérience avec la première version du logiciel), j’ai fini par adopter Scrivener très récemment, depuis la sortie de sa troisième version majeure. Comme je l’ai adopté également pour la phase d’écriture elle-même, je vous en parlerai plus en détail, mais la phase préparatoire de recherche et de construction peut aussi bénéficier des outils de Scrivener.

Le plus intéressant pour moi reste la faculté du logiciel à intégrer les pages internet que l’on glisse-dépose dans son interface. Il y crée instantanément une archive web consultable à tout moment lors de la rédaction.

Je prends également des notes en cours de rédaction, sur les points qui me semblent à approfondir ou à améliorer, les recherches à faire pour en développer d’autres, ou les liens à faire avec d’autres chapitres.

Je me sers également beaucoup des fiches de personnage et de lieu dont je vous ai déjà livré les fichiers pour construire peu à peu une cohérence dans mon histoire.

De la même manière, il est impératif de ne pas se contredire soi-même dans un livre qui se veut crédible, et ce notamment sur la chronologie. Vous savez bien que le temps est une donnée fondamentale pour moi, mais dans un livre de fiction, c’est plus encore le cas.

J’utilise donc Aeon Timeline 2 qui permet de garder à l’esprit les dates importantes et de calculer automatiquement les âges des protagonistes à un moment donné de l’intrigue, tout comme la trace des événements passés et futurs afin de ne pas créer de paradoxes temporels qui pourraient anéantir votre si beau roman avant même qu’il ne soit né.

Et si je reviens dans le passé pour m’empêcher de faire ce rêve, est-ce que Fée du Logis disparaîtra ?

Pensée terrifiante

Aeon Timeline est même prévu pour s’interfacer avec Scrivener, ce qui permet de tenir l’intrigue à jour en même temps que les changements de chronologie et vice-versa.

Le travail à ce moment-là est un incessant va-et-vient entre MindNode, Scrivener et Aeon Timeline. Surtout pendant la phase de rédaction.

La plume du phœnix

J’ai écrit Le Choix des Anges de façon classique, avec LibreOffice, plus tard avec Pages.

Mais je me suis rendu compte que le processus d’écriture que j’avais mis en place rendait difficile le simple fait de retrouver un moment particulier de mon histoire pour le modifier. J’étais obligé de dérouler ou d’enrouler en permanence le fichier pour trouver deux endroits à corriger l’un par rapport à l’autre, pour vérifier leur cohérence ou leur tonalité. Et l’un comme l’autre devenaient lourds et lents au fur et à mesure que la rédaction avançait.

Je me suis donc tourné vers Scrivener et sa logique totalement différente qui permet de considérer chaque partie du texte comme un fichier séparé, organisé de façon fluide dans une sorte de chronologie narrative. Chaque morceau a son résumé, ses notes, parfois même des sauvegardes autonomes. On peut organiser chaque section avec des mots-clefs avec une liberté étonnante et un peu déroutante au début.

Il y a quantité de tutoriels sur Scrivener sur la Toile, notamment sur le site officiel de Littérature & latte. Vous pourrez en découvrir l’extrême versatilité et l’adaptabilité à tous les types de projets d’écriture.

Maison de Corrections

Il est absolument nécessaire de corriger un manuscrit, même si on le fait seul (ce que je ne recommande pas). C’est une question de respect envers le lecteur, et plus encore, envers soi-même. Je ne supporte pas de lire une faute ou une coquille dans les écrits des autres, alors je mets un point d’honneur à traquer comme je le peux les miennes.

Mais il existe plusieurs niveaux de corrections, que vous allez enchaîner voire superposer les uns aux autres.

Les corrections de fond, la « bêta-lecture »

Tout d’abord, il y a la correction la plus fondamentale, celle de la vraisemblance, de la cohérence et du réalisme de l’ouvrage. Si vous avez correctement pensé votre livre, il devrait y en avoir assez peu. Mais même l’intrigue la mieux pensée, même le personnage le plus travaillé psychologiquement peut se trouver dans une situation dont la vraisemblance peut être mise en doute à une lecture plus attentive. Et qui vous assure que vous n’avez pas dit que Tartampion avait les cheveux blonds au chapitre 4 et bruns au chapitre 5 ?

Chaque acte d’un personnage doit en outre être cohérent avec d’une part l’univers que vous avez construit, avec sa psychologie propre, et avec les réactions que sa psychologie lui autorisera lorsqu’il sera confronté à la situation que vous avez créée.

Vérifier que tout cela ne cloche pas est un travail difficile, car il faut prendre du recul avec le texte, avec les personnages, avec l’histoire.

C’est pour cela que je n’y vois que deux solutions : soit prendre deux ans de recul sans toucher le texte (à ce rythme-là, je n’accoucherais personnellement que d’un roman tous les 50 ans…), soit demander à quelqu’un d’autre de lire et de critiquer votre travail. C’est bien entendu la deuxième solution qui me paraît la plus intéressante, car elle permet aussi de confronter le point de vue d’un premier lecteur, ou même de plusieurs, avec celui de l’auteur. Souvent de la discussion naît la lumière, et cette situation ne fait pas exception à la règle.

Il faut bien sûr se trouver une ou plusieurs personnes de confiance, quelqu’un qui comprendra votre univers, qui sera suffisamment proche de vous pour l’apprécier et surtout pour vous faire des retours structurés, organisés, et des critiques constructives. Il n’est pas question de se limiter à un simple « oui c’est super génial » ou à un « je n’aime pas ». Il faut argumenter, développer, discuter. Pour l’auteur, cela demande un peu d’humilité, car il n’est pas toujours facile d’entendre que l’on n’a pas tout réussi du premier coup. Pour le bêta-lecteur, cela demande du doigté et de la diplomatie.

Ces corrections sont celles où l’auteur peut aussi « défendre son bout de gras », et argumenter lui aussi face à son bêta-lecteur. S’il pense que telle action du personnage est justifiée, il peut la garder, mais peut-être mieux l’expliquer.

La forme, une question de style

Une fois le fond stabilisé, il est maintenant temps de s’occuper de la forme.

Vos phrases sont-elles trop longues, trop courtes ? Y a-t-il des répétitions qui alourdissent le style, des fautes de syntaxe, un manque de concordance des temps ?

Je me sers de deux sources dans ce moment critique.

Tout d’abord Antidote 9, le logiciel de correction orthographique. Il a la particularité de repérer très facilement les répétitions ou les syntaxes discutables.

Ensuite et surtout, d’autres correcteurs ou correctrices humaines.

Là encore, vous seul jugerez si les corrections suggérées doivent être appliquées ou pas. Antidote n’est pas un logiciel parfait, il lui arrive de se tromper (assez souvent) ou d’être trop strict. Vos correcteurs auront sans doute aussi cette qualité. Mais même si Antidote réclame une correction pour l’emploi d’un mot familier, vous pouvez décider de le garder tout de même, car le personnage qui l’emploie possède un registre de langage familier, ou parce que vous désirez que votre style soit familier dans cette partie-là de votre livre. Vous pouvez décider de garder une répétition pour créer de l’emphase, pour donner un rythme à votre phrase comme en poésie ou en rhétorique.

Bref, là encore vous devrez faire des choix.

L’esprit et la lettre

Par contre, vous en aurez moins dans la troisième phase des corrections, la phase orthographique.

Là encore j’utilise deux sources (en plus de mes propres relectures) : Antidote et mes correctrices.

Antidote fera des suggestions de corrections basées sur les paramètres que vous lui aurez indiqués auparavant : voulez-vous écrire selon l’orthographe traditionnelle, ou la réforme simplifiée des années 1990 ? En fonction de ce choix, les graphies correctes ne seront pas les mêmes. Et Antidote vous les explique.

Plus de négociations avec mes correctrices, qui ont parfois autant de doutes que moi sur une orthographe. Mais les yeux aguerris des humains peuvent parfois trouver des coquilles que le logiciel a laissé passer, car les mots n’étaient pas incorrects, même s’ils changent complètement le sens de la phrase (mère et mer, par exemple).

L’art délicat de la typographie

Une fois l’orthographe corrigée, il faut s’occuper de la typographie, c’est-à-dire de la façon correcte d’enchaîner les signes de l’écriture, notamment (mais pas seulement) la ponctuation, de manière à ce que le texte ait une forme agréable pour le lecteur.

La typographie est essentiellement (mais pas seulement), l’art de savoir placer les espaces.

Les espaces fines, sécables, insécables. Les espaces après les points et jamais avant, les espaces avant et après les deux points, les espaces avant et après les points d’interrogation ou d’exclamation. Les espaces entre les chiffres.

Cependant, vous apprendrez aussi à mettre en forme les dialogues, l’importance des tirets cadratin et semi cadratin, des apostrophes et virgules courbes, des guillemets français et de leur différence avec les anglais.

C’est Antidote qui me sert de guide, là aussi. Et franchement, là, à de très rares exceptions près, je l’écoute toujours.

Existe-t-il un autre style ?

