Pourquoi je ne mets plus de note aux livres que je lis (ni aux séries et aux films, ni pour quoi que ce soit d’ailleurs)

Pourquoi je ne mets plus de note aux livres que je lis (ni aux séries et aux films, ni pour quoi que ce soit d’ailleurs)

Comme je le dis souvent, aimer écrire, c’est d’abord aimer lire. Je ne fais pas exception à cette règle-ci. Si je pouvais, je lirais plus encore que je ne puis le faire actuellement. Je rêve de retrouver le temps où je pouvais passer des journées entières plongé dans les pages d’un bon roman, ou des nuits, d’ailleurs…

Cependant, avec les années, l’expérience, l’âge, mais aussi avec la profusion de livres publiés chaque année, je crois que nous sommes tous confrontés à un paradoxe fondamental : il y a de plus en plus de bouquins à lire, mais sans doute devenons-nous plus difficiles (en tous les cas je deviens plus difficile). Car il y a de moins en moins d’ouvrages qui me transportent vraiment, ou simplement qui me font vraiment envie, et comme j’ai moins de temps pour lire, je suis parfois paralysé…

Comment choisir ?

On peut, comme moi, s’en tenir à son intuition. C’est parfois un bon indicateur. Pas toujours.

On peut, comme avant, choisir de faire confiance à une maison d’édition (par exemple, je suis assez fan des productions des Moutons électriques, ou de l’Atalante, comme de certains auteurs chez Bragelonne). Mais ça ne suffit pas non plus, car si l’on refuse de sortir des sentiers battus, on ne découvrira pas des auteurs qui ont fait un autre choix que ce circuit-là, comme l’ami Olivier Saraja.

Alors nous avons trouvé, poussés en cela par les grands acteurs de la distribution, mais aussi par une tendance de fond de la société, divers moyens pour nous aider à choisir, puisque ni la couverture ni la quatrième de couverture ne sont plus suffisantes pour nous guider vraiment, et parce que nous nous sommes éloignés de nos libraires. Ces derniers pourtant pouvaient apprendre à connaître nos goûts et devenir nos initiateurs vers une œuvre, un auteur, un genre. Eux aussi, cependant, sont pris dans le courant de cette lame de fond. L’abondance.

Pour pallier ce manque, nous nous sommes tournés vers des concentrateurs, des diffuseurs présents partout, comme Amazon. Puis vers des influenceurs, des blogueurs, des booktubeuses et des bookstagrammeuses. Enfin vers des réseaux sociaux, comme Goodreads, par exemple.

Ces systèmes ont un commun un postulat de base : la recommandation se fondera sur des avis argumentés et sur une note.

Les avis et critiques se multiplient donc, ce qui est une bonne chose. Encore faut-il qu’ils soient sincères et vraiment structurés. Ce n’est pas toujours le cas sur des sites comme Amazon, car les livres n’échappent pas au biais des avis «ouais c’est nul» ou «trop d’la balle», que nous avons tous croisés dans nos pérégrinations sur le site marchand.

Les notes se multiplient aussi.

Elles servent à construire une note globale à partir des avis des lecteurs/acheteurs sur Amazon, note globale qui entrera dans un algorithme censé cerner vos goûts et vous recommander d’autres œuvres similaires.

Elles servent à guider rapidement le lecteur potentiel sur les critiques construites des booktubeuses et des blogueurs littéraires. Ce sera la même chose, le même rôle, sur Goodreads ou Babelio.

C’est donc souvent une note qui va déterminer le «sex-appeal» du livre que vous convoitez. Et c’est cette note qui va influencer votre décision de l’acheter ou pas, de le lire ou pas.

Où est donc le problème, me demandera-t-on (ou pas) ?

Le problème, pour moi, a à voir avec l’idée de norme qui sous-tend tout notation chiffrée

Que l’on s’entende bien, je comprends l’intérêt des notes dans le cadre scolaire, pour nous aider à nous situer par rapport à l’acquisition de certains savoirs, de certaines compétences. Je suis un joueur de jeu de rôle, après tout, et la notation des caractéristiques et compétences de mes alter ego de papier ne me pose aucun problème philosophique. Que ce soit sur 5 dans les systèmes du World of Darkness (comme d’ailleurs les notations sur Amazon et consorts), sur 18 comme dans l’ancêtre D&D, ou sur 100 comme dans les jeux construits sur le Basic System de Chaosium, les notes attribuées aux capacités des personnages permettent de les situer dans une norme et de mesurer leurs aptitudes facilement.

J’ai par contre beaucoup de mal, et de plus en plus, à concevoir qu’une œuvre artistique ou culturelle puisse être notée, donc jugée en référence à une norme, fût-elle la norme du plaisir qu’elle procure.

Et j’aimerais m’en expliquer ici.

La notation, la note & l’algorithme

Une note n’est en effet jamais un chiffre isolé.

Si je dis que j’attribue 4 étoiles au dernier livre que j’ai lu, cela aura un sens différent si la note maximale possible est 5 ou 100. Le chiffre que j’attribue, ce nombre d’étoiles, est donc toujours contenu dans une échelle dont le minimum et le maximum sont connus par convention. Il est donc indissociable d’une référence.

Cette référence peut être très personnelle (je peux décider de noter sur 4, sur 5, sur 8, sur 10, sur 20, sur 100, cela ne changera que l’estimation que j’aurai de la valeur attribuée sur l’échelle choisie). Je peux aussi décider que 0 est la note la plus basse, ou bien que l’on pourra noter seulement à partir de 1, ou même que la note peut descendre à -1 ou -10.

Et pourtant, comme cette échelle est une référence, elle va devenir l’aune à laquelle je vais mesurer toutes les œuvres comparables. Tous les livres, toutes les séries par exemple. Et si elle me fournit un cadre reproductible, elle va devenir également une référence pour d’autres. Car lorsque je voudrai partager mon ressenti avec d’autres (comme sur Amazon par exemple), je vais devoir le faire en adoptant une référence. La mienne ou celle de mon interlocuteur. Dans les deux cas, la référence choisie fournit un cadre qu’il sera tentant de reproduire pour pouvoir bien se comprendre.

Je vais donc de fait créer une norme.

Ou m’y conformer si je choisis d’utiliser le système de notation d’Amazon en nombre d’étoiles sur 5, par exemple.

Norme naturelle contre norme culturelle

Depuis les deux articles sur le quantified self en médecine que j’ai commis sur ce blog, vous savez que je fais modérément confiance aux normes dans le domaine de la santé.

Dans celui des œuvres artistiques ou culturelles, je ne fais pas que m’en méfier : je les trouve vérolées dès le départ. Car il existe une grande différence entre les normes issues des systèmes de notation et celles issues de la mesure de la Nature : la possibilité de s’en écarter.

Dans la Nature, comme nous en avons discuté avec le quantified self, la norme est déterminée par la proportion d’individus dont la note se situe sur un nombre donné. La représentation de cette norme sur un graphique va donc être une courbe de Gauss, car un nombre non négligeable d’individus vont s’écarter naturellement de la note moyenne, parfois de façon forte, dans un sens ou dans l’autre. Il sera donc possible de trouver des individus exagérément grands ou exagérément petits par rapport à la norme. Il sera même possible de sortir des valeurs «normales» pour être considéré comme exceptionnel ou pathologique.

Dans un système de notation chiffrée des œuvres artistiques ou culturelles, on ne peut pas sortir des valeurs qui bornent l’échelle. On ne peut pas noter un livre que l’on trouve extraordinaire comme ayant 6 étoiles sur Amazon, ou descendre en flammes celui que l’on trouve vraiment trop mauvais en lui donnant une note de -3 étoiles.

Le défaut inhérent à toute échelle de notation fermée est donc celui-ci : toutes les œuvres sont notées selon un pied d’égalité par rapport à une attente standardisée, un barème en quelque sorte.

C’est ce qui me gêne profondément : les critères de notation.

Car tout cela sous-entend que l’on peut juger d’une œuvre suivant des critères précis, reproductibles, standardisés.

Le mythe de l’objectivité en matière artistique, un mythe totalement antinomique pour moi.

Objectivité de façade, subjectivité inavouée et non assumée

Soyons clairs.

Je suis un esprit scientifique, formé à la compréhension du monde à travers des faits reproductibles, et je pense fermement que c’est la meilleure façon que l’Humanité ait pu trouver pour expliquer le monde et le décrire, car cette vision permet de construire découverte après découverte des fondations solides pour apprendre comment fonctionne l’univers qui nous a fait naître.

Pourtant, si les lois de la Nature sont scientifiques, mathématiques, physiques, il reste à prouver que les «lois artistiques» aient une réelle existence. Malgré la création récente d’Intelligences Artificielles capables de pondre des textes longs (romans par exemple) ou des tableaux, avec un certain succès, il reste une chose que l’on ne maîtrise pas : l’appréciation individuelle des qualités intrinsèques d’une œuvre, par la résonnance unique qu’elle va créer chez la personne qui va la recevoir.

Une œuvre artistique ou culturelle c’est essentiellement un discours sur le monde, une façon de l’interpréter, non plus de façon objective et froide comme une théorie scientifique, mais au contraire en y mettant toute la subjectivité possible de l’auteur ou de l’autrice. Cette interprétation, cette vision unique du monde, est inscrite dans l’œuvre, parfois au corps défendant de son créateur, de par des événements de vie qui vont avoir façonné sa manière de considérer la vie, la mort, l’univers.

À l’autre bout de la chaîne, le lecteur ou la lectrice va percevoir ce message, et il va entrer en résonnance avec son propre parcours, ses propres attentes, ses propres désirs, craintes, traumatismes, espoirs, forces, faiblesses. Bref, avec toute une galaxie d’étoiles, et non pas seulement 5…

La tentative de noter une œuvre selon des critères bien définis ressemble donc pour moi à vouloir faire entrer un rond dans un carré, ou toute une galaxie dans une pierre précieuse. Même si cela peut vous rappeler le twist final d’un film montrant deux hommes en costume noir dont l’un est Will Smith, je crois qu’on y perd fatalement quelque chose.

Que se passe-t-il donc quand on impose à quelqu’un ou que l’on s’impose à soi-même de noter sur 5 ou sur 100 une œuvre ?

On s’oblige à renoncer à la complexité, à la nuance, à notre propre système de valeurs, pour faire coller notre ressenti, le transposer, dans un système de notation qui nous est plus ou moins étranger.

On va engager une estimation, une approximation, du résultat.

Peut-être que la réalisation du film était superbe, mais que le scénario était faible. Combien ça vaut ? Un 3 sur 5 ? Mais si pour moi un film c’est d’abord un scénario, est-ce que ça ne vaudrait pas plutôt 1 sur 5 ?

L’estimation, l’approximation, va se faire donc avec une réelle subjectivité.

Et l’on arrive au paradoxe ultime.

On construit un système de valeur censé être totalement objectif, à savoir une note chiffrée recoupée statistiquement par des algorithmes robustes que l’on juge représentatifs car dégageant des tendances grâce à la puissance du nombre de réponses.

Mais on le construit à travers une telle variété d’échelles individuelles totalement différentes et parfois opposées les unes aux autres, qu’on le base sur la plus grande des subjectivités.

En gros, on construit la Tour de Babel avec des moellons en guimauve.

Fatalement, l’édifice a quelques défauts…

Le plus grand est de nous faire prendre des vessies pour des lanternes : nous faire croire que l’objectivité est possible en matière artistique.

Je défends la thèse inverse : l’Art est une subjectivité qui rencontre une multitude d’autres subjectivités.

L’Art est pure subjectivité.

Pourquoi ne pas l’assumer ?

La réponse est simple : parce que tout le système de notation ne sert qu’à une chose. Vendre.

Le nerf de la guerre

Là encore, une petite mise au point s’impose.

Je trouve que diffuser une œuvre le plus largement possible est souhaitable, et donc la vendre, même contre rien, aussi – une œuvre gratuite se vend quand même, si, si, il faut convaincre l’autre de la lire ou la regarder, et ce n’est pas si facile même quand c’est gratuit, ou surtout quand c’est gratuit, d’ailleurs.

C’est non seulement souhaitable, mais c’est in fine le but réel de toute œuvre artistique ou culturelle.

Car si l’Art est pure subjectivité, l’Art est aussi pur partage.

Ce que chaque œuvre exprime est fait pour toucher l’autre. Pour que cette vision unique du monde soit vue par d’autres, qui l’adopteront, l’aimeront, la contempleront simplement, ou la rejetteront.

Et si l’artiste peut vivre décemment grâce à ce qu’il ou elle produit, c’est encore mieux. C’est la reconnaissance par la société de son travail, de son métier. Car créer est aussi un métier pour beaucoup. Un vrai métier.

Et comme tous les métiers, il doit permettre à celui qui l’exerce de vivre dignement.

Donc vendre son œuvre est un objectif noble.

C’est la manière dont la notation systématique et l’utilisation extensive des algorithmes ont transformé les moyens d’atteindre cet objectif qui me gêne.

Le système dont j’ai démontré plus haut l’incohérence (faire croire à une évaluation objective d’une œuvre sur des critères purement subjectifs par essence) n’a comme finalité que de vendre en essayant d’attirer le lecteur (ou le spectateur) par un biais que je rapprocherais volontiers du biais cognitif connu sous le nom d’effet de mode, ou du biais d’influence sociale. Il voudrait que plus la note est élevée, plus le nombre de personnes qui sont censées avoir donné une bonne note est élevé, et plus l’on va avoir tendance à penser que le livre (ou le produit) va nous convenir.

Alors qu’il n’en est rien.

La note est là pour nous influencer, puisque c’est ce que nous lui avions demandé.

Mais elle le fait avec de mauvais arguments.

Elle nous influence en nous trompant sur ce qu’elle représente.

Pour une autre façon de mettre une œuvre en avant : la diversité des points de vue

La note est donc, je crois, une mauvaise façon d’apprécier un livre, une série, un film, toute autre œuvre artistique ou culturelle. J’oserais même dire que la note est une mauvaise façon d’apprécier aussi les services ou les gens, mais tel n’est pas le propos ici, et je me limiterai pour cet article à conclure sur le sujet artistique seul.

Et cependant, nous en revenons au dilemme présenté en introduction : comment s’y retrouver parmi tous les titres existants et à venir, comment choisir notre prochain bouquin ?

J’ai bien une proposition à faire, qui n’est pas actuellement mise en œuvre, et qui pourtant aurait la possibilité de l’être.

Et je vais vous surprendre ou vous choquer après tout le discours qui précède : elle dépend de la puissance des algorithmes.

Mais bien sûr, ces algorithmes ne seraient pas basés sur une note attribuée subjectivement par les lecteurs ou les lectrices.

Si l’on revient au but recherché, c’est plus simple à comprendre.

Ce que je demande est de trouver des livres susceptibles de me plaire, avec une certaine incertitude également. Car parfois, un livre peut me toucher alors qu’au départ ce n’était pas gagné.

Je cherche des recommandations.

Celles que font pour moi Amazon, ou même l’algorithme de Goodreads ne me conviennent pas, car elles sont basées en partie sur les notes obtenues par les œuvres qui potentiellement pourraient entrer dans mes genres littéraires de prédilection.

Comment alors se passer des notes pour concevoir des recommandations de lecture plus justes ?

Se servir des avis structurés des lecteurs, des blogueurs, des booktubeuses, des bookstagrammeuses.

Chaque critique structurée n’est autre qu’un texte, que des algorithmes pourraient explorer, pour en extraire des adjectifs récurrents censés décrire une œuvre à travers les avis qu’elle recueille sur différents supports.

  • Par exemple, l’algorithme va chercher sur internet tous les avis construits sur Le Choix des Anges (il ne va pas en trouver beaucoup, c’est vrai). Il va en extraire une liste d’adjectifs avec un indice de récurrence pour chacun. Puis il va construire un profil évolutif du livre suivant les avis recueillis.
  • Lorsque je vais avoir lu un livre, j’indique simplement à l’algorithme si le livre a répondu à mes attentes ou pas. Dans les deux cas, je peux rédiger un avis structuré et écrit, qui viendra enrichir l’algorithme.
  • Et en se basant sur le profil du livre que je viens de terminer, il peut comparer avec sa base de données, et sortir une liste d’œuvres qui contiennent des adjectifs similaires.
  • Au fil de mes lectures, l’algorithme va apprendre ce qui a le plus de chance de me plaire et va donc affiner ses suggestions et recommandations.

Mais pour introduire un peu de variété et me permettre de découvrir quelques pépites qui lui échapperaient (au cas aussi où mes goûts changent), l’algorithme pourrait faire une pondération en fonction d’un indice que je fixerais dans mes préférences. Un indice baptisé «surprends-moi» noté, lui, par contre, de 1 à 10. Ce serait la variabilité que l’algorithme pourrait s’autoriser afin de faire des recommandations hors champ de mes goûts stricts.

On peut aussi garder une certaine couche de recommandations sociales (car les meilleurs influenceurs, ce sont souvent les vrais amis qui ont les mêmes goûts que nous) comme on peut déjà le faire avec Goodreads.

Des recommandations idéales

Bref, mon système idéal serait basé sur trois listes de recommandations.

  • Une liste algorithmique pure extraite des lectures qui m’ont touchées et construite d’après l’analyse des adjectifs utilisés par d’autres lecteurs pour chroniquer ou critiquer le livre.
  • Une liste de recommandations «surprises» basée sur une variabilité suivant des critères que je fixerais librement (genre littéraire, longueur du texte, sujets, etc.).
  • Une liste de recommandations sociales issues des chroniques de lecteurs que je suivrais (booktubeuses, blogueuses littéraires, contacts sur Goodreads).

Tout ceci n’existe pas encore, hélas.

Mais si certains d’entre vous s’y connaissent en algorithmique, en exploitation des big datas et en programmation, je suis disponible pour créer une startup… 😉

Ma ligne de conduite : comment je fais pour vivre sans donner de note

En attendant ce système (qui aura certainement des défauts lui aussi), j’ai donc résolu de ne plus noter de façon chiffrée les livres que je lis, les séries ou les films que je vois.

Je ne désire pas entretenir l’habitude que nous avons tous prise de noter tout et n’importe quoi à tout bout de champ. Je ne donne donc plus aucune note.

