Making of a book, partie 4 : du fichier au papier

Making of a book, partie 4 : du fichier au papier

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Introduction

Une fois que votre livre a été écrit, mis en page et doté d’une couverture, ou peut-être même bien avant que toutes ces étapes aient été franchies, vous devez accomplir certaines formalités si vous désirez aller jusqu’à l’éditer vous-même.

Car si le travail de l’auteur s’arrête généralement à l’écriture du texte, le rôle de l’éditeur consiste à véritablement le faire naître au monde. Pour cela, comme s’il s’agissait d’un être vivant, présenter un livre au reste de l’univers requiert quelques règles et quelques rituels.

ISBN

Votre livre a un titre, ce qui sera son nom. Il a un ou plusieurs auteurs, un ou plusieurs illustrateurs, un ou plusieurs contributeurs, qui seront ses parents. Il a une date de publication, qui sera sa date de naissance.

Comme pour la venue au monde d’un enfant, votre premier geste sera donc de déclarer sa naissance à l’état civil.

Dans le monde de l’édition, un acte de naissance porte le nom exotique et un peu barbare d’ISBN ou Internation Serial Book Number. Ce code à 13 chiffres sera l’identifiant unique du livre, un peu comme sa carte d’identité. Il permet de connaître le type de publication, sa zone géographique, l’éditeur, et le numéro de l’ouvrage chez l’éditeur.

L’obtenir est assez simple en France. Il suffit de contacter l’AFNIL (Agence Francophone pour la Numérotation Internationale du Livre) via son site internet. Par retour de mail, vous recevrez un identifiant d’éditeur, un segment d’ISBN, et une liste de numéros ISBN à utiliser sur ce segment, dans l’ordre chronologique de vos publications.

Il vous suffira de garder cette liste en lieu sûr et de noter, par exemple comme je le fais dans un fichier, à quelle édition correspond chaque numéro ISBN que vous utiliserez.

Ainsi, l’ISBN de la première édition brochée du Choix des Anges est 9 791 093 734 019.

Ce sésame sera indispensable pour déclarer la naissance de votre enfant de papier, car si l’ISBN est sa carte d’identité, l’officier de l’état civil qui enregistrera sa venue au monde n’est autre, dans notre pays, que la Bibliothèque Nationale de France (BnF) via son Dépôt légal.

Dépôt légal

Prenant racine dans la pratique des copistes de la célèbre Bibliothèque d’Alexandrie, qui confisquaient chaque livre pour le copier et en entreposer ainsi un exemplaire au sein de la gigantesque institution, le dépôt légal est une manière pour chaque pays de conserver son patrimoine écrit à l’abri des destructions et des pertes.

Ainsi, chaque livre qui est publié en France doit être conservé en un exemplaire à la Bibliothèque Nationale.

Pour ce faire, il vous suffit là encore de vous rendre sur internet, sur le site de la BnF. Vous y déclarez la publication de votre livre, et téléchargez le bordereau d’envoi de l’exemplaire que vous destinez au dépôt légal.

Mieux vaut faire cette déclaration un peu en avance par rapport à la publication effective de votre livre, car la BnF doit avoir reçu son exemplaire au plus tard le jour de la mise à disposition au public de votre œuvre.

Impression à la demande

Les démarches administratives liées au livre terminées, vous pouvez penser au plus important : comment le faire imprimer et distribuer à moindres frais pour vous et vos lecteurs, avec une qualité satisfaisante.

Le temps où les technologies imposaient d’imprimer en très grande quantité pour diminuer le coût de chaque exemplaire est heureusement révolu, et l’avènement de ce que l’on appelle l’impression à la demande permet deux révolutions majeures.

La première est de rendre le coût d’impression d’un seul exemplaire pratiquement égal à celui d’un millier, donc d’éviter aux auteurs comme aux éditeurs de débourser une somme faramineuse comme mise de départ. Cette grande révolution a encouragé l’apparition de l’auto-édition, et la rend non seulement possible, mais viable. Elle rend d’ailleurs l’importance et la nécessité de l’éditeur plus fragile, comme je vous l’avais exposé il y a quelques années déjà. À tel point que l’on peut se demander si entrer dans une maison d’édition lorsque l’on est auteur est véritablement une bonne idée.

Je vous spoile : à mon avis plus du tout. Cet avis est d’ailleurs partagé par quelques-uns dans le monde du livre, et pas des moindres

La seconde est le corollaire direct. Auparavant, quand on devait faire imprimer cinq mille exemplaires d’un roman dès sa naissance, et que l’on n’en vendait qu’une dizaine, la détestable habitude de l’industrie qui ne pouvait s’offrir en plus du coût de l’impression celui du stockage improductif de tant de papier dans des entrepôts pleins à craquer était de les envoyer au pilon : les exemplaires restants (soit quatre mille neuf cent quatre-vingt-dix dans notre exemple) étaient détruits. Oui. Détruits. Purement et simplement. Comme un autodafé institutionnalisé… En plus du geste symbolique qui m’arrache le cœur rien que d’y penser, le gâchis de ressources financières et écologiques est absolument incroyable…

Imprimer votre livre passera donc obligatoirement, même si vous avez des reins financiers solides, par de l’impression à la demande.

Plusieurs options s’offrent à vous.

Les plus connues sont lulu.com et CreateSpace, filiale d’Amazon, même si cette dernière est contestée.

Pour ma première expérience en auto-édition, j’ai tout de même choisi CreateSpace.

Pourquoi ?

Parce que je voulais essayer de limiter le nombre d’intermédiaires et qu’au final Amazon est une plaque tournante du monde de l’auto-édition. J’entends les critiques qui lui sont formulées, notamment par Neil Jonunsi, dont j’admire la démarche. Sa réflexion et mes propres envies se rejoignent peu à peu, et il est probable que mes prochains livres soient imprimés et distribués autrement.

CreateSpace : processus de commande de votre livre

Pour illustrer ce processus, prenons l’exemple du Choix des Anges.

Première étape, créer un compte sur CreateSpace, via leur site, puis accepter leurs conditions d’utilisation.

Sélectionner Set up your book now pour commencer vous-même la conception. Puisque tous vos fichiers sont désormais prêts grâce aux épisodes précédents de cette série d’articles, cela va aller très vite.

L’étape suivante consiste à enregistrer les données principales de votre livre. Son titre, son auteur (vous !), de quelle édition il s’agit (une première édition, probablement).

Puis l’on vous demande s’il s’agit d’un livre en noir et blanc ou en couleur. Bien évidemment un roman n’a que rarement besoin de pages intérieures en couleur, j’ai donc choisi noir et blanc. Vous devez aussi trancher un débat philosophique qui agite les forums d’auteurs en deux camps irréconciliables. Ce débat qui change la face du monde à chacune de ses itérations est le suivant : papier blanc ou papier crème ? Je fais résolument partie des prosélytes du papier blanc, mais j’admets à ma table les fanatiques du papier crème, je ne suis pas sectaire…

Puis on vous demande d’indiquer la fameuse trim size, ou taille de coupe de votre livre. Son format. Pour Le Choix des Anges, j’ai choisi un format A5 (148mmx210mm) qui n’est hélas pas un standard pour Amazon (les anglo-saxons et leurs unités non métriques !). J’ai dû sélectionner une custom trim size (ou taille de coupe personnalisée), qui correspond pour du A5 à 5,83 pouces par 8,27 pouces.

Veillez à sélectionner la case Ends before the end of the page dans l’option bleed. Cela indique à CreateSpace que vous n’avez pas d’images intérieures qui doivent être imprimées jusqu’au bord de la page, ou d’autres « bords perdus ». Si vous passiez outre, l’outil risquerait de redimensionner votre maquette pour amener votre texte jusqu’au bord de la page. Or, comme nous l’avons vu dans l’épisode 2 de cette série, une marge confortable est souhaitable sinon indispensable pour la lecture.

Cochez la case Interior reviewer, qui lancera automatiquement un processus de visualisation de votre maquette, afin de vérifier que chaque page soit bien positionnée.