Cependant, comme vous pouvez le lire dans le premier volet de la série Créer un livre électronique au format ePub3, il est important de structurer le manuscrit final pour obtenir une base de texte qui sera mise en forme séparément. Une seule structure qui sera utilisée pour construire la forme de votre livre papier, et celle de la version électronique du même ouvrage.

On obtient cette structure grâce à l’emploi des styles de paragraphes ou des styles de caractères (voir le chapitre plus détaillé) dans les traitements de texte classiques comme LibreOffice, Pages ou Word.

Pour Scrivener, la philosophie est différente.

Le texte qui est dans le logiciel est un texte brut, peu mis en forme. Une fois écrit, il est nécessaire de le compiler, c’est-à-dire de l’exporter comme un fichier plus classique, dans l’ordre que vous aurez décidé. Par exemple, si vous désirez mettre le contenu du chapitre 11 avant celui du chapitre 7, pour quelque raison que ce soit (une sortie papier de correction permettant de mettre les deux chapitres en parallèle ?) vous indiquez simplement au logiciel qu’il doit organiser le manuscrit de sortie dans cet ordre-là, et abracadabra !

La phase de compilation est donc celle qui permet vraiment de donner une structure au texte, mais vous devrez sans doute auparavant distinguer dans votre rédaction les zones de texte qui différeront de votre texte principal. Je vous en donne un exemple avec le premier chapitre du Choix des Anges, construit comme un montage de cinéma qui entrelace différents moments dans la narration faite par Armand. Pour distinguer les phases de flash-back et celles de la narration normale, j’ai utilisé un style différent, que j’ai indiqué à Scrivener dès la rédaction. Ainsi, lorsque je vais compiler mon texte, les paramètres tiendront compte de ce style particulier.

Un seul texte, plusieurs vies

Une fois que le long et lent processus d’écriture est terminé, et même pendant, vous aurez besoin de mettre en forme le texte suivant vos besoins.

Or, un même texte peut être envoyé à vos bêta-lecteurs pour correction, ou au logiciel de mise en page pour obtenir un.pdf nécessaire à la fabrication du livre papier, ou au logiciel qui créera le fichier électronique à intégrer dans une liseuse.

C’est là que la philosophie de Scrivener est à mon avis un énorme avantage. Le texte ne change pas. Vous n’avez rien à faire dessus. Seule sa forme et le format du fichier de sortie vous changer. Et cela peut se décider en quelques clics pour peu que vous sachiez exactement ce que vous voulez.

Il faut d’abord connaître vos propres besoins.

Pour ma part, j’ai décidé de concevoir trois mises en forme seulement, en fonction de ce que le texte va devenir et aussi des étapes nécessaires. Je vous résume tout cela dans une petite carte heuristique (ça faisait longtemps).

  • Une mise en forme qui aura pour but de donner le texte à mes correctrices, selon deux modalités qui restent leur choix : un fichier .pdf à imprimer ou un fichier plus classique à corriger dans un traitement de texte.
  • Une mise en forme de publication destinée au livre papier, essentiellement sous un format .rtf qui sera importé dans un logiciel de mise en page comme Scribus.
  • Une mise en forme de publication destinée au livre électronique, comme un format ePub natif que je corrigerai ensuite selon mes desiderata plus précis.

Pour chacune, j’ai décidé de ce que je voulais : des en-têtes sur la page, et lesquels, jusqu’aux marges, en passant par l’incorporation des styles ou non.

Et j’ai construit deux formats de compilation pour Scrivener 3. Un format dit « épreuve » et un format dit « publication » qui servira pour la suite du travail de production, tant en papier qu’en numérique.

Dans les articles qui suivent, je détaillerai avec vous les étapes qui ont mené à la conception de ces formats de compilation.

La naissance de Janus

La suite de la vie du texte sera différente suivant que l’on désire fabriquer le livre papier, ou sa version électronique. Nous verrons cela dans deux séries d’articles complémentaires.

Les présents d’Hephaïstos

Tout comme le dieu forgeron le fit pour de célèbres Héros de la mythologie grecque, le Serpent à Plume a fait éclore dans son nid de flammes des armes magiques qui vous permettront de vaincre vos ennemis, mais surtout de surmonter les obstacles de la compilation avec Scrivener 3.

Voici donc : un modèle générique pour un roman (celui que j’utilise), et mes formats de compilation pour la correction, et pour la publication papier et numérique.

Nous les utiliserons pour les prochaines étapes de la fabrication du livre dans sa version papier, mais également dans sa version numérique.

Libre à vous des les utiliser ou de les modifier selon vos propres besoins, ils sont juste une base, certainement perfectible.

Star Cowboy : mise en place d’une table virtuelle sous Roll20

Star Cowboy : mise en place d’une table virtuelle sous Roll20

Comme beaucoup de rôlistes de mon âge (avancé), mes compagnons de jeu et moi-même avons peu de temps à consacrer à nos aventures partagées. Les obligations professionnelles, familiales, l’éloignement de plusieurs d’entre nous (régions toulousaine, montalbanaise, agenaise, parisienne), forment des obstacles qu’il était auparavant impossible de vaincre plus de quelques rares fois par an.

Heureusement, les technologies d’internet ont permis ces dernières années l’apparition de services de tables de jeu virtuelles, des interfaces partagées en ligne où les joueurs peuvent se connecter pour interagir avec des éléments tels que des images, des plans, des cartes, peuvent lancer des dés virtuels, écouter de la musique en même temps, et se parler les uns aux autres en conférence téléphonique, voire en vidéo.

Nous avons quant à nous choisi Roll20, pour sa simplicité de mise en œuvre et la polyvalence des styles de jeu qu’elle permet. Pour de vieux briscards du jeu de rôle comme nous, la prise en main d’un tel outil n’est pas si simple, même si nous sommes technophiles. Il existe de nombreux tutoriels, en anglais ou en français, sur la toile pour s’y acclimater. Mais mettre en place une partie de FATE n’allait pas de soi, car le style de jeu est un peu particulier (Points de Fate sous forme de jetons, Aspects à écrire et utiliser à la volée en cours de partie, jets de dés).

J’ai donc décidé de vous faire partager pas à pas la mise en place de notre table virtuelle Roll20 pour Star Cowboy et la configuration nécessaire à l’utilisation de FATE/Atomic Robo avec cette plateforme.

Création de la Campagne

Roll20 est une application internet accessible depuis un navigateur, et ce gratuitement. Il suffit de créer un compte sur la plateforme. Il existe des options uniquement réservées à un compte payant, mais très franchement elles ne sont pas indispensables pour créer une partie, même en tant que meneur de jeu. Pour ce faire, il suffit de cliquer sur Create New Game, et vous voilà propulsé dans l’interface de l’application. Je vous renvoie aux nombreux tutoriels qui peuplent la Toile pour les détails sur son utilisation.

Choix de la Feuille de Personnage

Grâce à +Sioc Fate, de la communauté Google+ de FATE Francophone, vous pouvez choisir à la création une feuille de personnage FATE Core francophone parfaitement fonctionnelle. Ce n’est pas la même que celle d’Atomic Robo (les Modes manquent), mais on peut facilement s’en servir de la même façon.

Il suffit de noter les Modes comme des compétences normales, et de lister au-dessous de chacun les Compétences à leur niveau spécialisé, maîtrisé, ou nominal. En jeu, vous n’aurait qu’à cliquer sur le dé symbolisé à côté de la compétence voulue pour que l’application vous donne le résultat d’un jet de dé.

Le fond d’écran

C’est sans doute le plus long à penser. Il faut en effet loger beaucoup de choses sur une table de jeu sous FATE : les pions des personnages, les différents Aspects mis en jeu, l’échelle de résultats pour l’avoir toujours sous les yeux, et quelques petits rappels pour que les joueurs comme le meneur de jeu aient toujours à l’esprit les mécanismes particuliers des actions de FATE.

Certains multiplient les images de fond pour placer tout cela, j’ai préféré faire une seule très grande image que j’ai placée comme fond, et où chaque zone est déjà délimitée.

Les Aspects

J’ai décidé de placer mes Aspects en haut de la table, afin qu’ils soient toujours visibles. Je me sers de l’outil de texte de Roll20 pour les créer, et les place dans la zone de l’écran délimitée à cet effet. Pour Star Cowboy, il y a des Aspects de Série, des Aspects d’Épisode, des Aspects de Scène, et les Conséquences Collatérales en plus des Aspects de Personnage qui sont gérés quant à eux directement sur la fiche de chaque personnage.

Pour me retrouver dans les différentes utilisations des Aspects (boosts, utilisations gratuites), j’ai développé un code simple à retenir :

Nom de l’Aspect + autant de * qu’il y a d’utilisations gratuites suivis de l’initiale du personnage (ou son nom complet) +/- b si c’est un boost.

Membre influent de l’équipe de protection de Samuel *Spike

Permet donc à Spike (joué par Jérôme) d’invoquer l’Aspect avec une utilisation gratuite. Il ne s’agit pas d’un boost et l’Aspect restera donc valable après sa première utilisation.