Et si j’ai un avis tranché, je l’écris en bon français, et j’en fais profiter l’auteur ou l’autrice d’abord, et mes camarades ensuite.

Car de mon point de vue, les algorithmes actuellement en place n’ont aucune valeur, et je ne désire pas cautionner leur fonctionnement en entrant dans le moule. Je suis conscient de fausser ainsi les choses, de façon marginale car je ne suis pas un grand influenceur, mais peut-être suffisamment pour que d’autres suivent mon exemple, ou peut-être – qui sait ? – pour que d’autres systèmes de recommandation soient créés.

La réalisation de livre (problématique de « l’autoédition »)

Reste un problème majeur dans cette posture que j’ai décidé d’adopter : ne plus noter les livres dits autoédités, c’est faire perdre de la visibilité à mes camarades qui ne disposent que du système de notation d’Amazon pour se faire connaître et toucher leur lectorat.

Nombreux sont en effet mes pairs à dépendre du système de notation pour être mis en avant par la plateforme et être proposés dans les recommandations faites à des lecteurs qui ne les connaissaient pas auparavant.

Ne plus noter, c’est leur faire perdre des chances.

Que faire alors, si je ne veux pas cautionner le système tout en essayant d’aider ces auteurs et autrices à trouver leur public ?

Mettre systématiquement la note maximale.

Là encore, je sors du cadre de référence, sciemment, en faussant la note globale en faveur de l’auteur, et en montrant que le système est basé sur une incohérence. Et je donne un coup de pouce à celui ou celle qui s’est démené pour écrire son bouquin. Il se peut même que ma note maximale ne soit pas en accord avec ce que j’ai pensé du livre. Qu’à cela ne tienne : je rédige un avis qui éclairera ma critique, mais je laisse le nombre d’étoiles maximal, la note maximale, pour que le livre gagne en visibilité.

Ainsi, je ne pénalise pas les réalisateurs et réalisatrices de livres.

La Société des Lectures Analogiques

Si vous trouvez une certaine résonnance entre vos propres valeurs et ce que je viens d’exposer, alors vous êtes prêts à entrer dans la Société des Lectures Analogiques, qui défend la liberté d’apprécier un monde qui parle avant tout en mots, et non en chiffres.

Les inscriptions sont ouvertes sous les commentaires !

Bientôt, nous serons le monde.

Bientôt…

J’espère…

Vous êtes là ?

Ouh ouh ?

Il y a quelqu’un ?…

Dans la mémoire du Serpent à Plumes

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Lettre vivante

Lettre vivante

C’est donc fait, je me lance dans la publication d’une lettre d’information, une newsletter comme disent les anglophones.

Mais ce n’est pas pour faire comme les autres.

Nous sommes tous de plus en plus inondés de mails commerciaux qui ne servent qu’à nous faire consommer toujours plus. Certains sites marchands n’hésitent pas à en envoyer quotidiennement.

Comme toi, j’en suis écœuré.

Comme toi, peut-être, j’ai fait un tri drastique et je me suis désabonné de nombreuses listes de diffusion.

Alors si je me lance à mon tour, ce n’est pas pour commettre les mêmes forfaits que ce que je déplore chez les autres.

Je me lasse des réseaux sociaux et de leur cacophonie trop souvent commerciale ou délétère. Ces derniers temps, la publicité sur Instagram, les insultes, les invectives et les polémiques sur Twitter, les scandales à répétition sur les bafouements de la vie privée des utilisateurs sur Facebook, m’ont poussé à prendre mes distances et à réfléchir à une autre manière d’entrer en contact avec ceux qui me suivent comme avec ceux que je suis.

Dans la lignée de plusieurs autres, j’ai remis en marche le vieux système des flux RSS pour m’affranchir des filtres des réseaux sociaux et chercher l’information directement à la source, sans les algorithmes aux directives obscures d’une quelconque société de la Silicon Valley.

J’ai même décidé de remettre au goût du jour grâce à ces flux RSS un concept qui semble remonter aux origines du web et qui comme tel va sembler un brin anachronique : la liste de liens amis, la blogroll des années 2000. Ainsi, vous pourrez trouver sur ce site des liens vers ceux que j’ai envie de vous faire partager via leurs flux RSS.

Et de temps à autre j’écrirai encore des articles sous la catégorie Vers l’infini et au-delà, mettant plus particulièrement en lumière certains sites.

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Lettre vivante

C’est donc fait, je me lance dans la publication d’une lettre d’information, une newsletter comme disent les anglophones.
Mais ce n’est pas pour faire comme les autres.

Pourquoi une newsletter

Et puis j’ai regardé autrement le bon vieux mail.

Par son principe même, le même que celui du courrier papier, le mail nous renvoie à une relation plus privée, plus intime. Le courrier n’est pas un objet public par essence, contrairement à un post Instagram, à un tweet ou à une publication sur Facebook. On peut le partager si on le souhaite, comme si l’on faisait lire un message à un ami en qui l’on a absolument confiance, mais il est rare que l’on publie dans le journal sa correspondance. Correspondre est un acte volontairement intime.

Ces deux mots sont pour moi centraux.

La volonté, la tienne comme la mienne, est une base fondatrice de cette relation. Tu me suis si tu le désires, tu es libre d’arrêter de le faire. Je ne te relancerai pas. Je considérerai que tu as choisi de rompre cette relation, car elle ne te convient plus.

L’intimité en sera la clef de voûte. Cette correspondance est pour moi une véritable relation. Tu pourras donc me répondre par mail si tu le souhaites et ces échanges seront couverts par le pacte que nous avons conclu ensemble lorsque tu as choisi de t’inscrire sur cette liste.

Ce pacte est le suivant : je vais écrire quatre fois par an sur les coulisses de mes productions, mais aussi sur ce que j’ai découvert, aimé ou détesté. Peut-être vais-je lancer quelques idées d’articles qui se concrétiseront plus tard, plus en longueur, sur mon espace public. Je partagerai aussi des astuces sur les sujets qui me tiennent à cœur, à savoir la réalisation d’histoires et de livres. Il m’arrivera de proposer des liens vers des sites que j’aurai beaucoup appréciés, mais jamais, jamais de liens commerciaux, si ce n’est, de temps à autre, quelques cadeaux sur mes propres œuvres, sous forme de réductions ou de contenus exclusifs.

En retour, tu es libre de me répondre. Je serais même honoré si tu le faisais et t’y encourage vraiment.

Tu es libre d’être d’accord ou pas d’accord et de me le faire savoir, comme si l’on discutait posément à la terrasse d’un café en sirotant chacun notre breuvage préféré. Nous pourrons être du même avis ou d’avis divergents, cela sera aussi bien, car la différence des points de vue est une richesse, si les deux parties sont sincères et respectueuses l’une de l’autre.

C’est la seule chose que je demanderai, la seule condition à cette relation.

Le respect, que je m’engage aussi à te témoigner.

L’étape d’après

Parce que la newsletter n’est qu’une première étape, la suivante sera la mise en adéquation entre mon désir de calme et de respect et mes usages en général.

Cela implique tout d’abord, je ne sais pas si tu l’as remarqué, une modification subtile de quelques détails sur ce site. En commençant par la raréfaction des boutons de partage des articles, qui ne sont plus situés que sur le coin gauche de l’écran, et un choix drastique dans les réseaux disponibles pour effectuer ce partage. Il ne reste plus que Twitter et Pinterest, pour le moment du moins. Exit Instagram et Facebook. Je considère que permettre le partage de mes propres articles sur ces réseaux serait une hypocrisie de ma part.

Beaucoup vont me rétorquer que ce faisant je me tire une balle dans le pied, que mes articles déjà confidentiels n’auront pas l’audience que pourraient leur apporter des réseaux si puissants que Facebook ou Instagram. On va peut-être penser que je suis jusqu’au-boutiste, extrémiste.

Non. J’assume pleinement ce que je pense de l’avenir de ces réseaux.

Je pense qu’ils ont tendance à flatter nos comportements les plus irrespectueux.

Je fais le pari que d’ici quelques années, la nébuleuse Facebook va se décomposer, entraînée par des scandales de plus en plus intenables. Je fais le pari que l’audience la plus intéressante pour moi, celle avec laquelle il est possible de discuter, celle qui cherche avec sincérité à faire société et pas à invectiver, insulter ou convaincre à tout prix l’autre, va se détourner des réseaux dits improprement «sociaux».

Comme tout pari, il existe un risque de perdre.

Je prends ce risque.

D’autant plus facilement que mes articles sont déjà faiblement partagés. Je ne perds pas grand-chose, en fait.

D’autres pourront aussi me questionner sur la présence des deux derniers boutons de partage, Twitter et Pinterest.

Twitter n’est pas moins délétère que Facebook. Les gens s’y insultent, bloquent, dénigrent, harcèlent, caricaturent autant que sur le Livre des Figures. Pourtant, j’y ai trouvé des personnes vraiment intéressantes, découvert de véritables talents. J’ai encore du mal à couper le sifflet de l’oiseau bleu parce que certaines de ces personnes n’ont pas de site et que les garder dans mon champ de vision ne peut se faire qu’à travers leurs tweets. Pour le moment.

Quant à Pinterest, l’absence de texte suffit à couper la chique aux haineux et autres trolls. Je le considère donc comme un grand capharnaüm plutôt que comme un réseau social.

Pour ne pas rester lettre morte

Cette newsletter va mieux refléter ma façon d’être que les réseaux «sociaux».

Elle a déjà sa propre identité visuelle, son propre vocabulaire, son propre paradigme.

Elle met en scène Amergin, l’Esprit Guetteur de l’antre du Serpent à Plume. C’est Amergin qui t’apportera chaque message.

Il pourra se faire Quetzal si tu cherches simplement à ce que chaque article te soit signalé dans la boîte aux lettres par un résumé rapide que tu seras libre de lire en totalité directement sur le site si tu le souhaites.

Il pourra se faire Phœnix si tu veux suivre la lettre d’information elle-même, celle où je m’étendrai plus longuement sur les coulisses de mes projets et de mes trouvailles, quatre fois par an, à chaque fête du calendrier celtique.

Cela commence bientôt, puisque les feux de Beltaine sont déjà en préparation.

T’inscrire sur la liste de diffusion de l’une ou l’autre de ces créatures te conférera le titre (envié bientôt, j’en suis sûr), de Ptérophidien ou de Ptérophidienne, mais aussi le passe qui te permettra d’accéder à la section du site où j’ai rassemblé les quelques petits outils informatiques que j’ai créés pour me faciliter la vie dans mes travaux d’écriture ou de mise en page.

Je serai heureux de les partager avec toi, s’ils peuvent t’être d’une quelconque aide.

Alors je l’espère à bientôt, sur des chemins numériques ou réels.

Dans la mémoire du Serpent à Plumes

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Ce délicat moment de transition entre deux instants

Ce délicat moment de transition entre deux instants

J’ai depuis toujours été fasciné par le moment de bascule, celui qui acte le changement. Fasciné par cet instant qui restera à jamais non mesurable, imperceptible, presque inimaginable, cette singularité du temps presque aussi mystérieuse que l’étincelle originelle de la naissance de l’Univers. Fasciné par le moment précis où, décidé, le changement a lieu.

Un instant nous sommes seuls au monde, nous nous sentons abandonnés, ou tristes, et l’instant d’après nous tombons amoureux, nous sommes presque soulevés de terre par une force incroyable.

Un instant nous sommes en bonne santé, emplis d’optimisme et d’énergie, et celui d’après la maladie nous saisit, un malaise provoque notre chute. Un instant avant nous étions nos deux pieds au sol, celui d’après notre équilibre s’effondre comme notre corps et l’attraction fait s’écrouler jusqu’à notre monde même.

Un instant nous cherchons avec angoisse une solution à un problème complexe, nous cherchons depuis des jours, des semaines, des mois, des années peut-être, et l’instant d’après nous oublions de chercher, et à cet instant précis, cette fraction de seconde là, si infime, si incommunicable, si fragile, l’idée jaillit comme un arc électrique et surgit sans crier gare. Elle apparaît sans aucunes prémices apparentes, elle naît d’une matrice invisible et impensable comme si c’était hors du néant lui-même.

Un instant nous sommes en 2018, et une fraction de temps plus tard nous fait basculer en 2019.

Je suis fasciné, comme attiré et repoussé à la fois.

Est-ce pour cela que le changement m’est parfois si difficile ?

Est-ce pour cette raison que l’acte, le faire, est si précieux pour moi ?

Est-ce pour cela que j’ai choisi un métier où la décision qui tranche deux instants entre l’incertitude et la réalité, entre le virtuel et le concret, est le centre de gravité de tout ?

Est-ce pour cela que j’ai pour passion de faire sortir ce moment de création pure, ce moment de bascule du rêve vers la matière, de l’idée vers les mots, de la pensée vers le discours, du texte vers le jeu, de la mise en scène vers la représentation ?

Est-ce pour cela que j’aime voir ces changements plus subtils les uns que les autres dans de petites choses tout en gardant la nostalgie des choses qui ne sont plus comme elles étaient auparavant ?

Est-ce pour cela que l’art de provoquer le changement me fait tant vibrer ?

Qu’est-ce qui fait que quelque chose bouge, change ?

Quand a lieu ce prodige ?

Bien sûr, on pourra vous expliquer que le changement n’est qu’un continuum, une ligne ininterrompue d’instants de changements permanents et si subtils que vous ne les remarquez pas. Que toute vie est elle-même un changement né d’innombrables changements plus volatils et plus impalpables au cœur de chaque cellule de l’organisme. Que même les atomes changent. Que même les électrons changent de sens de rotation, tout le temps. Que le changement est partout, qu’il est paradoxalement la seule chose immuable dans ce monde, si bien que la seule chose qui ne changera jamais c’est que tout change et tout le temps.

Il n’empêche que quelque part, il faut bien passer d’un état à un autre. Il faut bien qu’il existe une bascule, un point où le déséquilibre s’équilibre avant de se précipiter de l’autre côté. Une singulière singularité où le mobile devient immobile, l’espace d’un infime souffle de l’Univers, pour bouger à nouveau. Et que ce point d’équilibre soit atteint et dépassé un nombre incalculable de fois pour chaque particule, chaque objet, chaque être, en permanence, n’en est pas moins fascinant.

Peut-on imaginer un rythme unique dans cette respiration entre l’équilibre et le déséquilibre ? Un cycle commun à toutes les choses qui battrait la mesure d’une musique des sphères bien plus puissante que celle à laquelle croyaient nos ancêtres. Une même fréquence qui serait la pulsation unificatrice, telle la Force, l’Éther, le fluide cosmique maintenant la réalité en un tout cohérent et vivant.

Ou peut-on imaginer que chaque chose possède son propre rythme, sa propre pulsation ? Tout s’harmoniserait suivant une partition improvisée, chaque fréquence battrait suivant un point d’équilibre différent, un déséquilibre différent, et la diversité des fréquences engendrerait un grand déséquilibre universel dont la musique naîtrait justement de la réunion de toutes ces différences.

Peut-on simplement constater que tout change, tout suit une mesure et un rythme, et que la musique de ce rythme berce nos existences même quand nous n’en sommes pas conscients ?

Lorsque le changement m’est difficile, c’est cette pensée qui me vient.

Lorsque l’immobilité m’est insupportable, c’est vers elle que je me tourne.

Lorsque les événements se bousculent, je tente d’en trouver le rythme, même si bien souvent je suis plus doué pour m’épuiser à ramer à contre-courant, cherchant un âge d’or aussi inatteignable qu’illusoire.

Et lorsque le cours du fleuve ne me convient plus, je provoque moi-même des changements en expérimentant ma propre musique, en essayant de trouver comment jouer ma partition personnelle, comment la composer pour qu’elle sonne juste.

Je n’y parviens pas toujours. Il est difficile de jouer certaines notes. Et parfois on ne maîtrise pas vraiment l’instrument. On apprend tous les jours à jouer de nouvelles notes, de nouvelles techniques. Et certaines resteront hors de notre portée.

Nous nous trouvons à un tel point d’équilibre, un point de déséquilibre où le changement est indispensable, inéluctable, souhaitable, même s’il est parfois extrêmement dur. Tous, individuellement, un jour ou l’autre. Tous, collectivement, à certains moments dans l’histoire de notre espèce, comme actuellement.

Je me trouve à un tel point, moi aussi. Comme chaque année à la même époque. Comme à chaque cycle. Comme à chaque mue.

Cette fois, cependant, je vous propose de convoquer la magie de l’imagination, cette magie qui nous permet de suspendre le temps, son cours et sa chute, pour regarder un peu en arrière, et regarder un peu en avant, pour regarder avant de plonger dans un nouveau cycle et un nouveau changement.

Un (dernier ?) regard vers le passé

L’année qui vient de s’écouler comme un torrent de montagne m’a fait vivre beaucoup d’émotions.

Je n’aime pas m’épancher, aussi ce regard vers le passé va-t-il emprunter la voie de petits moments marquants, comme des cailloux semés par le gamin qui ne veut surtout pas perdre son chemin dans la forêt sombre.

La musique de 2018

Les paroles se suffisent à elles-mêmes, ainsi que le timbre si reconnaissable de Skye.

puis, bien sûr, la voix de Lisa.

Les images de 2018

<

p style= »text-align: justify; »>Ce seront des images d’ailleurs, des images de landes et de collines, de falaises et d’océan.

Derrière la caméra, il y a aussi les images que j’emporte dans mes yeux et mon esprit. Des images d’amitié et d’amour. Des images de rires, de moments partagés et de découvertes faites ensemble.

Ce seront aussi des images d’un autre temps qui refait surface, de l’Après-guerre revécu en 2018. Avec là encore des fous rires, des moments de partage et d’amitié.

Enfin, ce sera cette image de Gustave Doré qui m’a accompagnée durant 6 ans lors de l’écriture du Choix des Anges, et qui m’a guidée jusqu’à sa sortie au jour, enfin possible.

Le jeu de 2018

Grâce à mes compagnons de jeu, et notamment Jérôme, j’ai découvert Symbaroum. J’ai pris énormément de plaisir à arpenter Davokar, la forêt obscure aux secrets maléfiques. Et il semblerait que nous n’ayons pas fini de dévoiler toutes ses horreurs d’un autre temps, si les Elfes du Pacte de Fer nous en laissent l’opportunité, et si la maladie insidieuse qui court dans les ramures et les racines ne s’infiltre pas dans nos cœurs de Troll, Gobelin et pauvre Humain.