Et vous pouvez enfin indiquer en cliquant sur Browse le chemin sur votre ordinateur du fichier de votre maquette intérieure. Après quelques minutes d’attente, ce fichier aura été téléversé vers les serveurs de CreateSpace.

Là, le site va automatiquement analyser votre fichier pour détecter d’éventuelles erreurs dans votre maquette.

Une fois ce travail effectué, cliquez sur le bouton qui vous propose de lancer l’outil de révision (Launch Interior Reviewer) et vérifier dans cet outil que vos pages s’affichent comme vous le désirez (ce qui, si vous avez suivi mes conseils, ne devrait poser aucun problème).

Étape suivante, la couverture. Là encore un débat philosophique vous attend. Couverture brillante (glossy) ou mate ? Chacun ses préférences. J’ai opté pour la finition brillante, j’avoue, au hasard…

Vous pouvez téléverser le fichier de votre couverture, vous savez, celui que nous avons préparé dans l’épisode précédent ?

Une page récapitulative vous permet de vérifier que vous n’avez rien oublié ou que vous n’avez pas commis d’erreur.

Enfin, vous sélectionnez votre Canal de distribution.

Canal de distribution

Imprimer le livre, c’est bien, le distribuer pour qu’il soit vu et lu par le plus grand monde, c’est mieux.

Autant les technologies d’impression à la demande permettent de s’affranchir des coûts et des principales difficultés de l’impression, autant le dilemme de la distribution la plus large possible reste presque entier.

La distribution et la diffusion feraient d’ailleurs un bon sujet pour de nombreux articles en soi, tant elles sont le principal point d’achoppement de la production d’un livre.

Néanmoins, si vous avez choisi Amazon via sa filiale CreateSpace, votre propre choix sera plus facile, car ce sera Amazon qui se chargera, via son site, de la distribution à vos lecteurs. On peut détester cela (et je le comprends), mais Amazon, de par sa notoriété, pourra toucher un public énorme de lecteurs potentiels. Il suffira de dire : « mon livre est disponible chez Amazon », et toute personne intéressée pourra facilement le trouver et le commander, pour se le faire livrer dans presque tous les pays du monde.

Vous devez donc indiquer à CreateSpace pour quels canaux de distribution vous optez.

Il en existe trois.

Amazon aux USA, sur le site amazon.com, diffuse dans le monde entier. Si en plus vous avez opté pour une taille de papier dans les standards d’Amazon, vous pourrez aussi être distribué, via l’option Expanded dans les bibliothèques et les librairies du réseau américain d’Amazon.

Amazon Europe, pour les livres imprimés sur le continent. C’est l’option la plus intéressante.

Amazon UK, pour les livres imprimés en Grande-Bretagne.

Au final, ces trois possibilités n’ont que peu d’importance sur l’étendue de votre audience, mais en auront plus sur les royalties que vous allez toucher. Le calcul de la marge d’Amazon et du coût d’impression est en effet dépendant du canal par lequel votre lecteur aura commandé son livre.

Prix du livre

Vous devez tout d’abord savoir qu’en France le prix d’un livre doit être unique, c’est-à-dire qu’il ne peut pas être vendu à un prix différent chez un vendeur et chez un autre. Le prix de votre ouvrage sera donc le même pour tous vos acheteurs, ce qui ne veut pas dire qu’il ne pourra pas évoluer dans le temps.

Cela étant posé, votre livre aura fatalement un coût d’impression et un coût dû à la marge prise par Amazon. Le prix de votre livre sera donc influencé par ce coût, et au minimum égal.

Vous pouvez décider de vendre à prix coûtant, mais « tout travail mérite salaire » et vous avez sans doute sué sang et eau pour écrire votre ouvrage. Outre la reconnaissance et la satisfaction d’être lu, que ce long travail vous permette une rémunération, même faible, ne serait que justice.

On peut débattre à l’envi du juste prix d’un livre, de la juste rémunération d’un auteur.

Au final, faites comme vous le sentez.

Bien évidemment, votre livre se vendra peu si vous fixez son prix à 150 € (ou alors il faudra qu’il soit imprimé avec une tranche dorée à l’or fin, ce que CreateSpace, étonnamment, ne propose pas – ou pas encore), mais il est tout à fait envisageable de déterminer un bénéfice de 2 à 4 € (certains font plus) sur chaque exemplaire, ce qui vous permettra de financer un achat groupé d’exemplaires auteurs, cédés par CreateSpace à un coût inférieur.

De façon pratique, je vous conseille d’abord de calculer le coût fixe du livre, puis de calculer en fonction du prix final hors taxes de votre livre la part qui sera la marge d’Amazon, puis de rajouter la TVA. Vous obtiendrez le prix final toutes taxes comprises.

En cherchant un peu, j’ai déniché la formule permettant de savoir assez facilement ce que cela donne.

Le prix final hors taxes sera la somme de :

Un pourcentage sur le prix de vente hors taxes de votre livre, soit 40 % pour une distribution standard et 60 % pour une distribution Expanded.

Une charge fixe, calculée suivant le canal de distribution, le type d’impression des pages intérieures (couleur ou noir et blanc), enfin, la fourchette dans laquelle se situe le nombre de pages du livre.

Un prix à la page, dépendant là encore du canal, du type d’impression et de la fourchette dans laquelle se situe le nombre de pages du livre.

Je vous récapitule tout cela dans un tableau.

Vous pourrez constater que tous ces calculs sont un peu complexes, mais la vie est rarement simple.

 amazon.com USA Amazon Europe Amazon UK 
Type de livreCharge fixeCharge par pageCharge fixeCharge par pageCharge fixeCharge par page
Noir & blanc 24-108 pages2,15 $US0,00 $US0,60 €0,012 €0,70 £GB0,01 £GB
Noir & blanc 110-828 pages0,85 $US0,01 $US0,60 €0,012 €0,70 £GB0,01 £GB
Couleur 24-40 pages3,65 $US0,00 $US0,60 €0,060 €0,70 £GB0,05 £GB
Couleur 42-500 pages0,85 $US0,07 $US0,60 €0,060 €0,70 £GB0,05 £GB

Statut social et statut fiscal

Moins simple encore est la dernière étape de votre chemin vers le statut d’auteur autoédité : le labyrinthe des règles de cotisations sociales et de déclarations fiscales.

Quelques sites peuvent vous aider à trouver comment vous déclarer en micro-entrepreneur (le nouveau nom du statut d’autoentrepreneur) si vous êtes salarié par ailleurs, ce qui certes est le cas de la majorité des Français, mais pas de la totalité. Ils vous aideront à déclarer et gérer le statut auprès de l’URSSAF, ainsi que pour déclarer et payer vos impôts. Car bien entendu, vos revenus tirés de l’auto-édition seront imposés…

Cependant, si, comme c’est mon cas, le statut de micro-entrepreneur vous est interdit (vous exercez déjà une profession libérale, par exemple), les choses sont tout de suite beaucoup moins claires et aucun site n’a pu me mettre sur la voie.

J’ai donc appelé directement l’URSSAF pour leur poser des questions.

Ce qui suit est donc mon expérience et pourrait ne pas véritablement convenir à votre situation particulière, je vous conseille donc dans le doute d’appeler votre centre URSSAF (si vous parvenez à les joindre, ce qui n’est pas toujours facile).

Tout d’abord se rendre sur le site des formalités en ligne, le CFE.

Choisir déclarer une formalité, puis modification, et sélectionner le formulaire d’adjonction d’activité P2. Ce formulaire m’a donné du fil à retordre, car je ne parvenais pas à le trouver.

Après bien des recherches, je l’ai déniché ici.

Vous le remplissez (lisez bien la notice, comme d’habitude ce n’est pas simple et il vaut mieux ne pas se tromper).

Vous le renvoyez au centre de votre URSSAF.

Pour ce qui est de la déclaration d’impôts, il m’a été indiqué de reporter le montant de mes revenus liés à l’auto-édition en ligne B du formulaire 2035 que connaissent bien les professions libérales (ou leur comptable).