Bien évidemment, il faut mettre à jour l’Aspect une fois celui-ci joué (invoqué ou contraint), en n’oubliant pas de retirer l’éventuel astérisque, ou de le supprimer totalement s’il s’agissait d’un boost.

Cela demande une certaine discipline, mais les habitués de FATE y seront déjà rodés.

Les Personnages

La création de personnages est assez simple avec Roll20. Mon habitude est cependant, pour aller plus vite, de suivre toujours la même procédure. Tout d’abord écrire une description publique. Puis, m’atteler au remplissage de la fiche. Ayant créé Star Cowboy comme je le fais pour une partie non virtuelle, je copie/colle les Aspects de Personnage, puis j’organise les compétences en suivant un ordre précis. D’abord le Mode le plus élevé sur une ligne seule, puis en dessous les compétences spécialisées qui dépendent de ce Mode, en dessous les compétences maîtrisées, encore en dessous, éventuellement, les compétences à leur niveau nominal. Puis le Mode intermédiaire, et ainsi de suite.

Ne pas oublier de régler les paramètres pour savoir si les joueurs peuvent voir le personnage et le contrôler. C’est particulièrement important pour les personnages des joueurs afin que chacun puisse contrôler le sien.

Les Points de Fate

Roll20 intègre par défaut un système de cartes à jouer que l’on peut utiliser facilement, et que j’ai détourné pour symboliser les points de Fate. En téléchargeant sur le site une image de jeton de poker un peu modifiée via Pixelmator, j’ai créé un jeu de cartes alternatif où toutes les cartes ont la même face et le même dos. Il est donc possible de s’échanger les jetons comme on le ferait avec de véritables objets. Je trouve que cela renforce le côté ludique de FATE aussi bien que l’impression familière de manipuler des objets, puisque hélas on ne jette plus les dés physiquement.

La musique

Le système de SoundCloud intégré à Roll20 permet de s’occuper de l’ambiance, mais j’avais quant à moi préparé une playlist avec de nombreux morceaux de ma discothèque. Impossible donc de passer par SoundCloud. Je désirais par exemple que les scénarios possèdent un générique de début et de fin, comme j’en ai pris l’habitude dans le jeu type « série américaine ». Impossible de trouver le générique de Breaking Bad qui me sert d’introduction pour chaque épisode de Star Cowboy.

J’ai donc cherché comment diffuser ma musique à travers WebRTC. Heureusement, je suis sous Mac, et il existe un utilitaire gratuit vraiment génial qui se nomme SoundFlower. Il permet de rediriger le son émis par l’ordinateur vers un autre programme. En suivant ce tutoriel, j’ai donc réussi à diffuser ma musique en même temps que ma voix à mes camarades de jeu.

À l’usage, cependant, il semble que la diffusion de musique dans une partie de jeu virtuelle donne un résultat très différent par rapport à un jeu sur table. L’importance du son au cours du jeu, surtout lorsqu’on n’a pas la vidéo, est primordiale pour la compréhension des situations, et nous avons trouvé que la musique pouvait devenir très gênante dans ces moments-là, alors qu’elle pourrait être stimulante en jeu réel autour d’une même table. J’ai donc appris à faire taire ma sensibilité de mélomane et de réalisateur pour ne concerner la musique qu’à certains moments-clefs. Les génériques de début et de fin, essentiellement.

Cependant, je continue à penser mes scènes en musique, et je tiens ma playlist prête à toute éventualité, au cas où…

Les petits réglages personnels

Afin d’économiser de la bande passante, mais aussi pour accentuer l’immersion, nous avons décidé de couper la diffusion et la réception vidéo dès que la partie commence. Cela évite de se disperser, et rend la transmission audio plus fluide. Comme nous utilisons Chrome ou Firefox, nous passons directement par l’interface WebRTC. Il suffit alors dans les réglages de choisir Voice Only comme paramètre de l’option Broadcast to Others et de l’option Receive from Others.

De la même manière, j’ai demandé à mes joueurs de noter le nom de leur personnage comme pseudonyme. Ainsi, pendant le cours de la partie, on a naturellement tendance à s’interpeller par le nom des protagonistes et non par celui des joueurs.

Une fois tous ces réglages effectués, la partie peut commencer. Il suffit d’envoyer à vos joueurs le lien unique créé par Roll20 et à ne pas oublier de vous laisser une petite place sur le canevas pour entasser tous les éléments qui resteront cachés jusqu’à ce que vous les leur dévoiliez.

L’interface finale ressemble à cela. Un véritable capharnaüm, non ?

La partie proprement dite

Le jeu à distance est finalement assez proche du jeu sur table, à quelques différences près, qu’il faut s’attendre à apprivoiser avec le temps, comme le changement dans la perception de la musique dans l’ambiance.

Le fait de ne pas se voir (un choix délibéré comme je le disais plus haut) fait perdre beaucoup sur la captation des intentions des autres. Il faut donc parler beaucoup plus. Et s’écouter beaucoup plus. Il devient presque tacite de respecter quelques règles pour la prise de parole. On peut aussi se servir du chat écrit pour remplacer certaines précisions. Ce chat est d’ailleurs aussi très utilisé en parallèle de la voix pour transmettre des informations confidentielles à l’un des joueurs ou au meneur, et même, ce qui m’a surpris, entre joueurs pour commenter la partie en off, faire des digressions, voire des private jokes qui sont le pain quotidien de tous les rôlistes à travers le monde. On obtient ainsi une excellente immersion tout en permettant aux joueurs de plaisanter comme ils en ont l’habitude.

Pour le meneur, une partie de jeu virtuelle demande un travail encore plus conséquent qu’une partie réelle, car on a tendance à se reposer beaucoup plus sur les images (qu’il faut avoir cherché, parfois pendant des heures, tant sur le moteur interne de Roll20 que sur le net). Il faut avoir préparé le scénario à fond, le maîtriser sur le bout des doigts afin de rebondir facilement comme en partie réelle, tout en gérant en plus une interface informatique qui, si elle est simple et ergonomique, n’en demeure pas moins un écran inhabituel entre les joueurs et soi-même. Des actions facilement réalisables avec une main, un crayon et une feuille de papier prennent plus de temps avec une interface et un clavier, et demandent d’être encore plus en multitâche que lors d’un jeu sur table réelle. Il y a de nombreuses manipulations à faire : découvrir aux joueurs tel ou tel objet jusqu’ici caché dans la couche d’image du meneur, ouvrir telle ou telle fiche de personnage, déplacer des pions… On ressort d’une partie de 4 petites heures aussi fatigué que lors d’une grande session de 12 heures de jeu réel.

Je ne sais pas si cela influe encore sur l’écriture du scénario en lui-même, mais en tous les cas cela influe sur le rythme de la session de jeu. Pour le moment, la découverte du média, celle du jeu lui-même (mes joueurs sont peu habitués à FATE), de l’univers, ont surtout occupé le temps de parole. Nous avons peu joué en style direct. Mais le rythme des actions a été plus rapide. Nous avons moins hésité sur des ponts de règle, plus passé du temps à décrire des situations. D’une certaine manière, j’ai trouvé la partie plus vivante. Était-ce dû au jeu en virtuel ou au système FATE, c’est une question non encore résolue.

Je reviendrai faire quelques comptes-rendus régulièrement, dans d’autres articles de cette série, pour tenter d’y répondre.

Vous avez d’ailleurs peut-être votre propre avis sur la question. Je suis curieux de le connaître, alors n’hésitez pas à le partager dans les commentaires.

Créer un livre électronique au format epub3, partie 2 : ePub Anatomy

Créer un livre électronique au format epub3, partie 2 : ePub Anatomy

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Précédemment dans la série

Après avoir fait un tour des raisons qui peuvent pousser à mettre un livre au format ePub3 et balayé rapidement les options qui s’offraient à nous pour ce faire, nous avons appris dans la première partie comment structurer son texte dans un logiciel de traitement de texte comme LibreOffice, ou dans Scrivener, puis comment exporter le document (ou le compiler) ainsi mis en forme sous un format ePub. C’est ainsi que je vous ai laissés, haletants, sur le résultat pas vraiment laid, mais pas vraiment fantastique, de Fée du Logis sur mon iPad dans le logiciel de lecture iBooks d’Apple.

Aujourd’hui nous allons donc aller plus loin et analyser le fichier que nous avons obtenu, afin de comprendre le fonctionnement d’un livre au format ePub3, et commencer, si possible, à réparer ce qui nous semble aller de travers.

Attention, cet article est déconseillé aux personnes qui seraient allergiques aux codes informatiques…

L’incision initiale : sous l’enveloppe de l’ePub

Avant toute chose, il vous faut un ePub sous la main. Soit vous suivez l’article précédent et créez votre propre ePub, soit vous pouvez télécharger la maquette d’ePub3 que je vous livre en téléchargement gratuit. Il vous suffit pour cela de renseigner votre adresse mail (que je n’utiliserai pas à d’autres fins).