Le goût de 2018

<

p style= »text-align: justify; »>Si le goût fort du haggis écossais a plutôt surpris agréablement mes papilles, c’est un goût plus amer qui reste dans ma bouche, et pas vraiment celui de la bière.

<

p style= »text-align: justify; »>Cette amertume qui s’installe lorsque j’évoque la façon dont mon métier a évolué cette année.

<

p style= »text-align: justify; »>Me battre contre la maladie et la mort sans vaincre, j’y suis habitué, c’est la règle du jeu, et je sais qu’ainsi va la vie. Ce sont des combats que l’on ne peut que perdre à la fin.

Soigner des petits maux sans importance qui n’auraient même pas mérité de consulter un médecin, c’est aussi mon quotidien, et c’est l’occasion de (tenter de) faire un peu d’éducation à la santé. Même si, je dois l’avouer, je commence à m’impatienter quand des patients que je connais depuis presque dix ans continuent à penser que s’ils viennent après 24 heures d’évolution d’un rhume c’est mieux, malgré tout ce que j’ai pu leur expliquer pendant ces dix longues années…

Mais devoir faire face à la tyrannie du «tout, tout de suite» généralisé, au manque de civisme, de politesse et de simple bon sens, c’est difficile, à la longue.

Mais devoir me battre pour me justifier de faire mon travail auprès de ceux que je tente d’aider, c’est plus dur. C’était la première fois que cela m’arrivait en 18 années d’exercice, mais cela s’est produit deux fois à une semaine d’intervalle.

Mais devoir regarder le système de santé être vendu à la découpe par des charognards qui sont ceux-là mêmes qui devraient en prendre soin, c’est insupportable.

Mais devoir supporter les remontrances injustes d’un jeune freluquet qui rêve de me voir travailler jusqu’à 22 heures chaque jour pour une bouchée de pain, et qui finit de déconsidérer ce que je tente d’apprendre à mes patients (éviter d’être impulsif et consulter de façon raisonnée) en trois phrases, c’était trop.

C’est qu’on ne trouve plus de médecins hors de l’hôpital en fin de journée ou tôt le matin et parfois pour une raison financière : c’est qu’on n’a pas besoin de faire l’avance de frais.

Les urgences non vitales doivent donc pouvoir être prises en charge en ville par les professionnels organisés dans leur communauté professionnelle, en lien avec leur hôpital de proximité, ils devront s’organiser collectivement pour assurer une permanence de soins non programmés de jour, tous les jours jusqu’à 20 h.

Initialement, moi j’étais pour dire jusqu’à 22 h, mais on m’a dit que j’ouvrais une guerre absolument impossible si on disait jusqu’à 22 h, donc je suis raisonnable et j’ai dit 20 h, mais ce serait formidable si on pouvait trouver un accord jusqu’à 22 h sincèrement. [Rires dans l’assistance] Parce que quand on regarde les chiffres des urgences, il y en a énormément entre 20 h et 22 h, donc j’ai fait confiance à la ministre, au directeur de la CNAM, à l’ensemble des professionnels qui auront cette négociation à conduire, je suis persuadé qu’on peut trouver une solution intelligente jusqu’à 22 h. Mais j’ai dit jusqu’à 20 h aujourd’hui.

Discours du 18/09/2018 (à 44:06 dans la vidéo disponible sur le site de l’Élysée).

Emmanuel Macron

Comme la célèbre goutte qui parvient à faire déborder le vase, à provoquer le déséquilibre, le changement, ces quelques mots ont suffi à me mettre dans une colère noire.

Pourquoi croit-il qu’on ne trouve plus de médecins ? Parce qu’ils sont en vacances aux Bahamas ? Ou bien plutôt parce que les patients consultent trop souvent pour des motifs sans raison médicale, parfois par impatience, parce qu’ils consultent beaucoup trop souvent pour des burn-out provoqués par le management maltraitant qui les broie à longueur de temps, parce qu’il n’y a pas assez de médecins et parce que ceux qui restent sont déjà débordés ?

Il croit sincèrement qu’on a encore assez d’énergie pour consulter jusqu’à 22 heures quand on en est déjà à 30 patients dans une journée où l’on finit à 19 heures 30, qu’on ne peut pas aller chercher ses gamins à l’école, qu’on n’a pas de temps pour accomplir les démarches administratives parce qu’il faut aller les effectuer avant 16 heures, et qu’on est épuisés ?

Il croit sincèrement que les médecins généralistes libéraux vont accepter de se faire traiter implicitement de branleurs alors qu’ils portent déjà à bout de bras une population qui n’en peut plus, et qu’eux-mêmes sont au bord de la rupture physique et mentale ?

Il croit sincèrement que la réponse c’est «toujours plus de consultations» alors que la seule solution c’est «éduquer la population à la santé», parce que la majorité des consultations de 20 heures à 22 heures sont des consultations qui peuvent être reportées le lendemain sur des horaires normaux (je tiens à sa disposition les motifs de consultation de mes dernières gardes de soirée) ?

Et il croit sincèrement que les médecins peuvent recevoir sans sourciller 40, 50 ou 60 patients par jour et accueillir la souffrance réelle et parfois extrême sans eux-mêmes sombrer ?

Une colère noire.

Une colère salvatrice, littéralement.

Une colère qui m’a fait réagir, comme d’autres avant moi.

Ce métier n’est plus fait pour moi. J’en prends acte. Ma reconversion est en cours.

Les mots de 2018

Mon Dieu, donne-moi le courage de changer les choses que je peux changer, la sérénité d’accepter celles que je ne peux pas changer, et la sagesse de distinguer entre les deux.

Marc-Aurèle

La lecture de 2018

Elle n’est pas encore achevée tant elle est dense, mais ma lecture marquante de 2018 n’est pas un roman, ni de l’imaginaire, ni même de la fiction, et ça fait bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé.

Il s’agit de Qu’est-ce que l’hypnose ? de François Roustang. Un livre d’une grande acuité, même s’il n’est pas toujours facile d’abord.

La série de 2018

Le choix est plus difficile cette année. Il y a eu American gods, La casa de papel, Altered carbon, la saison 3 de The Expanse, la saison 3 de Daredevil, et les saisons 2 et 3 de This is us, surtout. Mais c’est vraiment la saison 7 d’Homeland qui m’a scotché cette année. Cette série est aiguisée, montre un regard très juste sur l’actualité, un cynisme hélas réaliste dans le fonctionnement de notre monde (notamment des relations entre la Russie et les États-Unis) et un véritable travail sur les personnages (la bipolarité de Carrie) comme sur le scénario.

Le lien de 2018

Pour tous ceux qui veulent écrire, et notamment ceux qui veulent écrire des œuvres de l’imaginaire, il existe une ressource indispensable que je n’ai découverte que cette année, mais dont j’ai dévoré les 2 premières saisons, j’ai nommé Procrastination, le podcast de Mélanie Fazi, Laurent Genefort et Lionel Davoust. En à peu près 15 minutes, un sujet traité avec humour et érudition, pour nous aider à progresser.

Un (premier ?) regard vers le futur

«Toujours en mouvement est l’avenir», dirait un petit homme vert de ma connaissance, aussi est-il difficile de savoir précisément ce que réserve 2019. De plus, lorsque je me risque à faire des prédictions sur ce que je vais poster l’année qui vient, je me trompe à chaque fois. Soit le sujet prévu ne me parle plus tant que ça, soit il est subordonné à une expérience qui n’est pas concluante, soit j’ai d’autres choses à écrire qui prennent sa place, bref, je ne suis qu’un piètre Nostradamus, y compris pour mes propres productions.

Je vais me contenter de me donner quelques pistes, sur des choses que j’aimerais vraiment réaliser en 2019. Des choses que vous pourriez ou non trouver ensuite sur cet espace virtuel.

Le projet

Plusieurs projets occupent mon esprit et donc mon temps actuellement, et j’espère que l’un d’entre eux au moins verra le jour cette année.

Rocfou, d’abord. Je mets en place à la fois le monde et l’intrigue, mais la maturation est longue, comme à chaque fois. J’ai cependant une idée de plus en plus précise de ce que je veux, et de ce que je ne veux pas. Je pense débuter vraiment la rédaction en milieu d’année. Pour la suite, je ne maîtrise pas vraiment le planning. Nous verrons bien.

De vieilles idées ont fini par trouver leur place avec de nouvelles, et mon vieux Tarot va renaître de ses cendres, plus tard, lorsque le manuscrit de Rocfou sera achevé, sous une autre forme.

Ce sera bien suffisant, car je compte aussi continuer à écrire ici de temps à autre, avec certes moins de régularité que les premières années, mais toujours avec plaisir et passion.

Les expériences

Réaliser une carte pour fixer l’univers de Rocfou m’a donné envie d’apprendre un peu plus les bases du dessin. Je n’ai jamais été doué pour tenir un crayon, mais j’aimerais apprendre à être un peu moins gauche avec. D’autant que depuis mes essais d’adolescent, j’ai quand même touché à quelques notions sur le cadrage et la lumière.

Je ne suis cependant pas assez fou pour penser que je pourrai être suffisamment aguerri pour réaliser moi-même la couverture de Rocfou. Cette fois-ci, l’illustration sera faite par quelqu’un de beaucoup plus doué et expérimenté que moi. J’ai quelques idées, mais je préfère avancer dans l’écriture du projet avant d’en parler.

Le changement

Je devrais mettre le titre au pluriel.

Car il va y en avoir quelques-uns.

J’y reviendrai peut-être dans un article de fond, mais les soignants ont tous ou presque un gros problème : ils ne prennent pas beaucoup soin d’eux-mêmes. J’ai décidé de devenir une exception.

Je commence très simplement par réduire mon temps de travail au lieu de l’augmenter, puisque n’en déplaise à certains au plus haut sommet de l’État, je ne suis pas un robot taillable et corvéable à merci. Je ne prends plus de nouveaux patients en charge. Ce n’est d’ailleurs que le début d’une évolution mûrement réfléchie et préparée qui me conduira à ne plus exercer la médecine générale si mon plan se déroule sans accroc. Dans mon petit coin d’Occitanie, il reste encore suffisamment de médecins généralistes. Et dans le cas contraire, arrêter ne me pose plus aucun problème philosophique après l’automne que je viens de vivre. Que la société récolte enfin ce qu’elle sème depuis très longtemps, après tout. Qui suis-je pour vouloir infléchir à moi tout seul le cours des choses ? Je ne suis pas responsable d’autre chose que de mes propres choix. Et je compte bien exercer ces choix en toute liberté. Cela laissera ceux qui les ont inspirés dicter à leur guise l’évolution d’un système dont je serai dès lors totalement détaché. Pour mon plus grand bien-être.

J’ai décidé également de bannir Google de ma vie, le plus possible. J’utilise Qwant dans mes requêtes sur internet, j’ai fermé mon compte G+, mon adresse Gmail. Et j’ai décidé de me passer des statistiques fournies par Google pour administrer ce site. Vous ne serez donc plus suivis par Google Analytics en naviguant ici. Je ne peux pas empêcher Google d’indexer le site, mais pour tout le reste, bye bye…

Comme sur le bord de l’abîme

Sur le bord de l’abîme, on peut sentir comme un vent qui tourbillonne et un vertige qui saisit à la gorge comme aux tripes. On ressent l’inquiétude de ce qui va se passer ensuite, l’appréhension de l’inconnu, la tentation de reculer. Après tout, changer est-il si nécessaire ? Sauter peut être dangereux. Mais sauter peut aussi être salvateur.

Le saut se fera de toute façon, que nous l’acceptions ou pas. La bascule est inéluctable. Un instant succède à l’autre et tout est changeant, à chaque instant. 2019 succédera à 2018.

Nous pouvons parfois déterminer comment nous voulons sauter, vers quelle direction nous voulons basculer.

Sur le bord de l’abîme, juste avant de nous laisser tomber de l’autre côté du miroir, de l’autre côté de cette frontière du temps, nous pouvons garder à l’esprit ce que nous voulons, ce que nous ne voulons plus.

Se tenir en équilibre précaire, comme sur un fil, pendant quelques fugitifs moments, se souvenir de tout ce qui a déjà changé et de tout se qui changera encore, dans un état précédent, dans tous les états précédents.

Tout un monde existe entre l’avant et l’après, sur la pointe fragile, juste avant la bascule inévitable.

J’essaie d’apprivoiser ce monde.

J’essaie de vivre.

Dans la mémoire du Serpent à Plumes

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Je ne suis pas un auteur autoédité, je suis un réalisauteur, un réalisateur de livre

Je ne suis pas un auteur autoédité, je suis un réalisauteur, un réalisateur de livre

Writer is coming…

C’est le slogan qui à mon sens pourrait résumer la période que nous vivons. Une époque où les moyens de production artistique, notamment des écrits, sont devenus si accessibles que le nombre de personnes qui se lancent dans l’aventure comme on se jette à l’eau est exponentiel.

Plus encore, à l’image des bouleversements qui sont annoncés dans le monde de Westeros par le retour d’un hiver permanent et celui, concomitant, des Marcheurs blancs, l’apparition de cette horde d’auteurs qui ne dépendent plus du système de l’édition classique pour trouver des lecteurs est en train de faire exploser la politique si familière des Royaumes éditoriaux.

Alors oui, Writer is coming.

Pourtant, la révolution ne sera véritablement accomplie que lorsque ceux-là mêmes qui la font ne se définiront pas en référence au vieux système. Pour le moment, nous nous nommons en effet nous-mêmes “auteurs autoédités”, faisant nôtre une définition qui n’est finalement qu’une survivance d’un paradigme que nous avons refusé de suivre.

Pour véritablement être nous-mêmes, il faut nous nommer.

Le mot est notre domaine. Le nom, le Nom, ont un pouvoir que les écrivains comprennent sans doute mieux que quiconque dans notre société. Nommer une chose, s’est se donner un pouvoir dessus.

Alors, nommons-nous.

Mais de quel mot ?

Puisqu’il ne saurait être question de se dire simplement éditeurs, puisque ce nom ne définit pas la réalité de ce que nous sommes, même si nous endossons la fonction de l’éditeur, ni même indépendants, puisque tous ceux qui ont refusé le système de l’édition classique n’ont pas tous le même modèle de production et que nombre d’entre nous font appel à des prestataires comme Amazon ou d’autres plateformes, numériques ou non, il faut trouver autre chose, quelque chose qui a trait à l’essence même de ce que nous faisons.

Alors quoi ? Écrivains, romanciers, nouvellistes ?

Non. Chacun de ces mots porte une réduction en lui-même.

Nous ne faisons pas qu’écrire nos histoires. Nous les habillons en maquettes, nous en choisissons la couverture, le papier, la mise en page, la mise en forme. Nous les promouvons.

Nous n’écrivons pas tous des romans. Pas tous des nouvelles ou des novellas. Certains s’essaient dans plusieurs genres.

Non, je pense qu’il faut inventer un mot. Le faire naître lui aussi, comme nous faisons naître nos histoires.

On aurait pu remettre au goût du jour un vieux mot latin, grec ou sanskrit. Après tout, autor ou auctor, qui du latin ont donné auteur en français, aurait pu avoir un synonyme dans la langue de Cicéron. Editor, qui donna éditeur en français, lui aussi aurait pu avoir un lointain équivalent.

On aurait pu se servir de la langue dominante de notre époque, l’anglais. Puisqu’author et authoring ne désignent pas seulement l’auteur et son acte d’écriture, mais aussi une véritable création qui va au-delà du simple acte de trouver les mots.

Je pense que cela aussi aurait été réducteur, car le mot n’aurait pas véritablement recouvré toute la richesse de ce qui est désormais l’acte de créer soi-même un ouvrage depuis l’écriture jusqu’à la vente.

Aussi, il me semble intéressant de nous tourner vers un autre domaine de création pour nous inspirer.

Le cinéma.

Le réalisauteur, réalisateur de livre

Le cinéma, comme le théâtre, est par essence un domaine collaboratif et pluriel.

Un film naît rarement du travail d’une seule personne, mais peut porter la vision de celle qui est aux commandes, à travers tout le processus que l’on appelle la production, et qui va de la préproduction, à savoir la conception et l’écriture du scénario, la recherche et la fabrication des costumes, des décors, des accessoires, le casting des acteurs, le découpage des séquences, le story-board, jusqu’au tournage lui-même et enfin à la postproduction comme le choix des musiques, le mixage des sons, l’étalonnage et le choix des couleurs, les effets spéciaux.

La seule personne qui est aux commandes de bout en bout, véritablement en charge de l’aspect artistique du film, c’est le réalisateur.

Qu’il ait ou non le final cut n’est pas finalement le point essentiel. C’est lui l’artisan, même dans le cas où le producteur prend le pouvoir sur quelques décisions stratégiques.

Il n’est peut-être pas véritablement le scénariste, mais il n’est pas non plus le décorateur ou l’accessoiriste. Ou plutôt, il est le chef d’orchestre de tous ces instruments mis au service du film qu’il met au monde.

Un réalisauteur, un réalisateur de livre, conçoit son œuvre de la même façon.

La pré-production d’un livre

Lorsqu’une idée de film germe dans l’esprit d’un scénariste se déroule le même processus de création que dans celui d’un auteur écrivain. La forme du récit a beau être très différente, ils créent tous deux un monde, des décors, des accessoires, des personnages, une intrigue pour lier le tout. Ils cherchent des inspirations, de la documentation, font parfois appel à d’autres personnes, des spécialistes d’un domaine précis, pour les aider à déterminer la vraisemblance de telle ou telle action, de telle ou telle décision.

Dans la fabrique du cinéma, le réalisateur, même s’il n’est pas lui-même le scénariste, va être étroitement associé à ce processus. Il prendra même le dessus sur le scénariste lorsqu’il sera question de faire sortir l’histoire de son cadre de papier.

Il va donner des directives pour le casting, discuter des décors qui seront vus à l’écran et de ceux qui ne seront pas visibles, mais qui serviront la cohérence de l’histoire. Il va parfois retravailler les dialogues en répétition avec les acteurs comme un écrivain qui peaufine les siens pour les rendre plus fluides ou plus naturels, pour mieux évoquer le caractère du personnage qui les prononce ou pour rendre une ambiance particulière dans une scène.