Vers l’infini et au-delà…

Dans la dernière partie de cette série, nous effleurerons un sujet encore plus vaste, en effet : le devenir de votre livre une fois que vous l’aurez publié.

Créer un livre électronique au format epub3, partie 3 : dessine-moi un ePub

Créer un livre électronique au format epub3, partie 3 : dessine-moi un ePub

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Introduction

Nous avons vu dans les deux premiers volets de cette série comment structurer la mise en forme de votre livre pour rapidement le transformer en version électronique, puis l’anatomie d’un livre électronique au format ePub3.

Vous êtes maintenant prêts à réaliser votre premier livre en ePub3.

C’est une étape qui peut facilement intimider.

Il faudra manipuler du code informatique.

Il faudra faire des tests.

Il faudra ciseler votre livre pour qu’il atteigne vos critères de qualité.

Si produire un livre papier est finalement assez naturel, le façonnage d’un livre électronique l’est beaucoup moins à ceux qui ne sont pas familiers de l’univers du code informatique.

Si j’osais une comparaison, vous allez devoir vous transformer en joaillier, car les outils dont nous disposons actuellement sont aussi versatiles que les normes des livres électroniques elles-mêmes, et aussi délicats à manier que pour la taille d’une pierre précieuse. Un simple geste de travers et votre émeraude peut rapidement être gâtée.

Mais il y a une bonne nouvelle. Des petits lutins industrieux sont là pour vous aider, comme Jiminy Panoz, par exemple, qui œuvre depuis des années pour rendre la production de livres électroniques plus simple, plus opérante, plus fluide, et plus satisfaisante pour le lecteur comme pour l’éditeur et l’auteur lui-même.

Le seul écueil encore sur votre chemin reste que nombre de ces lutins, dont Jiminy lui-même, exposent souvent leurs idées, leurs astuces, leurs méthodes, dans la langue de l’auteur du Songe d’une nuit d’été.

Je vais donc vous présenter ici ce que j’en ai retenu pour ouvrager mes propres livres. Ce sera une base je l’espère suffisante pour que vous puissiez commencer vous aussi.

Et une fois que vous les aurez maîtrisées, sans doute serez-vous prêts à en apprendre plus dans les multiples sites spécialisés qui sont hébergés sur la Toile, en anglais.

Les outils

Bien évidemment, il serait trop simple que les mêmes outils que vous avez enfin maîtrisés pour votre livre papier puissent vraiment servir pour votre livre électronique.

Même si Jiminy Panoz a conçu un petit plug-in pour InDesign permettant de facilement transposer votre maquette papier en numérique, il vous sera nécessaire, à un moment où à un autre, de mettre les mains dans le moteur. Aussi suis-je partisan d’une méthode plus artisanale, même si, vous le verrez, l’automatisation pourra être d’une certaine utilité.

Le prérequis

N’espérez pas aborder cet article facilement sans avoir au moins quelques bases dans deux langages très simples de l’informatique actuelle : le HTML5 et le CSS3. Vous pourrez faire comme moi et suivre les cours d’openclassroom à cette adresse. La pédagogie est très didactique et vous apprendrez très rapidement les quelques rudiments qui vous seront nécessaires pour comprendre ce dont nous allons parler.

Le HTML5 servira à coder le texte de votre livre. Chaque chapitre ou section importante de votre livre sera un fichier HTML5. À l’intérieur de chacun de ces fichiers, chaque paragraphe sera encadré de balises, probablement des balises <p>, ou <span>, ou <i> ou <b>. Vos citations seront soit des <blockquote> soit des <cite>. Votre table des matières sera encadrée dans une balise <nav>.

Une grande partie de cette structure de base sera déjà faite pour vous lors de l’exportation de votre texte depuis Scrivener, aussi n’aurez-vous qu’à la peaufiner ou la corriger à la marge.

Le CSS3, lui, sera la partie la plus ardue et la plus ingrate. Il contrôle la forme de votre livre, son apparence dans l’application de lecture. Bref, c’est lui qui contient la matière de vos styles, ceux que vous avez conçus dans la version papier, et que vous devez transposer (sans toujours y coller parfaitement) dans une version numérique. C’est sur cette transposition que va porter l’essentiel de notre travail.

Espresso

Pour écrire ou corriger du code numérique, on peut utiliser un simple éditeur de texte comme Notepad ou Textedit. Un fichier de code n’est en effet rien d’autre qu’un fichier de texte dont l’extension est un peu différente.

Mais il est plus aisé et plus confortable d’utiliser un logiciel qui possède quelques fonctionnalités dédiées, comme la coloration du texte en fonction de la structure du code (les instructions d’une couleur, les variables dans une autre), l’indentation automatique (chaque balise étant indentée en fonction de sa place dans l’imbrication), ou même la fermeture des balises avec des raccourcis (car une balise doit toujours être refermée lorsqu’elle se termine).

C’est pour cela que j’ai choisi Espresso.

Facile à prendre en main, épuré visuellement, il permet néanmoins de garder un œil sur la structure de livre ePub (le volet sur la gauche) et sur celle du fichier lui-même (le volet sur la droite) en même temps que l’on inspecte ou modifie le code (fenêtre principale) et que l’on navigue dans divers fichiers en utilisant les onglets sur la barre supérieure. On peut également visualiser facilement le résultat final, dans le navigateur web de son choix, en cliquant sur l’icône en forme de boussole.

Il possède une fonction de recherche et de remplacement satisfaisante et maîtrise les règles du HTML5 comme du CSS3.

Blitz

Blitz est la pièce maîtresse de la conception de mon fichier de style en CSS3.

Mis à disposition et régulièrement mis à jour par Jiminy Panoz, Blitz est un framework, un cadre de travail dans la langue de Molière, qui a été pensé et peaufiné pour faciliter le casse-tête habituel que l’on peut rencontrer en essayant de rendre homogènes les styles que l’on a conçus pour son livre électronique.

Et surtout pour les rendre opérants sur presque toutes les solutions de lecture numérique.

Car le monde numérique a un gros désavantage sur le monde papier : là où un livre papier se présentera toujours sous la même forme quelles que soient les mains qui le tiendront, chaque application de lecture va traduire un peu différemment le même code et vous allez donc obtenir un rendu différent à chaque fois. Il est donc rare que deux lecteurs aient la même présentation de votre livre sur leur liseuse, sauf s’ils utilisent le même modèle, mais aussi la même version de l’appareil, ainsi que le même système d’exploitation, avec la même version…

Afin de remédier à cela, Blitz propose une façon originale de concevoir votre code CSS3, grâce à des briques simples déjà codées pour vous, que vous pouvez d’abord paramétrer.

Ainsi, il suffit de partir de la définition simple en phrases de ce que l’on veut obtenir, de chercher quelles briques de Blitz correspondent, de les paramétrer, puis de compiler le résultat.

Compiler ? Encore ?

Oui, comme Scrivener, Blitz est une sorte de traducteur, et l’obtention de votre code final (ou du moins de sa version préfinale, avant vos petits ajustements de dernière minute) est la dernière étape de la traduction.

Car Blitz n’utilise pas à proprement parler du CSS3.

Il traduit plutôt la conception de vos briques depuis un langage un peu plus évolué, nommé le LESS (petit jeu de mots anglais sur « less » qui veut dire « moins », car le code est souvent plus court), capable entre autres d’adapter une propriété CSS à des conditions précises, ce que ne permet pas nativement le CSS3.

LESS et CSS sont très proches, aussi n’aurez-vous aucun mal à vous adapter à ses particularités.

Crunch 2

Crunch est comme Espresso, un éditeur de code. Mais il permet gratuitement de travailler sur du code LESS, et de le compiler ensuite en CSS3 (il le « crunche » pour employer le mot franglais exact). C’est donc lui qui sera votre première interface avec les briques de Blitz.

Il se présente un peu comme Espresso : volet de gauche montrant la structure du framework LESS de Blitz, éditeur dans la fenêtre principale, des onglets au-dessus.

La structure de l’ePub

Tout commence bien sûr avec l’ossature de votre livre électronique. Comme nous l’avons vu dans le volet précédent, un ePub est structuré d’une façon très précise. C’est par cette structure que vous devez débuter la réalisation.