Un fichier ePub n’est pas un fichier de texte simple. C’est plutôt un dossier de plusieurs fichiers différents, codé dans une archive .zip, mais dont l’extension de fichier a été renommée .epub. Tout cela est bien complexe, n’est-ce pas ? C’est pourquoi je préfère utiliser un programme spécifique pour ouvrir l’enveloppe du livre et mettre à nu les rouages internes.

Sur Mac, je me sers de ePub Packager. C’est une application payante, mais très efficace et très pratique : elle extrait pour moi le dossier enfermé dans l’archive et me dépose ce dossier sur le bureau de l’ordinateur. Je n’ai plus qu’à ouvrir le dossier et fouiller à l’intérieur. Je l’utilise également dans l’autre sens, une fois mon livre terminé, pour créer l’archive ePub définitive.

Il suffit de glisser-déposer le fichier ePub dans la fenêtre de l’application, et le scalpel virtuel vous ouvre le dossier.

Vous allez y trouver deux types de fichiers organisés en un squelette immuable : les fichiers obligatoires, qui sont les organes vitaux de l’ePub (en bleu sur la capture d’écran ci-dessous), et les fichiers facultatifs, qui en sont l’âme (en vert). Ces derniers sont essentiellement les fichiers de contenu de votre livre : le texte, les styles de texte, les images, les fontes, les fichiers audio ou vidéo qui forment votre œuvre. Nous nous y intéresserons plus tard, même si ce sera le plus important pour vous.

Deux fichiers ont la même fonction, ils servent à créer la table des matières du livre (ou Table of Contents en anglais, d’où le nom qui lui est souvent attribué : toc.ncx ou contents.xhtml), respectivement dans la norme ePub2 et la norme ePub3. Afin de garder une rétrocompatibilité vers les appareils de lecture plus anciens, il sera bien avisé de garder ces deux fichiers. Vous remarquerez aussi qu’un fichier est à la fois vital et libre, c’est le fichier .opf, auquel vous pouvez donner le nom que vous voulez, du moment que vous en avez placé un dans le dossier OEBPS de votre livre.

Comme vous le voyez, une bonne part des dossiers est immuable d’un livre à l’autre. Ce qui m’a donné l’idée de me constituer une maquette, une sorte de « template » comme on dit en informatique, un « patron » à réutiliser à volonté lorsque j’ai besoin de créer un nouveau livre.

Les instruments de la dissection : l’éditeur de texte

Pour aller plus loin, vous allez devoir ouvrir les fichiers les uns après les autres pour examiner puis modifier le code. Il vous faut donc un programme que l’on appelle un éditeur de texte. Comme un traitement de texte, mais pour les codes informatiques.

J’utilise pour ma part Espresso sous Mac. Comme la plupart de ses cousins, il est capable de colorer les lignes de code en fonction de leur syntaxe pour bien reconnaître les paramètres et pour ne pas (trop) se tromper. C’est lui qui va vous permettre de corriger et de modifier l’ADN de votre ePub.

Grâce à ce logiciel, vous pouvez lire les fichiers codés et les modifier, puis en vérifier l’aperçu (quand le code est connu par le logiciel, ce qui n’est pas le cas de l’opf, par exemple).

Vous remarquerez que les lignes de code commencent toutes par le caractère « < » et se terminent toutes par le caractère « > ». C’est ce qu’on appelle des balises. Ces balises sont des instructions, comme des verbes dans une phrase de français. Tout ce qui sera entre les balises servira à préciser l’ordre donné dans la phrase. Il y a ainsi une syntaxe particulière à respecter, qui demande un apprentissage parfois long…

Mais pour le moment, contentons-nous d’ouvrir les fichiers de notre archive ePub avec Espresso. Pour cela soit vous glissez le fichier sur l’icône d’Espresso dans votre Dock, soit vous faites un clic droit sur le fichier que vous voulez ouvrir et vous choisissez Espresso dans le menu déroulant « Ouvrir avec ».

Les Organes vitaux de l’ePub

Ce sont des fichiers dont il ne faut jamais modifier ni le nom ni la structure, au risque de rendre votre ePub illisible.

Le fichier mimetype

Il ne contient qu’une seule ligne, destinée à faire comprendre à un logiciel comment décoder le livre. C’est un fichier que vous ne devrez jamais modifier, car la ligne de code ne doit pas varier d’un seul caractère.

Le fichier container.xml

Lui non plus ne devra pas être touché, sauf si vous désirez changer le nom ou l’emplacement de votre fichier .opf, qui est le véritable cerveau de votre livre. Le fichier container.xml sert en effet essentiellement à renseigner l’emplacement et le nom du fichier .opf. Il est enfermé dans un dossier dont le nom ne doit pas être modifié, le dossier META-INF.

Neurochirurgie du fichier .opf, cerveau de l’ePub

Ce fichier .opf (nommons-le « livre.opf ») est le principal pourvoyeur d’erreurs lors de la construction d’un ePub, car c’est lui qui est le plus compliqué à fabriquer correctement, tant les règles qui dictent sa constitution sont drastiques. En l’ouvrant, vous allez trouver cinq parties distinctes, dont seules quatre seront indispensables en ePub3.

La première partie est constituée de lignes qui déclarant à quels langages informatiques on doit se référer. C’est assez compliqué et il vaut mieux ne rien changer à ces lignes sauf si l’on veut utiliser certaines fonctions propres à des lecteurs ePub, comme iBooks d’Apple par exemple.

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<package xmlns="http://www.idpf.org/2007/opf" version="3.0" unique-identifier="PrimaryID">
    ...
</package>
Les lignes de déclaration de l'opf sans metadatas

 

Dans ce cas-là, il faut rajouter quelques précisions (vous verrez dans quels cas dans le tableau des metadatas ci-dessous).

Au passage, j’ai rajouté également xml:lang, un paramètre qui indique que nous sommes dans un ePub dont la langue est le français. Vous aurez aussi noté que la version de l’ePub est obligatoirement indiquée.

<!--?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?-->
<package xmlns="http://www.idpf.org/2007/opf" version="3.0" xml:lang="fr" unique-identifier="pub-id" prefix="rendition: http://www.idpf.org/vocab/rendition/# ibooks: http://vocabulary.itunes.apple.com/rdf/ibooks/vocabulary-extensions-1.0/" xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops" xmlns:ibooks="http://apple.com/ibooks/html-extensions">
...
</package>
Les lignes de déclaration de l'opf avec metadatas spécifiques à iBooks

 

Les balises metadata

Le premier rôle du fichier .opf est de déclarer les metadatas du livre, c’est-à-dire les informations essentielles sur son identité : la langue dans laquelle il est écrit, son auteur (ou ses auteurs), les éventuels collaborateurs (illustrateurs par exemple), sa date de fabrication, sa date d’édition, son éditeur, une courte description (un résumé par exemple, la 4e de couverture…), son image de couverture, les droits qui y sont liés (licence Creative Commons, Copyright…). Tout cela dans un langage hermétique qui réjouira plus ceux d’entre vous qui ont l’habitude des codes informatiques que ceux qui aiment la littérature. C’est assez abscons, mais c’est indispensable. J’ai donc décrypté pour vous la norme ePub3, et voici la substantifique moelle de ce que j’ai pu en tirer.

Encadrées par les balises metadatas, se trouvent chacun des paramètres identifiant non seulement les données essentielles de votre livre, mais aussi certaines autres données spécifiques pour des lecteurs d’ePub particuliers (dans le cas ci-dessous, pour iBooks d’Apple).

Voici comment Scrivener liste ses metadatas :

    <metadata xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:opf="http://www.idpf.org/2007/opf">
        <dc:title>Fée du Logis</dc:title>
        <dc:identifier id="PrimaryID">urn:uuid:E9B7CBB8-1D23-40C5-8053-E84F87026351</dc:identifier>
        <dc:language>en</dc:language>
        <meta property="dcterms:modified">2018-03-20T20:00:18Z</meta>
        <dc:creator id="author">Germain HUC</dc:creator>
        <meta refines="#author" property="role">aut</meta>
        <meta refines="#author" property="file-as">HUC, Germain</meta>
    </metadata>
les metadatas de Scrivener

La liste des metadatas

Dans ce tableau (que vous pouvez manipuler à loisir et dans lequel vous pouvez même faire des recherches…), j’ai récapitulé toutes les metadatas de ma connaissance, pour vous indiquer comment les utiliser. Vous pouvez vous référer à l’exemple de code ci-dessus pour vous ce que cela donne en situation. Vous trouverez la syntaxe correcte et les quelques subtilités.

N’hésitez pas à m’indiquer dans les commentaires si vous trouvez des erreurs, des approximations ou des ajouts à faire. Je ferai bien volontiers les corrections et ajouts qui s’imposent.