Tout le travail de préproduction consiste à construire les éléments nécessaires à la mise en images d’un film.

Tout ce travail qu’un écrivain accomplit lorsqu’il prépare son intrigue, qu’il imagine ses décors, ses costumes, ses accessoires, ses personnages, lorsqu’il met en marche la mécanique bien huilée de sa trame narrative.

En choisissant d’écrire à la troisième personne ou à la première personne, en choisissant un seul point de vue omniscient ou une multiplicité de points de vue narratifs en fonction de plusieurs personnages, il place sa caméra, décide de la valeur de sa focale, de la valeur du plan, des mouvements de caméra.

Le story-board du réalisateur est aussi celui de l’écrivain.

Le tournage d’un livre

Une fois la préparation terminée, un réalisateur n’attend qu’une chose : tourner enfin son film. Le budget a été bouclé, tout a été prévu, anticipé, pour le garder sous contrôle. Pour éviter les accidents, pour recruter le personnel technique.

L’écrivain n’a habituellement pas de budget à gérer pour l’écriture d’un livre, ce qui lui laisse plus de marge de manœuvre, une immense liberté, et lui permet une débauche de moyens que seuls les plus grands réalisateurs peuvent se permettre de rêver posséder pour tourner un film.

Mais lui aussi est confronté à l’angoisse du tournage, de son tournage. La rédaction.

Car de la même manière qu’une foule d’imprévus vient toujours compliquer ou modifier une séquence tournée par la caméra par rapport à ce qui avait été anticipé en préproduction, la rédaction d’une scène peut parfois complètement changer ce qui avait été prévu en amont.

L’écrivain peut être confronté au caprice de ses acteurs (en comprenant que son personnage devrait agir d’une autre manière que ce qu’il avait imaginé au départ, par exemple), à des lumières ou des couleurs légèrement différentes de ce qu’il avait voulu au départ, à des sons différents.

De la même manière, un écrivain peut rédiger ses scènes dans le désordre, comme un réalisateur qui tournerait tous les plans dans un décor particulier, peu importe leur ordre dans la narration finale, avant de se concentrer sur un autre décor bien différent disponible seulement ensuite.

L’acte de créer demande souvent des allers et retours entre différents moments, différents endroits, différentes ambiances. Il peut être plus inspirant pour l’écrivain de rédiger la fin de son livre avant le début, puis morceau par morceau dans un ordre complètement indépendant de son ordre narratif final.

Le tournage d’un livre prend fin lorsque la rédaction est terminée, mais le travail du réalisateur ne s’arrête pas là.

La post-production d’un livre

Au cinéma, le réalisateur supervise également les phases finales de la fabrication du film.

Il collabore au montage, quand il ne le fait pas lui même.

On a coutume de dire qu’il existe trois films : le film que l’on a imaginé, le film que l’on a tourné, et le film une fois monté dans l’ordre définitif de la narration des scènes, qui est parfois très différent de l’ordre prévu au départ. Pour un livre, le même aphorisme est sans doute valable. C’est bien d’ailleurs pour cela que les outils d’écriture comme Scrivener sont si essentiels : ils permettent de ré-arranger, de ré-organiser, de chambouler complètement l’ordre narratif, l’enchaînement des scènes, des séquences et des chapitres d’un livre comme un logiciel de montage est capable de le faire pour une vidéo ou un film.

Le montage peut même être vu comme une façon de corriger le film, de la même façon qu’un écrivain se relit et corrige ou fait corriger son manuscrit, en s’assurant qu’il n’y reste pas d’incohérence, de faute, de coquille.

Mais une fois le montage terminé, le film n’est pas encore prêt. Il manque des étapes essentielles comme le mixage du son ou les effets spéciaux. Dans un livre, par nature, ces étapes ont été souvent complétées lors du tournage.

Quant à la touche finale, l’étalonnage, c’est pour moi là que l’écrivain rejoint vraiment le réalisateur.

Étalonner un film signifie s’assurer de la cohérence des couleurs entre les plans d’une même séquence afin que, tournés à des moments différents, ils soient à l’écran comme une continuité narrative sans couture, mais aussi choisir les couleurs dominantes de l’ensemble du film en fonction des ambiances désirées, du style du film, des scènes elles-mêmes.

C’est véritablement l’habillage final du film, ce qui va lui donner son identité.

Pour un livre, si cette étape d’étalonnage peut se comprendre dans l’écriture elle-même, elle peut également se comprendre comme la mise en page du texte brut, comme sa mise en scène, sa coloration en un tout, en une œuvre cohérente. Les mots ici représentent bien l’image brute montée, et la page serait l’écrin de couleurs de ces images.

Ainsi, étalonner un livre serait pour moi l’équivalent du processus éditorial de création de la maquette, de choix des fontes, de choix du format du papier, de sa qualité, de la couverture. Ainsi, étalonner un livre numérique consisterait à créer le fichier ePub lui-même.

Lorsque le film sort du banc d’étalonnage, il est prêt à être visionné.

Lorsque le livre sort de cette étape ultime, il est prêt à être lu.

Production et collaborations

Le réalisateur est alors sollicité pour la dernière partie de la conception. En général c’est, avec les acteurs, pour en faire la promotion. Il est rare que lui-même plonge dans le travail de trouver un diffuseur, et c’est là que les rôles de l’auteur et du réalisateur peuvent bifurquer.

Car lorsque l’on choisit de se passer d’éditeur, c’est comme si l’on choisissait de se passer de producteur, et il faut alors soi-même remplir le rôle plus ingrat de celui qui gère les finances et rémunère les prestataires qui ont contribué à l’œuvre (figurants et acteurs, équipe technique, compositeur, sont généralement peu payés dans un livre, mais il se peut qu’il faille signer un chèque à l’illustrateur de la couverture, au correcteur, ou à d’autres encore).

On pourrait cependant arguer que certains réalisateurs mettent la main à la poche en plus de la mettre à la pâte et coproduisent leur œuvre.

Et c’est vrai.

Car finalement, la fabrication d’un livre comme celle d’un film n’est jamais, jamais, jamais, contrairement à ce que l’on peut penser, un acte solitaire.

La création comme une série de rôles et de fonctions

On parle de chaîne du livre pour une bonne raison.

Il est rare de maîtriser toutes les compétences qui peuvent faire naître un film (être un assez bon menuisier pour construire un décor, un assez bon couturier pour créer les costumes, un assez bon électricien pour gérer les machineries, un assez bon connaisseur des lois de l’optique pour gérer la profondeur de champ, un assez bon compositeur pour écrire la musique et un assez bon joueur de cornemuse, piano, cymbales et flûtiau pour l’interpréter ensuite).

Il est finalement assez rare de maîtriser toutes celles qui peuvent faire naître un livre. Car si nous savons écrire, si nous pouvons apprendre à nous servir de logiciels de mise en page, ou même de Photoshop pour concevoir une couverture, nous aurons rarement les compétences pour fabriquer notre papier. Et ce, même si nous apprenons à relier nos pages après les avoir assemblées. On peut également avoir envie, et non besoin, du regard d’un autre pour créer une couverture, pour s’assurer que le manuscrit “tient la route” tant par sa logique que par sa forme, par son orthographe et sa grammaire.

Je vois donc les choses comme un film où différentes fonctions, différents postes, sont à pourvoir.

Et où le réalisateur peut choisir de distribuer chacun de ces rôles à lui-même ou à d’autres.

Comme le réalisateur, l’auteur dit “autoédité” est le véritable créateur, car c’est celui qui a la vision d’ensemble, le seul qui du début jusqu’à la fin, donne le tempo, fait les choix stratégiques, et les assume.

Dans mon cas, je suis l’auteur, le correcteur, le maquettiste, le créateur de livre numérique, et l’éditeur. Je peux décider de m’entourer ou pas de bêta-lecteurs, de correcteurs, d’illustrateurs, d’imprimeur, de distributeur, de diffuseur.

Mais je reste le seul à décider in fine de chaque choix.

Je suis le réalisateur de mon livre.

Je suis réalisauteur.

Dans la mémoire du Serpent à Plumes

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Le pentagramme d’écaille & de plume, invocations pour 2018

Le pentagramme d’écaille & de plume, invocations pour 2018

J’ai cherché toute la nuit dans la grande bibliothèque. Le classement de mon Maître est vraiment aussi fantasque que lui, et je me demande même si ça ne serait pas à dessein. Je sais qu’il y a des ouvrages dangereux, dans ces rayons poussiéreux, et j’en ai même probablement découvert un ou deux. Heureusement, j’ai profité de son sommeil profond, celui qui suit toujours les jours de célébrations — il abuse dans ces occasions-là un peu trop de la bouteille — pour fouiller tranquillement, et j’ai fini par dénicher ce que je cherchais.

La Monade Hiéroglyphique.

Jadis rédigé par le mage et nécromancien John Dee, ce traité contient surtout le tracé secret du Cercle d’invocation. Il paraît que le célèbre astrologue de la Reine d’Angleterre s’en servait pour convoquer les Anges et leur demander leur aide. Même si mon Maître s’en sert uniquement pour cela lui aussi, mon projet est tout autre.

J’ai dessiné à la craie sur le sol de ma chambre, en reproduisant le plus fidèlement possible ce que j’ai trouvé. J’ai inscrit les noms de pouvoir et les lettres en hébreux. J’ai pris du temps pour rassembler les chandeliers et les éléments. Et me voici devant le pentacle, flanqué du Tétragramme et entouré des sceaux de Salomon.

Il ne me reste plus qu’à entonner les chants magiques qui invoquent et commandent.

Au feu, mon élément, je ferai couler l’encre comme si elle était le sang de mon esprit.

Le Jour de l’Équinoxe, le 20 mars 2018, Le Choix des Anges, mon deuxième roman, apparaîtra aux yeux de tous, dans son incarnation de papier et dans son esprit numérique. Je dois encore apporter quelques dernières touches au manuscrit qui a été relu par les Juges Célestes durant la semaine de repos que je me suis accordée. Leur invocation a pris du temps, comme souvent lorsque l’on veut communiquer avec les puissances de la magie, mais mon rituel a fonctionné. J’ai donc achevé mon premier projet, ce projet qui durait depuis le début de ma formation avec mon Maître. J’y ai mis toute ma science, et je m’attache désormais à y mettre tout mon soin afin que la forme soit aussi satisfaisante que le fond. La maquette papier est prête. Elle a été soumise également aux Juges Célestes.

J’ai choisi un format A5, car mes camarades sur le Fil du Chant du Phœnix m’ont aidé à départager mon envie égoïste d’un grand livre (format Crown Quarto, quand même) et le confort du lecteur ou de la lectrice qui préfèrent plus largement une taille plus modeste afin d’emporter leur livre facilement. C’est à mon avis un bon compromis entre les deux. Mais je vous parlerai plus longuement de mes choix éditoriaux dans un article dédié, dans quelques semaines.

Quant à la maquette numérique, elle est aussi en cours de finalisation. Là encore, je partagerai avec vous mes choix et mes décisions dans un article dédié d’ici quelque temps.

Et comme j’ai décidé de m’autoéditer je vais aussi vous parler de mes choix en la matière, inspirés par les grands débats qui ont lieu, notamment sur Twitter, concernant, la promotion d’un livre autoédité, le rôle des prescripteurs, les fameux « services presse », etc.

À l’eau, son contraire, je sacrifie le rythme du flux et du reflux.

L’écriture du Choix des Anges m’a pris beaucoup de temps, parce que mon rythme d’écriture était haché, seulement possible dans les périodes de calme professionnel et entre les articles de ce blog. Beaucoup d’autres projets bouillonnent dans la marmite de mon cerveau, et si je dois mettre 6 ans à chaque fois pour les voir venir à maturité, je crois que j’en deviendrai fou. Je dois donc, n’étant pas en possession d’un retourneur de temps, trouver une autre manière de faire.

La régularité de métronome que j’ai imposé à ma publication sur cet espace numérique a tenu pendant 3 années et demie. Depuis quelques mois, il était devenu difficile de la maintenir en même temps que je poussais mon écriture du Choix des Anges. J’ai donc ralenti mon rythme.

La fréquentation s’en est ressentie, et clairement moins de visiteurs sont venus fureter ici en 2017. Loin de prendre cela comme un échec, je pense que c’est le signe que je dois évoluer.

Et ce faisant, je me suis rendu compte que ce que je voulais partager ici avait également évolué. De carnet de notes, cet espace est devenu un carnet de bord où j’expose les réflexions qui me viennent lorsque je lis, regarde ou écoute certaines œuvres artistiques. C’est devenu une sorte de trame dont le chaos apparent tisse tout de même un motif : celui des liens que fait mon cerveau au fil du temps entre le passé et le présent, entre les lectures d’il y a 20 ou 30 ans et celles d’aujourd’hui, entre des disciplines humaines parfois très dissemblables en apparence, ou très éloignées au premier abord, et pourtant qui se répondent étrangement.

J’ai compris que je ne voulais pas faire de cet endroit un clone de mauvaise qualité d’autres lieux numériques où se critiquent beaucoup mieux que je ne saurais le faire des dizaines d’œuvres par an. Je n’ai pas le temps matériel de lire, voir, disséquer autant de matière qu’eux. Je n’en ai pas l’envie non plus, car cela ne correspond pas à ce que je veux faire. J’aurais peur de m’ennuyer. Et je ne veux pas m’imposer quelque chose qui ne me correspond pas.

Je décide donc d’invoquer la sagesse.

Je décide d’écrire plus, mais d’écrire pour les histoires que je veux raconter. Je vais donc développer mes propres projets, et beaucoup moins disserter sur ceux des autres. Mais lorsque des liens se feront, je les partagerai toujours ici.

Et le rythme, le cycle, sera donc différent. L’eau en guidera la fréquence. Une fois par mois, probablement. Sans doute plus dans les premiers mois de l’année, lorsque la parution du Choix des Anges se fera imminente. Car, comme je l’ai écrit plus haut, j’aurai bien des choses à vous raconter sur cette première expérience d’auto-édition.

À l’air, impalpable, je veux donner une forme.

Et ce sera un objectif clair : dans un an, j’aurai achevé un troisième roman. Fée du Logis sera là aussi une expérience pour moi. Écrire un roman fantastique qui se passe à une période contemporaine, et dont l’histoire m’est intimement liée, car issue d’un songe que j’ai réellement vécu il y a quelques années. J’en parlerai sans doute de temps à autre ici.

Pour le moment, je ne me sens pas le courage d’ouvrir d’espace sur Wattpad ou Scribay, ou Tippee. Si d’autres s’y sentent à l’aise, je les comprends tout à fait. Mais j’ai moi besoin de me sentir chez moi, maître en toutes choses, arbitre de chaque décision, et propriétaire des murs numériques de ma demeure de zéros et de uns.

Aussi je ne partagerai pas chaque chapitre aussitôt écrit. Du moins pas dans sa forme définitive.

Par contre, j’ai dans l’idée d’ouvrir un espace à certains visiteurs, s’ils le désirent, pour lire les premiers jets. Et s’ils en font la demande. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Si cela vous intéresse, manifestez-vous donc.

Je fais le pari d’écrire un roman par an.

Voyons si les cartes et le destin me donneront raison.

À la terre, fondation de toutes choses, je promets de me tenir à ce que j’ai commencé.

Vous avez dû voir que j’ai commencé bien des projets, notamment concernant le jeu de rôle, et que je ne les ai pas menés à leur terme. Souvent parce que les achever était devenu difficile, par manque de joueurs, de temps, d’envie. Mais j’ai envie que cela change.

Je vais donc poursuivre ma série sur les mages et le système FATE.

Je vais donc poursuivre ma chronique sur Star Cowboy.

Et je vais redoubler d’efforts pour tenir l’engagement de terminer Fée du Logis l’année prochaine.

Enfin, à la quintessence, la force qui maintient l’univers en un tout, je m’abandonne.

Je ne désire pas devenir Jedi (encore que…) mais il me semble indispensable d’épouser les vicissitudes de l’existence, ce qui n’est pas dans ma nature, je dois l’avouer. Je dois donc ici promettre de rester réaliste dans mes objectifs et de ne pas vouloir les forcer à tout prix.

Le soin apporté aux choses me semble plus intéressant que la course à la productivité qui de toutes parts nous est imposée.

Après tout, la vie se déroule seulement véritablement en dehors d’internet, et comme elle a pu me le montrer cette année, tout n’est pas un long fleuve tranquille prévisible. Je ne sais donc comment l’aventure va tourner. C’est d’ailleurs ce qui en fait le côté excitant et la beauté.

Je suis armé, équipé, j’ai même une carte, certes incomplète et peu fiable, mais ses indications me permettront d’improviser au fur et à mesure.

Et lorsque les cinq vœux furent prononcés, je vis apparaître devant moi une forme longue, ophidienne, luisante, énorme. La silhouette déploya ses ailes et les plumes frôlèrent mon visage. Son regard était brûlant, la peau écailleuse luisait encore d’humidité, l’air irradiait autour d’elle et la terre grondait sous ses reptations.

Pour une cinquième année, le Serpent à Plume prend son envol.

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Le Syndrome de Bradybloguie Créativo-induite, ou Mal de l’Œuf de Serpent à Plume

Le Syndrome de Bradybloguie Créativo-induite, ou Mal de l’Œuf de Serpent à Plume

L’homme était étendu sur la table, inconscient. Son corps était relié à des fils qui partaient de sa poitrine, de l’un de ses doigts. Il respirait encore, si on y prenait garde et si on attendait suffisamment longtemps pour percevoir un souffle faible et régulier, à peine perceptible. Ses traits étaient sereins. On avait l’impression qu’il était endormi. Et pourtant, les deux autres personnes qui étaient dans la salle n’étaient pas de cet avis. Ils étaient inquiets.

— Il est comme cela depuis deux semaines, dit Alex, le plus jeune. C’est trop long. Enfin, c’est ce que j’ai lu dans le Harrison…

— Tu sais, répondit Alain, les bouquins, surtout ceux de médecine interne, il faut s’en méfier. Si tu les crois aveuglément, tu vas te mettre à trouver des syndromes rares à toute la population… Mais cela dit, c’est vrai que je n’ai jamais vu ça. Un coma de blog aussi long, surtout chez quelqu’un comme lui, c’est exceptionnel. Tu es sûr que tu as vérifié l’E.C.G. ?