Plusieurs possibilités s’offrent à vous.

La construire vous-même. Fastidieux, mais possible.

Vous servir du modèle que je vous ai déjà livré dans les épisodes précédents de cette série d’articles.

Vous servir du fichier que Scrivener va compiler pour vous lorsque vous aurez terminé la rédaction et la correction de votre manuscrit.

Vous servir de la structure déjà fournie avec Blitz de Jiminy Panoz.

J’ai moi-même fait un petit mélange entre les solutions 2 et 4. La structure que je vous ai déjà fournie est donc basée sur celle de Blitz, avec quelques modifications personnelles.

Ainsi, j’ai choisi de séparer dans des dossiers différents certains éléments de l’OEBPS. J’ai donc un dossier Fonts pour les fontes de caractères, un dossier Images, un dossier Styles pour les fichiers CSS3, un dossier Texte pour tout ce qui touche aux pages du livre.

Pour ouvrir cette structure, il suffit de demander à Espresso d’en faire un Projet.

Il va présenter la hiérarchie de votre dossier sur la gauche, et en double-cliquant sur chaque fichier, vous pourrez l’ouvrir dans son interface.

L’avantage du squelette de Blitz réside dans le fait qu’il intègre des fichiers codés spécifiquement pour certaines pages spécifiques d’un livre. La couverture (cover.xhtml), la dédicace (dedication.xhtml), mais aussi la bibliographie, l’index, le glossaire, les remerciements, la préface, l’avant-propos, l’épilogue, et j’en passe. Chacune de ces pages contient un code epub:type qui permet de la caractériser de façon correcte pour que votre livre respecte la norme sémantique ePub3.

Vous n’aurez que trois choses à modifier sur chaque page.

Le xml:lang=”en” qui déclare que la langue principale est en anglais devra contenir la variable « fr » puisque vous écrirez en français.

Le nom éventuel des fichiers de style (ici c’est blitz.css et blitz-kindle.css) pour coller à vos propres styles. J’ai pour ma part conservé les noms originaux.

Le code de votre chapitre à la place de la balise de commentaire <!– Your contents here –>.

Vous voici prêts à débuter.

Toujours une question de styles

Quel est le vôtre ?

Êtes-vous du même genre que moi, à essayer de trouver une identité graphique très codifiée pour vos écrits, avec l’idée sous-jacente que, en papier ou en numérique, un de vos ouvrages doit être reconnaissable entre mille ?

Ou avez-vous en tête que la forme d’un livre doit être assez standard ?

Quoi qu’il en soit, vous devez déterminer quels seront les styles utilisés par votre texte.

Comment les paragraphes vont-ils apparaître ? Seront-ils indentés ou séparés par un petit espace, ou bien les deux (ce que je trouve personnellement hideux, mais tous les goûts sont dans la nature) ? Quelle police de caractère allez-vous utiliser ? Allez-vous utiliser les césures ?

Une fois que vous aurez les réponses à toutes ces questions, vous aurez déjà construit la plus grande partie de vos styles.

Mon flux

Comme pour la version papier, je pars de la base de mon manuscrit dans Scrivener.

Nous l’avons déjà vu dans l’article sur la version papier, je me sers d’un format de compilation particulier.

Pour la version papier je compile dans le format .rtf, pour la version électronique je me sers du format ePub3 que Scrivener génère.

Un texte marqué avec un nom de style particulier dans Scrivener (ou dans Word ou dans LibreOffice) gardera attaché le nom de ce style une fois compilé.

Ainsi, comme nous l’avons vu, j’ai créé un style dans Scrivener qui me permet de marquer les portions de texte qui sont vues par un autre angle, ou qui désignent une scène décalée temporellement ou spatialement, des flashbacks.

La compilation de Scrivener peut marquer le texte stylé pour le lier à la feuille de style CSS.

Il n’est donc besoin que ne marquer une seule fois le texte original, pour y appliquer ensuite les styles propres à chaque canal de diffusion : livre papier dans InDesign, livre électronique dans Espresso ou Sigyl.

Les styles nécessaires

Pour un livre électronique, vous allez avoir besoin de créer quelques styles.

  • Bien sûr, le style de votre texte (parfois il peut y en avoir plusieurs, d’ailleurs).
  • Le style des titres de chapitre.
  • Le style du nom de l’auteur.
  • Le style de l’éventuelle collection ou de l’éventuelle série.
  • Le style des mentions légales.
  • Le style du titre du livre.
  • Le style de la table des matières.

Il sera inutile de prévoir des styles de numéros de page, puisque la lecture électronique se distingue justement par le fait que c’est l’application de lecture qui gère ce genre de choses, pas l’auteur ou l’éditeur.

D’ailleurs, une précision importante qu’il est sans doute bon de rappeler même si nous l’avons évoquée dans le premier volet de cette série est que le lecteur pourra, en version numérique, agir sur la forme que vous avez voulu donner à votre livre. Il pourra en changer les styles à sa convenance. Augmenter la taille de la police de caractères, aligner le texte à gauche ou le justifier, en changer la couleur, voire changer complètement la police de caractères ou même passer l’application en mode nuit.

Au final, votre feuille de style si patiemment élaborée ne sera qu’une proposition que le lecteur sera libre ou non d’accepter.

Je sais, c’est frustrant.

Mais c’est le jeu.

C’est pour cela que je prévois d’insérer au début du livre une page dénommée « Avertissement » dans laquelle j’indique au lecteur que l’ouvrage a été pensé avec une maquette numérique en tête, et qu’il pourra tirer le meilleur parti de sa lecture en activant ces styles.

Pour revenir à nos moutons, il se peut que vous ayez besoin de créer d’autres styles pour des raisons inhérentes à votre projet ou à votre texte (par exemple, le style de mes scènes intriquées, ou un style imitant un message informatique ou SMS).

Dans tous les cas, ce sont globalement les mêmes que dans votre projet Scrivener. À la différence près que les styles de Scrivener ne servent que pour marquer le texte sans véritablement lui donner une identité, et que cette dernière est définie dans les styles de la feuille CSS3.

Par exemple, mon corps de texte est défini pour ma maquette papier par un style de paragraphe justifié, sans retrait global, mais avec un retrait de première ligne, et un style de caractère de fonte Sorts Mill Goudy normal de corps 10 pixels avec un interlignage de 13 pixels, des ligatures communes et discrétionnaires activées.

La fonte Sorts Mill Goudy est assez bien adaptée à la lecture numérique (contrastes assez forts pour éviter les confusions de lettres, jambages assez grands), j’ai donc décidé de la garder, ce qui crée une unité d’identité entre les deux versions. Mais sur une tablette une taille de 10 pixels est trop faible pour être agréable. J’ai donc basculé sur une taille de 15 pixels, et gardé un interligne de 1,3, ce qui permet de conserver un aspect cohérent avec les proportions de la version papier. Quant aux ligatures, elles sont activées si l’application de lecture le permet, grâce à une astuce particulièrement maligne de Blitz que nous verrons plus tard, nommée « amélioration progressive » par Jiminy Panoz.

Compiler l’ePub depuis Scrivener

Une fois dressée la liste de vos styles, l’étape suivante est d’obtenir une version préliminaire de votre texte traduit dans le format ePub3. C’est le traditionnel passage par la compilation de Scrivener.

La version 3 du logiciel est en effet capable d’exporter votre texte dans le format ePub3, même si ce n’est pas avec le même raffinement que notre travail artisanal. Je me sers donc de cette base pour obtenir le code HTML5 de chaque chapitre de mon livre.

La marche à suivre vous est maintenant familière depuis que nous l’avons apprivoisée avec la version papier.

En sélectionnant Fichier > Compiler… vous êtes conduits à la fenêtre de compilation.

Vous pouvez vous servir du format de compilation Publication que je partageai avec vous il y a quelque temps déjà.

Dans ce cas vous le sélectionnez, et veillez ensuite à ce que le format de sortie soit ePub3. Vous cochez les chapitres que vous voulez inclure dans la compilation, ainsi qu’éventuellement la préface et la postface, et vous cliquez sur Compiler.