TypeMetadataSignificationObligatoire ou OptionnelleValeurs possiblesNote
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:titleLe titre de l'ouvrageObligatoireVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:creatorLe ou les noms des créateurs (auteur, illustrateur)OptionnelVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:identifierUn identifiant pour l'ouvrage, comme l'ISBN par exempleObligatoireVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:publisherL'éditeur de l'ouvrageOptionnelVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:languageLa langue principale de l'ouvrageObligatoireToutes les langues...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:contributorLe ou les noms des contributeurs de l'ouvrageOptionnelVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:dateLa date de publication de l'ePubOptionnelUne date quelconque au format AAAA-MM-JJ
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:sourceLa ou les sources de l'ouvrage (si c'est un recueil de nouvelles déjà publiées par exemple)OptionnelVotre imaginaire...
Précisions sur une baliserefinesDonne des indications sur une metadata précédenteOptionnelaut = auteur
bkd = book designer
bkp = book producer
edt = editor
cov = cover creator
ill = illustrateur
pbl = publisher
trl = translator
Rendu dans iBooks d'Appleibooks:bindingIndique si dans un livre à mise en page fixe la "pliure" du livre entre deux pages est visibleOptionneltrue, falsedans la balise package doit apparaître une ligne de définition.
Rendu dans iBooks d'Appleibooks:ipad-orientation-lockIndique si le livre est bloqué dans une orientation sur un iPadOptionnelportrait-only, landscape-onlydans la balise package doit apparaître une ligne de définition.
Rendu dans iBooks d'Appleibooks:specified-fontsIndique à iBooks qu'il doit utiliser les fontes intégrées dans l'ePubObligatoire si fontes intégrées dans l'ePub pour iBookstrue, falsedans la balise package doit apparaître une ligne de définition.
Rendu dans iBooks d'Appleibooks:versionIndique la version d'iBooks nécessaire pour lire l'ePubOptionnelUne version d'iBooksdans la balise package doit apparaître une ligne de définition.
Rendu général de l'ePubrendition:flowIndique si le rendu en flux doit être de type "site internet" ou de type "page de livre"Optionnelpaginated, scrolled-continuous, scrolled-doc, auto
Rendu général de l'ePubrendition:layoutIndique si le livre est de type mise en page fixe ou de fluxOptionnelpre-paginated, reflowable
Rendu général de l'ePubrendition:orientationIndique si le livre peut être lu en paysage, portrait, ou les deuxOptionnellandscape, portrait, auto (dans ce cas le texte sera adapté en fonction de l'orientation du système de lecture)
Rendu général de l'ePubrendition:spreadIndique si en mode paysage deux pages sont montrées ou une seule.Optionnelauto, both (dans ces cas-là, deux pages)
none (dans ce cas, une seule page même en paysage)

Le « manifeste »

La deuxième partie du fichier, la plus complexe à mon avis, est celle qui recense toutes les ressources utilisées dans le livre. De la plus petite image jusqu’aux fontes de caractères spécifiques, en passant par chaque chapitre du livre, les éventuelles vidéos ou les bandes-son, les scripts d’interactivité qui permettront aux lecteurs de contrôler des animations, les scripts css des feuilles de style qui vont vous permettre de définir la mise en page… tout, tout, absolument tout le contenu du livre doit être déclaré dans ce « manifeste », et selon une syntaxe là encore très précise.

Voici comment Scrivener vous aura organisé cette partie.

    <manifest>
        <item id="ncx" href="toc.ncx" media-type="application/x-dtbncx+xml" fallback="contents"></item>
        <item id="contents" properties="nav" href="contents.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
        <item id="body" href="body.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
        <item id="style" href="css/stylesheet.css" media-type="text/css"></item>
    </manifest>
Le manifeste créé par Scrivener

 

Et quant à moi, voici comment j’ai l’habitude d’organiser les choses : en regroupant les types de fichiers.

	<manifest>
		
		<!-- contenu -->
        <item id="ncx" href="toc.ncx" media-type="application/x-dtbncx+xml" fallback="contents"></item>
        <item id="contents" properties="nav" href="contents.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
        <item id="body" href="body.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
		
		<!-- styles -->
        <item id="style" href="css/stylesheet.css" media-type="text/css"></item>
		
		<!-- fontes -->
		
		<!-- images -->
		
    </manifest>
Mon organisation du manifeste

 

Vous voyez que j’ai enrichi mon livre avec des fontes de caractères précises, des feuilles de style, des images, le tout regroupé dans des dossiers spécifiques. Il est ainsi plus facile de s’y retrouver par la suite, car si vous oubliez de déclarer ici un seul élément présent dans le livre, celui-ci deviendra illisible par les lecteurs ePub

Mon conseil : à chaque fois que vous ajoutez un fichier dans votre ePub, insérez immédiatement la référence dans le manifeste du fichier .opf.

Comme vous avez aussi pu le constater, chaque fichier doit être suivi d’un code qui explicite sa nature. On appelle ça un type « mime » (non pas à cause du Mime Marceau). Il s’agit cependant de trouver le bon type mime pour chaque fichier. Vous pouvez consulter la liste de Wikipedia, ou bien directement la très longue liste qui se trouve ici. Pour ma part j’ai fait une petite liste des fichiers les plus utilisés dans un ePub, par catégorie, ce qui rend l’intégration dans le manifeste plus aisée.

Classe de fichierExtension du fichiermedia-typeproperties
Chapitre ou partie du livre.html
.xhtml
application/xhtml+xmlnav si contient la table des matières
svg si contient des images svg
scripted si contient du javascript ou une référence javascript
Fonte de caractères.otfapplication/x-font-otf
Fonte de caractères.ttfapplication/x-font-ttf
Fonte de caractères.wofapplication/font-woff
Image.jpgimage/jpeg
Image.pngimage/png
Audio.m4aaudio/mp4
Audio (ne fonctionne pas sur iPad).mp3audio/mpeg
Vidéo.m4vvideo/mp4
Vidéo (ne fonctionne pas sur iPad).webmvideo/webm
Script d'interactivité.jstext/javascript
Feuille de style.csstext/css

Chaque « item » est référencé par un nom (« id ») et par un chemin d’accès (« href »). Vous êtes libre de donner le nom de votre choix au fichier (sachant que le meilleur nom est celui qui vous permettra de savoir très rapidement à quel fichier précisément vous avez à faire), mais le chemin doit suivre les mêmes règles qu’un chemin de fichier classique sur votre ordinateur ou sur un site internet.

Par exemple mon fichier de fonte « Trajan Pro » se situe dans le dossier styles et son chemin sera donc : styles/TrajanPro-Regular.otf.

Enfin, petite subtilité qui m’a posé de nombreux problèmes, les « properties » ou propriétés de chaque élément. Il est impératif d’indiquer certaines particularités de vos fichiers. Si l’un de vos chapitres comporte une partie interactive (disons par exemple des boutons permettant de masquer ou d’afficher du texte caché), vous devrez ajouter sur la ligne de déclaration du manifeste la propriété « scripted ». Si un fichier de contenu contient la table des matières, vous devez indiquer la propriété « nav », s’il contient une image au format .svg, vous devrez indiquer « svg ». Si le fichier fait référence à plusieurs propriétés à la fois, vous devrez les séparer par un simple espace, suivant cette syntaxe :

<item id="page_couverture" href="page_couverture.html" media-type="application/xhtml+xml" properties="svg nav scripted"></item>
Syntaxe des propriétés

Il est à noter que votre livre doit contenir au moins un élément nav. Nous en verrons l’utilité dans le troisième article de cette série.

Quant au fichier toc.ncx, qui ne sert à rien en ePub3, mieux vaut le garder pour la rétrocompatibilité avec l’ePub2

L’épine dorsale : le « spine »

La partie suivante du fichier .opf est appelée le « spine ». C’est l’épine dorsale de votre livre. L’endroit où vous spécifiez quels sont les chapitres qui constituent votre ouvrage, et dans quel ordre ils doivent être lus. Inutile, dîtes-vous ? Pas tant que cela.

Car la subtilité vient du fait que vous pouvez avoir des fichiers qui constituent des annexes de votre livre et qui ne soient pas directement accessibles dans un ordre déterminé. Par exemple, une liste de définitions que votre lecteur pourrait aussi bien consulter au début de l’ouvrage qu’au milieu d’un chapitre. C’est ce qu’on appelle des fichiers « non linéaires » (ou « non linear content » en anglais). Vous ne savez pas dans quel ordre le disposer, mais vous voulez qu’il soit accessible. Vous devez donc le déclarer dans le spine, mais avec la mention « contenu non linéaire » (ou en code : linear= « no »). Ce fichier ne sera donc pas affiché comme un chapitre normal à la suite de son prédécesseur, mais appelé lorsque le lecteur fera une action (par exemple lorsqu’il cliquera sur la miniature d’un tableau).