La mention de l’examen avait fait pâlir Alex. Bien sûr, comme étudiant, son travail était surtout, dans le service, de noter les observations des patients, de les interroger et de les examiner correctement, mais il était surtout employé par Alain comme celui qui effectuait les basses besognes, celles que son « supérieur hiérarchique », pourtant étudiant lui aussi, rechignait à accomplir. Il passait souvent ses matinées à des tâches répétitives et peu gratifiantes. Il ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi il fallait mesurer les gaz du sang artériel chez certains patients tous les jours que Dieu faisait. Ni pourquoi c’était toujours à lui que l’on ordonnait d’évacuer un fécalome. Et puis, surtout, il avait pris en horreur cette machine qu’était l’électrocardiographe. Posée sur un chariot métallique brinquebalant dont les roulettes se bloquaient systématiquement, la petite machine cubique était devenue sa némésis pluriquotidienne. Il devait, chaque matin, la traîner hors de la salle des étudiants où elle était entreposée puis la promener dans chaque chambre et accomplir un rituel compliqué sur chaque patient grâce à elle. Il devait d’abord vérifier que son stock d’électrodes en polystyrène, à usage unique, serait suffisant, puis démêler les fils qui prenaient un malin plaisir à s’emberlificoter comme une pelote de laine à chaque fois qu’on les laissait faire. Il en était venu à se demander si des mauvais génies ou des lutins facétieux n’avaient pas élu domicile dans la machine, et s’ils ne s’étaient pas donné comme occupation principale de le faire tourner en bourrique. Une fois cette épreuve surmontée, ce qui prenait déjà plusieurs longues minutes d’énervement et d’exaspération, il fallait poser les électrodes sur le thorax du patient. Cela allait assez vite chez les femmes, mais devenait un vrai cauchemar sur les poitrines poilues des hommes, surtout en cette période estivale où la climatisation ne suffisait pas à bloquer la sudation. Les petits morceaux de matière synthétique censés coller sur la peau prenaient surtout dans leur piège adhésif des poils qui empêchaient le contact entre l’électrode métallique et la paroi cutanée. Et Alex était sans cesse en train d’inventer des stratagèmes machiavéliques pour les faire tenir suffisamment. Il n’était pas question de refaire ce foutu E.C.G. parce que le tracé serait jugé « ininterprétable » par Alain… Enfin, il fallait brancher la machine et espérer que le patient ne serait pas trop agité. Quand cela arrivait, le tracé des ondes était parasité par des mouvements involontaires et devenait illisible. Il devrait recommencer à vérifier les branchements… Puis il fallait débrancher le tout en s’assurant que la machine avait bien enregistré et imprimé. Aider le patient à enlever le surplus de gel conducteur visqueux, ranger les fils qui s’emmêlaient à nouveau comme mûs par une volonté propre et malveillante. Et recommencer dans la nouvelle chambre, avec le nouveau patient…

Et ce matin-là, justement, Alex avait décidé d’exprimer sa révolte en refusant sciemment d’accomplir ce rituel quotidien.

Mais il se rendait compte que dans ce cas précis, il avait mal jugé l’opportunité de se rebeller…

— Euh… c’est que… je devais faire l’observ’ de Madame Michu, alors…

— Ah bravo ! Et tu crois qu’on peut faire du bon boulot si tu continues à faire preuve d’autant de négligence dans le tien ?

Sans mot dire, Alex se résigna à chercher l’appareil qui lui donnait tant de cauchemars et se mit à installer le tout.

Pendant ce temps-là, Alain se plongea lui aussi dans le Harrison. La bible des maladies rares ne lui avait jamais paru une référence utile. Il y a avait là-dedans tellement de signes qui pouvaient correspondre à tellement de patients et à tellement d’autres syndromes plus courants qu’il n’avait toujours eu que méfiance envers cette manie qu’avaient tous les autres étudiants de sa promotion à le compulser à tout bout de champ. Et puis il trouvait tellement prétentieux de chercher une maladie rare chez tous les patients, comme si seules les affections de ce type méritaient l’attention d’un médecin. Alors qu’une banale allergie, ou une simple sciatique étaient tout aussi invalidantes pour les gens qui venaient à être hospitalisés dans son service. Les gens en souffraient tout autant que d’avoir une maladie de Tartampion.

Il referma le grand livre, et inspira un grand coup. S’il voulait comprendre, il devait revenir à la base, à ce qu’on lui avait enseigné, à ce qu’il avait compris, aux signes cliniques du patient, bref, à la réalité. C’était le seul moyen. Et puis, quel exemple allait-il montrer à Alex ? Le jeune homme était prometteur mais questionnait tout et tout le temps. Il remettait en question les choses qui étaient établies depuis des bons dans l’organisation des soins du service. Il avait raison, bien souvent, mais il devait apprendre à réfréner ses révoltes et à devenir plus diplomate. Mais son regard acéré bousculait très souvent Alain, en lui montrant une autre façon de faire, une autre vision de la situation. Bien souvent, ces interrogations permettaient de trouver une solution plus efficace, ou plus respectueuse du patient, moins invasive.

Alors il ferma les yeux un moment, pour se concentrer, et les rouvrit en fixant directement le corps du patient étendu sur la table. Alex avait branché les électrodes, le bip-bip du moniteur cardiaque commençait à se faire entendre dans la chambre.

Et les pièces du puzzle commencèrent à s’assembler. Les signes cliniques formèrent peu à peu une image d’ensemble, un tableau cohérent.

Les mouvements cloniques des mains et des doigts, en frappe de clavier. Le nystagmus qui suivait alternativement une direction droite puis une direction gauche. Le souffle qui parfois se modulait suivant des mots murmurés, incohérents les uns à la suite des autres. L’activité électrique cérébrale hyperstimulée. Et puis la desquamation étonnante qui se produisait à certains endroits du corps. Avec deux types de lésions. Des papules asymétriques incurvées vers la distalité sur tout le côté gauche. Des lésions eczématiformes. Mais aussi de petites éruptions diffuses sur le côté droit, comme une polykystose.

Et le petit bip-bip vint compléter cet ensemble et lui donner enfin une forme compréhensible.

Le rythme cardiaque s’était ralenti. Il restait régulier, mais ne propulsait le sang que plus rarement.

— Tu entends, demanda-t-il à Alex ?

— Non, quoi ?

— Une bradybloguie…

Alex tendit l’oreille, surpris. Il mit quelques battements de cœur à comprendre, à entendre, à saisir.

— Tu veux dire que…

— Oui, probablement. Tu veux biper le radiologue, j’aimerais une IRM cérébrale.

— Tout de suite. Mais, tu crois que c’est un plumireptile ?

— Aucun doute, regarde…

Et Alain gratta l’une des papules sur l’avant-bras gauche. Comme un eczéma, la peau sèche se détacha, mais contrairement à cette maladie banale, révéla en dessous une véritable écaille de serpent. Assez fier de lui, Alain réitéra l’expérience en incisant très doucement et précautionneusement une lésion sur l’avant-bras droit, et fit sortir une petite plume, un duvet naissant. Ils avaient affaire à un cas de plumireptilie. C’était leur premier cas, à l’un comme à l’autre.

Tout excités, ils se regardèrent et une sorte de communion passa entre eux. Cela dura quelques fugaces instants, et Alex rompit le contact.

— Je vais appeler le radio de garde. Je suis sûr qu’on aura l’IRM dans l’heure !

Il laissa Alain seul dans la pièce, qui imaginait les conséquences.

Il passa les quelques heures suivantes dans le même état d’hébétude vigilante au fur et à mesure que toutes ses pensées finissaient par se réaliser.

Comme il l’avait prédit, le radiologue, aussi emballé qu’Alex et lui, avait bousculé son planning et avait bloqué l’IRM une heure entière pour que les images s’étalent ensuite sur un négatoscope éblouissant. Il désigna la masse blanche qui trônait au centre du cerveau du patient. De son premier plumireptile. L’image était choquante. Comme une énorme métastase, la masse occupait une place extraordinaire dans le cerveau, mais contrairement à un cancer, elle ne parasitait pas son hôte. Elle était l’expression de la transformation du cerveau. Une production naturelle, physiologique chez les gens qui étaient atteints de plumireptilie. Dans les livres, les rares livres qui parlaient de cette pathologie, on comparait cette masse à une sécrétion physiologique. Certains auteurs prétendaient même que le liquide contenu dans la coque fibreuse était produit par les neurones eux-mêmes. Et on savait que les rares cas qui avaient pu être observés avaient une évolution similaire.

— Il est en coma de maturation, c’est ça ?

Le radiologue avait confirmé.

— La délivrance est proche. L’Œuf est presque arrivé à son développement maximal.

— Alors le rythme cardiaque va se ralentir encore. Normalement il va atteindre un plancher à un battement par mois. Et d’ici deux mois…

— Oui, d’ici deux mois, enchaîna Alain à la place d’Alex, l’Œuf va se fissurer, et la transformation des pensées en œuvre artistique sera complète. Il sortira du coma, et entamera un nouveau cycle de création. Lentement, une nouvelle œuvre va commencer à mûrir.

— Et on sait prédire à quel rythme les créations vont s’enchaîner ?

— C’est difficile, mais vu l’avancée de métamorphose du patient, je dirai que cela va s’accélérer.

— J’espère être encore dans le service quand ça va arriver !

— T’inquiète pas, si ce n’est pas le cas, je te tiendrai au courant, que tu puisses voir ça.

— J’ai hâte, s’exclama Alex en mettant les mains dans ses poches.

— Et lui donc ! répondit Alain dans un sourire. D’après son état, ça fait des années qu’il mature, cet Œuf…

Et l’attente commença.

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Rythmes & cycles, partie 2 : L’Aventurier du Temps perdu

Rythmes & cycles, partie 2 : L’Aventurier du Temps perdu

J’ai un problème avec le Temps.

Vous l’avez sans doute compris depuis mon premier article sur le sujet, celui sur le voyage dans le temps. Votre impression aura été confirmée par mon deuxième article, celui sur la perception du temps dans notre société.

Mais il est temps (!) d’aller plus loin en parlant de ma propre perception, de mes propres interrogations, de mes propres paradoxes temporels.

Et peut-être qu’il se dégagera de tout cela une solution pour moi-même. Une solution pour enfin apprivoiser cette bête étrange qu’est le Temps. Une bestiole étonnante qui ne cesse de m’intriguer et que j’aimerais tant, à défaut de la dompter, pouvoir amadouer, ou au moins avec laquelle j’aimerais mieux parler.

La mesure de la frustration humaine

J’ai récemment achevé de traverser une période de ce que j’appelle le « temps contracté ». Ce Temps où la somme des choses que nous devons accomplir pour notre simple survie dans la société est tellement élevée que le temps qui nous est imparti pour vivre, simplement vivre, semble se rétrécir à vue d’œil.

Les contraintes de l’existence moderne se combinent à celles de l’existence tout court pour nous submerger et faire paraître les heures comme des secondes qui filent entre nos doigts.

Papiers à remplir et à envoyer aux diverses administrations, en plusieurs exemplaires et avec des informations qui se recoupent sans jamais être totalement les mêmes, relances diverses et variées des différents interlocuteurs qui n’ont pas effectué leurs tâches car eux-mêmes en permanence plongés dans leur propre « temps contracté », tâches incompressibles nécessitées par notre rôle dans la société (notre travail), déplacements inévitables car nous vivons dans un espace sans cesse croissant qui malgré les progrès de nos moyens mécaniques ne peut être traversé instantanément, responsabilisées diverses inhérentes à nos différentes fonctions annexes ou centrales dans le monde (parent, enfant, conjoint, membre d’un groupe d’amis, membre d’une association, membre impliqué dans la vie de la cité), contingences physiologiques (le sommeil, en premier lieu)…

C’est la vie, me direz-vous. Et vous aurez raison.

Mais suis-je vraiment le seul à me sentir comme emprisonné par l’enchaînement implacable des tâches et des contingences ? Suis-je vraiment le seul à aspirer à ce que ce rythme ralentisse ? Suis-je le seul à me prendre à rêver d’une suspension du temps ? Suis-je le seul à trouver que le sablier du professeur Slughorn serait une merveilleuse invention ?

C’est que même sans penser une seule seconde à la finitude de notre existence et à sa conclusion inévitable, donc en évacuant d’emblée toute angoisse métaphysique de l’après-vie ou toute interrogation philosophique sur le sens de la vie, j’ai eu l’impression de me noyer moi-même dans l’infinité des choses que je devais faire, en me demandant si la proportion des choses que je souhaitais faire était vraiment satisfaisante.

Il y a tant de choses à faire pour simplement exister dans notre monde, que j’ai l’impression qu’elles dévorent littéralement le temps imparti aux choses que j’aurais envie de faire pour vivre pleinement le Temps que l’on m’a accordé dans cette vie.

Et chacune de ces choses, qu’elle soit une contrainte ou un choix, exige du temps, exige une durée, exige une attention, exige une disponibilité.

Étant un être fini, et non un être éternel, la somme de mes accomplissements est elle aussi finie.

Nous devons faire des choix. C’est l’une des vérités premières de l’existence.

J’ai fait des choix. Et ces choix ont pris leur dîme temporelle.

Changer de lieu d’exercice, même pour quelques centaines de mètres, même pour une liberté accrue et un confort supérieur, même pour m’affranchir de règles iniques et retrouver une plus grande liberté d’action, a eu un coût temporel. Construire un nid concret pour abriter ma vie avec la compagne de mes jours et de mes nuits, en adéquation avec mes valeurs et mes aspirations a eu un coût temporel bien plus élevé encore. Mais ces choix-là sont réfléchis et assumés. Le prix à payer est acceptable au regard des bénéfices.

Mais la complexité de nos systèmes dévore plus encore de Temps, inutilement, cruellement.

J’ai parfois eu l’impression de perdre mon temps. De le gâcher.

Mon métier me passionne, même s’il n’est pas ma passion. Il me permet de rencontrer d’autres êtres humains et d’entrer en relation avec eux de façon vraie, d’avoir un rôle, une fonction, utile et plus ou moins reconnue (même si on peut toujours vouloir être mieux reconnu, mais c’est un autre problème). Mais il est chronophage. Il dévore le temps, littéralement. Car cela prend du temps que de cerner le problème d’un patient après l’avoir apprivoisé. Cela prend du temps que de comprendre l’autre. Cela prend du temps que d’élaborer une stratégie commune pour trouver une solution ou un début de solution à un problème. Cela prend du temps que de réfléchir sur une situation. Et vingt à trente patients dans une journée, c’est long. Surtout quand il faut en plus convaincre des administrations de soin, quand il faut gérer une activité dite libérale, quand il faut faire tout cela de front.

Je ne me plains pas, loin de là. J’ai un métier passionnant, encore une fois.

Mais j’ai peur de me laisser enfermer dedans.

Car j’ai aussi beaucoup d’autres aspirations, beaucoup d’autres envies, beaucoup d’autres urgences qui piaffent d’impatience à l’intérieur même de mon corps, de mon cœur, de mon cerveau.

Et si peu de temps pour les laisser s’exprimer.

Là non plus, il n’est pas question d’angoisse existentielle. Il est plutôt question de frustration.

Sentir que l’on a au fond de soi une multitude de projets inexprimés, une myriade d’idées qui foisonnent et bouillonnent sans pouvoir naître vraiment, cela ronge. Leurs embryons s’agitent et étouffent de rester coincés dans la matrice de mon esprit.

Mais je ne sais comment les faire naître tous tant le Temps m’est compté au quotidien.

Les nommer pourra au moins un temps les apaiser, car les Noms ont un pouvoir, nous le savons tous.

L’approfondissement de mon expérience dans le soin, qui passe par la maîtrise plus grande des mots, de l’empathie, de la compréhension holistique de l’autre. Mon mémoire d’hypnose. Les formations indispensables et agréables à la fois. Les congrès où se croisent les chemins et s’enrichissent les expériences.

L’écriture, mon Grand Œuvre, ma grande passion, les histoires. Il y a en a tellement. Le Choix des Anges qui peine à naître, mais aussi Rocfou, cette tentative de faire vivre un univers médiéval fantastique enfin débarrassé des scories cruelles de Game of Thrones sans être une nouvelle paraphrase de Tolkien, Fée du Logis pour enfin transcrire en mots les impressions d’un rêve merveilleux et l’irruption du fantastique dans le réel, Sur les genoux d’Isis qui voudrait transposer le merveilleux de l’Égypte antique dans la culture de la fantasy moderne, Tarot, mon vieux projet de marier épopée arthurienne et légende napoléonienne (à moins que ce ne soit l’inverse), et maintenant La Tribu Perdue, une envie d’écrire enfin une littérature de loup-garou débarrassée des niaiseries du genre tout en assumant une portée littéraire (sans prétention excessive) en me basant sur la trame de ce que j’avais écrit en jeu de rôle pour mes petits camarades.

Le théâtre, que j’ai dû arrêter alors que la scène me manque. Il était physiquement trop compliqué d’assumer les répétitions et le reste de mes obligations.

Le cinéma, la réalisation, dont un seul projet pourrait remplir des années de temps complet : écrire un script, trouver des acteurs, constituer une équipe technique, trouver des décors, concevoir un découpage technique et un story-board, préparer un tournage et l’assumer puis le diriger ensuite de bout en bout, faire la direction d’acteur, monter les séquences, assurer la postproduction…

Appréhender la méditation de pleine conscience, lire des centaines de livres, voir des dizaines de séries, des milliers de films.

Vivre avec mes compagnons de jeu des centaines d’aventures de jeu de rôle, dans des univers variés : cape & épée, superhéros, horreur, science-fiction, space opera, roman noir, et tout ce qu’ils voudront bien tenter avec moi.

Écrire sur ce blog.

Et surtout : vivre. Vivre avec mes parents, mes amis. Vivre avec ma femme. Profiter du temps qu’il m’est accordé avec eux. Avec elle.

Vivre avec le monde. Prendre le temps de regarder les arbres danser dans le vent devant ma terrasse, les nuages filer sous la poussée de l’Autant, mon chat jouer avec une poussière ou un insecte, ou courser un mulot malchanceux.

Bref, je suis frustré. Frustré au quotidien par l’impossibilité primordiale de réaliser tout ce que je sens en moi.

