Balade chinoise, d’Anatole X

Balade chinoise, d’Anatole X

S’il est des expériences qui ont pu me marquer dans ma plus si courte existence, la découverte de la Chine fait assurément partie des plus fortes.

Ce fut sans doute aussi le cas pour Anatole X, nom de plume choisi par l’une de mes compagnons de voyage à l’époque, puisque son premier roman se déroule à Shanghai.

Balade Chinoise est un court roman sur l’escapade d’une photographe reconnue qui se rend pour la première fois dans l’Empire du Milieu, presque à contrecœur, pour un vernissage. Elle sera bouleversée dans ses certitudes, ses angoisses et sa vision du monde par cet autre univers qui la happe et l’attire tout autant qu’il la repousse et l’effraie. Un choc suffisant pour changer réellement sa vie ?

Ce premier roman s’attaque à la force d’attraction d’un continent qui a déjà inspiré bien des écrivains, mais il le fait à travers les interrogations et les préoccupations artistiques d’une femme dont la vie s’est embourbée dans un confort matériel et moral dont elle est elle-même la complice autant que la victime.

Un sujet délicat que de parler du choc de la découverte mutuelle entre l’Orient et l’Occident, de leurs relations complexes et des échos qu’ils trouvent l’un dans l’autre dans la réalité et dans leurs fantasmes respectifs.
L’originalité tient ici dans le fait que cette rencontre est très personnelle, presque physique, entre le personnage principal et ce nouveau monde rempli de potentialités et de dangers. Elle est aussi et surtout psychique, morale, intime.

Ayant la chance de bien connaître l’auteur et d’avoir participé à la relecture du manuscrit, j’ai eu envie de lui poser quelques questions sur ce roman et sur sa façon d’écrire en général, tant il est vrai que chaque écrivain ressent les choses différemment des autres. Et elle a accepté de se prêter au jeu.

Chère Anatole, bienvenue dans le Nid du Phoenix. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Tu ne veux pas le faire plutôt ?

Hum… Peut-on dire que tu es de la génération née dans les années 70, que tu as une formation et que tu travailles dans un milieu très technique ?

Et que l’écriture est une respiration nécessaire et un besoin jamais démenti depuis mon enfance.

Dans ton premier roman publié, Balade Chinoise, l’héroïne découvre plus qu’un nouveau continent, une autre planète. On sent la fascination que semble exercer ce monde tout au long de cet ouvrage sur elle. Pourquoi avoir choisi la Chine, et pourquoi cette fascination ?

La Chine a un pouvoir mystérieux. Tout la différencie du reste du monde : sa langue, son histoire, sa volonté de puissance actuelle inébranlable. Le meilleur comme le pire y cohabitent. La Chine est un pays qui a l’intelligence économique, pour le reste, la partie politique, je suis plus réservée. C’était pour moi le pays idéal pour évoquer un dépaysement brutal.

Sasha, l’héroïne, est photographe, et son récit est fait à la première personne. Est-ce que l’image et la couleur, si importantes pour son œuvre dans le livre ont changé ta façon d’écrire ?

Pas particulièrement. La photographie est à la fois une technique utile et un art. Cette ambivalence est étrange. Pour ce roman, choisir comme personnage principal, en mode subjectif, une photographe permet une lecture de l’environnement particulière où le regard et la sensibilité artistique dominent. Creuser cette approche m’intéressait.

Le milieu artistique est important dans le livre. Sasha est une artiste « arrivée », qui a du succès, qui gagne bien sa vie, confortablement même, mais qui semble opposer créativité et confort de vie. C’est un peu ce que l’on ressent aussi avec son « pendant » chinois, le personnage de Lao Wang, qui par force fait des choix totalement différents. Est-ce aussi ta façon de penser ? Duquel te sens-tu la plus proche ?

Sasha s’est détachée d’un milieu d’artistes « maudits » pour passer du côté des artistes plus établis, aux dépens de sa créativité. Elle a fait le choix de vivre sans idéal à un moment où son inspiration se tarissait. Lao Wang est un artiste jeune, engagé, résistant, dissident d’une politique qu’il juge totalitaire. Il s’inscrit cependant dans une tradition formelle de l’art de la calligraphie. Il est porté par un idéal politique et artistique que Sasha a perdu. Il ne s’agit pas d’une posture.
Ce n’est pas le confort matériel de Sasha qui a tari sa créativité. Sasha n’est pas un génie porté par son ego, son œuvre, sa vision de l’univers ou un idéal. C’est une femme qui a voulu réussir et a saisi les opportunités sans forcément en comprendre les enjeux et qui en ressent cruellement l’impact à ce moment de sa vie, où tout semble joué. Le confort matériel ne freine pas la créativité, il peut au contraire l’accompagner, la faciliter. Ce n’est pas le cas de Sasha.

Sasha fait souvent référence à son âge, et dans le roman les Européens comme les Occidentaux au sens large sont souvent décrits comme des gens sclérosés ou irrespectueux, bref comme des vieillards ou des enfants. Ce parallèle est-il calculé ?

Ce sont des occidentaux expatriés, qui viennent profiter de la manne chinoise. De vieux relents d’esprit colonialiste se révèlent dans leur comportement. Et puis, pour être honnête, ça m’amusait de nous caricaturer dans ce contexte.

L’ambivalence entre le frère Wu Li et la sœur Wu Jian est si forte qu’on a l’impression de voir deux facettes radicalement opposées et pourtant si proches. C’est encore une autre dualité au sein du roman, construit autour de multiples couples qui s’attirent et se repoussent à la fois. Est-ce finalement ta vision de la Chine, ou bien d’une façon plus large des relations que nous avons avec elle ?

C’est le yin et le yang…

Parlons un peu de toi. Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire dans ta vie, puis à publier ?

Rien ne m’a poussé, j’en ai eu envie dès que j’ai appris à écrire.
Pour la publication, dans ce cas précis, elle me permet de passer à un autre projet l’esprit libre.

As-tu des habitudes d’écriture, des rituels ?

Non, pas particulièrement.

As-tu des références littéraires précises, cultes ou qui t’ont marquées ?

Les plus marquantes sont :

  • Colette, pour la liberté au féminin après la série des Claudine

  • Boris Vian, pour sa sensibilité, sa façon d’imposer au roman sa prose poétique et ses histoires originales

  • John Irving, Le monde selon Garp a été mon livre de chevet pendant quelque temps. J’admire sa créativité, chaque page est surprenante !

  • Hanif Kureishi, Black Album et le Bouddha de Banlieue sont des portraits forts et, comme pour Irving, très créatifs, inhabituels, et en prise avec la société contemporaine de leur œuvre.

  • John Fante, Demande à la poussière est un chef d’œuvre absolu.

Balade Chinoise est autoéditée et seulement disponible en version électronique. Pourquoi ce choix ?

Parce que Le Dilettante n’a pas voulu le publier. Ça m’a vexée, j’ai décidé de m’auto éditer. Ça prend cinq minutes et on ressent une impression de liberté totale. Ça me plaît.

Tu as publié sur la plateforme Kobo, connue pour son application stricte de DRM (Digital Rights Management, un dispositif anticopie qui s’apparente à un verrou numérique empêchant de partager le livre) même s’il est possible de publier sans DRM depuis peu. Quelle est ta position sur les DRM dans l’édition ?

Aucune, je n’avais pas compris ce qu’impliquait ce choix. J’aurais dû te demander avant de le faire.

As-tu des projets littéraires ou artistiques en cours ?

J’écris un roman « choral » que j’espère humoristique, et je participe à un blog où je traite des questions d’éducation (http://www.energies-libres.fr). Je ne suis pas une artiste, en fait.

Qu’est-ce qui fait un artiste, alors, pour toi ?

Pour moi un artiste vit librement, guidé par sa vision personnelle du monde, sans autre forme de contrainte.

Merci Anatole et longue vie à Balade Chinoise.

Couverture_Balade_chinoise_Anatole_X

Je suis sûr qu’on aura l’occasion de parler à nouveau littérature ensemble dans le Nid du Phœnix…

eBook design : ma quête d’identité

eBook design : ma quête d’identité

J’ai actuellement plusieurs projets littéraires en maturation, et s’ils avancent lentement, c’est aussi parce que je prends le temps de m’interroger sur des aspects qui normalement ne sont pensés qu’après l’écriture.

Dans un continuum espace-temps classique, l’auteur écrit son manuscrit, puis l’éditeur conçoit l’ouvrage qui portera ces écrits. Dans mon cas, puisque le projet est de devenir mon propre éditeur (je vous renvoie ici pour les multiples raisons qui m’animent, et encore là, ou bien là, pour comprendre comment avec ma série de billets sur le format ePub3), je dois apprendre beaucoup de choses également. Et ma nature impatiente me conduit à m’intéresser à des aspects de la chaîne de publication avant même d’avoir terminé les corrections d’écriture.

Pour ma défense, je dois dire que le plaisir de la lecture a toujours été chez moi indissociable d’une certaine forme de plaisir esthétique devant l’objet livre, plaisir que je cherche à renouveler (puisqu’il n’est évidemment pas possible de le dupliquer) dans l’optique de ne publier que des livres électroniques.

En effet, je suis incapable de me satisfaire de mon écriture sans qu’elle ne prenne une forme qui soit esthétiquement agréable pour mon propre regard. Ainsi, j’abhorre les brouillons, moi qui suis si notoirement le roi des ratures. Je ne peux pas me mettre à écrire si je n’ai pas trouvé une police de caractères qui me plaise, alors que mon écriture manuscrite est, au mieux, digne d’un sismographe qui aurait été abreuvé d’incunables du XVe siècle en guise de données.

Alors, oui, je songe à la forme que prendra mon ouvrage une fois achevé, et cela veut dire beaucoup de choses…

Je me suis ainsi senti un peu « orphelin » de mon plaisir de lecture en me mettant à dévorer sur tablette. Comme si une partie de mon plaisir était gâchée par la tablette. Cette impression m’avait déjà effleuré avec certains livres physiques, lorsque les caractères étaient mal choisis, lorsque les pages étaient mal découpées, lorsque l’encre était de mauvaise qualité.
J’ai fini par comprendre comment retrouver l’impression de lire un livre : en soignant la forme, en donnant du caractère à l’ouvrage.

Puisqu’il n’est évidemment pas question de reproduire l’odeur du papier sur un support numérique, il faut s’attacher essentiellement à l’apparence visuelle du livre.

Je crois que je ne serai satisfait de ma production que si je lui donne une identité visuelle forte, quelque chose qui pourrait en faire un objet singulier : un Livre, comme ceux dont on s’émerveille de la couverture, de la texture du papier, de l’odeur, comme ceux que l’on feuillette avant de les acheter, ceux que l’on aimerait posséder pour le lire, mais aussi pour l’admirer. Les très vieux ouvrages ont souvent ces qualités-là, ou les premières éditions d’une œuvre. Même certains livres de poche peuvent acquérir ces qualités, avec le temps.

Mais comment réaliser cela avec juste de la programmation ?

J’ai alors été influencé dans mes recherches par quelqu’un qui semble penser la même chose que moi, puisqu’il se définit comme « ebook designer » : Jiminy Panoz.

J’étais à la recherche d’une façon de concevoir un livre numérique qui ne soit pas un simple fichier texte, fut-il rendu « fluide » par la magie de l’ePub3. Et Jiminy Panoz parle à la fois d’harmonie de mise en page, et d’accessibilité du livre, mais également d’esthétique.

Je crois donc aujourd’hui que s’il faut porter une attention particulière à la fonte que l’on va utiliser pour la présentation du livre, ou à la couverture – cependant tout le monde sait cela maintenant –, mais aussi à la mise en page du livre, à l’harmonie des interlignes, et à certaines parties qui me semblent délaissées dans la production numérique actuelle : la page de titre (différente de la couverture), la page de sommaire, et les titres de chapitres.

La théorie

Je vais détailler un peu mon propos en vous montrant mon évolution sur une petite année, depuis les premiers concepts sur le livre que j’ai conçu pour l’expérience cinématographique d’Ultima Necat jusqu’à aujourd’hui et mes projets pour Le Choix des Anges, Fée du Logis, Rocfou, ou Sur les genoux d’Isis.

La page de titre

Au fond, quel est le rôle de la page de titre ?

Outre qu’elle doit contenir légalement les mentions de droit d’auteur et les crédits, l’ISBN notamment, je crois que son rôle essentiel est de donner l’identité visuelle du livre. Et comme le livre numérique n’a plus de quatrième de couverture, il me semble important d’y présenter l’auteur, ou du moins d’y insérer un lien, même discret, vers son travail.

Le lecteur veut avant tout lire son texte, mais il n’est pas interdit de lui faire connaître l’auteur. La plupart des gens vous conseilleront de mettre la biographie de l’auteur et sa bibliographie éventuelle à la fin du fichier numérique, afin de ne pas rebuter le lecteur et de le laisser s’immerger dans le texte dès le départ. J’avoue ne pas être à l’aise avec cette façon de faire. Ainsi, comme lecteur de livres papier, j’ai l’habitude de consulter d’abord la quatrième de couverture pour avoir un pitch de l’ouvrage et un aperçu de l’identité de l’auteur, AVANT de lire le livre.

Premier concept de page de titre d'eBook

Premier concept de page de titre d’eBook

Pour un livre numérique, le pitch sera la plupart du temps présenté avant l’achat du livre, sur la plateforme choisie, et il n’est donc pas absolument nécessaire de l’intégrer dans le livre lui-même, bien que, vous le verrez, j’ai aussi un argument pour cela.

Par contre, que ce soit sur Amazon Kindle, sur Kobo, la Fnac, l’iBookstore ou d’autres plateformes, vous ne trouverez pas de biographie de l’auteur (à quelques exceptions près, si vous achetez le livre par exemple directement sur la plateforme numérique de l’éditeur de l’ouvrage, qui généralement soigne la présentation de ses auteurs).

Il me semble donc absolument indispensable d’intégrer une biographie voire une bibliographie dans le livre. Mais où ?

Ennuyer le lecteur avec un CV n’est pas le but de la chose. Mais en même temps il doit voir à qui il a faire. Cela tombe bien, nous sommes dans le numérique, donc servons-nous des liens hypertexte. Un lien peut donc pointer vers le site de l’auteur, vers une page Wikipedia, voire l’Encyclopédie Britannica si vous le voulez. Il n’y a pas de limites.

Mais on peut aller plus loin, et se servir des techniques de design issues du web : une fenêtre modale, par exemple, peut apparaître si l’on clique sur le lien, et montrer la biographie et la bibliographie de l’auteur à qui veut les lire. On ne force pas la main du lecteur, et on conçoit un objet qui n’est pas seulement un flux de données linéaire.

La page de sommaire

Son rôle est bien sûr de faciliter le repérage du lecteur dans l’ouvrage, mais avec l’avènement du numérique, la « table des matières », ou « table of content » comme disent les anglophones, sert aussi à naviguer dans le corps du texte afin de reprendre la lecture à un endroit précis, d’y revenir plus tard, en aidant les marques-page intégrés dans l’application de lecture. Le flux d’un livre numérique a en effet ceci de radicalement différent d’un livre papier : la recherche et la navigation sont possibles instantanément.

Hélas, bien souvent la table des matières des livres numériques est une bête liste de liens hypertexte non stylisée, un peu comme nous en avions dans les débuts de l’internet grand public. Mais si, souvenez-vous des sites du temps où nous surfions avec Netscape Navigator ! Des pages blanches avec des tonnes de liens qui demandaient presque autant de temps à parcourir que s’ils étaient imprimés sur du papier.

Pour ceux qui n'auraient pas connu cette période de l'Internet...

Pour ceux qui n’auraient pas connu cette période de l’Internet…

De nos jours, l’ergonomie du web a tant progressé ! Pourquoi ne pas s’en inspirer pour les pages de sommaire de nos livres numériques ?

Concept dessiné de table des matières

Concept dessiné de table des matières

C’est d’ailleurs là que je mettrais le pitch du livre.
Je vous avais dit que j’avais un argument pour l’y glisser tout de même dans l’ouvrage.
Il suffit de voir un peu plus loin que les années 2010. Que deviendra votre livre numérique lorsque vous ne serez plus là ? Si nous avons de la chance, les DRM auront été abolis, et ni Apple ni Amazon, ni Kobo ne seront propriétaires de vos ouvrages achetés, ni ne pourront les détruire à distance. Je prends donc le pari que vous aurez accumulé une bibliothèque de livres numériques conséquente, que vous pourrez léguer à quelqu’un.
Et ce quelqu’un pourrait avoir envie de les lire, vos livres, comme nous l’avons tous fait avec les livres que nous avons hérités de nos grands-parents, voire de nos parents.
Ne serait-il pas opportun qu’un pitch de l’ouvrage soit facilement accessible dans ce dernier ?

table des matières dans Ultima Necat, de l'idée à la réalisation

table des matières dans Ultima Necat, de l’idée à la réalisation

En fait, philosophiquement, je vois le livre numérique comme un objet pérenne (autant qu’il puisse l’être sans support physique, mais même les livres papier sont parfois détruits par les incendies, les inondations ou perdus tout simplement), et non comme une œuvre seulement disponible en streaming. Un véritable livre, pour moi, se conserve.

Les titres de chapitre

L’identité visuelle passe aussi par les changements de chapitre. Les mises en page actuelles sont très classiques dans le numérique, alors que dans l’édition papier, les maquettistes osent certaines audaces intéressantes, même pour de la fiction. Des enluminures, une mise en page graphique, bref, quelque chose qui met le lecteur dans l’ambiance de votre ouvrage. C’est à mon avis aussi important que le choix de la fonte ou de vos interlignes.

Des enluminures, mais, peut-être, pas à ce point-là en numérique...

Des enluminures, mais, peut-être, pas à ce point-là en numérique…

Hélas, ces théories sont souvent mises à mal par les applications de lecture numérique qui, toutes, absolument toutes, contiennent des bugs qui les empêchent de coller aux standards d’affichage de l’ePub tels qu’ils sont sensés être définis par le consortium IDPF.

La pratique : mes essais

Aussi ai-je rabattu de ma superbe, car mes belles idées se sont souvent heurtées à l’impossibilité technique d’être réalisées ne serait-ce que dans iBooks.

Mes premières idées de fenêtres modales ont été un tel cauchemar entre l’implémentation du JavaScript dans l’ePub et l’impossibilité de déterminer comment chaque application de lecture définissait son espace d’écran alloué au texte, que j’ai fini par les abandonner, alors que dans un navigateur internet tout fonctionnait à merveille. Et, franchement, ça avait de la gueule !