     <spine toc="ncx">
        <itemref idref="contents" linear="yes"></itemref>
        <itemref idref="body" linear="yes"></itemref>
    </spine>
Le spine créé par Scrivener

Le « guide », obsolète en ePub3

Comme je vous l’ai déjà dit, le format ePub3 est assez récent et n’est donc pas pris en charge par toutes les tablettes et toutes les liseuses existantes. Cependant il serait dommage de priver certains lecteurs de votre œuvre donc, même au prix d’un alourdissement de votre code, donc du poids de votre fichier, donc de sa réactivité, je pense que toutes les options permettant une rétrocompatibilité de votre livre vers l’ePub2 sont intéressantes.

Le guide fait partie de ces options.

<guide>
        <reference type="toc" title="Contenu" href="contents.xhtml"></reference>
    </guide>
Le guide créé par Scrivener

Au final, la planche anatomique d’un fichier livre.opf

Voici ce que donne le fichier dans sa totalité :

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<package xmlns="http://www.idpf.org/2007/opf" version="3.0" unique-identifier="PrimaryID">
    <metadata xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:opf="http://www.idpf.org/2007/opf">
        <dc:title>Fée du Logis</dc:title>
        <dc:identifier id="PrimaryID">urn:uuid:E9B7CBB8-1D23-40C5-8053-E84F87026351</dc:identifier>
        <dc:language>en</dc:language>
        <meta property="dcterms:modified">2018-03-20T20:00:18Z</meta>
        <dc:creator id="author">Germain HUC</dc:creator>
        <meta refines="#author" property="role">aut</meta>
        <meta refines="#author" property="file-as">HUC, Germain</meta>
    </metadata>
    <manifest>
		
		<!-- contenu -->
        <item id="ncx" href="toc.ncx" media-type="application/x-dtbncx+xml" fallback="contents"></item>
        <item id="contents" properties="nav" href="contents.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
        <item id="body" href="body.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
		
		<!-- styles -->
        <item id="style" href="css/stylesheet.css" media-type="text/css"></item>
		
		<!-- fontes -->
		
		<!-- images -->
		
    </manifest>
    <spine toc="ncx">
        <itemref idref="contents" linear="yes"></itemref>
        <itemref idref="body" linear="yes"></itemref>
    </spine>
    <guide>
        <reference type="toc" title="Contenu" href="contents.xhtml"></reference>
    </guide>
</package>
le fichier livre.opf modifié par mes soins

Comment bien se tenir à la table… des matières

Un livre ne serait pas un livre sans son sommaire, ou sa table des matières. Et le livre électronique ne fait pas exception. Mais dans un ePub3, cette table des matières est à plusieurs endroits à la fois.

Tout d’abord, comme nous l’avons vu, dans la partie spine du fichier .opf.

Puis, pour le format ePub3, dans un fichier HTML particulier souvent appelé toc ou nav, et listé dans le manifeste avec la propriété nav.

Enfin, pour la rétrocompatibilité avec l’ePub2, dans un fichier au format spécial dont l’extension est .ncx.

Nous allons nous intéresser à ces deux fichiers en particulier.

Le fichier nav

Scrivener crée un fichier qui se nomme en l’occurrence contents.xhtml mais sa caractéristique principale est de contenir essentiellement une liste (codée en HTML par les balises <ol> et <li> imbriquées) des chapitres et sous-chapitres de votre livre. Ce fichier sera le canevas sur lequel s’appuiera le logiciel de lecture pour construire des liens vers vos différents chapitres. Et vous pouvez même remarquer que la balise <a> présente à chaque ligne, renvoie au fichier correspond au chapitre indiqué.

Si l’on simplifie, ce fichier n’est rien d’autre qu’un menu permettant d’accéder à chaque fichier, donc à chaque chapitre, de votre livre.

Il doit cependant suivre une règle immuable : la présence en début de liste de la balise <nav>, suivie de la précision ou propriété epub:type correspondante.

<!DOCTYPE html>
<html xml:lang="en" lang="en" xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops">
<head>
	<meta charset="utf-8"/>
	<title>Contenu</title>
	<link type="text/css" rel="stylesheet" href="css/stylesheet.css"/>
</head>
<body>

<p>Contenu</p>
<nav epub:type="toc" id="toc">
<ol>
<li><a href="body.xhtml">Chapitre I</a>
</ol>
</nav>

</body>
</html>
Le fichier contents.xhtml généré par Scrivener

Le fichier ncx

Scrivener a aussi généré un fichier appelé toc.ncx où se trouve la même fonctionnalité que le fichier nav, mais pour les logiciels ne lisant que le format ePub2.

Le principe structurant le fichier est le même, mais au lieu de faire appel aux balises HTML classiques de liste ordonnée (<ol>) et de ligne (<li>), le fichier utilise une syntaxe originale.

Il y aura donc une balise <navMap> qui indiquera le début du plan de votre table des matières.

Une balise <navPoint> qui marquera chaque chapitre, avec une propriété playOrder pour montrer au logiciel de lecture l’ordre dans lequel les chapitres doivent s’enchaîner logiquement.

Une balise <navLabel> indiquant le texte à afficher comme titre du chapitre dans le plan.

Et enfin un lien sous la forme non pas du classique hyperlien HTML (balise <a>) mais d’une nouvelle balise <content> suivie de la propriété src qui permet de déclarer le chemin du fichier correspondant au chapitre ou sous-chapitre.

On comprend combien l’ePub3 est plus simple…

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<ncx xmlns="http://www.daisy.org/z3986/2005/ncx/" version="2005-1">
    <head>
        <meta name="dtb:uid" content="urn:uuid:E9B7CBB8-1D23-40C5-8053-E84F87026351"></meta>
        <meta name="dtb:depth" content="1"></meta>
        <meta name="dtb:totalPageCount" content="0"></meta>
        <meta name="dtb:maxPageNumber" content="0"></meta>
    </head>
    <docTitle>
        <text>Fée du Logis</text>
    </docTitle>
    <navMap>
        <navPoint id="navPoint-1" playOrder="1">
            <navLabel>
                <text>Contenu</text>
            </navLabel>
            <content src="contents.xhtml"></content>
        </navPoint>
        <navPoint id="navPoint-2" playOrder="2">
            <navLabel>
                <text>Chapitre I</text>
            </navLabel>
            <content src="body.xhtml"></content>
        </navPoint>
    </navMap>
</ncx>
Le fichier toc.ncx généré par Scrivener

L’âme de l’ePub

C’est là le plus intéressant, puisque c’est ici que vous allez mettre en forme l’œuvre déjà écrite.

Cependant, en ouvrant le fichier avec Espresso, voici ce que vous allez trouver :

<!DOCTYPE html>
<html xml:lang="en" lang="en" xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops">
<head>
	<meta charset="utf-8"/>
	<link type="text/css" rel="stylesheet" href="css/stylesheet.css"/>
</head>
<body>

<p class="titre-de-chapitre-page-padding"><br /></p>
<p style="text-align: center; text-indent: 0em" id="doc1">Chapitre</p>
<p style="text-align: center; text-indent: 0em">I</p>

</body>
</html>
Le premier chapitre de Fée du Logis codé en HTML

Que veulent dire ces codes ?

Ce sont là encore des balises, mais dans un langage différent de celui du fichier livre.opf. Ces lignes sont les mêmes que si votre livre avait été écrit dans un site internet, dans le langage de programmation HTML.

Quant au fichier qui commande la mise en forme de votre texte, c’est le fichier stylesheet.css. En l’ouvrant, voici ce que vous allez lire :

/* Base text formatting */
p { margin: 0rem 0% 0rem 0rem; text-indent: 0rem; }

/* Styles */
blockquote { margin: 1rem 0rem 1rem 0rem; }
blockquote p { margin: 1rem 0% 1rem 4.49rem; text-indent: 1.42rem; line-height: 1.1em; }
.mise-en-évidence { font-weight: normal; font-style: italic; text-decoration: none; }

/* Separators */
.separator { }

/* Page padding */
.titre-de-livre-page-padding { margin: 0rem 0rem 0rem 0rem; font-size: 1rem; line-height: 3rem; }
.titre-de-chapitre-page-padding { margin: 0rem 0rem 0rem 0rem; font-size: 1rem; line-height: 3rem; }

/* Tables */
/* Reset all potential built-in rendering assumptions so we have full control. */
table, table * {
    border: none;
    padding: 0em 0em 0em 0em;
    margin: 0em 0em 0em 0em;
}
table {
    /* Will centre tables on iBooks and others, but annoying, not ADE-based devices, which ignore auto margins. */
    margin: 1em auto 1em auto;
    border-spacing: 0em;
    border: solid #000;
    border-width: 0pt 0pt 1pt 1pt;
}

table caption {
    margin-top: 0.25em;
    caption-side: bottom;
    text-align: center;
}
...
Le fichier stylesheet.css créé par Scrivener

Déroutant, n’est-ce pas ?

C’est tout à fait normal. Vous avez devant les yeux la traduction informatique des styles que vous aviez patiemment ciselés dans votre traitement de texte. Il faut seulement vous habituer à cette traduction un peu barbare, afin de maîtriser plus rapidement cette façon de parler, et au bout du compte, corriger les quelques erreurs qui se seront glissées dans la mise en forme (puisque, vous vous souvenez ? mon texte n’avait pas la même apparence affiché par LibreOffice et par iBooks sur mon iPad).