Cette frustration atteint des sommets actuellement, car, paradoxe banal de l’univers, c’est en retrouvant plus de temps libre que les désirs étouffés jusque là frappent de plus belle à la porte du réel.

Retrouver l’Arche perdue

Conscient que tout ceci n’est qu’une période elle aussi limitée dans le temps, je m’attache tout de même à réfléchir sur ce que je peux en tirer comme leçon. La principale est celle-ci : l’Arche est en chacun de nous. En moi, j’ai déjà tout ce qu’il faut pour entrer à nouveau en harmonie avec le temps qui structure mon existence. Il suffit de laisser l’Ordre émerger du Chaos.

Il suffit de choisir, vous dira-t-on chez Psychologies Magazine. Il suffit de trouver ce qui est réellement important pour soi, de se concentrer dessus, et de dire adieu au reste, qui n’est que pollution de l’existence.

Oui. Mais non. En tous les cas pas pour moi.

Si j’ai appris une chose au cours de ces quelques années où mon champ de vision s’est étendu à d’autres façons de concevoir l’acte de soigner, c’est que la solution est unique pour chacun d’entre nous. Au point que les phrases toutes faites ne sont d’aucun secours, au point qu’elles puissent même devenir des obstacles à ce qu’elles prétendent offrir.

Le temps est relatif, me disait l’autre soir le grand Albert. Vous savez, celui qui trouve marrant de tirer la langue quand on le photographie ?

La majorité des gens vivent cette vérité sans vraiment en avoir conscience, parce qu’ils n’en mesurent pas toutes les conséquences.

Il est possible de dilater ou de contracter le temps. Du moins notre perception de son écoulement. Se plonger dans quelque chose d’agréable (un bon bouquin, un film poignant, une conversation passionnante) nous fait paraître l’écoulement du temps plus rapide. C’est la fameuse phrase « je n’ai pas vu le temps passer ». Au contraire, se trouver devant un débat télévisé de deuxième tour d’élection présidentielle, ou écouter pérorer un orateur qui se prend trop au sérieux, c’est l’assurance de se trouver dans une boucle temporelle qui ne finit jamais, et trouver « le temps long ».

Mais on peut aller plus loin. Si l’on parle assez vite à quelqu’un pendant dix minutes, il va avoir la sensation que le temps s’est écoulé plus vite. Au contraire, détachez bien les mots, posez les syllabes et prenez un ton plus lent, et ces mêmes dix minutes paraîtront une éternité à votre interlocuteur.

C’est ce que l’on appelle la distorsion temporelle. C’est très utile dans bien des situations, quand on est soignant.

Mais revenons-en au choix, à celui que me conseillerait Psychologies Magazine.

Choisir est un acte difficile, un acte adulte, car il signifie privilégier une voie et se fermer toutes les autres. Il existe, c’est vrai, des chemins de traverse qui permettent parfois d’en emprunter un autre que l’on avait oblitéré auparavant. Mais le principe est là : choisir, c’est trancher dans le vif et supprimer des potentialités. C’est ainsi que l’Univers a évolué depuis son commencement.

La frustration de n’avoir pas le temps de réaliser ce que l’on voudrait se résoudrait-elle en privilégiant une voie parmi toutes les autres et en se séparant de celles que l’on aura jugées moins importantes ? On serait tenté de le penser.

Cependant, je crois profondément que nous sommes là devant un cas de faux choix typique. Nous avons l’illusion du choix, et pas une véritable liberté.

Parce que nous ne pouvons pas décider de laisser tomber les contingences matérielles ou sociétales pour nous concentrer sur nos propres désirs. En tous les cas moi je n’en suis pas capable. Je ne suis pas Diogène dans son tonneau, vivant en marge de la société pour me consacrer entièrement à la philosophie. Il y a là pour moi une incongruité majeure, un choc difficilement acceptable. L’être humain est un animal social. Je ne puis m’écarter de la société de mes semblables. Je dois donc en assumer les conséquences.

D’un autre côté, est-il pensable, concevable, de renier la partie de soi qui aspire à vivre d’autres choses que les conséquences de sa place dans la société ? En d’autres termes, est-il possible, et souhaitable, que j’abandonne mes passions à la raison ? Est-il possible, et souhaitable, de choisir entre ces différentes passions ?

Chacun a sa propre réponse en ce qui le concerne.

Mais la mienne est non.

Je ne peux me résoudre à m’amputer moi-même d’une part essentielle de mon existence.

Une grande sage m’a dit un jour que certaines personnes avaient une façon de penser en arborescence, ouvrant un éventail de possibilités dans leur esprit pour ensuite faire des liens, des ponts entre les différentes branches de cette arborescence. J’ai trouvé l’image parlante d’autant plus qu’elle me semble s’accorder parfaitement avec la façon dont j’ai toujours fonctionné.

Et un autre grand sage qui m’accompagne depuis ma naissance a théorisé le concept du trépied de vie. Chacun d’entre nous doit trouver trois pieds sur lesquels faire reposer sa vie. Ce peut-être la famille, les amis, le travail (rôle dans la société), une passion, un être aimé. Mais il en faut trois, au moins. À égale importance. Afin que si l’un d’entre eux vient à se briser, à s’affaiblir, les deux autres nous permettent de nous tenir encore debout pour le reconstruire ou le remplacer.

Je ne peux donc pas choisir. Ou plutôt si.

Je choisis de ne pas choisir.

Je fais le choix assumé de vivre selon plusieurs temps en même temps.

« N’as-tu jamais dansé avec le Diable au clair de lune ? »

La phrase du Joker devant l’Homme-Chauve-Souris me revient en tête quand je pense à ce qui me semble actuellement être la décision la plus sage pour me permettre d’apprivoiser les temps dont j’ai besoin pour vivre.

Je suis notoirement empoté quand il s’agit de danse. Je sens le rythme, mais je ne parviens pas à le retranscrire avec mon corps, comme s’il était incapable de vibrer avec la même fréquence que mes neurones, et que la musique. Et c’est valable si je me mets à chanter (non, je ne le ferai pas, vous pouvez être tranquille, il fera beau ce week-end), ou à jouer de la musique.

Un comble pour le fils d’un musicien. Un comble pour quelqu’un qui ressent les rythmes et les cycles à l’œuvre autour de lui.

Je suis un être de paradoxes.

Et pourtant, c’est bien la danse que je vais devoir apprendre pour apprivoiser le Temps. Une danse particulière, s’entend.

Ne pas choisir ne signifie pas ne pas structurer, ne pas hiérarchiser.

Dans une partition, dans une symphonie, dans un morceau de rock, et même dans un rap, différents instruments partagent la scène auditive. Selon un ordre, une harmonie. Un rythme. Des cycles. À un moment c’est la basse qui occupe la majeure partie du morceau, et les pieds bougent d’une certaine façon. À un autre moment, la basse fait place à la guitare ou à un violon, et ce sont les bras qui entrent en action, ou bien les pieds changent de rythme, de mouvement. Puis c’est la voix qui s’avance, alors que les autres instruments sont toujours là, et nos gestes suivent une autre phrase, une autre phase.

Voilà ce que je crois être ma solution. Apprendre à danser, à jouer, à chanter avec le Temps. Laisser à un instant le travail se déployer, pour mieux le mettre en sourdine quelque temps plus tard et faire émerger l’écriture d’une histoire lorsque ma femme invite ses amies et collègues lors d’un week-end « filles ». Profiter des espaces entre deux patients, entre deux problèmes, pour vagabonder dans mes pensées ou prendre des nouvelles de ceux qui me sont chers.

C’est difficile parce que ça demande une souplesse qui n’est pas forcément mon fort.

Et danser avec le Diable c’est périlleux, parce qu’il peut changer de rythme à tout moment. Même si la lune éclaire bien le dancefloor. On connaît sa réputation de petite farceuse.

Je vais donc apprendre la souplesse, mais aussi à laisser les événements faire émerger les points d’orgue de ma vie, sans la laisser filer seule, en la guidant de temps en temps pour qu’elle suive la direction voulue, mais en lui permettant quelques digressions de temps à autre. Et si vous songez au taoïsme en lisant ces lignes, vous ne faites peut-être pas tant fausse route que cela.

Je suis confiant. Je sais que je suis plein de ressources. Et que finalement, le Temps est avec moi, car il aime lui aussi jouer.

Dans la mémoire du Serpent à Plumes

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Joyeux troisième anniversaire, Serpent à Plume

Joyeux troisième anniversaire, Serpent à Plume

Je suis un homme de rituel, et les cycles sont pour moi une composante essentielle de l’existence.

Un troisième cycle s’achève déjà pour d’écaille & de plume, alors qu’une nouvelle fois la roue se met à tourner et ouvre un quatrième épisode de l’aventure débutée avec cet antre numérique. Une fois encore, c’est le moment de se retourner un peu pour voir le chemin parcouru, les réussites et les échecs, avant de regarder vers le futur et les projets qui vont animer cette quatrième année.

La régularité du métronome… ou presque

Cette année a été marquée par une pause. En musique, il n’y a pas que les notes. Il y a les silences, les pauses, les demi-pauses. Parfois, leur présence en dit aussi long que la mélodie. Parfois, ils sont insoutenables. Parfois encore ils sont lourds de sens.

Articles publiés

Pour la première fois au long de ces trois années, le métronome a sauté un battement, comme une extrasystole auriculaire, comme une syncope. Cet été a été riche sur le plan personnel, et j’ai choisi de manquer l’un de mes rendez-vous avec vous pour le vivre correctement. Parfois, la vie, la vraie, impose un rythme différent, son propre cycle. Il s’agit de l’écouter, de l’entendre, de le prendre en compte. Il s’agit de vivre.

Mais le reste de l’année, le cœur du Serpent à Plumes a retrouvé sa fréquence, et toutes les deux semaines un article paraissait. Cela reste ma grande fierté, pour la troisième année consécutive.

%

Augmentation du nombre de visiteurs

La croissance de mes visiteurs continue à être au rendez-vous, même si beaucoup viennent butiner sans vraiment revenir. Mais je suis conscient que le monde virtuel est vaste, sans doute plus que notre monde bien réel, et que les découvertes y sont éphémères, que nous sommes tous des nomades numériques, avec quelques rares habitudes vers de grandes demeures bien identifiées. J’aime voir internet comme une contrée mystérieuse où l’on peut voyager de région en région sans jamais revenir sur ses pas. C’est sans doute que quelques grands royaumes captent la majorité des voyageurs : les réseaux sociaux, les sites d’information, les sites marchands. Je ne suis ni l’un, ni l’autre, encore moins le troisième.

J’ai quand même quelques invités réguliers, qui commencent à me lire de temps à autre. Je pense à Saint Épondyle, ou à Mais où va le Web, par exemple.

Et parmi ces visiteurs, j’ai retrouvé avec plaisir quelques connaissances perdues de vue depuis des années, comme Axel, ou WilyBird.

D’ailleurs, je me félicite de la qualité des quelques commentaires que j’ai reçus cette année.

Rétrospectives

Si l’on s’intéresse aux articles qui ont le plus attiré mes visiteurs, on peut retenir que, comme l’an passé, c’est mon analyse sur les séries et les films qui tient le haut du pavé. Je vous présente le trio gagnant.

Ensuite, mes contributions au jeu de rôle m’apportent un deuxième contingent d’invités. Particulièrement ma série sur Star Cowboy, ma campagne de space opera, et ma proposition de jouer avec FATE sur le mode des séries américaines, ou mon essai de présenter les scénarios sous forme de cartes heuristiques.

Enfin, ma grande déception est encore que mes productions plus littéraires arrivent dans le peloton de queue, mais je pense très sincèrement que les textes littéraires sont très difficiles à lire directement sur un site. J’ai donc quelques projets de ce côté-ci, dont je vous parlerai plus tard dans l’année si tout va bien.

Promesses non tenues, promesses à tenir

J’ai débuté l’année dernière en teasant honteusement des articles qui pour la plupart n’ont pas encore vu le jour. Je sais, c’est mal. Pourra défense, ils étaient tous déjà bien avancés. Mais j’ai été victime de ma propension à être enthousiaste pour ma dernière découverte, celle qui avait lieu juste avant la date de publication prévue d’un article. Et puis aussi, il faut l’avouer, par le fait que l’inspiration venait beaucoup plus facilement sur ces sujets-là que sur ceux qui étaient prévus à l’origine.

Je n’ai pas non plus tenu deux grandes promesses : terminer Le Choix des Anges, et le chapitre 2 de Fée du Logis.

Aussi cette année sera différente. Malgré les changements qui vont encore avoir lieu dans ma vie (cette fois-ci du côté professionnel), je vais consacrer plus de temps à l’écriture de ces deux projets littéraires. Malgré les représentations de Un drôle de cadeau, qui vont continuer cette année, je vais me discipliner. D’ailleurs, je n’ai pas totalement démérité en 2016, puisque la réécriture du Choix des Anges est achevée à 40 % environ. Il me reste du travail à accomplir, mais c’est largement faisable si mes vacances sont cette fois-ci de vraies vacances…

La vie est pour moi un enchaînement de cycles, mais aussi une question d’équilibre. Le défi est de trouver le juste équilibre entre tous les piliers de ma vie : piliers personnels, pilier professionnel, pilier artistique. J’ai l’ambition de réussir en 2017 à enfin trouver la bonne recette, la bonne formule alchimique.

J’y travaille, et j’ai de l’aide.

Alors, en avant, suivez-moi dans le quatrième cycle !

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Trepalium, le travail ou la mort

Trepalium, le travail ou la mort

Le travail.

Dans nos sociétés où détenir un emploi est pratiquement devenu un marqueur de la valeur d’une personne, le sens étymologique du mot prend un sens nouveau.

Ce n’est donc pas un hasard si les scénaristes de la nouvelle série originale produite par Arte l’ont mise en exergue dans le premier épisode.

Trepalium, en latin, désigne le chevalet sur lequel les suppliciés étaient torturés. Il deviendra en français le mot travail, pour signifier aussi bien l’emploi d’un individu dans la société, sa tâche, que l’acte d’enfanter, véritable torture avant l’invention de l’anesthésie péridurale.

Torture.

Cette filiation étymologique est la base du pitch de la série.

Imaginez un monde où 80 % de la population est au chômage, et seulement 20 % occupent un emploi. Les tensions sociales ont été si fortes que 30 ans auparavant, les Actifs ont érigé un Mur autour de leur forteresse, laissant le reste de la population se débrouiller seule dans les ruines du reste de la cité. Alors qu’au dehors du Mur les Inactifs survivent dans des conditions très dures, à l’intérieur, chacun est prêt à tout pour garder son emploi, voire pour monter dans la hiérarchie en profitant de la moindre faiblesse d’un égal ou d’un supérieur. Ceux qui meurent au travail sont à peine froids qu’une lutte sans merci se joue pour se voir confier leur poste.

Même les enfants ne peuvent échapper à leur destin. Inactifs, ils sont livrés à eux-mêmes et doivent survivre d’expédients. Enfants d’Actifs, ils sont condamnés à réussir une scolarité impitoyable s’ils veulent contenter les espoirs que leurs parents ont placés en eux, espoirs de réussite sociale ou simplement de non-déclassement. Car à la moindre faiblesse, à la moindre maladie, point de protection sociale : c’est à la famille d’assurer la subsistance de celui ou de celle qui trébuche. Avoir des enfants possédant un bon emploi est donc la garantie de pouvoir vivre, ou survivre.

La série débute lorsque, pour libérer le Ministre du Travail retenu en otage depuis plus d’un an par des activistes au-delà du Mur et obtenir des aides financières de la communauté internationale, la Première Ministre décide de donner des gages en promulguant une loi obligeant dix mille Actifs à employer chacun un Inactif tiré au sort, qui chaque jour quittera la Zone pour entrer en ville, et chaque soir regagnera le bidonville des déshérités.

C’est ainsi que les deux sociétés vont à nouveau se côtoyer, apprendre chacune des horreurs que vit l’autre.

Izia Katell, jeune femme issue de la Zone, va ainsi entrer dans le quotidien de la famille de Ruben Garcia, jeune père de famille dont le regard désabusé sur sa propre existence cache mal des valeurs plus humaines que celles dont il est obligé de s’accommoder pour survivre.

C’est Mais où va le web ?, toujours à l’affût, qui m’a prévenu depuis Twitter de la diffusion de la série par Arte.

J’ai donc relevé le défi.

Trepalium décrit une évolution très noire de notre société actuelle. Une vision donc très irréaliste, mais qui a le mérite d’interroger la place que nous accordons à la valeur travail au travers d’une fable où Bienvenue à Gattaca aurait croisé Hunger Games.

Les références sont d’ailleurs assumées, jusque dans les lumières : ternes et froides dans la Zone, avec des débris, de la poussière, de la saleté, claires et brillantes dans la ville, où tout est aseptisé, artificiel, technologique. Ces choix fonctionnent bien, même s’ils sont empruntés à des références un peu trop appuyées, et si la réalisation a ce côté « image de série télé française » qui se voit immédiatement. Une qualité d’image qui gêne au départ pour entrer dans l’ambiance, d’ailleurs.

Le jeu est quant à lui un peu inégal, mais fonctionne relativement bien lorsqu’on saisit que les codes du théâtre ont été parfois choisis pour accentuer le trait. Et on entre petit à petit dans l’univers froid et glaçant. La réalisation s’améliore au fil des épisodes (ou bien on s’habitue).

L’intrigue quant à elle est sans grande inventivité (mais ce n’est pas là le véritable intérêt d’une dystopie, c’est vrai), et se déroule de manière classique, en empruntant le cheminement commun à Hunger Games, Divergente, et autres univers imaginaires totalitaires récents. Une révolution se prépare, dans laquelle les personnages « ordinaires » que sont Izia Katell, Ruben Garcia, et leurs familles, vont jouer un rôle de premier plan sans vraiment l’avoir cherché, simplement parce qu’ils se sont soulevés contre la tyrannie. Ce cheminement est surtout l’occasion pour chaque personnage de faire des choix moraux, de les mettre en pratique, d’y sacrifier éventuellement quelque chose.

La Zone suivant Trepalium (en haut) et le District d’Hunger Games (en bas), une belle ressemblance, non ?

Il faut dire que la dichotomie entre les deux mondes s’étend aussi au domaine psychologique, et c’est à la fois une bonne et une mauvaise surprise.