Le simple fait de penser une boîte de texte délimitée ou il serait nécessaire de faire défiler le texte pour qu’il soit complètement lu (un overflow pour ceux qui connaissent le code CSS3) afin d’y insérer la biographie de l’auteur s’est heurté à de nombreux bugs dans toutes les applications autres qu’iBooks, qui se comportait normalement.

Je ne vous raconte même pas le cauchemar des essais d’export en kf8, le format de Kindle qui ressemble à l’ePub3 : toute ma mise en page était à refaire…

Mes solutions actuelles sont de revenir à plus de simplicité sans pour autant abandonner les principes que je vous présentais plus haut. Les recherches de Jiminy Panoz sont venues là encore à mon secours, puisque son boilerplate min+, une sorte de gabarit de mise en page, explore en effet des possibilités de design qui m’ont bien inspiré.

Comment je vois le fonctionnement de mes pages de titre

Comment je vois le fonctionnement de mes pages de titre

Ainsi, la page de titre comporte-t-elle des liens vers la biographie et la bibliographie, dans le livre, mais dans un fichier qui sera non linéaire, c’est-à-dire qu’il ne fera pas obligatoirement partie de la séquence de lecture du texte. Il faudra cliquer pour découvrir. Les applications de lecture gèrent généralement bien les fichiers non linéaires, et leur mise en page peut-être plus simple que dans une fenêtre modale. La page de titre renvoie aussi vers mon site (oui, celui sur lequel vous êtes…) via le logo d’écaille & de plume du dragon et du phœnix, et vers la page de sommaire avec un détail de l’image de couverture.

Mon concept actuel de page de titre, non codé pour le moment...

Mon concept actuel de page de titre, non codé pour le moment…

La page de sommaire, elle, présente une table des matières plus graphique sans être complètement délirante, avec un pitch du récit pour servir de quatrième de couverture.

Concept actuel de table des matières, non codé pour le moment...

Concept actuel de table des matières, non codé pour le moment…

Enfin, l’intégration des réseaux sociaux est possible, de manière à laisser au lecteur l’opportunité de commenter sa lecture sur Goodreads, notamment.

Concept actuel de page de biographie et de bibliographie

Concept actuel de page de biographie et de bibliographie

Et vous, vous le voyez comment, le livre numérique qu’on a envie de garder ?

Magie Brute, de Larry Correia

Magie Brute, de Larry Correia

J’ai entendu pour la première fois parler des Chroniques du Grimnoir par +Car Beket, qui en prépare une adaptation en jeu de rôle avec Fate. Intrigué, j’ai voulu lire les romans.

Le mélange des genres Noir, « steampunck », et fantastique peut sembler être une chimère improbable et même un monstre de Frankenstein au premier abord. Je mets « steampunck » entre guillemets car il n’est pas vraiment ici question d’un monde où la technologie vapeur a remplacé l’électricité, mais bien plutôt d’une ambiance de douce uchronie et de dépaysement à la fois technologique et culturel, dont l’exemple le plus frappant est la présence de dirigeables comme moyens de transport, aux côtés du train. Un marqueur d’uchronie déjà utilisé dans de nombreuses œuvres, par exemple la série Fringe.

Les deux réalités de Fringe, dont l'une avec ses Zeppelin

Les deux réalités de Fringe, dont l’une avec ses Zeppelin

Magie brute est le premier opus du cycle, dans lequel Larry Correia développe son postulat de base.

Au cours du XIXe siècle, certaines personnes dotées de pouvoirs particuliers ont commencé à apparaître, possédant chacune un talent « magique ». Parmi ces Actifs, il y avait les Torches, capables de contrôler le feu, de l’éteindre ou de le faire naître à volonté, les Brutes, dont la force et la taille pouvaient changer, les Guérisseurs, dont le toucher pouvait faire cicatriser plus vite ou même écarter la maladie, ou encore les Lourds, qui savent modifier la gravité, la plier à leur désir pour alourdir ou alléger tout ce qui les entoure, eux-mêmes compris.
Jake Sullivan fait partie de cette dernière catégorie, mais contrairement à la réputation des Lourds, il se trouve être très fin, si fin qu’il attire l’attention de J. Edgar Hoover, qui dans l’Amérique du Grimnoir utilise les talents de ceux qu’une bonne partie de la population considère comme des monstres pour traquer leurs semblables, en tous les cas ceux qui se sont rendus coupables de crimes.
Pour cela, Sullivan lui aussi a eu affaire à la justice, pour un crime qu’il n’avait pas commis. Mais ce héros de la Grande Guerre est donc obligé de travailler pour les Fédéraux afin d’éponger sa dette. C’est par ce biais qu’il se trouve mêlé à la guerre secrète qui oppose la Société du Grimnoir, une organisation qui lutte pour maintenir la paix, et le Président de l’Impérium, un homme mystérieux aux pouvoirs terrifiants.

L’univers du Grimnoir est complexe, plus qu’il n’y paraît, riche, et pas si manichéen qu’on pourrait le craindre. Il y a là matière à de nombreuses intrigues, et les personnages, s’ils sont souvent caricaturaux, sont campés et suffisamment crédibles malgré ce léger défaut.

En outre, la traduction de Marie Surgers est savoureuse, qui parvient bien à rendre ce mélange d’argot, d’expressions imagées, de dialogues percutants et de détails dépaysants. L’ambiance m’a conquis, surtout sur la première moitié du récit.

Car hélas, j’ai beaucoup moins accroché sur l’intrigue centrale du livre, cette course à l’armement plutôt terne, sans véritable souffle. J’ai trouvé l’action assez fade, même avec les quelques morceaux de bravoure tentés dans les scènes de combat. Même celle qui à la fin se déroule sur plusieurs blimps à la fois m’a laissé relativement froid.
Peut-être est-ce parce que les enjeux sont tellement énormes qu’on ne les appréhende plus. Peut-être aussi parce que l’on s’attend à une problématique personnelle plus marquée pour les personnages, une tradition bien ancrée du genre Noir, et que l’on se retrouve dans une confrontation géopolitique et presque mystique qui relègue au second plan les interrogations de Sullivan envers ses frères, ou de Faye, l’orpheline qui pourrait être si attachante.

Il est difficile de concilier dans un même récit deux échelles d’enjeux aussi différents. Cela demande à mon sens un extraordinaire sens du dosage et de l’équilibre, et une grande maîtrise du rythme, pour ne pas étouffer l’un avec l’autre, mais surtout pour souligner l’enjeu du macrocosme grâce à celui du microcosme. C’est je crois la seule façon d’être à la fois pertinent et fluide.
C’est encore plus vrai dans le genre Noir, qui est surtout centré sur les enjeux psychologiques ou sociaux des personnages eux-mêmes, et s’accommode mal des luttes planétaires ou politiques. Sauf bien sûr pour les montrer sous un jour cynique et s’en servir comme révélateur des abîmes psychologiques où se vautrent leurs conjurés.

Hélas, je n’ai pas trouvé ce dosage réussi dans Magie brute, ce qui m’a fait l’effet d’une très belle idée mal exploitée.

Cette impression va-t-elle se confirmer dans le deuxième tome ?

L’Humanité après l’Effondrement, deux visions comparées

L’Humanité après l’Effondrement, deux visions comparées

Attention, cet article pourrait vous dévoiler certaines choses que vous préféreriez découvrir vous-même en regardant le film, la série ou en lisant le livre dont il est question ici.

L’Apocalypse… oui, mais après ?

Probablement depuis des éons, l’être humain s’interroge sur le devenir du monde et son devenir en tant qu’espèce. Il a pris conscience que chaque chose en ce monde naît, vit… et meurt, et que cet axiome fondamental peut aussi être appliqué au monde tel qu’il le connaît. Les mythes du Déluge et des « fins du monde » cycliques (par exemple ceux des Mayas) nous enseignent aussi qu’il réfléchit depuis bien longtemps à ce qu’il pourrait se passer après

Notre espèce a imaginé bien des façons dont son monde pourrait atteindre son terme.
Et pour illustrer ces peurs, nous avons imaginé des centaines histoires, dans les contes, dans la littérature, dans les films et les séries.

Les catastrophes naturelles sont bien sûr les causes les plus évidentes, celles auxquelles nous avons songé en premier. Les déluges, donc, qu’ils soient bibliques (Noé) ou précolombiens. Les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, et plus récemment les chutes ou collisions de météorites (Armageddon, autre) que notre connaissance du passé et notre science nous ont montrées comme les plus dangereuses. Nous savons que d’autres espèces ont subi leurs foudres, comme les dinosaures. Nous savons aussi qu’il y a eu des épisodes d’extinction en masse à plusieurs reprises dans le passé lointain de notre planète.

Jusqu’au bombardement de neutrinos à la base du « scénario » du film 2012.
Tout ceci n’étant que des causes extrinsèques, l’expression de « la Colère des Dieux » ou la vengeance de la Nature, ou bien même le hasard cruel et meurtrier.

Mais les causes naturelles n’ont pas suffisamment étanché cette soif, et, en s’observant elle-même, l’espèce humaine a bien compris que le plus grand danger qui la guettait était bien : elle-même. Les guerres thermonucléaires, bactériologiques, l’apparition de virus créés par l’Homme dans un but guerrier ou même pacifique (La Planète des singes : les Origines) et échappant à tout contrôle, sont évidentes à qui connaît la tendance belliqueuse des êtres humains.

Mais l’Effondrement est aussi celui d’une civilisation, d’un modèle de vie. Les récits de cataclysmes sont souvent l’occasion pour les conteurs de critiquer le modèle social ou de civilisation dominant, en montrant sa vanité. Ainsi le chaos résultant de l’arrêt d’une technologie devenue essentielle comme l’électricité, ou d’une des bases de l’économie capitaliste, aurait le même effet qu’une guerre nucléaire. Du moins dans l’anticipation que nous en avons.

La question centrale et commune à toutes ces histoires, à toutes ces anticipations n’est cependant pas vraiment le « comment ? », mais sans doute plus le « pourquoi ? ». Et plus encore, car la survie de l’espèce est ancrée au plus profond de nos gènes, le « que se passe-t-il après » ?

Car s’il y a des survivants (ce que nous ne pouvons pas ne pas imaginer), leur histoire semble au moins aussi intéressante que celle de l’Effondrement lui-même.
C’est d’ailleurs l’intérêt comme le défaut du film Signs de M. Night Shyamalan, que de poser, à sa toute fin, l’absence totale de survivant. La fin véritable d’une histoire. Autant cela fait réfléchir sur nous-mêmes en tant qu’espèce et sur notre place dans l’univers, autant, dramatiquement parlant, je trouve cette posture moins intéressante, puisqu’elle oblitère les questions de l’après.

Un peu par hasard, je suis tombé cet été sur le premier tome d’une saga, Zhongguo, par David Wingrove, intitulé Fils du Ciel. Et dans le même temps, j’ai enfin suivi le conseil de Car Beket : j’ai vu la première saison de The 100.

Deux façons d’envisager un monde post-apocalyptique. Deux façons d’appréhender l’Effondrement et ses conséquences. Deux façons d’explorer l’adaptation de l’espèce humaine à un changement radical de son monde.

The 100

The 100, une série de CW

Je ne vous cache pas que les deux premiers épisodes de la série The 100 de la chaîne américaine CW m’ont un peu refroidi.

Tout commence comme une de ces séries pour adolescents que j’exècre, genre Teen Wolf ou Vampire Diairies, où tout n’est que mise en scène de questions existentielles telles que « Jack a-t-il couché avec Megan alors qu’il était déjà en couple avec Sydney ? »

Mais à partir du troisième épisode, les choses deviennent beaucoup plus intéressantes et matures.

The 100 décrit le retour de 100 adolescents « sacrifiés » dans une tentative désespérée des derniers survivants de l’Humanité réfugiée dans une station spatiale pour recoloniser la Terre dévastée par une guerre nucléaire 3 générations plus tôt. Sacrifiés car la station spatiale se meurt. Sacrifiés car le projet de retour ne devait être déclenché que 3 générations plus tard. Sacrifiés car ils étaient tous condamnés pour des crimes ou des délits qui, surpopulation aidant, sont tous punis de mort sur la station. Sacrifiés car rapidement, tout lien avec l’Arche sera techniquement coupé, et qu’ils devront affronter seuls les nombreux périls d’une planète qui leur est devenue aussi étrangère qu’hostile.

La réalisation est extrêmement réaliste.
La technologie est crédible, car assez proche, finalement, de la nôtre.

À travers le parcours des personnages principaux que sont Finn, Bellamy, et surtout Clarke, de leurs relations avec ceux restés sur l’Arche et entre eux, on vit avec eux des remises en question éthiques, comportementales, politiques. La survie dans un environnement hostile les pousse à se poser des questions essentielles sur ce qu’ils pensent être juste et ce qu’ils pensent devoir faire comme entorses à cette justice idéale pour ne pas être tués.

On découvrira aussi que la Terre abrite des survivants de l’holocauste nucléaire, et que leurs réponses, plus anciennes, ne sont pas du tout les mêmes que celles que tentent d’apporter les héros de la série.

Sur l’Arche condamnée par le manque d’oxygène, les adultes qui ont envoyé ces adolescents en reconnaissance dans une mission suicide ont eux aussi leurs dilemmes à résoudre, leurs drames à jouer.

The 100 - Promotional Poster2

Au final c’est la confrontation des points de vue, des compromissions avec leurs idéaux, les liens qui se créent, qui montrent combien notre société actuelle nous protège ou nous expose à des dangers qui sont « artificiels », car créés par elle. La Nature sauvage telle qu’elle est décrite dans The 100 est celle des pionniers, et même si une civilisation d’ordre féodal s’est recréée sur Terre, elle est finalement elle aussi soumise aux lois de la Nature. Il n’est pas innocent, d’ailleurs, que tout se passe en forêt, lieu des mystères par excellence. Tout comme le traitement de cette colonisation par une série américaine fait penser férocement à une réflexion sur la vie des premiers colons débarqués du Mayflower au dix-septième siècle…

On se prend à réfléchir comme Clarke ou Bellamy, à se demander quelle décision on aurait prise à leur place. On cherche en nous-mêmes la réponse à cette question que posent souvent les premiers épisodes : « que sommes-nous ? » À quoi devons-nous accepter de renoncer pour survivre ?

Vous l’aurez compris, je suis devenu accro… Et dire que la saison 2 débute tout juste aux États-Unis !

Fils du Ciel, de David Wingrove

Fils du Ciel, la Couverture de l'édition française

David Wingrove est britannique. Aussi, l’ambiance de Fils du Ciel est-elle extrêmement différente de cette « frontière sauvage » que décrit The 100.

Nous sommes ici dans le Vieux Monde, et le poids de la civilisation passée est beaucoup plus présent.

Dans Fils du Ciel, c’est la civilisation occidentale qui s’est effondrée à la suite d’un krach économique et boursier généralisé que le héros, Jake, au cœur du système, a été incapable de juguler. Il est précipité, à la faveur de flashbacks très bien pensés, depuis le sommet d’une société inégalitaire et financière ressemblant à une exagération de notre propre capitalisme, jusqu’à une vie réorganisée plus simple où les trésors ne sont plus des milliards virtuels côtés en bourse, mais un savon, un vieux disque des Stones, une pile électrique, un fusil, et plus encore les relations entre les survivants.

C’est cette vie simple que l’on découvre dans les premiers chapitres, d’ailleurs, et on est loin de se douter que Jake est si intimement mêlé à la fin du monde qu’il a connu et qu’il semble ne pas regretter du tout alors même qu’il en était l’un des privilégiés.

La vieille technologie est au mieux bricolable, au pire totalement inutile. Mais elle est omniprésente. Les références à l’ancienne société sont beaucoup plus fortes, car moins d’une génération est passée, et la Terre est toujours peuplée. C’est une civilisation qui se crée sur les ruines d’une ancienne en quelques décennies.

Cet Effondrement-là interroge plus sur ce qu’il y avait avant que sur ce que les humains deviennent ensuite. Il nous pousse à revoir nos priorités actuelles. La virtualisation de l’économie, sa gestion par informatique. Les relations internationales.

Mais aussi sur ce que nous considérons comme vraiment précieux dans notre vie. Des œuvres d’art, comme des disques ? Nos proches ? Notre confort ?

Au fil des pages, David Wingrove nous décrit aussi comment l’Effondrement s’est déroulé dans son monde.
Alors que dans The 100 cette question est très secondaire, voire totalement absente (on sait seulement que l’Humanité s’est déchirée dans une guerre), on assiste presque au spectacle dans Fils du Ciel, même si c’est toujours avec le filtre du flashback ou du discours indirect, comme pour atténuer son importance par rapport aux conséquences.

Cette dimension du « pourquoi ? » et du « comment ? » est en effet une question essentielle du livre, puisque la saga Zhongguo décrit la prise du pouvoir mondial par la Chine pendant de nombreuses années. On apprend donc dès ce tome-ci (mais très tard, presque trop tard, d’ailleurs) que c’est un dirigeant chinois qui, sciemment, a provoqué le krach et la chute de la civilisation occidentale, afin de gagner une guerre sans avoir besoin de combattants. On apprend aussi que la Chine s’est relevée plus forte de ce cataclysme économique, que sa technologie n’a pas régressé, mais progressé, et qu’elle conquiert peu à peu l’ancien monde morcelé en une multitude de baronnies pseudo-féodales.

On bascule dans la géopolitique-fiction et l’affrontement de deux pensées. De façon peu originale, David Wingrove oppose la pensée orientale et la pensée occidentale, pour nous montrer les salauds et les justes dans les deux systèmes. Pour débuter sans doute une grande fresque dans un paradigme politique, économique et de civilisation qui nous est en grande partie étranger, puisque déjà plusieurs tomes de cette saga ont été publiés.

J’avoue que j’ai été dérouté par le fait que ce que je pensais être un récit post-apocalyptique était en fait le prologue d’un cycle plus traditionnel. Dérouté aussi que ces révélations arrivent si tard dans le livre. Dérouté enfin de cette rencontre presque à la fin, où tout bascule.