Scrivener crée donc un fichier ePub totalement fonctionnel, mais assez brut, dont nous ne garderons que les fichiers correspondants aux chapitres.

Pour ce faire, il faut ouvrir l’ePub avec ePub Packager, et extraire les fichiers HTML5 de votre texte. Pour ma part je les mets dans un dossier rangé à part. Et je détruis ce qu’il reste de l’ePub généré par Scrivener.

Petite incursion dans mon format de compilation

Au passage, nous pouvons détailler un peu le format de compilation Publication d’écaille & de plume, afin de vous montrer une petite astuce qui permettra que tous vos styles soient correctement marqués par Scrivener pour être parfaitement reconnus dans la feuille de style CSS3.

En vous rendant sur Fichier>Compiler… puis en faisant un clic droit sur le format de Publication, vous entrez dans la modification du format de compilation.

Sur la colonne de gauche, sélectionnez ePub3 pour faire apparaître les réglages spécifiques à cette exportation.

Puis descendez dans la colonne et cliquez sur Styles.

Cliquez sur le Style Scène intriquée. Vous vous rappelez ? C’est le style que j’ai créé dans Scrivener pour marquer les passages de flash-back ou de scènes qui se déroulent à un autre endroit en même temps dans le texte.

Dans la colonne de droite vous allez remarquer que dans la case CSS Class Name, j’ai noté italic.

Lors de la compilation de mon texte, les paragraphes qui seront marqués dans Scrivener comme des Scènes intriquées seront marqués dans le codage HTML5 avec la classe CSS3 italic, qui sera utilisée plus tard pour rendre leur apparence différente de celle des autres paragraphes.

Ainsi, automatiquement, tous mes paragraphes seront marqués sans que j’aie à m’en soucier.

De la même façon, j’ai créé un style de caractère pour les quelques premiers mots d’un chapitre, que j’ai nommé Première phrase de chapitre. Et son CSS Class Name sera first-sentence, qui fera référence au même nom dans la feuille de style CSS3 générée là encore automatiquement par Blitz une fois que vous l’aurez correctement paramétré.

Malin, non ?

Bien utilisée, la combinaison Scrivener/Blitz va vous faire gagner beaucoup de temps.

Blitz krieg

Une fois le texte exporté en HTML5, il est temps de nous occuper de la traduction de vos styles en CSS3.

C’est le rôle de Blitz, que vous pouvez télécharger ici. Vous aurez aussi une documentation (en anglais, mais très intéressante) ici. Je vais essayer pour ma part de vous guider dans ce que j’ai retenu de son utilisation, en me basant sur le tutoriel d’introduction mis à disposition par Jiminy lui-même sur Medium.

Il faut considérer Blitz comme un jeu de construction, où chaque brique peut être paramétrée.

Blitz comme une API

On peut tout d’abord se servir de Blitz comme d’un générateur de classes CSS, c’est-à-dire comme une base de code qui permet de donner des propriétés esthétiques et de positionnement à une balise HTML.

Par exemple, si nous voulons que les paragraphes simples du texte soient indentés et justifiés, il suffira d’attribuer les classes correspondantes (indent et justified respectivement) comme classe à nos balises <p> et Blitz aura généré le code tout seul. Cela donnera le code suivant dans le fichier HTML de votre chapitre.

<p class="indent justified">Ceci est un paragraphe indenté et justifié</p>
Un paragraphe inventé et justifié grâce aux classes CSS3

Dans ce cas-là, vous pouvez simplement vous servir du fichier blitz.css déjà fourni par Jiminy Panoz dans l’archive zip que vous avez téléchargée, et appeler les classes CSS qu’il a déjà paramétrées lorsque vous en aurez besoin pour votre texte.

Mais cela suppose que vous précisiez à chaque ligne de votre texte comment styler le paragraphe. Même avec les fonctions de recherche et de remplacement des logiciels, c’est fastidieux, car il faudra probablement que vous vérifiiez à chaque fois que votre paragraphe doit bien être stylé de cette façon. Si au beau milieu de votre texte vous avez des paragraphes de flash-back que vous vouliez présenter différemment (par exemple sans indentation), il vous faudra parcourir tout le texte pour faire vos modifications.

De plus, vous n’utiliserez alors que les classes principales de Blitz, en vous fermant la possibilité dont nous parlions tout à l’heure, c’est-à-dire l’amélioration progressive.

L’amélioration progressive

C’est un constat frustrant que chaque solution de lecture gère les possibilités de codage différemment, et que selon que votre lecteur utilisera une tablette Kobo ou Kindle, un iPad ou un ordinateur votre style apparaîtra différemment, mais aussi qu’il est possible qu’une application de lecture qui ne supporte pas les ligatures pour votre texte, par exemple, pourra très bien arrêter de comprendre votre fichier CSS complètement, ce qui engendrera un gros bug visuel et gâchera l’expérience de lecture d’une façon extrêmement désagréable.

Pour remédier à cela, et pour tout de même présenter à vos lecteurs ce que vous aviez prévu, l’amélioration progressive pose les fonctionnalités par couches successives. La base de votre présentation sera celle qui sera lisible par toutes les applications de lecture. Puis vous prévoirez dans votre fichier les fonctionnalités qui pourront apparaître si l’application les supporte. Ainsi, votre texte pourra être lisible dans tous les cas, et s’améliorera en présentation en fonction des capacités de l’application de lecture.

Blitz gère ça avec ce que l’on appelle les media-queries (ou requêtes de média en bon français) qui permettent de poser des conditions au code.

Par exemple, avec la syntaxe

@supports {amélioration{mettre en place l’amélioration}}

votre application de lecture saura quelle amélioration enclencher si elle est capable de la supporter. Les applications qui ne sauront pas le faire en resteront aux fonctionnalités basiques que vous aviez déjà prévues, voire aux fonctionnalités codées dans la syntaxe

@supports not {amélioration{fonctions basiques en cas de non-support}}.

Construction modulaire du fichier LESS

L’autre façon, la meilleure, de se servir de Blitz, est de construire un fichier CSS sur mesure.

Pour cela, nous allons faire nos paramétrages dans Crunch 2. Après avoir ouvert le logiciel, cliquez sur l’icône de dossier avec un signe + et ouvrez le dossier LESS. Puis parcourez l’arborescence de fichiers sur le volet de gauche. Si vous double-cliquez sur le fichier blitz.less, il sera ouvert dans la fenêtre principale.

Le fichier blitz.less

Ce fichier est le moteur du générateur Blitz. C’est lui qui détermine quelles options vous sont ouvertes pour générer le code CSS3 final.

La partie Namespaces permet de déclarer les normes auxquelles le fichier se réfère.

C’est ici que l’on peut déjà commencer à déclarer les fontes particulières que vous voudrez utiliser dans votre texte. Par exemple, pour ma police Sorts Mill Goudy, il suffit que j’insère la référence, en n’oubliant pas de spécifier à quel endroit de l’ePub se trouve le fichier de la fonte (ici dans le dossier Fonts).

Ainsi :

@font-face {
font-family: 'Sorts Mill Goudy';
src:  url('../Fonts/GoudyStM.otf');
}

@font-face {
font-family: 'Sorts Mill Goudy italic';
src:  url('../Fonts/GoudyStM-Italic.otf');
}
Déclaration des fontes utilisées

Vous pouvez par contre remarquer que la partie Begin CSS (début du CSS) contient 6 parties.

Les références sont des fichiers qui ne seront pas intégrés dans le code final, mais qui servent à paramétrer d’autres parties du code.

La partie core (ou noyau) est le cœur des variables qui vont générer le rythme des espaces et du texte, gérer les distances entre les paragraphes, les lignes, les tailles des caractères.

La partie base contient les styles qui sont nécessaires à presque tous les ouvrages électroniques.

Les extensions sont des petits ajouts qui vous seront peut-être utiles.

Les utilities (ou utilitaires) sont des références qui sont exportées par défaut dans le code final.