Mauvaise parce que la caricature paraît un peu trop marquée. Les Actifs, tout entiers tournés vers la réussite à tout prix, sont engoncés, méfiants, ne se touchent presque jamais. Leurs émotions sont cadenassées, car assimilées à des faiblesses potentielles. Les notions d’amour, d’amitié, de loyauté, sont toutes subordonnées à la réussite professionnelle. L’enfance même est une épreuve. Le loisir n’existe pas. Le personnage de la fille de Ruben, mutique, reflète toute l’absurdité et toute l’inhumanité de la société des Actifs. Elle choisit de se couper volontairement d’un monde qu’elle refuse. D’un autre côté, au-delà du Mur, les Zonards sont décrits comme des êtres plus instinctifs, avec des sentiments « normaux », même s’ils évoluent dans un monde dur où la survie physique est une épreuve de chaque instant.

C’est un petit peu manichéen, mais la bonne surprise est de sentir la cohérence du propos. Clairement, la série est prise comme une fable, et si on la regarde comme telle, la caricature, le manichéisme peuvent faire sens.

Et ce sens est une invitation à réfléchir sur notre façon d’envisager le fonctionnement et la place du travail dans nos vies.

On peut regretter cependant qu’avec 6 épisodes de 50 minutes, l’intrigue ne se contente que de décrire sur 3 épisodes un statu quo pour se concentrer sur les 3 derniers de narrer la chute du Mur. On aurait attendu d’une série produite et mise en avant par Arte d’approfondir un peu plus la réflexion. Surtout si l’on considère que les toutes dernières minutes de la série rebattent les cartes sur un twist non seulement prévisible mais assez dommageable, car on a l’impression qu’il est là pour focaliser l’attention du spectateur sur le déroulement de la Révolution plutôt que sur ce qui va se passer ensuite.

J’aurais bien aimé une proposition sur ce qui pouvait advenir une fois le Mur tombé. Quel genre de rapport au travail peut-on inventer si l’on sort de la dualité emploi/non emploi ? Si Trepalium est une série militante, clairement, j’aurais aimé qu’elle le soit d’une manière plus constructive. Il ne sert pas à grand-chose de dénoncer une fois de plus un état de fait, de décrire comment il peut mener à la ruine, sans proposer des pistes pour en sortir. Même si ce sont des chemins utopiques, même si ce sont des fantasmes sociologiques.

Les travers d’une société clivée, où le travail est montré comme aliénant, déshumanisant, toxique, où le cynisme des politiques et des dirigeants économiques (tout au long de la chaîne des responsabilités dans l’entreprise Aquaville, du plus petit chef de service au grand PDG) fait miroir avec les aspirations de la masse des exclus qui voient l’insertion dans un système inique comme étant la plus haute réalisation dans leur vie ; tout ceci est certes présent. Mais en poussant un peu plus la réflexion, on se rend compte que Zonards et Actifs sont unis dans cette soumission au travail. Les uns dans leur supplice de Sysiphe consistant à ne jamais perdre, les autres dans celui de Tantale, à ne faire que rêver d’atteindre un Graal qu’ils haïssent au demeurant.

Le trio dirigeant de la Ville (en haut) font face à Noah et sa mère Izia Katell, dans la Zone (en bas).

D’un autre côté, un personnage se détache de tous, celui de Robinson, la figure sage qui rêve de réunifier la société, même si son moteur n’est peut-être pas si innocent et altruiste qu’affiché. Il incarne une autre facette du travail, une facette qui tranche avec la vision qu’en ont tous les autres protagonistes. C’est un Zonard, mais il assume une fonction dans la Zone. Une double fonction. Celle d’un professeur, d’abord. Celui qui transmet aux autres non pas seulement des connaissances sur « le monde d’avant », mais aussi et surtout des outils pour réfléchir, pour penser par eux-mêmes. Gardien d’une bibliothèque, la seule que l’on voie dans la série, où les livres et les journaux sont conservés et prêtés alors que dans la cité tous les biens doivent être rendus pour être achetés à nouveau et faire fonctionner la machine productiviste, il incarne à la fois la mémoire d’une société plus civilisée, et la possibilité d’un autre modèle. Deuxième fonction, celle de dirigeant, dans l’ombre sous le pseudonyme de Sol, avec une grande ambition, celle de faire changer son monde. Celle d’un révolutionnaire.

C’est cette vision qui m’aurait vraiment intéressé de voir se développer. Il manque à Trepalium une ambition, et c’est justement celle de dépasser le simple cadre d’une fable commune comme peuvent nous en proposer tous les ans les studios hollywoodiens avec leurs dystopies produites pour les adolescents en manque de rébellion (et je n’ai rien ni contre les adolescents ni contre les rebelles).

On aurait pu montrer la chute du Mur en un seul épisode, le quatrième, et développer sur les deux derniers une ébauche de ce que le futur pouvait prendre comme forme. Évoquer un autre système. Changer les valeurs entre l’emploi et le non-emploi. Montrer une tentative.

Montrer comment, par exemple, un travail (celui d’enseignant) peut aussi être vu non seulement par le prisme du productivisme, mais aussi par celui de la vocation, de la fonction, du rôle.

Je crois profondément que le travail n’est pas aliénant, si et seulement si, il correspond à la place de chacun dans « l’Univers ». Je m’explique sur cette vision presque confucéenne des choses.

Il est faux de penser que les Zonards n’ont pas de travail, puisque chacun, pour survivre, est obligé d’occuper une fonction. Tel Robinson, tous occupent une place. Et si certains le font uniquement pour survivre, lui le fait par engagement. Il montre qu’un travail peut être à la fois utile, épanouissant, et donner un statut, une reconnaissance, même s’il n’est pas intégré dans la cité, même s’il vit en dehors du Mur. La bibliothèque semble être en effet comme un sanctuaire dans la série.

Ainsi, le travail peut être vu comme une fonction accomplie dans l’ordre des choses, et non comme une valeur à placer au-dessus des autres. Et sans notion de hiérarchie entre les différentes fonctions, puisque l’ensemble de la société a besoin de chacune de ses parties, comme un organisme a besoin de chacun de ses organes, pour fonctionner.

Si j’ai invoqué les mânes de Confucius, c’est sans doute parce que cette idée « d’ordre céleste » est ce qui résume le mieux pour moi cette vision idyllique et utopique certes, mais souhaitable, du monde du travail. Que chacun se sache à sa place, sans craindre le déclassement, mais en faisant de son mieux pour remplir sa fonction, ce qui lui offre non seulement les moyens de vivre de son travail, mais aussi la reconnaissance sociale après laquelle courent les Zonards dans Trepalium. Ce qui n’empêche pas non plus la mobilité, la promotion, la reconnaissance du mérite, le changement de poste, l’évolution de carrière.

Très loin, il est vrai, de la réalité actuelle que caricature la série en poussant dans ses retranchements la logique du système dans lequel nous vivons.

Actuellement, le travail est vu tel que le montre la série, comme une compétition permanente où chacun doit écraser l’autre. Les firmes commerciales doivent vendre plus que leurs concurrents, toujours plus. Les dirigeants doivent augmenter la productivité et les bénéfices de leur société, toujours et toujours plus. Les actionnaires doivent engranger plus de dividendes, toujours et toujours plus. Les salariés doivent augmenter leurs cadences, faire toujours mieux avec toujours moins de moyens, toujours et toujours plus. Et à chaque étage, écraser un concurrent n’est en aucune manière un interdit. Au contraire, c’est une pratique encouragée.

Un monde tel que le décrit Trepalium, sans les excès les plus visibles ?

Peut-être pas, parce que la série fait l’impasse sur les transformations actuelles du monde du travail dues à la révolution numérique, et ce même s’il tente une percée du côté des lanceurs d’alerte (des informations confidentielles à propos de l’entreprise Aquaville sont vitales pour la révolution qui se prépare, Sol se proposant de les divulguer pour créer une insurrection dont les activistes profiteraient). D’autres en parlent bien mieux que moi, mais si l’on peut craindre que cette révolution n’accentue un fossé entre classe possédante et classe subissante, on peut aussi penser qu’elle soit le bon moment pour repenser notre rapport avec le travail et notre rôle dans la société.

L’univers clair et aseptisé de Trepalium (en haut), et celui de Bienvenue à Gattaca (en bas)…

Le travail n’est-il pas qu’une façon de faire avancer l’Humanité ?

Si vivre c’est créer quelque chose de différent, qui n’existait pas avant, pour ajouter de la diversité et de la complexité à l’Univers qui nous entoure, alors le travail ne doit viser qu’à cela. Vivre.

Depuis les virus recombinant leurs génomes à l’infini pour constituer des espèces toujours plus diverses, jusqu’aux inventions que les esprits humains matérialisent, la vie n’est que création. Y compris dans les postes de travail les plus « simples », dont les techniques, les astuces professionnelles, les coups de main, sont toujours plus fins, sophistiqués, pensés, affinés, par les expériences, les échecs, l’apprentissage.

Pour le moment, l’Homme est irremplaçable dans le domaine de l’évolution, la création, l’inventivité.

Sa place est peut-être là, et non dans l’inutile course à la rentabilité.

Des mouvements sont à l’œuvre, ici ou , pour repenser notre place dans le travail.

Et au vu de l’explosion des pathologies plus ou moins directement liées à la sphère professionnelle (burn-out, dépressions, maladies professionnelles), dont je suis l’un des témoins privilégiés et impuissants, il est sans doute urgent d’y parvenir.

Trepalium y participe à sa manière, celle d’un miroir déformant.

Il est hélas frustrant de ne pas distinguer dans ce miroir une autre réalité, un reflet vers une autre proposition.

C’est peut-être notre rôle à nous, spectateurs, citoyens, que de le construire de nos mains.

Deux années déjà

Deux années déjà

La nouvelle année s’étant ouverte il y a quelques jours, il est temps pour moi de faire un petit bilan de cette deuxième année d’écaille & de plume, de savoir ce que j’ai réussi ou échoué, ce que je dois encore améliorer ou ce qui fonctionne bien. Comme l’année passée, j’avais envie de vous faire partager mes conclusions.
Comme l’année passée, je vais essayer de prendre quelques bonnes résolutions.
Et cette année, je vais aussi honteusement faire du teasing.

En quelques chiffres

Articles publiés

Cette année encore, j’ai réussi à tenir mon rythme initial d’un article toutes les deux semaines. Et l’actualité m’a même poussé à deux reprises à écrire plus.

D’abord lors des attentats de janvier 2015, puis, plus récemment, lorsque j’ai voulu décrypter pour les profanes comme pour les initiés la réelle portée et la réelle nocivité de la réforme dite « Loi de modernisation de notre système de santé ». Ce dernier article aura d’ailleurs eu une audience forte (toute proportion gardée), me faisant espérer que mes concitoyens ne sont plus autant dupes de ce que l’on essaie de leur faire gober.

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Augmentation du nombre de visiteurs

C’est l’augmentation de fréquentation du site entre 2014 et 2015 en nombre de visiteurs. Il semblerait que le Nid du Serpent à Plumes commence à se faire connaître. Et cela on le doit aussi aux deux derniers chiffres.

Visiteurs venus de Facebook

Visiteurs venus de Twitter

C’est le nombre de visiteurs venus des réseaux sociaux, respectivement depuis Facebook et Twitter. Ce sont deux chiffres intéressants car si je tweete régulièrement, je ne suis pas du tout inscrit sur le Livre des Figures. Outre que les réseaux sociaux sont donc bien une voie d’accès à mes articles, il est amusant de constater que Facebook est tellement répandu qu’il n’est même plus besoin d’y être inscrit pour qu’il mène jusqu’à votre site… Ce pourrait être vrai des autres réseaux, mais pas au point de concurrencer en nombre de visiteurs ceux où l’on est soi-même présent (je suis clair, là ? J’ai un doute).

Ce qui marche : pourquoi j’ai raison

Je me répète, mais la régularité d’écriture est ma grande fierté de moi envers moi-même.

Le temps filant comme du sable très fin entre mes doigts pas si boudinés que cela, y faire entrer l’écriture de façon suffisamment régulière en 2015 a été une vraie performance entre les bouleversements professionnels (départ d’un associé, que l’on attendait depuis très, voire trop, longtemps, réorganisation qui s’ensuit, interrogations professionnelles récurrentes chez moi lorsque je constate comment évolue mon métier, et j’en passe), ceux qui interviennent dans ma vie privée (rien de grave, mais les projets privés, aussi enthousiasmants soient-ils, mangent aussi du temps et de l’espace de cerveau disponible), et enfin les obligations liées à la scène (je me fais l’effet d’un grand mytho quand j’écris ça, mais c’est la réalité même si je ne suis pas non plus en tournée dans toute la France…).

D’ailleurs, mes articles les plus lus sont ceux qui sont les plus construits. Et ça aussi, ça fait rudement plaisir !

Ainsi, le palmarès se joue en 2015 entre ePub Anatomy (318 vues), ma petite prédiction sur l’avenir de notre système de soin (222 vues), et mon essai d’utiliser FATE pour construire des campagnes de jeu de rôle sur un modèle de série américaine (187 vues). J’y rajouterai un article surprise en bon quatrième : Deux films sur un thème : à la recherche du bonheur (172 vues).

Mes textes plus littéraires, eux, ont moins de succès, soit à cause de la difficulté de lire sur écran, soit que tout bonnement ils n’ont pas plu. Le chapitre 1 de Fée du Logis a réuni 44 lecteurs, et Samhain & le Jabberwocky seulement 7…

Ce qui marche moins bien : pourquoi j’ai quand même parfois tort

C’est donc tout naturellement que je me penche sur ce qu’il faudrait améliorer.

D’abord, comme vous pouvez vous en rendre compte si vous comparez avec mes résolutions de l’année dernière, je n’ai pas beaucoup avancé sur mes projets littéraires.

Le Choix des anges est encore en chantier : réorganisation de quelques scènes, rajout de quelques autres, et un axe transversal à construire pour mieux rendre la problématique du choix entre Bien et Mal ont été déjà accomplis, mais il reste un gros travail de rédaction sur pas mal de choses.
Le deuxième chapitre de Fée du Logis est toujours à l’état d’embryon.
Quant à Rocfou ou Sur les genoux d’Isis, on peut carrément parler des toiles d’araignées qui commencent à envelopper les manuscrits…

Tout cela devrait quand même avancer un peu cette année, puisque 2016 sera moins théâtrale pour moi. Si Un drôle de cadeau continue à vivre avec deux représentations prévues avant la fin du printemps (et si je vais encore prendre un plaisir immense à incarner Marcel Feuillard sur scène), je passe mon tour pour la prochaine pièce que vont monter mes camarades de la Compagnie Raymond Crocotte.

Promis donc, en 2016, vous pourrez enfin lire Le Choix des Anges, et je l’espère Fée du Logis en entier.

Autre axe d’amélioration : les commentaires sur le site. Vous savez que j’ai réorganisé un peu le design de mon antre numérique. Mais pour le moment si je suis lu, peu d’entre vous ont voulu ou pu réagir. Mieux vaut peu de commentaires que des commentaires sans intérêt, c’est vrai, mais on peut parfois se sentir un peu seuls, donc, si une réflexion vous vient à propos de ce que vous lisez sur ce site, pas d’hésitation : écrivez-le et partagez-le…

Episode III : A New Hope

Alors oui, la troisième saison des aventures de Serpent à Plumes sur internet débute, et vous pourriez vouloir quelques images en avant-première. Je ne vous ai pas encore concocté de bande-annonce ou même de teaser (ça viendra peut-être quand on en sera à l’épisode VII… il paraît que c’est là que se déchaînent les fans), mais pour vous mettre l’eau à la bouche, voici quelques petites choses que vous pourriez bien voir ici en 2016 :

Sense8, ou comment la diversité humaine peut aussi nous rassembler

Vice Versa, l’esprit vu avec esprit (en regard croisé avec une neuropsychologue)

La Chine vue par les Occidentaux dans la littérature et le cinéma

Le difficile métier d’être père à travers deux films

Amerikla, comment initier des trentenaires au jeu de rôle

Petit guide de roll20 pour les vieux briscards du jeu de rôle qui n’arrivent plus à organiser des parties sur table

Les Lames du Cardinal ou comment la cape & l’épée rencontrent le jeu de rôle

Alors si tout cela vous donne envie, revenez régulièrement sur d’écaille & de plume, vous pourriez aussi lire ou voir beaucoup d’autres choses que mon esprit fébrile conçoit déjà.

Il ne me manque plus qu’une chose : le Temps !

Tiens ça mériterait bien une suite à ça, ou même à ça

La Deuxième Mue

La Deuxième Mue

Certains d’entre vous, familiers de l’antre du Serpent à Plumes, ont pu noter quelques changements dans la présentation du site.

Ces modifications ne sont pas qu’esthétiques ou cosmétiques, mais bien les conséquences d’une réflexion sur ce que je voudrais faire de ce Nid Virtuel.

Même si à mon avis toute personne qui écrit le fait avant tout pour exprimer ce qu’elle a en elle sans forcément chercher de retour, la démarche d’ouvrir un espace sur la Toile me semble relever d’une envie, ou d’un besoin, différents. Au-delà du narcissisme évident, voire de l’exhibitionnisme, qui me semblent attachés à toute exposition de ce genre, je crois que c’est le désir de susciter des réactions, qu’elles soient intellectuelles ou émotionnelles (artistiques), qui me guide dans cette aventure qu’est l’écriture. On peut d’ailleurs étendre ce constat à mes autres activités artistiques, que ce soit le théâtre ou le cinéma.

Il fallait donc aller plus loin dans la virtualisation/matérialisation de tout cela.

D’abord, se rapprocher du texte, et cela impliquait de se débarrasser de toutes les sidebars sur le site, même et surtout pour les articles de blog. Offrir le plein écran aux mots me semblait la meilleure façon de leur rendre leur impact, et de focaliser l’attention de mes lecteurs, vous, sur le principal. L’histoire, le rythme des phrases, l’enchaînement des idées.

Je suis conscient que cela est un peu à contre-courant de ce qui se fait sur la Toile, où les pages des blogs sont de plus en plus morcelées en différentes sections verticales.