Ces péripéties sont cependant pour David Wingrove l’occasion de nous poser encore la question centrale : « que devons-nous faire et accepter pour survivre ? »

Et comme son écriture est quand même assez efficace et plutôt bien traduite dans notre langue, je crois que je vais poursuivre au moins un livre de plus…

Créer un livre électronique au format epub3, partie 2 : ePub Anatomy

Créer un livre électronique au format epub3, partie 2 : ePub Anatomy

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Précédemment dans la série

Après avoir fait un tour des raisons qui peuvent pousser à mettre un livre au format ePub3 et balayé rapidement les options qui s’offraient à nous pour ce faire, nous avons appris dans la première partie comment structurer son texte dans un logiciel de traitement de texte comme LibreOffice, ou dans Scrivener, puis comment exporter le document (ou le compiler) ainsi mis en forme sous un format ePub. C’est ainsi que je vous ai laissés, haletants, sur le résultat pas vraiment laid, mais pas vraiment fantastique, de Fée du Logis sur mon iPad dans le logiciel de lecture iBooks d’Apple.

Aujourd’hui nous allons donc aller plus loin et analyser le fichier que nous avons obtenu, afin de comprendre le fonctionnement d’un livre au format ePub3, et commencer, si possible, à réparer ce qui nous semble aller de travers.

Attention, cet article est déconseillé aux personnes qui seraient allergiques aux codes informatiques…

L’incision initiale : sous l’enveloppe de l’ePub

Avant toute chose, il vous faut un ePub sous la main. Soit vous suivez l’article précédent et créez votre propre ePub, soit vous pouvez télécharger la maquette d’ePub3 que je vous livre en téléchargement gratuit. Il vous suffit pour cela de renseigner votre adresse mail (que je n’utiliserai pas à d’autres fins).

Un fichier ePub n’est pas un fichier de texte simple. C’est plutôt un dossier de plusieurs fichiers différents, codé dans une archive .zip, mais dont l’extension de fichier a été renommée .epub. Tout cela est bien complexe, n’est-ce pas ? C’est pourquoi je préfère utiliser un programme spécifique pour ouvrir l’enveloppe du livre et mettre à nu les rouages internes.

Sur Mac, je me sers de ePub Packager. C’est une application payante, mais très efficace et très pratique : elle extrait pour moi le dossier enfermé dans l’archive et me dépose ce dossier sur le bureau de l’ordinateur. Je n’ai plus qu’à ouvrir le dossier et fouiller à l’intérieur. Je l’utilise également dans l’autre sens, une fois mon livre terminé, pour créer l’archive ePub définitive.

Il suffit de glisser-déposer le fichier ePub dans la fenêtre de l’application, et le scalpel virtuel vous ouvre le dossier.

Vous allez y trouver deux types de fichiers organisés en un squelette immuable : les fichiers obligatoires, qui sont les organes vitaux de l’ePub (en bleu sur la capture d’écran ci-dessous), et les fichiers facultatifs, qui en sont l’âme (en vert). Ces derniers sont essentiellement les fichiers de contenu de votre livre : le texte, les styles de texte, les images, les fontes, les fichiers audio ou vidéo qui forment votre œuvre. Nous nous y intéresserons plus tard, même si ce sera le plus important pour vous.

Deux fichiers ont la même fonction, ils servent à créer la table des matières du livre (ou Table of Contents en anglais, d’où le nom qui lui est souvent attribué : toc.ncx ou contents.xhtml), respectivement dans la norme ePub2 et la norme ePub3. Afin de garder une rétrocompatibilité vers les appareils de lecture plus anciens, il sera bien avisé de garder ces deux fichiers. Vous remarquerez aussi qu’un fichier est à la fois vital et libre, c’est le fichier .opf, auquel vous pouvez donner le nom que vous voulez, du moment que vous en avez placé un dans le dossier OEBPS de votre livre.

Comme vous le voyez, une bonne part des dossiers est immuable d’un livre à l’autre. Ce qui m’a donné l’idée de me constituer une maquette, une sorte de « template » comme on dit en informatique, un « patron » à réutiliser à volonté lorsque j’ai besoin de créer un nouveau livre.

Les instruments de la dissection : l’éditeur de texte

Pour aller plus loin, vous allez devoir ouvrir les fichiers les uns après les autres pour examiner puis modifier le code. Il vous faut donc un programme que l’on appelle un éditeur de texte. Comme un traitement de texte, mais pour les codes informatiques.

J’utilise pour ma part Espresso sous Mac. Comme la plupart de ses cousins, il est capable de colorer les lignes de code en fonction de leur syntaxe pour bien reconnaître les paramètres et pour ne pas (trop) se tromper. C’est lui qui va vous permettre de corriger et de modifier l’ADN de votre ePub.

Grâce à ce logiciel, vous pouvez lire les fichiers codés et les modifier, puis en vérifier l’aperçu (quand le code est connu par le logiciel, ce qui n’est pas le cas de l’opf, par exemple).

Vous remarquerez que les lignes de code commencent toutes par le caractère « < » et se terminent toutes par le caractère « > ». C’est ce qu’on appelle des balises. Ces balises sont des instructions, comme des verbes dans une phrase de français. Tout ce qui sera entre les balises servira à préciser l’ordre donné dans la phrase. Il y a ainsi une syntaxe particulière à respecter, qui demande un apprentissage parfois long…

Mais pour le moment, contentons-nous d’ouvrir les fichiers de notre archive ePub avec Espresso. Pour cela soit vous glissez le fichier sur l’icône d’Espresso dans votre Dock, soit vous faites un clic droit sur le fichier que vous voulez ouvrir et vous choisissez Espresso dans le menu déroulant « Ouvrir avec ».

Les Organes vitaux de l’ePub

Ce sont des fichiers dont il ne faut jamais modifier ni le nom ni la structure, au risque de rendre votre ePub illisible.

Le fichier mimetype

Il ne contient qu’une seule ligne, destinée à faire comprendre à un logiciel comment décoder le livre. C’est un fichier que vous ne devrez jamais modifier, car la ligne de code ne doit pas varier d’un seul caractère.

Le fichier container.xml

Lui non plus ne devra pas être touché, sauf si vous désirez changer le nom ou l’emplacement de votre fichier .opf, qui est le véritable cerveau de votre livre. Le fichier container.xml sert en effet essentiellement à renseigner l’emplacement et le nom du fichier .opf. Il est enfermé dans un dossier dont le nom ne doit pas être modifié, le dossier META-INF.

Neurochirurgie du fichier .opf, cerveau de l’ePub

Ce fichier .opf (nommons-le « livre.opf ») est le principal pourvoyeur d’erreurs lors de la construction d’un ePub, car c’est lui qui est le plus compliqué à fabriquer correctement, tant les règles qui dictent sa constitution sont drastiques. En l’ouvrant, vous allez trouver cinq parties distinctes, dont seules quatre seront indispensables en ePub3.

La première partie est constituée de lignes qui déclarant à quels langages informatiques on doit se référer. C’est assez compliqué et il vaut mieux ne rien changer à ces lignes sauf si l’on veut utiliser certaines fonctions propres à des lecteurs ePub, comme iBooks d’Apple par exemple.

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<package xmlns="http://www.idpf.org/2007/opf" version="3.0" unique-identifier="PrimaryID">
    ...
</package>
Les lignes de déclaration de l'opf sans metadatas

 

Dans ce cas-là, il faut rajouter quelques précisions (vous verrez dans quels cas dans le tableau des metadatas ci-dessous).

Au passage, j’ai rajouté également xml:lang, un paramètre qui indique que nous sommes dans un ePub dont la langue est le français. Vous aurez aussi noté que la version de l’ePub est obligatoirement indiquée.

<!--?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?-->
<package xmlns="http://www.idpf.org/2007/opf" version="3.0" xml:lang="fr" unique-identifier="pub-id" prefix="rendition: http://www.idpf.org/vocab/rendition/# ibooks: http://vocabulary.itunes.apple.com/rdf/ibooks/vocabulary-extensions-1.0/" xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops" xmlns:ibooks="http://apple.com/ibooks/html-extensions">
...
</package>
Les lignes de déclaration de l'opf avec metadatas spécifiques à iBooks

 

Les balises metadata

Le premier rôle du fichier .opf est de déclarer les metadatas du livre, c’est-à-dire les informations essentielles sur son identité : la langue dans laquelle il est écrit, son auteur (ou ses auteurs), les éventuels collaborateurs (illustrateurs par exemple), sa date de fabrication, sa date d’édition, son éditeur, une courte description (un résumé par exemple, la 4e de couverture…), son image de couverture, les droits qui y sont liés (licence Creative Commons, Copyright…). Tout cela dans un langage hermétique qui réjouira plus ceux d’entre vous qui ont l’habitude des codes informatiques que ceux qui aiment la littérature. C’est assez abscons, mais c’est indispensable. J’ai donc décrypté pour vous la norme ePub3, et voici la substantifique moelle de ce que j’ai pu en tirer.

Encadrées par les balises metadatas, se trouvent chacun des paramètres identifiant non seulement les données essentielles de votre livre, mais aussi certaines autres données spécifiques pour des lecteurs d’ePub particuliers (dans le cas ci-dessous, pour iBooks d’Apple).

Voici comment Scrivener liste ses metadatas :

    <metadata xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:opf="http://www.idpf.org/2007/opf">
        <dc:title>Fée du Logis</dc:title>
        <dc:identifier id="PrimaryID">urn:uuid:E9B7CBB8-1D23-40C5-8053-E84F87026351</dc:identifier>
        <dc:language>en</dc:language>
        <meta property="dcterms:modified">2018-03-20T20:00:18Z</meta>
        <dc:creator id="author">Germain HUC</dc:creator>
        <meta refines="#author" property="role">aut</meta>
        <meta refines="#author" property="file-as">HUC, Germain</meta>
    </metadata>
les metadatas de Scrivener

La liste des metadatas

Dans ce tableau (que vous pouvez manipuler à loisir et dans lequel vous pouvez même faire des recherches…), j’ai récapitulé toutes les metadatas de ma connaissance, pour vous indiquer comment les utiliser. Vous pouvez vous référer à l’exemple de code ci-dessus pour vous ce que cela donne en situation. Vous trouverez la syntaxe correcte et les quelques subtilités.

N’hésitez pas à m’indiquer dans les commentaires si vous trouvez des erreurs, des approximations ou des ajouts à faire. Je ferai bien volontiers les corrections et ajouts qui s’imposent.

TypeMetadataSignificationObligatoire ou OptionnelleValeurs possiblesNote
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:titleLe titre de l'ouvrageObligatoireVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:creatorLe ou les noms des créateurs (auteur, illustrateur)OptionnelVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:identifierUn identifiant pour l'ouvrage, comme l'ISBN par exempleObligatoireVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:publisherL'éditeur de l'ouvrageOptionnelVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:languageLa langue principale de l'ouvrageObligatoireToutes les langues...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:contributorLe ou les noms des contributeurs de l'ouvrageOptionnelVotre imaginaire...
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:dateLa date de publication de l'ePubOptionnelUne date quelconque au format AAAA-MM-JJ
Identification du livre : Dublin Core (dc)dc:sourceLa ou les sources de l'ouvrage (si c'est un recueil de nouvelles déjà publiées par exemple)OptionnelVotre imaginaire...
Précisions sur une baliserefinesDonne des indications sur une metadata précédenteOptionnelaut = auteur
bkd = book designer
bkp = book producer
edt = editor
cov = cover creator
ill = illustrateur
pbl = publisher
trl = translator
Rendu dans iBooks d'Appleibooks:bindingIndique si dans un livre à mise en page fixe la "pliure" du livre entre deux pages est visibleOptionneltrue, falsedans la balise package doit apparaître une ligne de définition.
Rendu dans iBooks d'Appleibooks:ipad-orientation-lockIndique si le livre est bloqué dans une orientation sur un iPadOptionnelportrait-only, landscape-onlydans la balise package doit apparaître une ligne de définition.
Rendu dans iBooks d'Appleibooks:specified-fontsIndique à iBooks qu'il doit utiliser les fontes intégrées dans l'ePubObligatoire si fontes intégrées dans l'ePub pour iBookstrue, falsedans la balise package doit apparaître une ligne de définition.
Rendu dans iBooks d'Appleibooks:versionIndique la version d'iBooks nécessaire pour lire l'ePubOptionnelUne version d'iBooksdans la balise package doit apparaître une ligne de définition.
Rendu général de l'ePubrendition:flowIndique si le rendu en flux doit être de type "site internet" ou de type "page de livre"Optionnelpaginated, scrolled-continuous, scrolled-doc, auto
Rendu général de l'ePubrendition:layoutIndique si le livre est de type mise en page fixe ou de fluxOptionnelpre-paginated, reflowable
Rendu général de l'ePubrendition:orientationIndique si le livre peut être lu en paysage, portrait, ou les deuxOptionnellandscape, portrait, auto (dans ce cas le texte sera adapté en fonction de l'orientation du système de lecture)
Rendu général de l'ePubrendition:spreadIndique si en mode paysage deux pages sont montrées ou une seule.Optionnelauto, both (dans ces cas-là, deux pages)
none (dans ce cas, une seule page même en paysage)

Le « manifeste »

La deuxième partie du fichier, la plus complexe à mon avis, est celle qui recense toutes les ressources utilisées dans le livre. De la plus petite image jusqu’aux fontes de caractères spécifiques, en passant par chaque chapitre du livre, les éventuelles vidéos ou les bandes-son, les scripts d’interactivité qui permettront aux lecteurs de contrôler des animations, les scripts css des feuilles de style qui vont vous permettre de définir la mise en page… tout, tout, absolument tout le contenu du livre doit être déclaré dans ce « manifeste », et selon une syntaxe là encore très précise.

Voici comment Scrivener vous aura organisé cette partie.

    <manifest>
        <item id="ncx" href="toc.ncx" media-type="application/x-dtbncx+xml" fallback="contents"></item>
        <item id="contents" properties="nav" href="contents.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
        <item id="body" href="body.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
        <item id="style" href="css/stylesheet.css" media-type="text/css"></item>
    </manifest>
Le manifeste créé par Scrivener

 

Et quant à moi, voici comment j’ai l’habitude d’organiser les choses : en regroupant les types de fichiers.

	<manifest>
		
		<!-- contenu -->
        <item id="ncx" href="toc.ncx" media-type="application/x-dtbncx+xml" fallback="contents"></item>
        <item id="contents" properties="nav" href="contents.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
        <item id="body" href="body.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
		
		<!-- styles -->
        <item id="style" href="css/stylesheet.css" media-type="text/css"></item>
		
		<!-- fontes -->
		
		<!-- images -->
		
    </manifest>
Mon organisation du manifeste

 

Vous voyez que j’ai enrichi mon livre avec des fontes de caractères précises, des feuilles de style, des images, le tout regroupé dans des dossiers spécifiques. Il est ainsi plus facile de s’y retrouver par la suite, car si vous oubliez de déclarer ici un seul élément présent dans le livre, celui-ci deviendra illisible par les lecteurs ePub

Mon conseil : à chaque fois que vous ajoutez un fichier dans votre ePub, insérez immédiatement la référence dans le manifeste du fichier .opf.

Comme vous avez aussi pu le constater, chaque fichier doit être suivi d’un code qui explicite sa nature. On appelle ça un type « mime » (non pas à cause du Mime Marceau). Il s’agit cependant de trouver le bon type mime pour chaque fichier. Vous pouvez consulter la liste de Wikipedia, ou bien directement la très longue liste qui se trouve ici. Pour ma part j’ai fait une petite liste des fichiers les plus utilisés dans un ePub, par catégorie, ce qui rend l’intégration dans le manifeste plus aisée.

Classe de fichierExtension du fichiermedia-typeproperties
Chapitre ou partie du livre.html
.xhtml
application/xhtml+xmlnav si contient la table des matières
svg si contient des images svg
scripted si contient du javascript ou une référence javascript
Fonte de caractères.otfapplication/x-font-otf
Fonte de caractères.ttfapplication/x-font-ttf
Fonte de caractères.wofapplication/font-woff
Image.jpgimage/jpeg
Image.pngimage/png
Audio.m4aaudio/mp4
Audio (ne fonctionne pas sur iPad).mp3audio/mpeg
Vidéo.m4vvideo/mp4
Vidéo (ne fonctionne pas sur iPad).webmvideo/webm
Script d'interactivité.jstext/javascript
Feuille de style.csstext/css

Chaque « item » est référencé par un nom (« id ») et par un chemin d’accès (« href »). Vous êtes libre de donner le nom de votre choix au fichier (sachant que le meilleur nom est celui qui vous permettra de savoir très rapidement à quel fichier précisément vous avez à faire), mais le chemin doit suivre les mêmes règles qu’un chemin de fichier classique sur votre ordinateur ou sur un site internet.

Par exemple mon fichier de fonte « Trajan Pro » se situe dans le dossier styles et son chemin sera donc : styles/TrajanPro-Regular.otf.

Enfin, petite subtilité qui m’a posé de nombreux problèmes, les « properties » ou propriétés de chaque élément. Il est impératif d’indiquer certaines particularités de vos fichiers. Si l’un de vos chapitres comporte une partie interactive (disons par exemple des boutons permettant de masquer ou d’afficher du texte caché), vous devrez ajouter sur la ligne de déclaration du manifeste la propriété « scripted ». Si un fichier de contenu contient la table des matières, vous devez indiquer la propriété « nav », s’il contient une image au format .svg, vous devrez indiquer « svg ». Si le fichier fait référence à plusieurs propriétés à la fois, vous devrez les séparer par un simple espace, suivant cette syntaxe :

<item id="page_couverture" href="page_couverture.html" media-type="application/xhtml+xml" properties="svg nav scripted"></item>
Syntaxe des propriétés

Il est à noter que votre livre doit contenir au moins un élément nav. Nous en verrons l’utilité dans le troisième article de cette série.

Quant au fichier toc.ncx, qui ne sert à rien en ePub3, mieux vaut le garder pour la rétrocompatibilité avec l’ePub2

L’épine dorsale : le « spine »

La partie suivante du fichier .opf est appelée le « spine ». C’est l’épine dorsale de votre livre. L’endroit où vous spécifiez quels sont les chapitres qui constituent votre ouvrage, et dans quel ordre ils doivent être lus. Inutile, dîtes-vous ? Pas tant que cela.