Enfin, le plug-in kindle permet de générer quelques spécificités pour le système de lecture d’Amazon.

Comme j’ai envie de me servir des fonctions d’amélioration progresives de Blitz, j’ai déplacé le fichier blitz-progressive.less dans la partie utilitaires et j’ai enlevé la parenthèse qui le marquait comme référence. Ainsi, le code CSS généré contiendra les styles rattachés à des fonctions avancées. De la même façon, comme j’ai besoin de paramétrer les césures (hyphens en anglais), pour le fichier hyphens.

Le noyau : variables.less

Il y a là deux réglages fondamentaux qui peuvent être très utiles si vous avez l’intention de doter votre ePub3 de polices de caractère un peu différentes de celles qui sont fournies par les applications de lecture. Il s’agit de la taille du corps de votre police (@body-font-size) et de la hauteur de l’interligne (@body-line-height). Par défaut, le premier paramètre est à 16 pixels et le deuxième à 1,5.

Ce réglage fonctionne avec la plupart des fontes.

Pour ma part, afin de caler l’impression de lecture sur la version papier, j’ai utilisé une fonte un peu haute (Sorts Mill Goudy), qui donne donc une impression massive inélégante en taille 16 pixels. Et le rythme de succession des lignes semble plus harmonieux avec un interligne réglé à 1,3. J’ai donc simplement changé ces réglages. Je n’ai rien touché d’autre.

Pour ce qui est du deuxième fichier du dossier core, rythm.less, je n’y ai pas touché non plus. Il s’agit d’un algorithme savamment dosé que je ne voulais pas casser.

La base

Ce sont les fondations du code CSS qui sera généré.

La première fondation est ce qu’on appelle le reset. Il remet à zéro tous les réglages que l’application de lecture peut avoir modifiés auparavant. Cela vous assure que votre code sera toujours basé sur quelque chose de propre, puisque remis à zéro. Il n’est pas nécessaire de toucher ce fichier.

Ensuite vient le fichier page.less. Il règle les paramètres d’une page de votre livre. Là encore, à moins que vous ne préfériez augmenter les marges de votre page, pas besoin d’y toucher.

La typographie

Le fichier typo.less est celui que vous allez le plus modifier.

C’est ici que vous allez pouvoir déterminer que tous vos paragraphes <p> seront indentés et justifiés par défaut, par exemple. Il suffit pour cela de trouver la classe <p>, et de lui appliquer une classe indent et justified. Car, oui, contrairement à un code CSS, un code LESS peut imbriquer des classes les unes aux autres.

C’est la puissance de la modularité de Blitz.

Les classes déjà paramétrées par Jiminy peuvent être utilisées comme des briques qui vont construire vos propres classes.

Par exemple, pour construire mon style de paragraphes pour le copyright, dénommé bien entendu copyright, voici le code LESS que j’ai inséré dans ce fichier.

.copyrights {
.fs-s;
.no-indent;
.disable-hyphens;
.align-center;
}
Code LESS pour construire une paragraphe de copyright de façon modulaire avec Blitz

Il déclare que la taille de la police doit être petite, qu’il ne doit pas y avoir d’indentation ni de césure, et que le paragraphe doit être centré. Sans utiliser une seule ligne de code CSS ! Il suffit de décrire ce que vous voulez voir, et Blitz le code pour vous…

De même, pour l’amélioration progressive.

Si je veux que mes paragraphes utilisent les ligatures (clig, les ligatures communes, dlig, les ligatures discrétionnaires), le code LESS sera :

p {
    .indent;
    .justified;
    .supports-clig({
    .clig;
  });
.supports-dlig({
    .dlig;
  });
}
Code LESS d'amélioration progressive sur les ligatures de texte

La compilation du fichier LESS en CSS

Il existe une multitude d’autres choses que vous pouvez paramétrer avec Blitz, notamment comment les images seront gérées, comment certains objets seront centrés, comment la hauteur de certains objets (dont les images) pourra être déterminée par la hauteur de l’écran de l’appareil de lecture, etc. Mais cela n’entre pas dans le cadre de cet article.

Sachez seulement que le principe sera toujours le même, celui de la modularité.

Et une fois que vous avez complété votre paramétrage de tous les fichiers contenus dans le framework LESS, il est temps de compiler votre fichier CSS3 final. Dans Crunch 2, il suffit de cliquer sur l’icône en forme de d’étau ou de C majuscule sur la droite de la fenêtre.

Et voici le fichier qui sera exporté.

@charset "UTF-8";
/*  blitz — CSS framework for reflowable eBooks      
    Version 1.1.2 by Jiminy Panoz                      
    Codename: Idle in Kangaroo Court W1                              
    License: MIT (https://opensource.org/licenses/MIT)   */
/* NAMESPACES */
@namespace h "http://www.w3.org/1999/xhtml/";
@namespace epub "http://www.idpf.org/2007/ops";
/* if you need to style epub:type */
@namespace m "http://www.w3.org/1998/Math/MathML/";
/* if you need to style MathML */
@namespace svg "http://www.w3.org/2000/svg";
/* if you need to style SVG */
@font-face {
  font-family: 'Sorts Mill Goudy';
  src: url('../Fonts/GoudyStM.otf');
}
@font-face {
  font-family: 'Sorts Mill Goudy italic';
  src: url('../Fonts/GoudyStM-Italic.otf');
}
html {
  /* Don't use it for styling, used as selector which can take a punch if anything goes wrong above */
}
/* Begin CSS */
/* RESET */
/* So here's the trick, we must reset to manage a number of problems once and for all: 
- HTML5 backwards compatibility (EPUB 3 file in EPUB 2 app); 
- user settings (e.g. line-height on Kobo and Kindle); 
- CSS bloat (DRY); 
- KFX for which a reset using `border: 0` seems to disable support; 
- etc.
It all started as a normalize and became a reset given the magnitude of the task.                                                          
*/
article,
address,
aside,
blockquote,
canvas,
dd,
details,
div,
dl,
dt,
figure,
figcaption,
footer,
h1,
h2,
h3,
h4,
h5,
h6,
header,
hr,
li,
main,
nav,
ol,
p,
pre,
section,
summary,
ul {
  margin: 0;
  padding: 0;
  /* RS may apply vertical padding to el such as p */
  font-size: 1em;
  /* Font size in pixel disable the user setting in legacy RMSDK */
  line-height: inherit;
  /* Kindle ignores it, Kobo needs it. If you don’t use inherit, the user setting may be disabled on some Kobo devices */
  text-indent: 0;
  font-style: normal;
  font-weight: normal;
}
/* This is absolutely necessary for backwards compatibility */
article,
aside,
figure,
figcaption,
footer,
header,
main,
nav,
section {
  display: block;
}
[hidden] {
  display: none;
}