Je suis également conscient que cela me place dans un courant de « storytelling » comme on le nomme dans la langue de l’auteur du Songe d’une Nuit d’Été. Mon espace se structure donc comme une trame un peu dirigiste qui veut raconter une histoire. C’est une présentation qui s’apparente plus à un livre, voire à un livre électronique de type « flux », et qui correspond plus à mon envie profonde qu’un blog construit sur un schéma standard.

C’est pour cela que l’image a une place importante dans ce flux. Elle aide à le structurer, à illustrer le propos, à prolonger la réflexion ou l’imagination.

J’ai donc pris le parti de faire de la place aux images, et de prendre soin de trouver à chaque fois celles qui me paraissaient apporter un petit « plus ». D’ailleurs, j’ouvre une page dédiée aux liens vers les artistes de chaque image, quand c’est possible et quand le lien existe.

Deuxième décision : faciliter les commentaires pour échanger plus efficacement avec mes lecteurs.

D’écaille & de plume est loin d’avoir une audience considérable, mais justement, le but est de faire en sorte qu’on puisse y échanger confortablement, facilement, agréablement. Si les foules s’y passionnent et s’y ruent plus tard, tant mieux, mais pour le moment j’ai envie d’une ambiance cosy, un brin british. Une causerie au coin du feu (élément commun au Dragon et au Phoenix).

C’est pourquoi je voulais reprendre à zéro la conception de la partie commentaire du site.

En fouinant un peu, en adaptant, j’ai trouvé à peu près ce qui me convenait avec deux systèmes complémentaires, que vous pourrez utiliser au grès de vos envies et de ce qui sera le plus pratique.

D’abord un système assez conventionnel dans sa forme où les commentaires se font à la fin de l’article. Mais leur particularité est de posséder quelques fonctionnalités avancées.

Vous pouvez ainsi avoir envie de marquer votre approbation avec un commentaire particulier sans pour autant vous immiscer vous-mêmes dans la conversation. Vous pourrez désormais le faire en vous servant du système de vote intégré directement dans les commentaires (un pouce levé ou baissé suivant votre appréciation, comme le Livre des Figures américain vous y a peut-être habitué).

Vous pouvez aussi avoir envie de partager un commentaire particulier (que ce soit le vôtre ou celui d’un autre) sur un réseau social. Il y a donc un bouton de partage sous chacun des commentaires, qui vous permet de faire apparaître les icônes de plusieurs réseaux parmi les plus populaires.

Vous pouvez toujours partager l’article dans son ensemble avec les boutons qui flottent, comme des bulles de couleur dans l’océan des données informatiques de ce Nid Virtuel, ou à la fin des articles eux-mêmes.

Vous pouvez également éditer votre commentaire fraîchement posté (jusqu’à 30 minutes après), si vous désiriez corriger quelque chose.

Enfin, dernière fonctionnalité de ces commentaires nouvelle génération, vous pouvez suivre leur déroulé en recevant des alertes par courrier électronique, et y répondre de la même manière, simplement en répondant aux mails que vous recevez.

Le deuxième système, que j’essaierai d’améliorer encore, notamment sur l’intégration esthétique, est une possibilité de commenter directement lors de la lecture d’un article, grâce à une petite bulle agrémentée d’un signe « + » que vous avez certainement remarqué se promenant à la droite de chacun des paragraphes lorsque vous déplacez votre souris. Au fil des phrases.

En cliquant sur ce « + », vous faites surgir une fenêtre modale sur le côté droit du paragraphe qui a suscité votre réaction, pour y insérer un commentaire. Une fois cela fait, la bulle restera attachée au paragraphe en y indiquant le nombre de commentaires qui y sont liés. Cela permet de noter des réactions directement dans le flux de lecture, et je me suis dit que pour certains articles de fond, pour ceux qui amènent une réflexion ordonnée et construite, cela serait plus agréable pour tous que de suivre l’enchaînement des réactions comme celui de mes divagations.

Ces commentaires « en ligne » pourront aussi être retrouvés dans la section dont je parlais auparavant, tout en bas de l’article.

Les deux systèmes sont donc imbriqués l’un à l’autre.

J’espère ainsi faciliter vos réactions, et avoir plus encore le plaisir de discuter avec vous, comme dernièrement Vieux Plouc, Axel F., ou Saint Épondyle.

Le troisième axe d’amélioration de l’interface a été concentré sur le nombre d’articles qui commence à augmenter sur ce site (52 sans compter celui-ci, au moment de sa publication). Malgré quelques rubriques permettant de se repérer un peu, il pouvait rester assez difficile de retrouver un article en particulier.

J’ai donc un peu vitaminé la recherche et l’indexation, avec une page dédiée à une recherche avancée (par catégorie d’article, par page, par titre, par auteur, par mots clefs, par contenu, commentaire ou extrait) qui saura retrouver pour vous, dans le dédale de l’antre du Serpent à Plumes, la pierre précieuse pour laquelle vous aviez entamé un périple si dangereux sur la Toile.

Enfin, pour des contacts plus privés, et après une absence de quelques semaines due à l’incursion d’un troll dans ma boîte mail, vous pouvez m’envoyer un message directement grâce à la page dédiée, que vous trouverez au pied du site.

Avec tous ces aménagements, mon Nid Virtuel convient bien mieux à ce que je voulais qu’il soit depuis le début. Et en terminant cette année 2015, je voulais ouvrir un nouveau chapitre pour m’y sentir mieux encore. Bien sûr, d’autres améliorations viendront sans doute. Mais la principale maintenant n’attend plus que vous et vos claviers…

Rythmes & cycles, réflexions sur la Nature, l’Homme, et la Maladie

Rythmes & cycles, réflexions sur la Nature, l’Homme, et la Maladie

Tout a probablement commencé le jour de mes 39 ans. J’entrais dans ma quarantième année et le passage du temps, pour la première fois de ma vie, m’a angoissé. La fameuse crise de la quarantaine, me suis-je dit. Et durant une année, mon esprit fut préoccupé par le temps, sa signification dans ma vie.

Cette angoisse sourde a paradoxalement pris fin le jour de mes quarante ans, sans aucune explication.
J’avais sans doute sans le savoir compris quelque chose.

Puis, à l’occasion d’un article sur ce blog, pour un concours lancé par Lune, j’ai retrouvé le fameux numéro de VITRIOL, le fanzine auquel je participais lorsque j’avais vingt ans, sur le Voyage dans le Temps. J’y ai relu avec plaisir (et quelque nostalgie, je dois l’avouer) l’article dans lequel deux de mes camarades de l’époque discouraient sur les différentes théories imaginaires ou scientifiques du Temps et de la façon dont on pouvait voyager à travers le passé ou le futur.

Enfin, il y a quelques semaines, c’est le livre que mon père a offert à mon épouse pour son anniversaire (Cosmos, de Michel Onfray) qui a achevé de me convaincre : le Temps et sa perception sont le point névralgique de toute vision du monde.

Un livre à lire... si vous arrivez jusqu'au bout... moi je n'ai pas pu !

Un livre à lire… si vous arrivez jusqu’au bout… moi je n’ai pas pu !

Et j’avais besoin de développer ici la façon dont je le vois, la façon dont je le perçois, pour sans doute expliquer comment la vision qu’en ont mes contemporains m’exaspère si souvent et si fortement.

Car s’il est bien une seule chose avec laquelle je suis d’accord dans le livre de Michel Onfray (par ailleurs horripilant au possible), c’est que les Hommes du XXIe siècle occidental ont une perception erronée du Temps.

La Fuite du Temps de la civilisation occidentale moderne

Mon métier est de soigner.

Qu’est-ce que cela pourrait-il vouloir dire d’autre que simplement ceci : favoriser des processus naturels de guérison, d’adaptation, de remplacement, au détriment de processus naturels de maladie, de désadaptation, de destruction ?

Car avec toute notre technologie, nous ne sommes pas capables de nous substituer complètement à la Nature. Nous dépendons toujours d’elle, car même avec notre compréhension intime de la matière vivante (si ce n’est de la matière elle-même), nous ne connaissons presque rien des mécanismes si complexes qui en régissent la régulation. Même en sachant quels processus biochimiques ou génétiques de régulation entrent en jeu dans chaque étape de la cascade moléculaire de la Vie, nous ne comprenons toujours pas l’entièreté du schéma concepteur du Vivant. Et même en connaissant ce schéma, quel savoir nous faudrait-il pour le remplacer par un autre ?

Car nous faisons partie du Vivant, nous sommes partie intégrante d’un monde qui nous dépasse et nous entoure, nous englobe. Nos processus intimes sont liés aux lois de la physique, de la chimie, de la biologie moléculaire. Des lois naturelles. Inviolables. Du moins dans l’état actuel de nos connaissances. Et pour certainement encore très longtemps.

Pourquoi alors mes contemporains s’acharnent-ils à nier que les processus naturels qui font partie d’eux si intimement ont besoin de temps ? En tous les cas, d’un temps qui échappe à leur volonté ?

Pourquoi alors exiger qu’une gastro-entérite virale disparaisse aussitôt le médecin consulté ? Comment ne pas comprendre que la simple diarrhée, pour s’arrêter, nécessite que les liquides excrétés à grand-peine par l’intestin soient réintégrés dans le milieu intérieur… et que cela demande du temps ?

Pourquoi calquer le fonctionnement d’un organisme vivant sur celui d’une machine ? Pourquoi penser que les rouages de notre corps, ou de notre pensée, pourraient se réduire à ce que nous avons nous-mêmes construit ? Le fonctionnement d’un ordinateur nous paraît extraordinairement complexe, et pourtant, il est infiniment plus simple et basique que celui d’une seule de nos cellules. Comment alors concevoir que nous puissions comprendre véritablement l’interaction des milliards de cellules qui nous composent ?

Nos signaux cellulaires vont vite, très vite, mais la Nature a son propre rythme, et ce n’est pas celui de l’ADSL

Notre technologie est puissante, elle nous a permis de conquérir la planète, de la dompter un temps (car ses mécanismes de régulation nous sont tout autant inaccessibles et vont finir par nous revenir à la figure), mais elle nous pousse à oublier que nous ne sommes pas les maîtres du Temps.

Notre rythme de vie s’est accéléré : l’informatique, l’électricité, ont permis de soustraire à nos vies des temps auparavant incompressibles : celui d’une lessive de linge, celui de la cuisson des aliments, celui de la communication entre deux points éloignés du globe terrestre.

Mais si l’immédiateté est devenue la norme, si la réactivité absolue est érigée en valeur, si la spontanéité et le « temps réel » (quel drôle d’expression, comme s’il existait un « temps irréel », qui serait de plus le temps naturel, et comme si le « temps réel » était notre propre façon de modifier la perception du passage des instants dans nos sociétés…) sont désormais des standards recherchés par tout un chacun, la Nature, elle, n’a pas évolué au même rythme que la Loi de Moore (qui stipule que les capacités informatiques doublent tous les 18 mois).

En avoir conscience me met régulièrement dans une exaspération terrible envers ceux (bien souvent mes patients, mais je m’inclue parfois dans le lot moi-même), qui, n’y ayant pas même pensé, croient que nos connaissances et nos thérapeutiques permettent de s’affranchir des rythmes biologiques.

Or, leur expliquer que la médecine n’est pas de la magie, qu’elle suit des règles qui ne dérogent en aucun cas à celles de la Nature, est parfois compliqué.

J’ai souvent l’impression de devoir briser un mythe pour le leur faire accepter. Le mythe de la médecine toute-puissante, le mythe de la science humaine sur-naturelle, le mythe du progrès que l’on n’arrête pas.

Or, j’en suis persuadé, tout ce qui nous entoure est soumis à une loi inviolable : le Temps est Cycles.

Le calendrier cyclique maya

Les Roues du Temps

Sans vouloir paraphraser le titre de la saga de Robert Jordan, je n’ai pas trouvé meilleure image pour décrire ce fait que la science comme la simple observation confirment à l’unisson.

Depuis la rotation hyperrapide des électrons autour du noyau d’un atome (et ce sens de rotation, le spin, à la base de technologies comme l’IRM) jusqu’à la rotation gigantesque des galaxies sur elles-mêmes, la physique et l’astrophysique nous offrent les premières preuves de ce que les Anciens avaient compris dans la révolution des astres dans le ciel.

La biologie offre la même image : les cycles des végétaux (les cercles de croissance des arbres) comme les existences des animaux (naissance, vie, prédation, reproduction, transmission, mort) suivent des schémas immuables.

Sur ce plan-là, Michel Onfray a parfaitement raison, qui décrit la succession des temps nécessaires à la dégustation d’une série de crus dans une cave, afin de remonter le temps.

Nos vies suivent le même cycle, chacune selon un rythme différent. Certains vivront ces étapes plus vite que d’autres, certains les verront s’étirer sur une période plus longue. Mais la vitesse ne varie pas à l’échelle cellulaire. Elle varie à l’échelle des événements de vie.

Comprendre que nous sommes soumis à quelque chose qui nous dépasse, sans que ce soit une volonté divine ou un maître transcendant, mais bien plutôt une loi universelle, devrait nous rapprocher d’une sagesse plus grande. En acceptant le simple fait que nos rythmes sont dictés par cette loi, nous pourrions plus facilement accompagner la marche de notre roue temporelle, et profiter de chaque degré de rotation.

Nous pourrions aussi voir le monde comme une harmonie à comprendre, une personne à rencontrer, à accepter avec ses qualités et ses défauts, simplement en observant la course de ses rouages circulaires, comme on s’émerveille devant la complexité élégante des mécanismes internes d’une montre.

Nous pourrions nous considérer comme un rouage essentiel, mais non pas plus important qu’un autre.

Nous pourrions retrouver un peu de certaines valeurs qui se sont envolées avec notre course vers toujours plus de rapidité : respect de soi-même, respect des autres, civisme. Je me fais l’effet d’un vieux bougon en écrivant ceci, mais je suis sûr que je ne suis pas le seul à déplorer l’état lamentable du civisme dans notre société. Je suis peut-être plus isolé quand je lie la perte de cette valeur à l’accroissement de nos exigences temporelles.

Retrouver le sens du temps serait très certainement salutaire pour nos sociétés dans leur ensemble.

Et pourtant.
Et pourtant, l’existence humaine, il est vrai, n’est pas seulement un cycle, car l’Homme a apporté une autre inconnue à l’équation : sa culture.

La Spirale Universelle

Réduire la Nature à des cercles qui se répètent à l’infini reste malgré tout simpliste, en effet.

Là encore, si la croissance d’une plante répond à la loi des cycles, elle répond aussi à une autre forme : la spirale formée par le nombre d’or.

Là encore nos connaissances ont confirmé ce que les Anciens avaient intuitivement compris : la fameuse suite de Fibonacci n’a pas seulement une élégance esthétique, elle est une donnée fondamentale du vivant. Elle décrit aussi bien la croissance d’une plante en termes mathématiques que l’impression d’harmonie qui se dégage d’un dessin de Léonard de Vinci ou des proportions d’une pyramide égyptienne.

En l’appliquant au passage du temps, on peut considérer que la spirale du nombre d’or décrit l’évolution des cycles naturels sous l’influence de la culture humaine.

Notre culture, donc l’effort que nous produisons depuis la première organisation des sociétés préhumaines alors que nos ancêtres ne marchaient encore que partiellement courbés, infléchit forcément le réel.

Loin d’être la force maléfique que décrit Michel Onfray (paradoxe ultime que le philosophe dénigrant la culture qui donna naissance à sa discipline, et qui écrit un livre pour diffuser la thèse selon laquelle les livres nous éloignent du réel et devraient être objets de notre méfiance), la culture qui nous élève vers un état autre que celui de nature nous permet sans doute de mieux saisir les mécanismes à l’œuvre dans le monde. Et de mieux encore les accepter. De les accompagner. De les sublimer.

Ainsi, loin de nous faire revenir sans cesse au même point de départ, chaque cycle s’achève dans un état plus élevé de complexité dans l’univers qu’à son début, et fait renaître le cycle suivant vers une richesse supérieure du monde qui nous entoure.

Chaque livre écrit, chaque œuvre produite, chaque existence humaine qui passe, apporte d’innombrables opportunités à la Nature : des choix génétiques à chaque reproduction, inédits, car héritiers de milliards de combinaisons précédentes ayant produit un résultat unique, des choix artistiques ou techniques encore jamais vus, car bâtis sur les briques de chaque invention passée.

L’évolution de l’Univers se fait vers toujours plus de complexité.
Les quarks se sont combinés en particules positons ou électrons, qui se sont eux-mêmes combinés en atomes, puis les atomes en molécules, les molécules en cellules vivantes, ces dernières en organismes pluricellulaires, qui ont formé des sociétés. Et les sociétés produisent des cultures qui s’agencent pour former… quoi ? Le patrimoine de l’Humanité ? Et quel sera l’enfant de ce patrimoine ?

Tout cela sous la bienveillante houlette du temps et de ses cycles, pour donner à la spirale de complexité toujours plus d’ampleur dans un mouvement qui peut nous paraître éternel.

Mais que l’Homme puisse se croire autorisé à briser la base même de la rotation est d’un incroyable orgueil.
Nous serons peut-être un jour prochain capables de remplacer des protéines déficientes dans nos cellules (c’est la base de la thérapie génique), ou de palier à des mécanismes défaillants grâce à des agents robotisés minuscules qui nettoieront notre organisme (les nanotechnologies), mais même ces prouesses nécessiteront du temps, un temps qui ne sera pas dicté par notre seule volonté, mais bien par des contingences physiques : le temps de remplacement du gène défectueux dans les milliards de cellules de notre organisme par un virus modifié, le temps d’action de milliards des nanorobots sur une structure aussi compliquée que ce même organisme.

Même alors, je gage qu’il y aura des impatients pour râler et trouver que les choses sont inadmissibles et qu’à leur époque, on ne devrait pas attendre. Pour trouver que franchement, en 2548, attendre 24 heures pour qu’un membre repousse, c’est la préhistoire, ou qu’en 2548, guérir d’un rhume en moins de deux jours ne soit toujours pas possible…

Ceux-là, que j’espère moins nombreux alors, n’auront pas vraiment progressé sur la spirale du temps vers plus de complexité, de compréhension du monde et de sagesse.

Ceux-là resteront finalement plus prisonniers encore de ce temps qu’ils mettront tant d’énergie à combattre.

Phi, le Nombre d'Or