Car la subtilité vient du fait que vous pouvez avoir des fichiers qui constituent des annexes de votre livre et qui ne soient pas directement accessibles dans un ordre déterminé. Par exemple, une liste de définitions que votre lecteur pourrait aussi bien consulter au début de l’ouvrage qu’au milieu d’un chapitre. C’est ce qu’on appelle des fichiers « non linéaires » (ou « non linear content » en anglais). Vous ne savez pas dans quel ordre le disposer, mais vous voulez qu’il soit accessible. Vous devez donc le déclarer dans le spine, mais avec la mention « contenu non linéaire » (ou en code : linear= “no”). Ce fichier ne sera donc pas affiché comme un chapitre normal à la suite de son prédécesseur, mais appelé lorsque le lecteur fera une action (par exemple lorsqu’il cliquera sur la miniature d’un tableau).

     <spine toc="ncx">
        <itemref idref="contents" linear="yes"></itemref>
        <itemref idref="body" linear="yes"></itemref>
    </spine>
Le spine créé par Scrivener

Le « guide », obsolète en ePub3

Comme je vous l’ai déjà dit, le format ePub3 est assez récent et n’est donc pas pris en charge par toutes les tablettes et toutes les liseuses existantes. Cependant il serait dommage de priver certains lecteurs de votre œuvre donc, même au prix d’un alourdissement de votre code, donc du poids de votre fichier, donc de sa réactivité, je pense que toutes les options permettant une rétrocompatibilité de votre livre vers l’ePub2 sont intéressantes.

Le guide fait partie de ces options.

<guide>
        <reference type="toc" title="Contenu" href="contents.xhtml"></reference>
    </guide>
Le guide créé par Scrivener

Au final, la planche anatomique d’un fichier livre.opf

Voici ce que donne le fichier dans sa totalité :

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<package xmlns="http://www.idpf.org/2007/opf" version="3.0" unique-identifier="PrimaryID">
    <metadata xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:opf="http://www.idpf.org/2007/opf">
        <dc:title>Fée du Logis</dc:title>
        <dc:identifier id="PrimaryID">urn:uuid:E9B7CBB8-1D23-40C5-8053-E84F87026351</dc:identifier>
        <dc:language>en</dc:language>
        <meta property="dcterms:modified">2018-03-20T20:00:18Z</meta>
        <dc:creator id="author">Germain HUC</dc:creator>
        <meta refines="#author" property="role">aut</meta>
        <meta refines="#author" property="file-as">HUC, Germain</meta>
    </metadata>
    <manifest>
		
		<!-- contenu -->
        <item id="ncx" href="toc.ncx" media-type="application/x-dtbncx+xml" fallback="contents"></item>
        <item id="contents" properties="nav" href="contents.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
        <item id="body" href="body.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"></item>
		
		<!-- styles -->
        <item id="style" href="css/stylesheet.css" media-type="text/css"></item>
		
		<!-- fontes -->
		
		<!-- images -->
		
    </manifest>
    <spine toc="ncx">
        <itemref idref="contents" linear="yes"></itemref>
        <itemref idref="body" linear="yes"></itemref>
    </spine>
    <guide>
        <reference type="toc" title="Contenu" href="contents.xhtml"></reference>
    </guide>
</package>
le fichier livre.opf modifié par mes soins

Comment bien se tenir à la table… des matières

Un livre ne serait pas un livre sans son sommaire, ou sa table des matières. Et le livre électronique ne fait pas exception. Mais dans un ePub3, cette table des matières est à plusieurs endroits à la fois.

Tout d’abord, comme nous l’avons vu, dans la partie spine du fichier .opf.

Puis, pour le format ePub3, dans un fichier HTML particulier souvent appelé toc ou nav, et listé dans le manifeste avec la propriété nav.

Enfin, pour la rétrocompatibilité avec l’ePub2, dans un fichier au format spécial dont l’extension est .ncx.

Nous allons nous intéresser à ces deux fichiers en particulier.

Le fichier nav

Scrivener crée un fichier qui se nomme en l’occurrence contents.xhtml mais sa caractéristique principale est de contenir essentiellement une liste (codée en HTML par les balises <ol> et <li> imbriquées) des chapitres et sous-chapitres de votre livre. Ce fichier sera le canevas sur lequel s’appuiera le logiciel de lecture pour construire des liens vers vos différents chapitres. Et vous pouvez même remarquer que la balise <a> présente à chaque ligne, renvoie au fichier correspond au chapitre indiqué.

Si l’on simplifie, ce fichier n’est rien d’autre qu’un menu permettant d’accéder à chaque fichier, donc à chaque chapitre, de votre livre.

Il doit cependant suivre une règle immuable : la présence en début de liste de la balise <nav>, suivie de la précision ou propriété epub:type correspondante.

<!DOCTYPE html>
<html xml:lang="en" lang="en" xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops">
<head>
	<meta charset="utf-8"/>
	<title>Contenu</title>
	<link type="text/css" rel="stylesheet" href="css/stylesheet.css"/>
</head>
<body>

<p>Contenu</p>
<nav epub:type="toc" id="toc">
<ol>
<li><a href="body.xhtml">Chapitre I</a>
</ol>
</nav>

</body>
</html>
Le fichier contents.xhtml généré par Scrivener

Le fichier ncx

Scrivener a aussi généré un fichier appelé toc.ncx où se trouve la même fonctionnalité que le fichier nav, mais pour les logiciels ne lisant que le format ePub2.

Le principe structurant le fichier est le même, mais au lieu de faire appel aux balises HTML classiques de liste ordonnée (<ol>) et de ligne (<li>), le fichier utilise une syntaxe originale.

Il y aura donc une balise <navMap> qui indiquera le début du plan de votre table des matières.

Une balise <navPoint> qui marquera chaque chapitre, avec une propriété playOrder pour montrer au logiciel de lecture l’ordre dans lequel les chapitres doivent s’enchaîner logiquement.

Une balise <navLabel> indiquant le texte à afficher comme titre du chapitre dans le plan.

Et enfin un lien sous la forme non pas du classique hyperlien HTML (balise <a>) mais d’une nouvelle balise <content> suivie de la propriété src qui permet de déclarer le chemin du fichier correspondant au chapitre ou sous-chapitre.

On comprend combien l’ePub3 est plus simple…

<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<ncx xmlns="http://www.daisy.org/z3986/2005/ncx/" version="2005-1">
    <head>
        <meta name="dtb:uid" content="urn:uuid:E9B7CBB8-1D23-40C5-8053-E84F87026351"></meta>
        <meta name="dtb:depth" content="1"></meta>
        <meta name="dtb:totalPageCount" content="0"></meta>
        <meta name="dtb:maxPageNumber" content="0"></meta>
    </head>
    <docTitle>
        <text>Fée du Logis</text>
    </docTitle>
    <navMap>
        <navPoint id="navPoint-1" playOrder="1">
            <navLabel>
                <text>Contenu</text>
            </navLabel>
            <content src="contents.xhtml"></content>
        </navPoint>
        <navPoint id="navPoint-2" playOrder="2">
            <navLabel>
                <text>Chapitre I</text>
            </navLabel>
            <content src="body.xhtml"></content>
        </navPoint>
    </navMap>
</ncx>
Le fichier toc.ncx généré par Scrivener

L’âme de l’ePub

C’est là le plus intéressant, puisque c’est ici que vous allez mettre en forme l’œuvre déjà écrite.

Cependant, en ouvrant le fichier avec Espresso, voici ce que vous allez trouver :

<!DOCTYPE html>
<html xml:lang="en" lang="en" xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xmlns:epub="http://www.idpf.org/2007/ops">
<head>
	<meta charset="utf-8"/>
	<link type="text/css" rel="stylesheet" href="css/stylesheet.css"/>
</head>
<body>

<p class="titre-de-chapitre-page-padding"><br /></p>
<p style="text-align: center; text-indent: 0em" id="doc1">Chapitre</p>
<p style="text-align: center; text-indent: 0em">I</p>

</body>
</html>
Le premier chapitre de Fée du Logis codé en HTML

Que veulent dire ces codes ?

Ce sont là encore des balises, mais dans un langage différent de celui du fichier livre.opf. Ces lignes sont les mêmes que si votre livre avait été écrit dans un site internet, dans le langage de programmation HTML.

Quant au fichier qui commande la mise en forme de votre texte, c’est le fichier stylesheet.css. En l’ouvrant, voici ce que vous allez lire :

/* Base text formatting */
p { margin: 0rem 0% 0rem 0rem; text-indent: 0rem; }

/* Styles */
blockquote { margin: 1rem 0rem 1rem 0rem; }
blockquote p { margin: 1rem 0% 1rem 4.49rem; text-indent: 1.42rem; line-height: 1.1em; }
.mise-en-évidence { font-weight: normal; font-style: italic; text-decoration: none; }

/* Separators */
.separator { }

/* Page padding */
.titre-de-livre-page-padding { margin: 0rem 0rem 0rem 0rem; font-size: 1rem; line-height: 3rem; }
.titre-de-chapitre-page-padding { margin: 0rem 0rem 0rem 0rem; font-size: 1rem; line-height: 3rem; }

/* Tables */
/* Reset all potential built-in rendering assumptions so we have full control. */
table, table * {
    border: none;
    padding: 0em 0em 0em 0em;
    margin: 0em 0em 0em 0em;
}
table {
    /* Will centre tables on iBooks and others, but annoying, not ADE-based devices, which ignore auto margins. */
    margin: 1em auto 1em auto;
    border-spacing: 0em;
    border: solid #000;
    border-width: 0pt 0pt 1pt 1pt;
}

table caption {
    margin-top: 0.25em;
    caption-side: bottom;
    text-align: center;
}
...
Le fichier stylesheet.css créé par Scrivener

Déroutant, n’est-ce pas ?

C’est tout à fait normal. Vous avez devant les yeux la traduction informatique des styles que vous aviez patiemment ciselés dans votre traitement de texte. Il faut seulement vous habituer à cette traduction un peu barbare, afin de maîtriser plus rapidement cette façon de parler, et au bout du compte, corriger les quelques erreurs qui se seront glissées dans la mise en forme (puisque, vous vous souvenez ? mon texte n’avait pas la même apparence affiché par LibreOffice et par iBooks sur mon iPad).

Cet apprentissage déborde largement le cadre de cette série, puisqu’il s’agit d’apprendre deux langages informatiques (assez simples) complémentaires et imbriqués que sont le HTML5 et le CSS3.

Avant de poursuivre, il sera donc nécessaire pour vous d’aller traîner vos guêtres à cet endroit là, où vous pourrez très facilement et gratuitement (ce qui ne gâche rien) apprendre les rudiments qui vous manquent peut-être.

Lorsque cela sera fait, nous reprendrons le cours de cette série passionnante de dissection d’un livre au format ePub3 pour aller encore plus loin, dans l’épisode intitulé : Dessine-moi un ePub.

Créer un livre électronique au format epub3, partie 1 : structurer son texte

Créer un livre électronique au format epub3, partie 1 : structurer son texte

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Introduction : pourquoi le format ePub3?

Lorsque l’on parle de livre électronique, la plupart des gens mélangent facilement tout un tas de réalités différentes, en confondant le PDF avec le format Kindle ou l’ePub. Si d’ailleurs on simplifie au maximum, même un simple fichier au format .txt pourrait être un livre électronique.

Cependant, il me semble que le véritable livre électronique doit répondre à certaines caractéristiques et tout d’abord le confort de lecture. Lire un PDF à la mise en page fixe n’est pas vraiment toujours du plus grand confort, car la taille des caractères ne s’adapte pas à la taille de l’écran sur lequel vous lisez. Ainsi, si sur un ordinateur certains textes en PDF peuvent facilement se lire, sur tablette cela devient beaucoup plus compliqué et quasiment impossible sans zoomer 4 fois sur un smartphone.

On considère donc que seuls quelques rares formats répondent aux contraintes qui définissent un livre électronique. Les deux plus importants sont l’ePub, format libre développé par un consortium regroupant différents acteurs majeurs du secteur de l’informatique (car le standard de codage est basé sur le langage informatique des pages web), et les formats Kindle développés par Amazon dans son coin, plus ou moins avec les mêmes bases mais en rajoutant des barrières. Apple a fait de même avec son format iBooks, dans le même dessein de contrôler de bout en bout la chaîne de vente et d’enfermer ses clients dans une architecture maîtrisée. Il faut néanmoins reconnaître que l’iBookstore comme Amazon acceptent les fichiers au format ePub.

 

L’ePub3

La norme ePub en est à sa troisième itération majeure. Elle est basée sur un principe simple : le livre sera codé comme un site web, avec les mêmes langages, et selon les mêmes principes. Il n’y aura que quelques particularités rajoutées au code pour faire comprendre au logiciel de la liseuse ou de la tablette (un navigateur internet un peu modifié) qu’il s’agit bien d’un livre.

Cela a pour conséquence que le fond (le texte que vous avez mis tant de temps à peaufiner dans le secret de votre atelier d’écriture) sera dans un fichier séparé de la forme (la police de caractère, sa taille et les couleurs utilisées pour les gros titres, les titres intermédiaires, le corps du texte, les citations, etc.). C’est le principe même de codage des sites internet. Ainsi, vous pourrez quand bon vous semble (ou le lecteur), changer tout ou partie de la forme pour améliorer le confort de lecture.

C’était déjà le cas pour les deux itérations précédentes de la norme.
Alors, pourquoi choisir l’ePub3 qui n’est pas encore totalement supporté par tous les industriels et toutes les liseuses et tablettes ?
Tout simplement parce que c’est le format le plus prometteur et qu’il permet une véritable avancée dans la mise en page et dans les possibilités d’ajouter des images, des vidéos, de l’audio et de l’interactivité. Car il est basé sur les standards actuels du codage internet que sont les langages HTML5 et CSS3.

Ne vous inquiétez pas, derrière ces noms barbares se cachent en fait de grands cœurs qui vous donneront beaucoup de satisfaction si vous savez leur parler gentiment…

Livre de flux ou livre à mise en page fixe, telle est la question

En parlant de mise en page, cette séparation entre le fond et la forme prend tout son sens quand on sait que les liseuses et les tablettes ne donnent jamais véritablement le même rendu, et que le principe du livre électronique est celui que je vous énonçais plus haut, à savoir :

La mise en page doit pouvoir s’adapter pour rendre le confort de lecture le plus grand au lecteur.

Cette mise en page va dépendre donc de contraintes techniques telles que la taille de votre écran (7 pouces, 9 pouces, 12 pouces, au-delà), sa technologie (couleur, pas couleur, retina, pas retina), mais aussi de contraintes humaines : les difficultés de vision éventuelles de votre lecteur (il lui faudra augmenter la taille de la police de caractères pour bien voir), ses envies (tient-il sa tablette en mode portrait ou paysage pour lire ?), ses habitudes.

C’est là qu’il faut faire un choix métaphysique.

Allez-vous créer un livre dont la mise en page s’adaptera au support en prévoyant des règles dans votre mise en forme (c’est ce que l’on appelle le « flux » de données), ou bien allez-vous fabriquer un livre dont la mise en page sera fixée à l’avance, avec le moins de latitude possible pour le lecteur ?

Généralement, on choisit un livre de flux pour un ouvrage composé essentiellement de texte et où la mise en page n’est pas absolument nécessaire à la bonne compréhension du fond. Un roman, une nouvelle, seront construits selon cette philosophie.

Par contre, un livre dont la mise en page est essentielle à la compréhension (une bande dessinée, un reportage photo, un livre pour enfants avec des images à manipuler) sera conçu de manière à ce que sa forme soit la plus fixée possible, comme un PDF. Mais avec en tête le postulat que la lisibilité doit être maximum.

La différence essentielle entre les deux approches est que l’ouvrage qui en sortira sera soit lisible par à peu près toutes les liseuses et toutes les tablettes dans le premier cas (le flux étant disposé différemment selon les règles que vous aurez spécifiées pour chaque appareil dans votre codage, et laissant au lecteur la possibilité d’agrandir le texte, de se passer des images, de changer les couleurs, etc.), soit codé spécifiquement pour une marque, un type, un modèle, voire un seul logiciel dans le deuxième cas (car les règles de mise en page seront tellement draconiennes que cela vous demandera un travail énorme pour les rendre parfaites, et le lecteur ne pourra modifier ni couleurs ni taille, au risque de ruiner le but même du livre).

Le choix est donc dans le degré de maîtrise que l’on accepte de perdre sur sa mise en page. C’est assez frustrant, je dois l’avouer, lorsque l’on a envie que la forme soit aussi impeccable que le fond. Et je n’ose imaginer ce que doivent ressentir les maquettistes de formation devant cet état de fait…

Il est possible, cela dit, de mélanger un peu les deux approches et de garder la possibilité de maintenir une mise en page fixe sur certaines pages tout en conservant sur d’autre une structure de type « flux », via une astuce particulière de codage du fichier de mise en forme (le fameux fichier de CSS) dont je vous parlerai dans quelques temps.

Existe-t-il un autre Style ?

Une fois ce choix cornélien effectué sur la forme que vous voulez donner à votre création, il est temps de s’occuper du fond.
Il faut écrire. Écrire. Encore écrire. Beaucoup.

Vous pouvez écumer l’internet en quête des nombreux conseils d’écriture. Vous devez surtout travailler votre propre style, votre propre méthode de travail, et parvenir à un manuscrit qui vous satisfasse pleinement.

Et c’est une fois votre texte achevé, relu et encore relu des dizaines de fois, que vous allez pouvoir le préparer à devenir un vrai livre numérique.

Pour que cela soit possible, il faut donc que le logiciel de lecture comprenne où sont les titres, où est le corps du texte, où est la marge éventuelle.
Le fond doit donc porter des indications de la forme. Cela se traduit par le fait que votre texte sera codé dans un fichier HTML5 dont les balises permettront de guider le fichier CSS3 chargé de mettre en forme vos mots.

Mais écrire un livre directement en HTML5 n’est pas très agréable…

 

La plupart des écrivains (comme la plupart des gens d’ailleurs) se servent donc de logiciels de traitement de texte, comme la suite Office de Microsoft, LibreOffice, ou même Pages de chez Apple.

Tout le monde a déjà eu l’occasion de se servir au moins une fois des traitements de texte modernes comme l’un de ces trois-là.

J’ai tout récemment adopté quant à moi une approche différente, que je vous présente dans le premier volet de la série Making of a book, à savoir le logiciel Scrivener, un peu déroutant (j’ai mis des années à m’y faire), mais d’un confort d’utilisation sans pareille.