Cet apprentissage déborde largement le cadre de cette série, puisqu’il s’agit d’apprendre deux langages informatiques (assez simples) complémentaires et imbriqués que sont le HTML5 et le CSS3.

Avant de poursuivre, il sera donc nécessaire pour vous d’aller traîner vos guêtres à cet endroit là, où vous pourrez très facilement et gratuitement (ce qui ne gâche rien) apprendre les rudiments qui vous manquent peut-être.

Lorsque cela sera fait, nous reprendrons le cours de cette série passionnante de dissection d’un livre au format ePub3 pour aller encore plus loin, dans l’épisode intitulé : Dessine-moi un ePub.

Créer un livre électronique au format epub3, partie 1 : structurer son texte

Créer un livre électronique au format epub3, partie 1 : structurer son texte

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Introduction : pourquoi le format ePub3?

Lorsque l’on parle de livre électronique, la plupart des gens mélangent facilement tout un tas de réalités différentes, en confondant le PDF avec le format Kindle ou l’ePub. Si d’ailleurs on simplifie au maximum, même un simple fichier au format .txt pourrait être un livre électronique.

Cependant, il me semble que le véritable livre électronique doit répondre à certaines caractéristiques et tout d’abord le confort de lecture. Lire un PDF à la mise en page fixe n’est pas vraiment toujours du plus grand confort, car la taille des caractères ne s’adapte pas à la taille de l’écran sur lequel vous lisez. Ainsi, si sur un ordinateur certains textes en PDF peuvent facilement se lire, sur tablette cela devient beaucoup plus compliqué et quasiment impossible sans zoomer 4 fois sur un smartphone.

On considère donc que seuls quelques rares formats répondent aux contraintes qui définissent un livre électronique. Les deux plus importants sont l’ePub, format libre développé par un consortium regroupant différents acteurs majeurs du secteur de l’informatique (car le standard de codage est basé sur le langage informatique des pages web), et les formats Kindle développés par Amazon dans son coin, plus ou moins avec les mêmes bases mais en rajoutant des barrières. Apple a fait de même avec son format iBooks, dans le même dessein de contrôler de bout en bout la chaîne de vente et d’enfermer ses clients dans une architecture maîtrisée. Il faut néanmoins reconnaître que l’iBookstore comme Amazon acceptent les fichiers au format ePub.

 

L’ePub3

La norme ePub en est à sa troisième itération majeure. Elle est basée sur un principe simple : le livre sera codé comme un site web, avec les mêmes langages, et selon les mêmes principes. Il n’y aura que quelques particularités rajoutées au code pour faire comprendre au logiciel de la liseuse ou de la tablette (un navigateur internet un peu modifié) qu’il s’agit bien d’un livre.

Cela a pour conséquence que le fond (le texte que vous avez mis tant de temps à peaufiner dans le secret de votre atelier d’écriture) sera dans un fichier séparé de la forme (la police de caractère, sa taille et les couleurs utilisées pour les gros titres, les titres intermédiaires, le corps du texte, les citations, etc.). C’est le principe même de codage des sites internet. Ainsi, vous pourrez quand bon vous semble (ou le lecteur), changer tout ou partie de la forme pour améliorer le confort de lecture.

C’était déjà le cas pour les deux itérations précédentes de la norme.
Alors, pourquoi choisir l’ePub3 qui n’est pas encore totalement supporté par tous les industriels et toutes les liseuses et tablettes ?
Tout simplement parce que c’est le format le plus prometteur et qu’il permet une véritable avancée dans la mise en page et dans les possibilités d’ajouter des images, des vidéos, de l’audio et de l’interactivité. Car il est basé sur les standards actuels du codage internet que sont les langages HTML5 et CSS3.

Ne vous inquiétez pas, derrière ces noms barbares se cachent en fait de grands cœurs qui vous donneront beaucoup de satisfaction si vous savez leur parler gentiment…

Livre de flux ou livre à mise en page fixe, telle est la question

En parlant de mise en page, cette séparation entre le fond et la forme prend tout son sens quand on sait que les liseuses et les tablettes ne donnent jamais véritablement le même rendu, et que le principe du livre électronique est celui que je vous énonçais plus haut, à savoir :

La mise en page doit pouvoir s’adapter pour rendre le confort de lecture le plus grand au lecteur.

Cette mise en page va dépendre donc de contraintes techniques telles que la taille de votre écran (7 pouces, 9 pouces, 12 pouces, au-delà), sa technologie (couleur, pas couleur, retina, pas retina), mais aussi de contraintes humaines : les difficultés de vision éventuelles de votre lecteur (il lui faudra augmenter la taille de la police de caractères pour bien voir), ses envies (tient-il sa tablette en mode portrait ou paysage pour lire ?), ses habitudes.

C’est là qu’il faut faire un choix métaphysique.

Allez-vous créer un livre dont la mise en page s’adaptera au support en prévoyant des règles dans votre mise en forme (c’est ce que l’on appelle le « flux » de données), ou bien allez-vous fabriquer un livre dont la mise en page sera fixée à l’avance, avec le moins de latitude possible pour le lecteur ?

Généralement, on choisit un livre de flux pour un ouvrage composé essentiellement de texte et où la mise en page n’est pas absolument nécessaire à la bonne compréhension du fond. Un roman, une nouvelle, seront construits selon cette philosophie.

Par contre, un livre dont la mise en page est essentielle à la compréhension (une bande dessinée, un reportage photo, un livre pour enfants avec des images à manipuler) sera conçu de manière à ce que sa forme soit la plus fixée possible, comme un PDF. Mais avec en tête le postulat que la lisibilité doit être maximum.

La différence essentielle entre les deux approches est que l’ouvrage qui en sortira sera soit lisible par à peu près toutes les liseuses et toutes les tablettes dans le premier cas (le flux étant disposé différemment selon les règles que vous aurez spécifiées pour chaque appareil dans votre codage, et laissant au lecteur la possibilité d’agrandir le texte, de se passer des images, de changer les couleurs, etc.), soit codé spécifiquement pour une marque, un type, un modèle, voire un seul logiciel dans le deuxième cas (car les règles de mise en page seront tellement draconiennes que cela vous demandera un travail énorme pour les rendre parfaites, et le lecteur ne pourra modifier ni couleurs ni taille, au risque de ruiner le but même du livre).

Le choix est donc dans le degré de maîtrise que l’on accepte de perdre sur sa mise en page. C’est assez frustrant, je dois l’avouer, lorsque l’on a envie que la forme soit aussi impeccable que le fond. Et je n’ose imaginer ce que doivent ressentir les maquettistes de formation devant cet état de fait…

Il est possible, cela dit, de mélanger un peu les deux approches et de garder la possibilité de maintenir une mise en page fixe sur certaines pages tout en conservant sur d’autre une structure de type « flux », via une astuce particulière de codage du fichier de mise en forme (le fameux fichier de CSS) dont je vous parlerai dans quelques temps.

Existe-t-il un autre Style ?

Une fois ce choix cornélien effectué sur la forme que vous voulez donner à votre création, il est temps de s’occuper du fond.
Il faut écrire. Écrire. Encore écrire. Beaucoup.

Vous pouvez écumer l’internet en quête des nombreux conseils d’écriture. Vous devez surtout travailler votre propre style, votre propre méthode de travail, et parvenir à un manuscrit qui vous satisfasse pleinement.

Et c’est une fois votre texte achevé, relu et encore relu des dizaines de fois, que vous allez pouvoir le préparer à devenir un vrai livre numérique.

Pour que cela soit possible, il faut donc que le logiciel de lecture comprenne où sont les titres, où est le corps du texte, où est la marge éventuelle.
Le fond doit donc porter des indications de la forme. Cela se traduit par le fait que votre texte sera codé dans un fichier HTML5 dont les balises permettront de guider le fichier CSS3 chargé de mettre en forme vos mots.

Mais écrire un livre directement en HTML5 n’est pas très agréable…

 

La plupart des écrivains (comme la plupart des gens d’ailleurs) se servent donc de logiciels de traitement de texte, comme la suite Office de Microsoft, LibreOffice, ou même Pages de chez Apple.

Tout le monde a déjà eu l’occasion de se servir au moins une fois des traitements de texte modernes comme l’un de ces trois-là.

J’ai tout récemment adopté quant à moi une approche différente, que je vous présente dans le premier volet de la série Making of a book, à savoir le logiciel Scrivener, un peu déroutant (j’ai mis des années à m’y faire), mais d’un confort d’utilisation sans pareille.