/* Le reste du Reset, que je ne retranscris pas ici... */

/* PAGE LAYOUT */
@page {
  margin: 30px 30px 20px 30px;
  /* Recommended by Barnes & Noble in this old spec: https://simg1.imagesbn.com/pimages/pubit/support/pubit_epub_formatting_guide.pdf */
  padding: 0;
}
body {
  font-size: 93.75%;
  line-height: 1.3;
  margin: 0;
  /* RS will override margins anyways */
  padding: 0;
  widows: 2;
  /* iBooks and Kobo support widows and orphans */
  orphans: 2;
}
/* TYPOGRAPHY */
h1,
h2,
h3,
h4,
h5,
h6,
blockquote p cite,
dt,
pre,
address,
table,
caption,
th,
td,
p,
.align-left,
.align-center,
.align-right,
.caption,
.no-hyphens {
  adobe-hyphenate: none;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  -ms-hyphens: none;
  -moz-hyphens: none;
  -webkit-hyphens: none;
  -epub-hyphens: none;
  hyphens: none;
}
/* Je ne retranscris pas non plus les codes pour les titres et on passe directement à ce que nous avons modifié dans Blitz */
p {
  font-family: "Sorts Mill Goudy", "Minion Pro", "Iowan Old Style", Palatino, "Palatino Linotype", "Palatino Nova", "BN Amasis", Cambria, FreeSerif, "Times New Roman", serif;
  text-indent: 1em;
  /* Designed as a class for body — We don't enforce as user setting > author */
  text-align: justify;
  adobe-hyphenate: auto;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  -ms-hyphens: auto;
  -moz-hyphens: auto;
  -webkit-hyphens: auto;
  -epub-hyphens: auto;
  hyphens: auto;
  /* before and after not in spec but iBooks support all three (-webkit-) */
  -ms-hyphenate-limit-lines: 2;
  -moz-hyphenate-limit-lines: 2;
  -webkit-hyphenate-limit-lines: 2;
  hyphenate-limit-lines: 2;
  /* No support except Trident (Windows) */
  -ms-hyphenate-limit-chars: 6 3 2;
  -moz-hyphenate-limit-chars: 6 3 2;
  -webkit-hyphenate-limit-before: 3;
  -webkit-hyphenate-limit-after: 2;
  hyphenate-limit-chars: 6 3 2;
  /* No support except Trident (Windows) */
  -ms-hyphenate-limit-zone: 10%;
  -moz-hyphenate-limit-zone: 10%;
  -webkit-hyphenate-limit-zone: 10%;
  hyphenate-limit-zone: 10%;
  /* No support */
  -ms-hyphenate-limit-last: always;
  -moz-hyphenate-limit-last: always;
  -webkit-hyphenate-limit-last: always;
  hyphenate-limit-last: always;
}
@supports ((-ms-font-feature-settings: "liga") or (-webkit-font-variant-ligatures: common-ligatures) or (font-variant-ligatures: common-ligatures)) {
  p {
    -ms-font-feature-settings: "liga";
    -webkit-font-variant-ligatures: common-ligatures;
    font-variant-ligatures: common-ligatures;
  }
}
@supports ((-ms-font-feature-settings: "dlig") or (-webkit-font-variant-ligatures: discretionary-ligatures) or (font-variant-ligatures: discretionary-ligatures)) {
  p {
    -ms-font-feature-settings: "dlig";
    -webkit-font-variant-ligatures: discretionary-ligatures;
    font-variant-ligatures: discretionary-ligatures;
  }
}
.footnote {
  font-size: 0.93333333em;
  line-height: 1.39285714;
  text-indent: 0;
}
blockquote {
  margin: 1.3em 5%;
}
blockquote p {
  text-indent: 0;
  font-style: italic;
}
blockquote p i,
blockquote p em,
blockquote p cite {
  font-style: normal;
}
address {
  /* Styles */
}
.copyrights {
  font-size: 0.93333333em;
  line-height: 1.39285714;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  adobe-hyphenate: none;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  -ms-hyphens: none;
  -moz-hyphens: none;
  -webkit-hyphens: none;
  -epub-hyphens: none;
  hyphens: none;
  text-indent: 0;
  /* Necessary as RS may define text-indent for p */
  text-align: center;
}
.dedicace {
  /* Don't use that with span if i, cite, dfn or em can be used */
  font-style: italic;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  adobe-hyphenate: none;
  /* proprietary for Legacy RMSDK */
  -ms-hyphens: none;
  -moz-hyphens: none;
  -webkit-hyphens: none;
  -epub-hyphens: none;
  hyphens: none;
  text-indent: 0;
  /* Necessary as RS may define text-indent for p */
  text-align: right;
  margin-left: 20%;
  margin-top: 5.2em;
}

/* FIGURES + IMAGES  */
figure {
  page-break-inside: avoid;
  break-inside: avoid;
  margin: 1.3em 0;
}
figcaption,
.caption {
  font-size: 0.93333333em;
  line-height: 1.39285714;
  text-indent: 0;
}
img {
  width: auto;
  max-width: 100%;
  /* Note: KF8 doesn't support max-width hence "width: auto;" as fallback */
  height: auto;
  object-fit: contain;
}
/* Note: portrait image styling + figcaption is a nightmare */
/* See https://github.com/jstallent/ImagesSingleFile for the css hack */
img.portrait {
  width: auto;
  max-width: 100%;
  /* Note: KF8 doesn't support max-width hence "width: auto;" as fallback */
  height: 100%;
  /* We try to prevent blank page after */
  max-height: 95%;
  /* Max value iBooks enforces */
}
.float-left img,
.float-right img {
  width: 100%;
  /* If it’s auto, image in floating container will overflow on Kobo iOS + Kindle */
}
@supports (height: 99vh) {
  img.portrait {
    height: 99vh;
  }
}
/* ETC... */
Le fichier CSS3 exporté par Blitz

C’est ce fichier qui déterminera l’apparence de votre livre. Et vous l’aurez créé en un minimum d’effort.

Merci Jiminy !

Greffe des chapitres créés par Scrivener

Il est temps de greffer les chapitres exportés par Scrivener dans la coquille pour l’instant presque vide de votre maquette d’ePub3.

Pour ma part, comme la partie <head> de ces fichiers n’est pas aussi optimisée que celle fournie par Blitz, j’ouvre chaque chapitre créé par Scrivener et je sélectionne tout ce qui se trouve entre les balises <body> et </body> du fichier. Je copie ce bloc, et le viens le coller à l’endroit où Blitz indique Your content here. Dans la maquette que je vous ai fournie, c’est à la place du code :

<p>Ici c’est votre texte qui prend forme.</p>

<p>le reste du texte</p>
Remplacez ce code par le corps de votre chapitre HTML

Et je recommence pour chaque chapitre en créant auparavant à chaque fois un fichier chapitre_numéro-de-chapitre.xhtml identique à ceux qui sont donnés en modèle.

Je n’oublie pas de déclarer chaque nouvel ajout dans le fichier opf, bien entendu (si vous ne vous souvenez plus de ce qu’est le fichier opf, faites un nouveau détour par l’épisode 2 de cette série, ePub Anatomy), en y notant dans le manifeste :

<item href="Texte/Chapitre_numéro-de-chapitre.xhtml" id="Chapitre_numéro-de-chapitre.xhtml" media-type="application/xhtml+xml"/>
Déclaration d'un chapitre du livre dans la manifeste du fichier opf

Et dans le spine :

<itemref idref="Chapitre_numéro-de-chapitre.xhtml" linear="yes" />
Déclaration d'un chapitre du livre dans le seine du fichier opf

 

Nettoyage des balises HTML

Cependant, comme Scrivener n’a pas de style pour les paragraphes classiques, il a la sale manie de coller un code de style sur chaque balise <p> qui n’a pas une classe CSS particulière. Cela se manifeste par une balise <span style=”color:#000000″></span> du plus mauvais effet.

Heureusement, il suffit de se servir de la fonction de recherche et remplacement d’Espresso pour remplacer d’abord la séquence de code <p><span style=”color: #000000″> par un simple <p>, puis la séquence </span></p> par un simple </p>.

Il ne faudra pas oublier de chasser les quelques balises </span> qui auront été oubliées, car contiguës à d’autres balises qu’à une balise </p>.

Une fois que cela sera fait, votre texte sera prêt. Vous avez fait le plus gros.

Vous pourrez aisément vérifier l’apparence de vos chapitres en visualisant le rendu grâce à la fonction d’Espesso le permettant (la boussole en haut de la fenêtre).

Les pages liminaires

Comme nous en avons déjà discuté dans l’épisode 2 de la série d’articles Making of a book, un livre ce n’est pas seulement que vos chapitres. C’est aussi d’autres pages comme une préface, un index, une bibliographie.

Chaque partie aura besoin d’un fichier de texte, comme chacun de vos chapitres.

De la même façon que vous l’avez fait auparavant, vous devrez y importer votre texte.

Et soit vous aurez déjà pensé vos styles auparavant (c’est par exemple ce que nous avons fait avec la classe CSS3 copyright dont nous parlions auparavant, et qui servira aux mentions légales de votre livre) ce qui vous fera gagner du temps puisque vous n’aurez qu’à appliquer le style correspondant à vos balises HTML, soit vous avez décidé d’utiliser les classes préfabriquées par Blitz pour déterminer a posteriori quelle apparence auront ces pages.