Mais si tout le monde sait à peu près comment, dans ces logiciels, mettre un mot en italique ou en gras, en sélectionnant simplement le mot et en cliquant sur l’icône « italique » ou l’icône « gras » (c’est la mise en forme directe), peu de gens savent correctement mettre en forme un texte en se servant des Styles. Et pourtant c’est bien plus puissant…

Tous les logiciels de traitement de texte permettent d’appliquer à des zones particulières ce qu’ils nomment en général des « Styles ». Ces Styles ne sont en fait que des formatages particuliers de la typographie, qui pourront être réutilisés facilement ensuite. Ils correspondent parfaitement à nos besoins de mise en forme puisqu’ils permettent de dire que, par exemple, « les titres de chapitre seront en Police Helvetica de taille 14 points, en gras, soulignés », et que « le corps de texte sera en Police Times New Roman de taille 11 points, normal », tandis que « les citations seront en Police Times New Roman de taille 12 et en italique ».

Les Styles pourront même s’appliquer aux paragraphes. Ainsi les paragraphes de Titre peuvent-ils être « centrés avec un espace de 20 points au-dessus du paragraphe, et un espace de 60 points en dessous du paragraphe », tandis que « le corps de texte sera constitué de paragraphes justifiés avec un espace de 5 points avant et après le paragraphe, et une indentation de la première ligne de 60 points », et « les citations seront des paragraphes justifiés avec une marge droite et une marge gauche de 70 points ». Par exemple.

Cette étape vous permet de structurer correctement votre texte non seulement pour créer un livre électronique, mais également pour créer un livre papier. Car une fois les styles créés, vous n’aurez qu’à sélectionner un morceau de votre texte et décider de lui appliquer le format « Titre » ou le format « corps de texte ». Et s’il vous prend l’envie de changer l’aspect de votre texte, il vous suffit de changer les paramètres du Style « Titre » pour que, automatiquement, votre logiciel change tous les bouts de texte qui seront indiqués comme étant des titres.

Autre réflexe important : éliminer les sauts de ligne intempestifs. À la place, vous pouvez déterminer que le style de paragraphe utilisé laisse quelques points/pixels/millimètres de distance en haut et en bas. La raison en est que cela rend le texte plus facilement adaptable aux différentes résolutions d’écran, et que vous aurez moins de lignes veuves et orphelines dans votre texte..

Mais il y a plus encore : la hiérarchie de titres.
Le titre de votre roman n’aura pas la même forme que le titre d’un chapitre, et ils seront tous deux différents du titre d’une partie, ou de celui d’un sous-chapitre. Vous allez donc les hiérarchiser, en donnant la forme d’un « Titre1 » au grand titre de votre roman, celle d’un « Titre2 » au titre des parties de ce dernier regroupant plusieurs chapitres, celle d’un « Titre3 » aux titres des chapitres, et éventuellement une « Titre4 » aux titres des sous-chapitres si vous en avez.

Cette hiérarchie des titres est essentielle, car elle correspond au codage du fichier HTML5 que vous obtiendrez dans votre livre au format ePub3. Le Titre1 deviendra une balise h1 (ou « header 1 »), et votre Titre4 une balise h4 (ou « header 4 »).

 

Maison de Corrections

Vous avez envie d’écrire, c’est louable. Vous avez sans doute beaucoup de talent. Mais de grâce, soignez votre orthographe ! Il n’est rien de plus irritant, pour un lecteur, de bloquer sur un mot mal orthographié, sur une coquille oubliée, sur une tournure de phrase mal pensée. Pour ma part, une telle chose me gâche mon plaisir.

La Forme est sans doute aussi importante que le Fond, surtout pour un lecteur, ou même un relecteur ou un correcteur. Pour un éditeur c’est indispensable.

Et malgré toutes les dictées que ma mère m’a infligées (pour mon bien) dans mon enfance, tous les articles du Bescherelle que j’ai pu apprendre (et croyez-moi, j’avais intérêt à les savoir par cœur !), toutes les listes de mots que je devais connaître, il m’arrive à moi aussi de me tromper. Surtout sur un clavier d’ordinateur.

Il y a donc un outil indispensable à ce stade de la production de votre livre : se servir d’un correcteur orthographique et grammatical. Vous pourriez vous contenter de celui qui sera intégré à votre logiciel de traitement de texte, mais je vous le déconseille. Ces correcteurs-là sont en général assez mauvais. Ils peuvent vous indiquer une erreur qui n’en est pas une, ou en laisser passer d’autres qui sont pourtant criantes. De plus, ils ne corrigent pas forcément la typographie, c’est-à-dire les erreurs telles que les doubles espaces, les espaces fines, les espaces insécables, ou même les guillemets « français » (ceux qui sont utilisés dans ce texte). Certes, l’exportation en ePub effacera quelques-unes de ces corrections typographiques (les espaces insécables ou fines par exemple), mais ce sera déjà un bon pas si vous voulez publier votre livre en format papier. Et même avec l’exportation en ePub, les guillemets seront corrigés, et les doubles espaces enlevés. Vous aurez aussi pu prendre soin de mettre des accents aux majuscules qui doivent l’être en français, comme le « É » ou le « À ». Ces corrections seront conservées dans l’ePub.

Pour ma part, je me sers d’Antidote 9. C’est un logiciel cher (la centaine d’euros), mais extrêmement complet et très très bien conçu. J’apprends beaucoup de choses depuis que je l’utilise, et pourtant, je pensais être un très bon connaisseur de la langue française.

Une fois installé sur votre ordinateur, Antidote se place en interface avec de nombreux autres logiciels pour être accessible à tout moment. Dans LibreOffice, c’est une barre de trois icônes qui s’insère dans votre flux de travail. Je me sers principalement de celle de gauche qui appelle le correcteur orthographique, grammatical et typographique.

j

La liste des corrections typographiques absolument nécessaires

  • Accentuez les majuscules qui doivent l’être
  • Utilisez les tirets cadratins ou semi cadratins pour les dialogues
  • Ne faites pas de césure, ni automatique ni manuelle, les logiciels s’en sortent très mal
  • Choisissez entre l’indentation du texte (le retrait de première ligne), ou l’espace entre les paragraphes
  • Utilisez les guillemets français ou les guillemets anglais, mais toujours les mêmes…
  • Justifiez votre texte
  • Respectez la règle de positionnement des espaces : un point à la fin d’une phrase n’est jamais précédé d’un espace et est toujours suivi d’un espace, par exemple. Allez sur cette page pour saisir toutes les règles de la ponctuation et des espaces

Pour plus de détails sur la façon de se servir d’Antidote pour corriger votre texte sur le premier volet de la série d’articles Making of a book.

Métamorphose du texte vers l’ePub

Au contraire d’un fichier de texte (que son format soit .doc ou .docx pour Word, .rtf ou .odt pour LibreOffice), un livre électronique n’est pas un seul fichier constitué d’un seul tenant. C’est une sorte de dossier contenu dans une archive comme le format .zip (si je vous parle chinois, allez voir quelques définitions de formats de fichiers ici). Nous explorerons d’ailleurs en détail les entrailles d’un livre ePub dans le prochain article de cette série.

Il faut donc transformer notre fichier texte en une archive ePub.

Nous pourrions le faire nous-mêmes, « à la main ». Mais ce serait pénible, tant la transition est complexe.

Alors, pour gagner du temps, il est utile de laisser un logiciel faire le plus gros du travail pour nous, car vous verrez, vous vous embêterez déjà assez comme ça lorsqu’il s’agira de peaufiner votre livre pour en faire quelque chose qui vous plaise vraiment tout en satisfaisant aux règles strictes et parfois capricieuses des logiciels de lecture électronique.

Bien sûr, cette étape ne donnera pas naissance au produit fini, mais bien à une ébauche, à une pierre brute que vous allez devoir patiemment polir en vous attaquant au code. Mais au moins, le gros du travail aura été fait d’un simple clic…

Il existe de soit-disants « éditeurs de livres électroniques », des logiciels dérivés d’applications pour créer des sites internet, comme Blue Griffon ePub Edition, mais ils sont tous vendus très très chers pour ce qu’ils font… Personnellement, je préfère comme toujours la liberté, ce qui veut dire souvent mettre les mains dans le cambouis… le code…

Comme nous l’avons vu dans l’épisode 1 de la série d’articles Making of a book, j’utilise Scrivener pour composer mes écrits, et je me sers donc de la fonction de compilation vers l’ePub3 intégrée dans le logiciel.

Nous détaillerons dans l’épisode 3 de cette série les étapes de cette compilation, mais il suffit pour l’instant de savoir qu’en cliquant sur Fichier > Compiler, et en choisissant le format de publication que j’ai partagé avec vous avec l’option ePub3, Scrivener crée pour vous le fichier adéquat.

Ne reste plus qu’à tester son rendu sur votre tablette.

Sur mon iPad, le résultat n’est pas mal du tout. Cependant, vous remarquerez que la première ligne n’est pas indentée, que la fonte n’est plus Adobe Jenson Pro comme dans mon fichier Writer mais Times New Roman. Même si c’est un excellent début, ce n’est pas encore le livre dont je rêve car l’automatisation n’a pas préservé tous mes réglages de styles. Pour cela, il faudra faire soi-même le travail en découvrant les entrailles du fichier.

Ce sera l’objet de notre deuxième épisode : ePub Anatomy

Fée du Logis, Chapitre I

Fée du Logis, Chapitre I

Je vous présente ici le premier chapitre d’une histoire dont je vous ai déjà parlé. Fée du Logis est issue d’un rêve que j’ai fait il y a quelques mois, et qui m’a suffisamment marqué pour me donner une envie irrépressible de l’écrire. Une envie, ou même un besoin, tels que j’ai encore interrompu mes autres projets, pourtant nombreux et pourtant plus avancés, plus anciens ou plus attendus (essentiellement par ma femme).

Si je vous livre aujourd’hui cette première partie, c’est que j’avais aussi envie de la partager, car elle me fait découvrir un monde que je ne connaissais pas auparavant en écriture : le quotidien de notre époque. J’ai plus l’habitude de plonger mon encre dans des univers imaginaires de science-fiction ou de fantasy. Cette fois-ci, le décor est très différent, puisqu’il s’agit d’une histoire contemporaine. Je m’aventure donc dans des parages dont Mlle N. est plus coutumière.

Enfin, il s’agira aussi pour moi d’un aiguillon pour ne pas trop traîner, cette fois, à écrire le mot « fin » d’une histoire.

N’hésitez pas à me donner vos avis dans les commentaires…


L’agent immobilier l’attendait près de la porte de bois, sanglé dans son costume un peu trop strict, aussi emprunté que s’il avait enfilé une armure médiévale. Un beau jeune homme d’environ vingt-deux à vingt-cinq ans, à la coupe de cheveux impeccablement maîtrisée et rasé de près comme il se doit. Son regard marron perdu dans la rédaction d’un message sur son smartphone.

Il rangea prestement l’objet dans la poche intérieure de sa veste en voyant soudain Alice venir vers lui, comme pris en faute. Il lui tendit aussitôt sa main pour s’incliner un peu maladroitement vers elle et esquisser un baise-main suranné. Elle en fut malgré elle flattée et agréablement surprise. Elle était bien placée pour savoir que les jeunes de sa génération n’avaient pas la moindre éducation, en général. Celui-ci semblait faire exception à la règle. Même son parfum semblait avoir été choisi avec goût. Elle se surprit à le regarder avec un peu plus d’intérêt. Elle n’avait pas à faire à quelqu’un d’ordinaire. On l’avait prise au sérieux, cette fois-ci. Cela faisait déjà deux jours qu’elle courrait d’agence en agence, d’appartement en appartement. Deux jours qu’elle repartait déçue de ses visites, déçue des lieux dont on lui vantait un peu trop de mérites, déçue des agents trop obséquieux ou trop désinvoltes. Deux jours qu’elle perdait un temps précieux.

C’était le dernier appartement qu’elle avait prévu de visiter avant de se résoudre à rentrer à Paris sans avoir trouvé de point de chute. La dernière agence à laquelle elle avait décidé de faire confiance avant de s’en remettre à la solution d’un hôtel loué pendant deux ou trois mois, le temps de prendre ses marques.

– Mme Daimiault ? Je suis Marc, nous nous sommes parlé au téléphone ce matin. J’espère que vous avez trouvé facilement.
– Très facilement. Les points de repère sont assez simples. Le Musée des Augustins, la Place Saint Georges… même sans connaître Toulouse il serait difficile de se perdre.
– L’appartement dont je vous ai parlé se trouve au deuxième étage. Je vous précède ?

Il ouvrit la porte après avoir donné un tour de clef et ils pénétrèrent sous un porche renaissance dont les arches donnaient sur une cour pavée cernée de balcons, de fenêtres à meneaux et même d’un escalier en colimaçon de pierre qui rappelait celui du château de Blois, avec ses salamandres et ses gargouilles. Tout cela enchâssé dans un écrin de briques récemment débarrassées de leur gangue de pollution, qui donnait à l’endroit une ambiance vénitienne surprenante.

Marc se dirigea sans ralentir vers l’arche qui s’ouvrait sous l’escalier.

– J’espère que le lieu ne vous semble pas trop ancien. Vous aviez bien insisté pour voir des biens avec beaucoup de charme, alors je me suis dit que ce serait peut-être quelque chose qui pourrait convenir. Les propriétaires actuels n’ont, hélas, pas pris grand soin de l’appartement qui leur est tombé en héritage, et seraient heureux de le vendre à quelqu’un qui saurait lui rendre son lustre d’antan. J’ai cru comprendre que vous recherchiez quelque chose dans ce goût-là.
– Pour le moment en tous les cas, vous avez vu juste, Marc. Je ne savais pas que votre ville recelait de telles merveilles architecturales.
– Et pourtant le centre-ville en est rempli. Vous savez, Toulouse a été une ville riche, à la Renaissance. Ah, faites attention, certaines marches peuvent être glissantes, parfois.

L’escalier s’élançait dans le sens antihoraire, ce qui était inhabituel, Alice le savait. Il était largement ouvert sur la cour dont il donnait un point de vue plus enchanteur encore que depuis l’entrée, avec la fontaine de pierre dont l’eau gargouillait agréablement. La lumière orangée du soir d’été qui étendait ses ombres sur la ville donnait une touche plus irréelle encore au tableau. Au fur et à mesure qu’elle en gravissait les marches, Alice se sentait conquise par l’ambiance. La curiosité de ce qui l’attendait dans l’appartement commençait à devenir presque insoutenable. Elle savait que la déception serait véritablement de taille si le lieu devait être inférieur à ce qu’elle commençait à imaginer.

Parvenus au deuxième étage, sur le balcon qui courrait sur tout le long de la cour, abrité par un toit de tuiles soutenu par des colonnes et des arches de style roman, ils firent une pause, le temps que Marc tourne une autre clef dans la serrure d’une autre porte de bois aux ferronneries manifestement très anciennes. Les gonds étaient travaillés de motifs floraux et le heurtoir représentait une figure mythologique, probablement un hippogriffe si elle ne se trompait pas.

Marc la précéda et manœuvra l’interrupteur électrique. Une lumière chiche mais crue dévoila un vaste couloir qui servait de vestibule d’entrée à l’appartement. Elle fit un pas à sa suite, et s’immobilisa aussitôt. C’était là. C’était l’endroit dont elle n’avait pas même osé rêver pour la nouvelle vie qui allait s’ouvrir pour elle et qu’elle redoutait tant.

Les murs, dont les tapisseries dix neuvième étaient déchirées à de larges endroits, étaient soulignés de moulures en plâtre ou en boiseries qui semblaient bien antérieurs à cette époque-là. Les couleurs des peintures étaient ternies, écaillées, le bois était vermoulu du plancher au plafond où des morceaux entiers s’étaient effondrés au sol. Les vitres étaient de verre piqué, parfois brisé, parfois rayé. Il n’y avait aucun meuble dans le vestibule. Mais quelque chose semblait émaner de cet endroit. Quelque chose qui attirait irrésistiblement Alice. Elle se sentait bien dans ce lieu. Elle s’y sentirait bien, elle en avait l’intime conviction. Même pour affronter ce qui allait bientôt être une vie remplie d’épreuves.

Elle finit par suivre Marc qui ouvrait les volets de bois décrépis d’un salon immense au parquet de marqueterie et où trônait une cheminée de pierres et de briques. L’impression d’espace était incroyable, celle d’être revenu quelques siècles en arrière plus encore.

Prenant son silence pour du désappointement, Marc tenta de la rassurer.

– Malgré l’état dans lequel vous le voyez, c’est un immeuble sain. La copropriété suit très sérieusement la solidité des fondations et mandate très régulièrement une société spécialisée qui garantit que la bâtisse dans son ensemble reste conforme aux normes d’habitabilité les plus strictes. Les Bâtiments de France ne permettraient de toute façon pas que l’on badine avec la sécurité ou que l’intégrité du bâtiment puisse être mise en cause.

Alice ne l’écoutait même plus. Elle parcourait les pièces les unes après les autres, tournant les poignées de porte en porcelaine désuètes, admirant les lucarnes percées au deuxième étage, touchant du bout des doigts les fresques défraîchies. Cuisine à l’évier blanc rempli de poussière, baignoire sur pieds à l’émail écaillé, compteur électrique d’un autre âge, chambres de bonnes minuscules, pièces privées des maîtres de maison aussi grandes que des séjours, tout était délicieusement décalé à l’époque d’internet et des réseaux sociaux.

Mais c’est en découvrant la fresque peinte au-dessus d’une petite cheminée qu’elle sut avec certitude qu’elle allait signer le compromis de vente. Elle avait au départ pensé que c’était un véritable tableau, mais en s’approchant elle avait réalisé son erreur. La peinture avait été tracée à même le mur, et si ses cours d’histoire de l’art ne la trompaient pas, l’artiste qui l’avait réalisée avait vécu cinq siècles auparavant, car, elle en était persuadée, le dessin datait de la même époque que la bâtisse elle-même. Elle se trouvait devant une peinture exécutée pendant la Renaissance, par une main experte qui avait déjà intégré les techniques novatrices à l’époque de la perspective. Elle en restait pétrifiée d’admiration. Les visages de la scène champêtre étaient si précis, si étonnamment bien conservés malgré les outrages du temps et de la moisissure, qu’elle aurait pu les reconnaître sur l’instant si elle les avait croisés dans la rue.

– Vous savez, c’est à cause de cette peinture que l’appartement lui-même a été classé. C’est aussi pour cela qu’on appelle cet hôtel particulier l’Oustal del Fauno, l’Hôtel du Faune en occitan. À cause du satyre sur la fresque.
– C’est parfait.