Mais si tout le monde sait à peu près comment, dans ces logiciels, mettre un mot en italique ou en gras, en sélectionnant simplement le mot et en cliquant sur l’icône « italique » ou l’icône « gras » (c’est la mise en forme directe), peu de gens savent correctement mettre en forme un texte en se servant des Styles. Et pourtant c’est bien plus puissant…

Tous les logiciels de traitement de texte permettent d’appliquer à des zones particulières ce qu’ils nomment en général des « Styles ». Ces Styles ne sont en fait que des formatages particuliers de la typographie, qui pourront être réutilisés facilement ensuite. Ils correspondent parfaitement à nos besoins de mise en forme puisqu’ils permettent de dire que, par exemple, « les titres de chapitre seront en Police Helvetica de taille 14 points, en gras, soulignés », et que « le corps de texte sera en Police Times New Roman de taille 11 points, normal », tandis que « les citations seront en Police Times New Roman de taille 12 et en italique ».

Les Styles pourront même s’appliquer aux paragraphes. Ainsi les paragraphes de Titre peuvent-ils être « centrés avec un espace de 20 points au-dessus du paragraphe, et un espace de 60 points en dessous du paragraphe », tandis que « le corps de texte sera constitué de paragraphes justifiés avec un espace de 5 points avant et après le paragraphe, et une indentation de la première ligne de 60 points », et « les citations seront des paragraphes justifiés avec une marge droite et une marge gauche de 70 points ». Par exemple.

Cette étape vous permet de structurer correctement votre texte non seulement pour créer un livre électronique, mais également pour créer un livre papier. Car une fois les styles créés, vous n’aurez qu’à sélectionner un morceau de votre texte et décider de lui appliquer le format « Titre » ou le format « corps de texte ». Et s’il vous prend l’envie de changer l’aspect de votre texte, il vous suffit de changer les paramètres du Style « Titre » pour que, automatiquement, votre logiciel change tous les bouts de texte qui seront indiqués comme étant des titres.

Autre réflexe important : éliminer les sauts de ligne intempestifs. À la place, vous pouvez déterminer que le style de paragraphe utilisé laisse quelques points/pixels/millimètres de distance en haut et en bas. La raison en est que cela rend le texte plus facilement adaptable aux différentes résolutions d’écran, et que vous aurez moins de lignes veuves et orphelines dans votre texte..

Mais il y a plus encore : la hiérarchie de titres.
Le titre de votre roman n’aura pas la même forme que le titre d’un chapitre, et ils seront tous deux différents du titre d’une partie, ou de celui d’un sous-chapitre. Vous allez donc les hiérarchiser, en donnant la forme d’un « Titre1 » au grand titre de votre roman, celle d’un « Titre2 » au titre des parties de ce dernier regroupant plusieurs chapitres, celle d’un « Titre3 » aux titres des chapitres, et éventuellement une « Titre4 » aux titres des sous-chapitres si vous en avez.

Cette hiérarchie des titres est essentielle, car elle correspond au codage du fichier HTML5 que vous obtiendrez dans votre livre au format ePub3. Le Titre1 deviendra une balise h1 (ou « header 1 »), et votre Titre4 une balise h4 (ou « header 4 »).

 

Maison de Corrections

Vous avez envie d’écrire, c’est louable. Vous avez sans doute beaucoup de talent. Mais de grâce, soignez votre orthographe ! Il n’est rien de plus irritant, pour un lecteur, de bloquer sur un mot mal orthographié, sur une coquille oubliée, sur une tournure de phrase mal pensée. Pour ma part, une telle chose me gâche mon plaisir.

La Forme est sans doute aussi importante que le Fond, surtout pour un lecteur, ou même un relecteur ou un correcteur. Pour un éditeur c’est indispensable.

Et malgré toutes les dictées que ma mère m’a infligées (pour mon bien) dans mon enfance, tous les articles du Bescherelle que j’ai pu apprendre (et croyez-moi, j’avais intérêt à les savoir par cœur !), toutes les listes de mots que je devais connaître, il m’arrive à moi aussi de me tromper. Surtout sur un clavier d’ordinateur.

Il y a donc un outil indispensable à ce stade de la production de votre livre : se servir d’un correcteur orthographique et grammatical. Vous pourriez vous contenter de celui qui sera intégré à votre logiciel de traitement de texte, mais je vous le déconseille. Ces correcteurs-là sont en général assez mauvais. Ils peuvent vous indiquer une erreur qui n’en est pas une, ou en laisser passer d’autres qui sont pourtant criantes. De plus, ils ne corrigent pas forcément la typographie, c’est-à-dire les erreurs telles que les doubles espaces, les espaces fines, les espaces insécables, ou même les guillemets « français » (ceux qui sont utilisés dans ce texte). Certes, l’exportation en ePub effacera quelques-unes de ces corrections typographiques (les espaces insécables ou fines par exemple), mais ce sera déjà un bon pas si vous voulez publier votre livre en format papier. Et même avec l’exportation en ePub, les guillemets seront corrigés, et les doubles espaces enlevés. Vous aurez aussi pu prendre soin de mettre des accents aux majuscules qui doivent l’être en français, comme le « É » ou le « À ». Ces corrections seront conservées dans l’ePub.

Pour ma part, je me sers d’Antidote 9. C’est un logiciel cher (la centaine d’euros), mais extrêmement complet et très très bien conçu. J’apprends beaucoup de choses depuis que je l’utilise, et pourtant, je pensais être un très bon connaisseur de la langue française.

Une fois installé sur votre ordinateur, Antidote se place en interface avec de nombreux autres logiciels pour être accessible à tout moment. Dans LibreOffice, c’est une barre de trois icônes qui s’insère dans votre flux de travail. Je me sers principalement de celle de gauche qui appelle le correcteur orthographique, grammatical et typographique.

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La liste des corrections typographiques absolument nécessaires

  • Accentuez les majuscules qui doivent l’être
  • Utilisez les tirets cadratins ou semi cadratins pour les dialogues
  • Ne faites pas de césure, ni automatique ni manuelle, les logiciels s’en sortent très mal
  • Choisissez entre l’indentation du texte (le retrait de première ligne), ou l’espace entre les paragraphes
  • Utilisez les guillemets français ou les guillemets anglais, mais toujours les mêmes…
  • Justifiez votre texte
  • Respectez la règle de positionnement des espaces : un point à la fin d’une phrase n’est jamais précédé d’un espace et est toujours suivi d’un espace, par exemple. Allez sur cette page pour saisir toutes les règles de la ponctuation et des espaces

Pour plus de détails sur la façon de se servir d’Antidote pour corriger votre texte sur le premier volet de la série d’articles Making of a book.

Métamorphose du texte vers l’ePub

Au contraire d’un fichier de texte (que son format soit .doc ou .docx pour Word, .rtf ou .odt pour LibreOffice), un livre électronique n’est pas un seul fichier constitué d’un seul tenant. C’est une sorte de dossier contenu dans une archive comme le format .zip (si je vous parle chinois, allez voir quelques définitions de formats de fichiers ici). Nous explorerons d’ailleurs en détail les entrailles d’un livre ePub dans le prochain article de cette série.

Il faut donc transformer notre fichier texte en une archive ePub.

Nous pourrions le faire nous-mêmes, « à la main ». Mais ce serait pénible, tant la transition est complexe.

Alors, pour gagner du temps, il est utile de laisser un logiciel faire le plus gros du travail pour nous, car vous verrez, vous vous embêterez déjà assez comme ça lorsqu’il s’agira de peaufiner votre livre pour en faire quelque chose qui vous plaise vraiment tout en satisfaisant aux règles strictes et parfois capricieuses des logiciels de lecture électronique.

Bien sûr, cette étape ne donnera pas naissance au produit fini, mais bien à une ébauche, à une pierre brute que vous allez devoir patiemment polir en vous attaquant au code. Mais au moins, le gros du travail aura été fait d’un simple clic…

Il existe de soit-disants « éditeurs de livres électroniques », des logiciels dérivés d’applications pour créer des sites internet, comme Blue Griffon ePub Edition, mais ils sont tous vendus très très chers pour ce qu’ils font… Personnellement, je préfère comme toujours la liberté, ce qui veut dire souvent mettre les mains dans le cambouis… le code…

Comme nous l’avons vu dans l’épisode 1 de la série d’articles Making of a book, j’utilise Scrivener pour composer mes écrits, et je me sers donc de la fonction de compilation vers l’ePub3 intégrée dans le logiciel.

Nous détaillerons dans l’épisode 3 de cette série les étapes de cette compilation, mais il suffit pour l’instant de savoir qu’en cliquant sur Fichier > Compiler, et en choisissant le format de publication que j’ai partagé avec vous avec l’option ePub3, Scrivener crée pour vous le fichier adéquat.

Ne reste plus qu’à tester son rendu sur votre tablette.

Sur mon iPad, le résultat n’est pas mal du tout. Cependant, vous remarquerez que la première ligne n’est pas indentée, que la fonte n’est plus Adobe Jenson Pro comme dans mon fichier Writer mais Times New Roman. Même si c’est un excellent début, ce n’est pas encore le livre dont je rêve car l’automatisation n’a pas préservé tous mes réglages de styles. Pour cela, il faudra faire soi-même le travail en découvrant les entrailles du fichier.

Ce sera l’objet de notre deuxième épisode : ePub Anatomy

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