Marc eut l’air surpris.

– Vous… vous êtes sûre ?
– Oui. Je suis prête à faire une offre. Raisonnable, il va sans dire. Mais je crois que ce sera une demeure agréable une fois dépoussiérée et remise en état. Et j’ai besoin que tout soit prêt très vite. Je dois pouvoir emménager ici dans deux mois. C’est vital pour moi.
– Je ne pense pas que cela posera problème. Je contacte les propriétaires actuels et je vous tiens au courant.

Le chemin du retour jusqu’à son hôtel sur la Place du Capitole parut assez irréel. Les images de l’appartement étaient encore vives dans son esprit, et l’ambiance si sereine qu’elle avait ressentie en le visitant parvenait encore à apaiser le bouillonnement de ses pensées. Mais celles-ci reprenaient peu à peu leurs droits, comme si chaque pas qu’elle faisait en dehors de l’Hôtel du Faune la replongeait un peu plus dans la tempête de ces derniers jours. C’était une fin d’après-midi d’été, chaude et ensoleillée, qui donnait à la ville un air de vacances, un air de week-end à Rome qui contrastait avec les pensées tourmentées qui s’agitaient dans son crâne. Les Toulousains flânaient dans les rues avec ce mélange d’insouciance et de fierté que donne le privilège de vivre dans la Ville Rose. Les belles jeunes femmes aux tenues légères minaudaient aux terrasses des cafés. L’une d’elles lisait un manuscrit qu’elle corrigeait en profitant de la douceur de vivre, et soudain la brume qui pesait sur les pensées d’Alice se déchira en un premier lambeau lorsqu’elle la vit répondre à un appel sur son téléphone portable. Sept jours plus tôt, elle était elle-même installée à son bureau de la Sorbonne, à corriger des copies d’examen. Il était déjà tard, et elle aurait dû être rentrée, mais ce soir-là Martin devait assister à une conférence, et elle n’avait pas envie de se retrouver seule chez eux, sans lui. Le téléphone vibra soudain et le numéro qui s’affichait se mettait en correspondance dans son répertoire avec une personne qu’elle n’avait pas entendue depuis plus d’un an. Elle hésita un court instant.

La jeune femme sur la terrasse ensoleillée sembla s’illuminer en entendant la voix de son interlocuteur, se recula dans le dossier de son siège et abandonna ses corrections. Son sourire s’entendait aussi bien qu’il se voyait.

– Olivia ?
– Je ne savais pas si tu allais décrocher. Comment vas-tu ?

La voix était hésitante. Empruntée. Évidemment. Pas facile de renouer le contact.

– Je vais bien. Je suis encore au boulot… Et… toi ?
– Je vais bien aussi… Écoute, si je t’appelle, c’est que…
– C’est à cause d’elle, n’est-ce pas ?
– Oui, c’est à cause de Maman. Elle est… Elle a besoin de nous. Elle a besoin de toi, Alice.

Alice sentit son cœur se serrer en même temps que sa voix se durcir.

– Elle n’a qu’à m’appeler elle-même, si elle a besoin de moi.
– Alice, elle ne peut pas…

La voix de sa sœur devint un filet presque inaudible.

– Elle est malade.

Ces trois seuls mots eurent un effet inattendu et parfaitement incroyable. Ils parvinrent un instant à fissurer l’épaisse muraille qu’Alice avait érigée autour du concept même de famille. Elle s’entendit prononcer une réponse tout aussi folle.

– J’arrive. Je prends le premier avion.

La jeune femme porta la tasse de café à ses lèvres après avoir raccroché. Elle rayonnait. Alice détourna le regard et, dans une impression désagréable que les rayons du soleil transperçaient enfin l’hébétude cotonneuse dans laquelle elle avait passé les dernières heures, elle remarqua une mère qui devait avoir son âge et sa fille d’environ sept ou huit ans. La complicité était évidente. La petite fille s’accrochait à la main de sa mère tout en gambadant à côté d’elle. Les doigts entremêlés, Alice n’osait pas vraiment regarder le visage de sa mère et ses yeux d’un bleu si dérangeants. Elle resta concentrée un long moment sur cette main déjà ridée, qui tremblait légèrement au rythme des mouvements involontaires de la maladie.

Elle entra enfin dans le hall de l’hôtel et se sentit parcourir les couloirs du service de neurologie. Le professeur Carroll était un homme tout sec qui flottait presque dans sa blouse blanche où un badge déclinait son nom et sa fonction de chef de service. Il lui restait peu de cheveux sur le crâne, coupés très courts, blancs. Il les avait reçues très poliment et avec une grande empathie il les avait priées de s’assoir, avant de les regarder toutes deux dans les yeux pendant quelques secondes.

L’escalier qui menait à sa chambre rappela à sa mémoire la descente des escalators de l’aéroport de Blagnac. Olivia était venue l’attendre. Alice la trouva subtilement changée, depuis un an qu’elle ne l’avait pas vue. Plus empâtée, peut-être, même si cette impression n’était pas due à une prise de poids visible. Son visage paraissait plus marqué. Son allure générale était plus empruntée que dans son souvenir, dans ses vêtements toujours aussi ternes. Ses cheveux blonds coupés courts laissaient cependant son joli visage exprimer des traits séduisants et l’éclat de ses yeux bleus parfaitement dérangeants. Aussi dérangeants que l’étaient les yeux de leur mère. Mais son regard était voilé.

Elle s’avança maladroitement pour embrasser Alice, qui se laissa plus ou moins étreindre. Et sans crier gare, elle éclata en sanglots.

– Que se passe-t-il, Olivia ?
– Je ne sais pas encore. Elle est à l’hôpital et pour le moment les médecins ne veulent rien me dire. J’ai pris rendez-vous avec le chef du service de neurologie. Nous devons le voir demain.

Et, séchant ses larmes :

– Pour le moment, tu dois être exténuée. Je te raconterai dans la voiture. J’ai préparé la chambre d’ami.
– J’ai pris une chambre d’hôtel. Je ne savais pas que tu viendrais me chercher. Et je pense que c’est mieux. N’allons pas trop vite.
– Oui, tu as sans doute raison. Je te dépose où ?
– J’ai pris une chambre sur la Place du Capitole. C’était tout ce qui restait.

Dans sa chambre d’hôtel, sa valise était encore ouverte sur le lit, débordant de vêtements. Elle ne savait plus trop si elle devait la faire ou la défaire. Elle ne parvenait plus à se raccrocher à la réalité, à l’instant présent. Seuls des mots semblaient avoir encore le pouvoir de la ramener à ce qui était l’ici et maintenant. Des mots simples, directs, que Martin et elle échangeaient dès qu’ils le pouvaient depuis une semaine. Des mots sur les écrans rétroéclairés de son téléphone, de sa tablette, de son ordinateur portable. Je pense à toi. Courage. J’ai passé la soirée avec Benjamin. On lui a offert un poste à Montréal. Je t’aime. Il a fait très chaud à Paris. Des mots prononcés avec la voix si envoûtante de Martin à travers le combiné téléphonique. Tu es forte. Je suis là. Nous passerons l’épreuve ensemble. J’ai commencé à faire les cartons. Le poste a l’air intéressant. Je descends sur Toulouse dans quinze jours pour rencontrer le chef de projet. Des mots rassurants. Des mots d’amour.

Et au milieu, des mots de peur. Je prends l’avion pour Toulouse ce soir. Olivia m’a appelée. Maman est malade.

Maman est malade.

La voiture d’Olivia était une de ces berlines au châssis surélevé comme des quatre-quatre. Extrêmement confortable et un brin hautaine. Les sons à l’intérieur y étaient feutrés, comme absorbés par le cuir des sièges. Lorsqu’elles furent sur le périphérique, Olivia commença à raconter les premiers signes de la maladie de leur mère.

– Personne n’y a fait attention au début, bien sûr. Elle a commencé à tomber, d’abord de façon très espacée, puis plus régulièrement, comme si ses jambes ne la portaient plus de façon soudaine. Tu la connais, elle reste souvent seule sans voir personne pendant des semaines, alors beaucoup de choses sont passées inaperçues. Puis elle a eu des difficultés à parler, à mâcher ses aliments. Elle n’a rien dit avant que son dentiste l’envoie consulter son médecin. Et un jour, pendant un repas à la maison avec les parents de Pascal, elle a failli s’étouffer…

Olivia restait concentrée sur la route, sa voix secouée d’émotion. Alice la regardait sans mot dire. Le profil de sa sœur se découpait dans la vitre à contre-jour, seulement éclairé par les lumières intermittentes des éclairages publics. Elle la connaissait bien. Elle savait quelle maîtrise elle pouvait avoir sur elle-même. Son visage restait impassible mais sa voix se brisait par moments.

– Là encore, nous avons cru à une simple maladresse, et aux urgences, l’interne nous a rassurés en nous parlant d’une fausse-route alimentaire. Ce n’est qu’il y a une semaine que quelque chose de grave s’est produit. Elle a tout à coup eu une hallucination… elle… elle a vu papa qui lui parlait. Elle a voulu le suivre à l’extérieur, en robe de chambre, et c’est monsieur Glabelle, quelques centaines de mètres plus loin, qui l’a retrouvée errant sur le bord de la route nationale.

L’image de sa mère s’imposa d’elle-même. Cette femme élancée et élégante, au port altier, toujours tirée à quatre épingles, errant dans la campagne. L’image avait comme un goût d’impossible, comme une mélodie rendue bancale par une fausse note. Tout cela rendait une impression si étrange.

Et comme un fondu enchaîné, un effet spécial dans un film de science-fiction, l’élégante veuve aux traits encore si fins, au regard franc et cassant, à la longue chevelure retenue en un savant chignon blanc se mua progressivement en la vieille malade au teint pâle et aux yeux hagards dont Alice avait tenu la main tremblante, calée dans un fauteuil roulant au rembourrage synthétique. Presque muette d’émotion, Alice s’était contentée de gestes. Elle reconnaissait à peine sa meilleure ennemie dans le corps de cette ombre à moitié vivante. Et pourtant, le regard si bleu parvenait encore par moment à retrouver sa dureté et son acuité, et Alice y retrouvait les souvenirs heureux et moins heureux de son histoire avec sa mère. Une pression imperceptible de la main de Flora Daimiault sur celle de sa fille. Une pression qui n’était pas l’un de ces tremblements incoercibles, mais bien un geste volontaire. Et Alice se retrouva à enlacer sa mère, à l’âge de sept ans, après son premier chagrin d’amour. Elle perçut le goût salé de ses larmes et le contact si rassurant et enveloppant du baiser déposé sur ses cheveux. Un simple éclair dans les yeux de Flora Daimiault et Alice revit le tonnerre qui gronda entre elles lorsque son père, son père si doux et si distant à la fois, était allongé dans un cercueil de bois brillant.

– Ça fait une semaine qu’elle est hospitalisée en neurologie. Ils lui ont fait tout un tas de tests, mais pour le moment ils n’ont pas les résultats. Lorsque je suis allée la voir, elle m’a tout juste reconnue. Elle m’a d’abord prise pour toi. Elle… elle t’a réclamée…

Olivia avait arrêté le moteur devant la grande entrée de l’hôtel, près du palais de briques et de pierres qui faisait la fierté des Toulousains.

Et Alice s’était couchée. Ces deux nuits-là, celle de son arrivée et celle de sa visite de l’Hôtel du Faune, elle ne dormit pas bien, malgré la climatisation qui adoucissait la température de la nuit caniculaire. Ses rêves furent moites, désagréables, mais ne lui laissèrent au matin qu’un vague sentiment de colère et de dégoût. Ses longues heures de veille, au contraire, l’imprégnèrent de leur amertume tenace.

Sans même demander à sa sœur aucun détail supplémentaire, elle avait rassemblé à la hâte ses copies et les avait enfournées dans sa sacoche en cuir dans un désordre indescriptible. Les trois mots avaient agi comme une incantation sur elle, dont la magie avait immédiatement opéré. Elle se jeta pratiquement dans la bouche de métro qui onze stations et un changement plus tard la déposait presque au bas de son immeuble.

Ce n’était pas tant la succession des mots que le ton avec lequel Olivia les avait laissés s’échapper de sa gorge. Une sorte d’urgence s’était propagée dans les artères d’Alice. Une urgence plus forte encore que les rancœurs et les haines.

Puis elle avait rejoint Olivia à l’hôpital.

Le professeur Carroll, peut-être satisfait de son examen silencieux, prit enfin la parole.

– Mesdames, ce que j’ai à vous annoncer n’est pas agréable à entendre. Nous avons réalisé de nombreux examens et la seule conclusion à laquelle nous sommes fondés à nous rendre est que votre mère souffre d’une forme tardive de maladie de Huntington. C’est une maladie neurologique dégénérative, ce qui veut dire que les symptômes vont encore empirer. Et hélas nous ne possédons pas de traitement. La seule chose que nous pouvons faire c’est atténuer la gravité des symptômes afin que les choses se passent du mieux possible et qu’elle ne souffre pas trop. Mais l’évolution sera impossible à arrêter… je suis vraiment désolé…

Le silence pendant deux secondes. Olivia était sidérée, mais on la sentait à fleur de peau. Elle était proche de l’effondrement. Alice déglutit avec peine, la bouche soudain très sèche. Elle parvint tout de même à articuler la question.
– Vous parlez d’évolution… quelle évolution ?

Le médecin mit quelques secondes de plus avant de répondre.

– Cette maladie touche essentiellement deux compartiments de fonctions cérébrales : les zones motrices, pour donner des mouvements incontrôlables comme vous l’avez déjà constaté, des paralysies, ou des difficultés à se mouvoir, et les zones qui sont le siège de fonctions cognitives et comportementales. Dans ce deuxième lot de symptômes, on peut voir des manifestations psychiatriques, comme des dépressions induites, ou des changements de comportement. Et dans de nombreux cas, tout ceci conduit à une forme de démence particulièrement sévère. Il faut vous attendre à ce que votre mère perde la raison à plus ou moins longue échéance.

Le regard si bleu de Flora s’était illuminé lorsque sa fille était entrée dans la chambre aux murs blancs. C’est d’une voix mal assurée, presque chevrotante, qu’elle avait prononcé son nom. Alice était restée muette. Elle s’était approchée du fauteuil, s’était assise sur le lit juste à côté. Elle avait pris la main de sa mère dans les siennes. De longues secondes passèrent, où la mère et la fille se cherchèrent du regard sans jamais trouver le courage de vraiment se regarder. Puis enfin Alice, fixant la main de Flora, parvint à émettre un son.

– Je suis là, maman.
– Je savais que tu viendrais. Je l’avais dit à ta sœur. Je le savais.

Le silence retomba entre elles. Mais Alice trouva la force de plonger ses yeux dans les deux aigues-marines de sa mère. Comme on fend la surface liquide de l’océan, elle fut happée par des abîmes de souvenirs.

Et lorsqu’elle émergea à nouveau, quelques éclaboussures liquides coulaient sur la joue de Flora.

– Ils t’ont expliqué ce qui m’arrivait ?
– Oui, ils m’ont dit. Ne t’inquiète pas. Martin et moi en avons parlé. Nous allons venir nous installer ici.
– Je ne m’inquiète pas pour moi, Malice, mais pour Livia et toi. Vous avez fait le test ?

Le professeur Carroll savait qu’il allait aborder le plus délicat à présent.

– Il y a cependant une autre raison à votre présence ici, dit-il. La maladie de Huntington est une maladie neurologique grave, mais elle est aussi génétique. Chaque personne touchée, homme ou femme, a une chance sur deux d’en transmettre le gène à chacun de ses enfants.

Il fit une pause pour s’assurer que les implications de sa phrase devenaient claires. À en juger par le silence atterré des deux jeunes femmes, c’était bien le cas.

– Il existe un test génétique qui peut détecter cette anomalie dans l’ADN avant que les premiers symptômes n’apparaissent. Bien avant. La maladie met des dizaines d’années avant de se déclarer.
– Mais il n’y a pas de traitement, c’est bien ça, articula Alice ?
– C’est bien ça.
– Alors à quoi donc pourrait nous servir ce test ?

Elle ne sembla retrouver peu à peu ses esprits que dans l’avion d’Air France qui la ramenait vers Paris. La brume qui pesait sur ses pensées se déchirait par lambeaux à mesure que les souvenirs de cette semaine prenaient enfin racine dans sa conscience et qu’elle en comprenait vraiment tous les événements.

Elle était installée dans le siège près du hublot. L’hôtesse dévolue à ce rôle commençait les démonstrations de sécurité qui composent le rituel initiatique de tout voyage en avion avec des gestes mécaniques et presque désabusés. Sa vue se troubla un instant.

À quoi donc pourrait bien servir ce test ? La question avait tourné dans son esprit depuis qu’elle l’avait posée au neurologue et elle n’avait toujours pas de réponse. Elle n’avait pas d’enfant, n’en voulait pas spécialement et n’en avait jamais vraiment voulu. Martin lui en parlait de temps à autre, mais c’était surtout pour évoquer sa propre enfance. Et de son enfance, Alice n’avait pas toujours de très bons souvenirs. Tout juste des impressions fugaces de petits bonheurs éphémères noyés dans une gangue de discipline permanente. Les jeux avec Olivia. Les promenades dans la campagne avec leur père, à pied ou en vélo. Le goût des gâteaux au chocolat que Flora confectionnait avec les œufs frais et le lait que leur apportait Marcel Glabelle, le voisin le plus ancien de la famille. Il possédait une petite ferme tout près de la demeure familiale et lorsqu’Olivia et Alice étaient enfants, il les laissait jouer dans la grange où il entreposait son foin. C’était le temps de l’insouciance. Le temps où leur père était encore en vie.

Quand elle pensait à son père, elle pensait toujours d’abord à un moment bien précis. Elle devait avoir sept ou huit ans. Ils étaient tous les quatre partis faire un pique-nique à quelques kilomètres de Toulouse, dans les paysages vallonnés qui longent le Canal du Midi, près du Lauragais. Il faisait un soleil éclatant, et les deux sœurs s’amusaient à se courir après. Victor leur avait montré le petit bois près duquel ils avaient étalé leur nappe. Et l’idée d’une exploration s’était imposée d’elle-même. Elle était retournée dans ce bois, adulte, et s’était rendu compte combien son esprit d’enfant l’avait magnifié et agrandi, lui donnant des proportions extraordinaires. Mais à l’époque, elle avait vu ce bois comme une forêt profonde et mystérieuse qui l’avait attirée et au sein de laquelle elle pouvait découvrir de fabuleux trésors. Elle s’était imaginé parcourir un royaume hors du temps. Si bien qu’elle avait, au détour d’un bosquet, perdu de vue ses parents et sa sœur, et que, soudain, elle se crut perdue. Les bruits et les odeurs de la nature l’avaient tout entière absorbée. Mais elle n’avait pas eu peur. Pas vraiment. Et lorsqu’une forme haute surmontée de cornes s’était avancée en contre-jour vers elle, elle avait cru rencontrer un faune ou un homme-cerf. Un bref instant, elle avait retenu son souffle, consciente que la créature pouvait s’enfuir ou lui vouloir du mal. Puis un rayon de soleil vint frapper le visage du faune, et elle réalisa le tour que la lumière lui avait joué quand elle reconnut son père qui la cherchait. Ce qu’elle avait pris pour des cornes ou des bois de cerf étaient des branches basses qui venaient couronner sa tête en une illusion de surimpression. Mais pendant des semaines, elle se demanda souvent si son père était bien un être humain, et pas une créature féérique veillant sur Olivia et elle. Ses disputes avec Flora et son suicide quelques mois plus tard lui infligèrent un démenti cinglant. Elle grandit brutalement tout en pleurant toutes les larmes de son corps et en nourrissant une haine de plus en plus grande de sa mère. Mais ce jour-là, dans ce bois, elle s’était sentie transportée, et elle avait compris combien son père pouvait être quelqu’un de merveilleux. Il était toujours doux et posé. Il racontait souvent des histoires, des contes et des légendes, il avait une façon de voir la vie tellement personnelle et décalée, tout en références et en beauté. Même l’événement le plus insignifiant était pour lui une source d’émerveillement qu’il s’efforçait de partager avec ses filles et avec sa femme. Alice ne percevait pas, à cet âge-là, que ce côté lumineux était sans doute la seule chose qui le maintenait vivant. Car il avait aussi un revers sombre, des crises de larmes et de prostration, lorsque les traumatismes de la guerre en Bosnie revenaient le hanter. Il faisait tout son possible pour ne pas les montrer à ses filles, mais elles savaient d’instinct que certains regards, certaines paroles, pouvaient déclencher chez leur père des moments difficiles. Alice s’imaginait alors que sa nature féérique le conduisait à des douleurs atroces lorsqu’il passait de trop longs moments dans la réalité des humains. La vérité était que les choses qu’il avait vues et faites dans son passé le hantaient, le rongeaient. Il se retirait alors dans son bureau, qui devenait un territoire interdit. Alice avait appris à en avoir peur, comme si les portes d’un enfer y avaient été cachées.

Elle comprit soudain, le regard perdu dans la vitre du hublot, que cette image irréelle de son père aux bois de cerf ne l’avait jamais quittée. Elle sut pourquoi l’Hôtel du Faune serait sa nouvelle demeure une fois revenue à Toulouse. La fresque au-dessus de la cheminée représentait une danse joyeuse de nymphes et de satyres au creux d’un bois dense et mystérieux, tandis qu’un couple singulier trônait au centre d’un dais formé par les branches entrelacées d’un arbre vénérable. Une fée blanche aux yeux vairons, et un faune couronné de bois de cerf.

À Suivre…

Mes lectures de l’été 2014

Mes lectures de l’été 2014

J’ai la chance d’avoir des amis qui me connaissent plutôt bien et qui savent également ce qu’il pourrait me plaire de lire.
Peut-être m’avaient-ils entendu me plaindre récemment de n’avoir plus rien à lire de passionnant depuis un moment, ou bien encore de la qualité littéraire médiocre de ce qui me tombait sous les yeux ? Toujours est-il qu’à deux semaines d’intervalle, deux d’entre eux m’ont offert de la lecture. Et à deux semaines d’intervalle, ils ont visé juste.
J’ai donc profité de ce début d’été pour me remettre à lire avec plaisir, et j’ai même découvert par moi-même de quoi peut-être satisfaire mon appétit de mots.

L’assassin court toujours…

Je suis un amoureux des mots, et parfois même des jeux qu’ils inspirent. Manifestement je ne suis pas le seul, car Frédéric Pommier a recensé dans ce petit livre qui se lit avec délectation quelques dizaines d’expressions toutes faites entendues ou lues tous les jours, et particulièrement utilisées par les médias. Avec un plaisir évident, il les décortique et les tourne à sa manière, pour leur trouver à chaque fois un sens auquel on n’aurait pas pensé au premier abord. Parmi mes préférées : « un plat très malin », « le millefeuille administratif », ou « un incident voyageur ».

assassin-court-couverture

Et l’air de rien, au fil de la lecture, on rit des autres, mais aussi de soi-même, lorsqu’on repère également en nous les mêmes tics de langages, les mêmes expressions toutes faites que l’on a incorporés dans notre propre façon de parler… ou d’écrire.
Cela encourage à découvrir plus encore l’extraordinaire richesse de notre langue, qui permet tout autant de varier les manières de dire les choses que de créer de doubles, triples, ou quadruples sens dans des expressions utilisées par chacun d’entre nous.

La séparation, Le glamour

J’ai véritablement la sensation d’avoir découvert un écrivain en la personne de Christopher Priest, et surtout à la lecture de ce très bon roman au carrefour entre document historique, uchronie subtile, et réflexion sur les petits moments ou les grands événements qui créent notre réalité.
De plus, je n’ai jamais lu Priest en anglais, mais la traduction française de Michelle Charrier est admirable de fluidité… et de qualité littéraire, ce qui se fait plutôt rare à mon sens en science-fiction et fantastique de nos jours.

Pour donner un peu envie, que dévoiler de l’intrigue de départ sans déflorer le sujet ?
Le livre part du principe que deux jumeaux homozygotes anglais, Joe et Jack Sawyer, l’un pacifiste engagé dans les actions de la Croix Rouge anglaise et l’autre pilote de bombardier dans la Royal Air Force, ont joué un rôle central dans la Deuxième Guerre mondiale. Et suivant lequel des deux destins l’on suit, le cours de la guerre s’en trouve changé, tout comme l’état du monde après la Deuxième Guerre.
Si l’on suit Jack, l’Histoire s’est déroulée telle que nous la connaissons.
Si l’on suit Joe, Rudolf Hess et Winston Churchill sont parvenus à s’entendre sur un traité de paix séparée entre l’Allemagne nazie et l’Empire Britannique en 1941, permettant le succès de l’Opération Barberousse et l’entrée des États-Unis en guerre contre non pas le Japon mais l’Union Soviétique de Staline… et d’autres bouleversements plus intéressants encore pour qui aime l’Histoire.

C’est d’ailleurs le seul défaut de ce roman : mieux vaut maîtriser un tant soit peu les faits historiques réels pour bien goûter tout son sel et s’interroger sur sa conclusion.

L’écriture est quant à elle fluide, précise, évocatrice. L’intrigue mélange le roman épistolaire et la narration classique. On se sent vraiment dérouté par la fin, car Priest ne tranche pas réellement.

En tous les cas, La séparation m’a donné envie de lire d’autres ouvrages de Christopher Priest. J’ai donc commencé Le glamour, qui est tout aussi documenté, et cette fois-ci en psychologie et notamment en hypnose. Le thème de la multiplicité de la réalité y est également central, décliné d’une manière un peu similaire puisqu’il s’agit d’un récit à plusieurs voix là encore. Dans une alternance de narrateurs, le livre raconte comment un caméraman de la BBC frappé d’une amnésie rétrograde à la suite d’un attentat essaie de reprendre contact avec les semaines qui ont précédé le traumatisme à travers l’hypnose et sa rencontre avec une femme qui se prétend être sa petite amie. Il ne parvient pas à se souvenir d’elle tout d’abord, puis, aidé par l’hypnose et par la présence de la jeune femme, il va reconstruire peu à peu une mémoire. Mais cette mémoire sera-t-elle un fidèle reflet de la réalité, ou bien une reconstruction de son cerveau, de ses désirs, de ses peurs ? Plus encore, cette amnésie ne pourrait-elle pas être le signe de la sensibilité de Richard Grey au pouvoir mystérieux que prétend posséder Susan, le « glamour », la particularité de se rendre invisible aux autres ? Ou pire encore, toute cette réalité-là n’est-elle qu’une manipulation mentale issue de la vengeance de l’ex-amant jaloux de Sue, Niall ?

Tout aussi prenant qu’une intrigue de Philipp K. Dick avec en plus une touche littéraire plus prononcée, Le glamour est un roman très déstabilisant. L’alternance des narrateurs notamment ne permet pas de savoir si l’histoire est réelle, si Richard Grey est toujours dans son amnésie, si Sue n’est pas folle, si Niall existe. Je sens que je vais lire d’autres ouvrages de Christopher Priest.

Quantika tome 1, Vestiges

La science-fiction francophone compte de grands noms comme Barjavel ou Pierre Bordage. Peut-être Laurence Suhner a-t-elle le potentiel de créer des mondes aussi enthousiasmants que ceux-là. En tous les cas le premier tome de son cycle est prometteur.

Le premier monde colonisé par les êtres humains en dehors du système solaire se trouve être une planète de glace inhospitalière, Gemma, pour laquelle la terraformation a échoué, et au-dessus de laquelle flotte le seul vestige extraterrestre jamais retrouvé par l’Humanité, une arche gigantesque et impénétrable nommée le Grand Arc. Une équipe d’archéologues est montée pour retrouver des vestiges d’une antique civilisation dans les profondeurs de la planète de glace, tandis que contrairement à ce que les nombreuses factions en présence peuvent penser, l’Humanité n’est pas seule à s’intéresser aux secrets que recèle Gemma.

Le premier tome du cycle de Laurence Suhner

Le premier tome du cycle de Laurence Suhner

Le postulat est riche d’opportunités dramatiques, le monde est bien pensé, la narration est assez bien menée. Il manque juste pour moi un style accrocheur. Laurence Suhner n’écrit pas mal, et même plutôt mieux que beaucoup, mais pour le moment ses mots ne m’ont pas vraiment transporté.
Reste à lire la suite, sans doute, pour trancher.

Et pour vous, cet été au climat si perturbé a-t-il été propice à la lecture ?

Livre électronique : Ultima Necat, de l’idée à la réalisation

Livre électronique : Ultima Necat, de l’idée à la réalisation

Voilà plusieurs mois que je travaille à la fabrication de mon premier livre numérique.
C’est donc après de longues, très longues heures d’apprentissage et de codage que le voici enfin prêt à être libéré sur le net.

Un exercice de style ?

Pour ce premier pas dans le monde mystérieux du livre électronique, je voulais explorer beaucoup de choses.
En tout premier lieu je voulais expérimenter les possibilités nouvelles offertes par ce genre de média, et dont je vous parlais il y a quelques mois : l’adjonction d’audio, de vidéo, d’interactivité.
J’ai donc temporairement suspendu l’écriture de mes projets plus « littéraires », pour me pencher sur un sujet qui pourrait légitimement être traité avec de telles « augmentations » par rapport à un livre papier.
Le choix s’est porté sur les textes, images, photographies, sons et vidéos que j’ai accumulé en trois ans de développement pour Ultima Necat, et qui me semblaient pouvoir constituer une bonne base de départ pour mon expérimentation.
Pour un premier livre, c’est donc par l’exercice du « livre tiré du film » que j’ai commencé.
Habituellement, sur ce genre d’ouvrage, on trouve des anecdotes de tournage, des schémas de conception des décors, des esquisses des costumes en stade de préproduction, et la palette des « travailler avec untel ou unetelle c’était vraiment une expérience inoubliable ».
J’ai préféré me concentrer sur tout à fait autre chose.

En voyant tout le matériel à ma disposition, je me suis dit que le plus intéressant était de faire comprendre de l’intérieur comment avait été conçue l’histoire racontée par le film.

Ultima Necat, de l’idée à la réalisation

J’ai réuni les documents qui ont servi à la préproduction du film : la nouvelle que j’avais rapidement écrite à l’époque pour poser l’ambiance et le déroulement des événements et le scénario qui en a été tiré. À ces deux grosses parties, j’ai greffé toutes les notes prises à l’époque sur chaque détail de l’histoire qui avait été discuté, pensé, prévu pour telle ou telle raison. Ce qui donne un carnet de notes dont chaque entrée est accessible tant comme une lecture traditionnelle que comme une lecture hypertexte, liée au détail de la trame à laquelle elle se rapporte.
On y trouve des détails sur les personnages principaux, sur le choix d’une voix off, sur les choix de colorimétrie, la musique… bref, sur chaque point important de la conception du film.
Enfin, il m’a semblé intéressant de me servir des possibilités interactives d’un livre numérique pour montrer précisément les différentes corrections apportées à l’écriture d’une même séquence. On peut ainsi comparer trois états d’écriture de la séquence du repas entre amis au début du film : la version originelle, les premières corrections et la version finale.

eBook design : trouver une forme pour un livre électronique

Le plus difficile a été la conception graphique et la mise en page de ce livre, que je voulais simples tout en étant élégante. La majorité des livres epub que l’on peut télécharger dans le commerce sont soit de simples copies du papier (ce qui n’est pas choquant en soi, puisque ce sont généralement des versions électroniques de livres existant en papier), soit des maquettes élaborées dignes de magazines.

Je voulais à la fois un livre qui soit pensé pour la version électronique depuis le départ, mais également éviter de tomber dans le design à outrance (pour lequel de toute façon je n’ai pas les compétences, n’étant pas maquettiste ou graphiste).

J’ai donc écumé le web à la recherche de conseils et d’aides, mais je me suis vite rendu compte de la difficulté de la tâche.

Car si vous pensiez comme moi que fabriquer un epub c’est grosso modo faire un site internet, vous vous trompiez lourdement. Avec des croyances similaires, je me suis heurté à de nombreuses difficultés, car si les moteurs de rendu des navigateurs internet peuvent tous maintenant donner plus ou moins la même chose, les moteurs de rendu des lecteurs epub (pourtant basés sur des navigateurs web) ne donnent jamais le même résultat. En effet, chaque lecteur interprète à sa façon le langage pourtant codifié du css3, et à sa manière également les spécifications pourtant très strictes de l’organisme qui a créé la norme epub, l’IDPF

Un état de fait que beaucoup d’eBook Designers, comme on les appelle, déplorent de concert avec moi.

Il faut aussi dire que trouver des informations de codage en epub3 sur internet est assez difficile. Si quelques tutoriaux existent, ils sont pour la plupart assez arides et manquent beaucoup de ces « trucs & astuces » qui sont souvent indispensables quand on cherche à régler un problème très précis. Le casse-tête commence dès le début : il faut choisir entre deux philosophies totalement opposées sur la publication. Le flux (en anglais le « reflowing »), permet au lecteur de choisir d’agrandir la taille de caractère, bouger l’espacement des lignes et même changer de fonte (donc vous ne pouvez pas créer une mise en page définitive, et vous devez en permanence l’adapter aux circonstances), alors que la pagination fixe (appelée « fixed layout ») le rend totalement prisonnier de votre mise en page, comme dans un simple pdf, comme aussi dans un livre classique. Ce choix se fait dès le début de la conception du livre, et il est impossible actuellement de mixer les deux approches (par exemple avoir un flux dans lequel certaines pages sont fixes)… sauf avec une petite astuce que j’ai mis plus de trois mois à dénicher…

Toutes ces raisons expliquent que ma mise en page ne soit pas garantie, hélas. Je remercie d’ailleurs mon ami Sixte pour ses tests sur la plateforme Androïd.

Le livre électronique final est téléchargeable gratuitement. Il est au format epub3, en attendant un format Kindle que je commence à explorer également.

Format : epub3

Poids du Fichier : 22.5 Mo

Langue : Français

Nombre de pages : 99

Conditions requises pour une lecture optimale :

Sur iPad : iBooks, version 3.0

Sur ordinateur : Readium, extension pour le navigateur Chrome de Google

Testé, lisible mais avec des perturbations possibles sur la mise en page :

Sur iPad et Androïd : Gitden Reader

Sur ordinateur : iBooks pour Mac version 1.0

Non lisible par (support epub3 insuffisant) :

Sur iPad : Marvin, Bluefire

Sur Androïd : eBookdroïd

Bientôt, une fée sur vos écrans

Bientôt, une fée sur vos écrans

L’idée m’est venue récemment, au sortir d’un rêve dans lequel je l’ai “rencontrée”.

La Fée du Logis.

C’était un rêve si intense que j’ai décidé de céder à son appel et d’écrire son histoire.

Dans quelques semaines, je vous la ferai partager, épisode par épisode, comme dans un ancien roman-feuilleton.

Le temps pour moi de bien organiser mes pensées, de les accorder à l’ambiance de ce songe, et de faire plus ample connaissance avec cette histoire. Le temps surtout de prendre garde à ne pas trahir son esprit : montrer comment le merveilleux, le féérique, le fantastique, peuvent entrer dans nos vies modernes, occidentales et technologiques, sans pour autant écrire une bluette sans saveur et pleine de bons sentiments. Au contraire, j’ai envie de décrire quelque chose de crédible.

Restez donc à l’écoute…

Faire le choix de l’autoédition en 2014

Faire le choix de l’autoédition en 2014

Lorsque l’on a en soi le démon de l’écriture, vient fatalement un moment où l’on se pose la question du devenir de ces milliers de lignes que l’on accumule au fil du temps, des idées qu’on a fait surgir de son imagination, des images que l’on a fait naître, des personnages et des intrigues que l’on a patiemment construits. Tout cela restera-t-il à tout jamais enfoui dans un tiroir ou caché dans un fichier texte perdu dans les entrailles de l’ordinateur ? Ou bien ambitionnera-t-on de devenir quelqu’un que faute de mieux ou pourrait appeler un écrivain ?

Si l’on a assez confiance en son écriture, il est probable que le deuxième chemin se fasse si insistant qu’on songe à l’emprunter un jour.

C’est à ce moment-là que tout se complique.

Au Commencement… l’hubris de l’écrivain

Avoir l’audace de penser que ce que l’on produit est non seulement lisible, mais plus encore, mérite d’être lu, impose alors d’accomplir un véritable parcours initiatique semé d’embûches. Parce qu’il ne suffit pas de se proclamer écrivain pour le devenir. Comme pour toutes les activités humaines, l’écriture s’apprend. Patiemment. Pas à pas.

D’abord il faut se laisser du temps.

Du temps pour se relire soi-même et tenter de juger autant que faire se peut son propre travail à l’aune de ce que l’on imaginait avant de commencer à écrire. Pour ma part, je laisse souvent un texte « reposer » des semaines ou des mois, afin de m’éclaircir peu à peu les idées, de me sortir l’histoire et les mots de la tête. Lorsqu’enfin je reviens dessus et que suffisamment de temps est passé, je le relis entièrement et je prends des notes dans la marge. J’essaie de découvrir l’histoire comme si je ne l’avais pas écrite. Est-ce qu’elle me plaît ? Est-ce qu’elle est bien contée ? Est-ce que j’ai envie d’aller plus loin ? Et je corrige.

Tous les auteurs, tous les artistes même, connaissent cette discipline de l’aller et retour entre leur œuvre et leur exigence.

Mais être publié c’est se confronter à l’autre. Subir son regard sur l’œuvre. Et donc un peu sur nous-mêmes, qui y avons tant investi de temps et de passion.

La solution la plus simple est donc de trouver des relecteurs, ceux que l’on appelle les bêta-testeurs dans le monde de l’informatique. Souvent choisis dans le cercle familial, ils sont alors plus ou moins partiaux. Mais c’est déjà un premier regard extérieur, même s’il est forcément plus indulgent que le lecteur lambda.

J’ai la chance d’avoir des parents dont la sensibilité artistique est très forte et une épouse dont l’univers imaginaire est extrêmement proche du mien tout en ayant un esprit critique et logique très fort. Ils forment mes premiers relecteurs.

Il faut cependant aller plus loin si l’on veut vraiment savoir ce que l’œuvre a dans le ventre et trouver un relecteur attentif non seulement aux fautes élémentaires (orthographe, grammaire), mais aussi à l’intrigue, aux personnages, à l’ambiance. Quelqu’un dont l’expertise de la narration saura guider l’auteur ou au moins lui apporter un regard neuf et critique, subjectif mais étayé, argumenté.

Ça peut être le rôle des ateliers d’écriture, des appels à texte, mais aussi des autres artistes, d’un « agent littéraire » (quoique ce terme ne m’a jamais vraiment paru clair…) ou bien… d’un éditeur. Ce dernier prendra également en charge, une fois que le manuscrit semblera arrivé à maturité, la fabrication matérielle du livre, comme le producteur le fait pour un album de musique.

L’ère de l’édition « classique »

Dans les Temps Préhistoriques d’avant l’internet, publier un livre était une entreprise extrêmement coûteuse en matériel et en savoir-faire. Il fallait du papier, matière première chère et difficile à produire, des petits caractères de plomb, de l’encre, de la main d’œuvre qualifiée, obtenir l’imprimatur de la censure…

Le rôle des éditeurs, qui étaient parfois eux-mêmes des imprimeurs, était immense. Les risques qu’ils assumaient l’étaient tout autant. Véritables armateurs de l’aventure littéraire, leur investissement était comparable à ceux qui envoyaient des navires à l’autre bout du monde connu.

Puis les technologies ont évolué, et le rôle de l’éditeur est devenu celui de conseiller artistique tout autant que celui de producteur (au sens de bailleur financier) comme je l’évoquais plus haut.

Suivant la ligne éditoriale qu’il voulait imprimer à sa maison, à sa « marque », et suivant ce qu’il pensait du potentiel d’un écrivain, l’éditeur entrait dans le cycle de naissance de l’œuvre en faisant une critique plus ou moins fouillée, mais toujours sans concessions.

Du moins c’est ce que l’on attendait de lui.

Puis il prenait en charge la fabrication du livre, sa matérialisation en un ouvrage de papier relié, sa distribution jusque dans les plus petites librairies des plus petits villages de France, sa « promotion », sa commercialisation.

Il avait un rôle essentiel dans la naissance du livre fini. C’était lui qui le publiait, pas l’auteur, qui d’ailleurs lui cédait les droits sur son œuvre. Les droits commerciaux. En échange du support financier par l’éditeur du coût écrasant de la production physique d’un livre, de son stockage, de sa distribution, de sa publicité et de la gestion afférente, l’auteur n’était plus maître du destin de son œuvre une fois publiée. Sans compter que le contrat qui liait les deux parties était souvent assez avantageux pour l’éditeur en termes financiers. Il fallait bien compenser les risques pris.

Encore une fois les parallèles avec l’armateur de navires ou le producteur de musique ou de film me semblent les plus parlant.

L’éditeur, Faiseur de Rois

Comme je le disais plus haut, l’éditeur peut être un maillon essentiel de la maturation d’un livre, de sa « croissance » si on le compare à la gestation d’un être vivant. Il peut guider l’auteur, lui suggérer des pistes auxquelles il n’avait pas pensé, ou lui indiquer celles qui ne mènent pas forcément là où il le pensait…

C’est en ce sens que le travail d’un éditeur sert vraiment au livre qu’il produit.

Cependant ce rôle peut très bien être tenu par quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui est impliqué dans la relecture, qui en a les compétences de par son habitude, son métier parfois. Les scénaristes américains nomment cet être étrange un « script-doctor ». C’est souvent un scénariste lui-même qui fait une relecture en profondeur, et parfois aide à remanier drastiquement certains scripts.

Ce système n’est pas encore une habitude sur le Vieux Continent, que ce soit au cinéma ou en littérature.

Publier un livre et être reconnu pour cela c’est encore en France suivre le parcours traditionnel remontant en gros au XIXe siècle.

Ceux qui voudraient de nos jours comme à cette époque s’affranchir de ce système n’ont pas vraiment le choix : soit ils renoncent à publier, soit ils publient « à compte d’auteur », c’est-à-dire qu’ils prennent en charge financièrement les coûts exorbitants de fabrication, sans pour autant avoir plus d’avantages qu’un auteur publié « à compte d’éditeur ».

De tels auteurs sont toujours regardés avec méfiance et condescendance. Ils sont considérés comme des auteurs ratés (vous comprenez, personne n’a voulu les publier…) ou comme des mégalomanes persuadés d’un talent imaginaire, à qui seule la force de l’argent permet de flatter un ego démesuré. Mais personne ne croit vraiment qu’on puisse vouloir trouver un autre système…

L’éditeur devient donc non seulement un passage obligé, mais également un Faiseur de Rois, puisque les prix littéraires, des plus modestes aux plus prestigieux, sont décernés à des auteurs publiés par le cénacle.

Mais est-ce que ce parcours est encore vrai en 2014 ?

L’ère de l’édition numérique

Fabriquer un livre aujourd’hui n’a plus vraiment grand-chose à voir avec la même activité au XVIe siècle, ni même au XIXe.

Pensez : l’écriture elle-même se fait sur un ordinateur qui ne consomme que de l’électricité, pas de papier et pas d’encre, on peut corriger à l’infini sans raturer. La mise en page se fait encore sur ordinateur, avec un risque moindre de fautes et de coquilles, pour peu qu’on utilise un bon correcteur informatique. L’impression elle-même est gérée par des ordinateurs préréglés, qui commandent des rotatives parfaitement calibrées. Le papier ne sert donc qu’une seule fois, et nos sociétés savent le fabriquer et même le recycler de façon acceptable. L’encre n’est pas plus un problème.

Et jusqu’à récemment il restait juste le frein de l’accès à ces savoir-faire. Jusqu’à récemment.

Il y a quelques années déjà que sont apparues des sociétés, d’abord américaines, puis européennes, permettant ce que l’on appelle l’impression à la demande. Le principe est assez simple. Le coût d’une impression est devenu tellement bas qu’il est devenu rentable d’imprimer exemplaire par exemplaire, et ce quel que soit le nombre de pages. Un livre imprimé à la demande ne coûtera pas beaucoup plus cher qu’un livre tiré à dix mille exemplaires (même s’il existe bien sûr une différence).

Dans le monde du jeu de rôle, une niche un peu particulière de l’édition, cela commence à faire quelques années que lulu.com et d’autres sont utilisés par les éditeurs comme par les auteurs eux-mêmes.

Ce premier verrou libéré, il ne restait plus que celui de la distribution.

Là encore l’internet a bouleversé les choses.

Les plateformes en ligne comme Amazon n’ont été que les précurseurs. De nombreuses librairies indépendantes commencent à s’y mettre. Soumettre la commande d’un livre peut donc être très simple. Même dans un petit village loin des centres de distribution, votre libraire peut vous commander votre ouvrage, voire déclencher l’impression à la demande. Le lecteur peut même le faire seul, depuis son propre accès internet.

Les circuits de distribution physique, qui sont toujours indispensables, peuvent alors se mettre en marche.

Mieux encore, le livre devient maintenant numérique, et sa fabrication ne réclame donc aucune ressource physique. Plus besoin d’impression. Plus de coût de fabrication.

Plus besoin de quelqu’un pour supporter le coût financier de la fabrication d’un livre.

Plus besoin d’éditeur…

En fait, dans ce modèle émergent il reste tout de même un acteur absolument indispensable : les plateformes internet de téléchargement ou de commande. Amazon, l’iBookstore, Kobo, Barnes & Noble en sont les meilleurs exemples car ils préfigurent ce que tout cela peut devenir. D’autres librairies en ligne existent bien sûr, dont certaines hexagonales, mais elles n’ont pas encore la taille critique pour accéder au nouveau pouvoir : la visibilité.

Comme dans l’édition traditionnelle, un livre n’est lu que s’il est connu, s’il rencontre son public.

Comme dans une librairie, il faut fureter sur les plateformes pour dénicher la perle rare, le bouquin qui vous fera rêver ou rire ou pleurer ou réfléchir, ou les quatre à la fois. Mais hélas, contrairement à un véritable libraire, la plateforme ne vous conseille pas vraiment… Il faut donc être malin lorsque l’on veut se faire connaître, tout autant qu’avoir une bonne écriture.

Pour la promotion non plus, il n’y a plus besoin d’éditeur, puisque les canaux de communication ne sont plus centralisés : Twitter, Facebook, Goodreads surtout, peuvent très bien faire connaître votre ouvrage. Et nul besoin d’être éditeur pour y avoir accès et très bien savoir en jouer.

La Liberté guidant l’auteur ?

Fort de ces réflexions, peut-on avoir une vraie démarche littéraire et publier en autoédition en 2014 ?

Ma réponse est trois fois oui.

Oui, parce que si les premières étapes de l’écriture ne nécessitent personne d’autre que soi, les étapes suivantes de relecture et de correction peuvent désormais entrer dans l’ère de l’écriture collaborative, à travers un site internet par exemple, mais aussi au gré de collaborations entre auteurs, comme j’ai la chance d’en vivre, notamment avec Mlle N. malgré et sans doute grâce à la différence de nos univers. L’exigence de qualité restera la même. En tous les cas je ne la ressens pas moins grande que lorsque Manuscrit.com a accepté de publier Poker d’Étoiles.

Oui, parce qu’à condition de s’intéresser un peu à des choses très simples comme la mise en page basique, ou plus complexe comme certains langages informatiques (HTML, CSS et JavaScript essentiellement), il est extrêmement facile de concevoir une maquette papier, un simple PDF ou un ebook, puis de les matérialiser (ou dématérialiser dans le dernier cas).

Oui, enfin, parce que diffuser et vendre son livre, même si cela demande du travail, beaucoup de travail, est parfaitement possible. D’autres l’ont fait. Je pense à Jean-Claude Dunyach, mais aussi à Agnès Martin-Lugand.

Reste à discuter de la motivation profonde de tout cela.

Pourquoi s’ennuyer (pour rester poli) à accomplir tout ce travail de mise en forme, de technicité, de promotion, quand on n’a déjà pas assez de temps à son goût pour écrire et qu’on peut laisser un éditeur s’en charger ?

Chacun aura sa réponse, mais la mienne tient en un mot : liberté.

En signant pour Poker d’Étoiles, j’ai cédé les droits de mon œuvre à l’éditeur. Je ne suis plus maître de la façon dont mes écrits sont diffusés. Poker d’Étoiles n’est disponible qu’en papier et en PDF, pas en véritable ebook. Pas sur la boutique Kindle d’Amazon ni l’iBookstore d’Apple. La couverture du livre papier est sobre, mais je ne l’aurais pas imaginée comme cela. Et je n’ai aucun pouvoir là-dessus. Je ne suis plus maître d’une adaptation cinématographique, ayant aussi signé un contrat sur ce point-là. Non qu’Hollywood m’ait fait une offre, bien sûr (encore que j’avais élaboré un casting imaginaire sympathique que je vous livrerai peut-être un jour…), ou qu’on m’ait forcé la main pour signer…

Mais je ne suis plus maître du jeu.

Et je me suis rendu compte au fil des années que si j’avais tant aimé la réalisation au cinéma, si j’ai eu autant envie de m’essayer à la mise en scène et à la production technique d’un film, c’était aussi parce que j’attache énormément d’importance à la forme que va prendre une œuvre. Les mots d’un livre sont son essence, son âme, mais la façon dont l’ouvrage est présenté devient son enveloppe corporelle, son sang, ses os, sa chair.

J’ai envie d’avoir mon mot à dire aussi sur tout cela dans mes écrits.

C’est pour cela bientôt, cette année je l’espère, certains de mes projets vont naître sous mon entière responsabilité, constitués d’imaginaire pur, mais habillés d’écaille & de plume

Projet : Le Choix des Anges

Projet : Le Choix des Anges

Plusieurs projets m’occupent depuis quelques années.

Commencer par vous présenter le plus ambitieux me semble judicieux car c’est celui qui serait le plus proche de se concrétiser, du moins sous l’une de ses formes, la forme écrite.

Au départ en effet, il n’était pas vraiment question d’écriture, mais plutôt de réaliser mon troisième film.

J’avais envie cette fois-ci de rendre à l’image un morceau de mon univers personnel en mêlant fantastique, mythologie, ambiance de film noir et vieilles pierres tout en explorant un peu le thème du choix qui traverse le genre noir. J’avais aussi l’ambition de montrer qu’il était possible d’adapter les codes du genre noir, né en Amérique, à notre vieille Europe et de l’enrichir de quelques nouvelles trouvailles.

Un film comme Angel Heart avec Robert De Niro et Mickey Rourke, a déjà réussi ce tour de force en mélangeant avec brio un folklore carribéen et vaudou à une intrigue typique du noir.

C’est d’ailleurs sur cette base que j’ai commencé à travailler l’intrigue, pendant plusieurs mois, aidé et aiguilloné régulièrement par les deux sœurs R (qu’elles en soient ici remerciées tout comme Mlle N qui tout comme elles suit l’aventure en corrigeant le manuscrit).

L’histoire de départ se concentrait donc sur la figure emblématique du détective privé, et sur le triangle amoureux dominé par la femme fatale (adultère) et le mari richissime et corrompu. J’ai griffonné de longues heures des pages et des pages de croquis, de schémas heuristiques et de notes diverses pour tenter de trouver une intrigue qui pourrait également intégrer le fantastique, sous les traits du Diable tentateur, et la problématique des différentes alternatives d’un choix cornélien.

Las.

Loin de progresser, j’ai piétiné pendant de longs mois, cherchant à concocter des motivations crédibles pour les personnages, à travailler leurs caractères, à trouver des situations classiques du noir qui pourraient être ré-interprétées de façon intéressante. Je me suis rendu compte que l’écriture sous la forme très codifiée d’un scénario de cinéma n’était vraiment pas une chose dans laquelle j’étais doué.

Alors j’ai eu un déclic soudain et j’ai décidé de revenir à ce que je savais faire le mieux : une écriture littéraire.

Tout s’est débloqué très rapidement et les décors comme les personnages se sont posés assez naturellement sur une intrigue qui épouse plus encore mon univers personnel.

Le Choix des Anges, le pitch

Armand de Saint Ange est un talentueux compagnon luthier le jour et un boxeur acharné la nuit qui s’entraine dur pour participer au célèbre tournoi des Initiés de Saint Gilles. Alors que son maître et lui vont livrer au Comte Charles de Flamarens un instrument très particulier, la fille du riche mécène, Marianne, fait irruption un révolver à la main, bien décidée à tuer son propre père. Les événements qui s’ensuivent vont précipiter le luthier dans un monde mystérieux où l’ombre de l’inquiétant Lucian et l’amour qui va peu à peu l’unir à Marianne seront ses seuls repères au milieu du tourbillon de violence, de corruption et de trahison qui va se déchaîner autour de lui. Survivre à la découverte de la face cachée de son existence exigera de lui renoncements et compromis, avant de le conduire à un choix impossible entre ses valeurs et lui-même.

Le Choix des Anges, en littérature

Ce qui devait être une façon pour moi de construire l’intrigue d’un film a fini par devenir un manuscrit dont la troisième révision comporte maintenant plus de 30.000 mots. L’histoire se développe à chaque nouveau round de corrections, les personnages gagnent en épaisseur et le projet devient de plus en plus autonome.

Au point que l’objectif est désormais clairement de parvenir d’abord à un résultat littéraire digne d’être publié avant d’écrire un scénario de film.

Mon travail porte donc désormais autant sur le style, sur la qualité évocatrice, sur le rendu de l’ambiance, la vraisemblance des caractères et les sonorités de la langue que sur le déroulement dramatique.

J’ai choisi un récit à la première personne pour coller aux romans noirs.

Le Choix des Anges, le film

Après l’expérience d’Ultima Necat, je connais bien les difficultés que l’on doit surmonter pour réaliser et produire un film avec des moyens limités, et l’histoire du Choix des Anges telle que j’ai fini par l’imaginer pourrait sembler trop ambitieuse dans ce cadre-là. Mais je reste persuadé que la seule véritable épreuve c’est de bien s’entourer, et que cet obstacle dépassé, tout reste possible.

Pour moi l’utopie n’interdit pas d’être réaliste, parfois, et je sais que réunir une équipe à même de porter le projet d’un film moyen ou long métrage avec moi sera une très longue marche, sans doute sur une période de plus de dix ans.

L’ambition sera de tourner dans un format d’image cinémascope numérique dans une résolution HD au minimum, 4K dans l’idéal, des plans préparés au maximum, storyboardés, avec une esthétique qui demandera un travail sur les costumes, les décors, les accessoires… et avec des acteurs professionnels pour porter les personnages…

Quand je vous disais que c’était un projet ambitieux…

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