Dans ce dernier cas, vous allez devoir coder votre page HTML dans Espresso pour ajouter des classes et visualiser le rendu ensuite dans un navigateur internet de votre choix ou dans celui du logiciel lui-même, qui est assez bon pour cela je trouve. Cela peut être long, mais heureusement il y a souvent peu de texte dans les pages liminaires par rapport au corps d’un livre.

La navigation : fichier nav

Comme nous l’avons vu dans l’épisode 2 de cette série, ePub Anatomy, un ePub3 a besoin d’un fichier dédié à la navigation, encadré par des balises <nav epub:type=”toc”>.

Pour peaufiner votre livre électronique, vous aurez donc besoin de compléter ce fichier en y insérant les références de tous les chapitres de votre texte accessibles à la navigation, donc y compris les pages liminaires dont vous souhaiter intégrer les références dans le sommaire.

Ce sommaire est matérialisé par une liste en code HTML5, avec des balises <li> encadrées par une balise <ol>. Chaque ligne contient un lien avec une balise <a> qui mène au fichier correspondant au chapitre.

La navigation, fichier ncx

De la même façon, afin de garantir une rétrocompatibilité avec les solutions de lecture ePub2, il sera intéressant de remplir le fichier de navigation de cet ancien format, le fichier ncx.

Vous y mettrez les mêmes informations, mais codées différemment, entre des balises <navMap> encadrant des <navPoint>.

Les images

Les images sont parmi les objets les plus délicats à manier dans un fichier ePub.

Tout d’abord, elles doivent respecter certaines règles de taille et de poids.

En effet, l’iBookstore d’Apple exige que les images intérieures (même la couverture intérieure donc) ne dépassent pas les 4 millions de pixels.

Ensuite, le code CSS3 qui permet de les afficher correctement (notamment sans qu’elles soient coupées en deux entre deux pages) est assez complexe.

Enfin, leur positionnement est toujours délicat, notamment si vous voulez les centrer au milieu de la largeur de la page avec une taille définie.

C’est une des raisons pour lesquelles les modules de Blitz sont si intéressants. Ils ont été soignés pour éviter ces écueils.

Pour ma part, je fais un usage immodéré des classes Blitz telles que wrap-pourcentage qui permettent de centrer l’image en lui donnant une taille définie par le pourcentage indiqué, et portrait, qui permet de s’assurer que l’image est contenue au maximum de la hauteur de l’écran.

La couverture, elle, suit des règles différentes. Elle n’a notamment pas les limitations des images destinées à la maquette intérieure. Et elle est intégrée seulement dans le fichier qui contient le paramètre epub:type=”cover”.

On peut par contre lui appliquer les mêmes classes, notamment portrait.

Métamorphose en ePub

Une fois toutes ces étapes franchies, votre ePub est prêt à naître.

Il vous suffit de le glisser dans la fenêtre d’ePub Packager, puis de cliquer sur l’icône avec la flèche vers la droite notée Open. L’application vous ouvre une fenêtre qui montre l’emplacement de l’ePub généré.

Vous êtes presque au bout de vos peines. Normalement.

Le test ePubCheck

Car un ePub n’est pas vraiment un ePub tant qu’il n’a pas passé l’épreuve ePubCheck. Cette application en lignes de commande permet de savoir si votre fichier respecte bien toutes les normes de l’ePub, sur la forme comme sur le fond, sur le codage comme sur l’organisation et la hiérarchie, la syntaxe, bref : tout.

C’est un outil très pointilleux qui ne va laisser passer aucune erreur.

Aucune.

SAUF.

Certaines erreurs de frappe. Par exemple, comme cela m’est arrivé, avec des paramètres CSS tels que margin-left:20% si comme moi vous êtes étourdis et écrivez margin-left:2a0%.

L’ePub passera le test, mais sera affiché de façon complètement erratique sur une liseuse.

Le plus simple pour soumettre votre epub au test est cependant une interface graphique nommée ePubChecker, distribuée gratuitement par Pagina. Il suffit de glisser-déposer votre ePub dans la fenêtre d’ePubChecker, et l’application l’analyse, pour vous renvoyer les erreurs éventuelles, avec un écran rouge, ou vous avertir de la validation avec un écran vert.

Le test ultime : les différentes applications de lecture

Enfin, pour vous assurer que tout se passe bien, je ne saurai trop vous conseiller de tester votre fichier sur différentes applications de lecture, et au moins sur une liseuse, pour vous rendre compte du résultat en dehors d’un environnement informatique évolué qu’est l’ordinateur personnel.

Les liseuses embarquent des interpréteurs souvent plus tatillons que les navigateurs internet sur lesquels sont basés les logiciels tels qu’Espresso, par exemple.

Et comme nous venons de le voir, le test ePubCheck est incapable de donner un rendu de votre livre.

Il est donc important de savoir comment votre feuille de style se comporte sur une liseuse, si votre texte est lisible, formaté selon vos souhaits. En utilisant Blitz, vous avez une certaine garantie, mais même Blitz ne peut pas tout prévoir…

The eBook Identity, la Lecture dans la Peau

Vous savez dessiner un ePub3, mais il y a d’autres règles qui ne concernent pas véritablement le codage. Et vous devez les connaître pour que votre livre puisse véritablement avoir une identité.

Couverture, couverture

La couverture est la principale marque d’identité de votre livre. Comme nous en avons discuté pour la version papier, elle est l’interface avec votre public. Dans le cas d’un livre électronique, c’est même presque la seule, car c’est la couverture qui servira d’icône sur le bureau de votre ordinateur, comme elle servira d’image sur la page de la librairie en ligne.

Faites-en donc une version extrêmement haute définition, qui sera à fournir à votre libraire virtuel.

Quant à celle qui servira dans votre fichier lui-même, Apple recommande qu’elle soit au moins de 1440 pixels de large, et Amazon de 1660 pixels de large, mais n’hésitez pas à la faire plus grande encore. Par contre, optimisez-en son poids, afin de ne pas trop augmenter la lourdeur de votre fichier.

ISBN

Les livres numériques doivent avoir un ISBN, un numéro unique à treize chiffres qui identifie chaque édition de chaque ouvrage publié à travers le monde. Comme un livre numérique est considéré comme une édition différente de la version papier du même ouvrage si elle existe, son ISBN devra être différent.

Il devra être intégré dans le code du livre (dans le fichier opf), mais aussi visible par le lecteur (sur une page dédiée, appelée colophon, par exemple).

Nous discuterons d’ailleurs plus en détail des obligations légales diverses et variées dans un article dédié.

Dépôt légal

À la différence d’un livre papier, il n’existe pas d’obligation de dépôt légal d’un livre numérique en France.

Les robots de la Bibliothèque Nationale de France se chargent d’écumer le web à la recherche de tous les ouvrages numériques, et vous n’aurez donc pas de formalités à accomplir de ce côté-là.

It’s a Kindle of magic

Enfin, malgré le fait que le format Kindle ne soit pas vraiment de l’ePub3 vous serez obligés de proposer une version de votre livre adaptée à l’écosystème de lecture d’Amazon du fait de son extrême et écrasante majorité chez les possesseurs de ces applications de lecture.

La bonne nouvelle c’est que c’est presque Amazon qui le fait pour vous.

Il vous suffit de télécharger gratuitement Kindle Previewer 3, le logiciel maison d’Amazon chargé de la conversion vers le format propriétaire. Jiminy Panoz (encore lui !) en avait fait un petit article de test en 2016.

Une fois votre livre importé par simple glissé-déposé, KP3 mouline pendant un long moment et vous permet de simuler les applications Kindle sur différents appareils, afin d’en vérifier le rendu.

Vous aurez peut-être certains réglages à faire sur le fichier CSS3 spécifique généré par Blitz.

Puis vous sélectionnez Fichier>Exporter pour créer automatiquement une version Kindle de votre ePub3.

Étonnamment (ou pas), la version Kindle est toujours beaucoup plus lourde que la version ePub3.

Mais elle est indispensable.

Vers l’infini et au-delà

C’est le destin qui est maintenant promis à votre œuvre.

Vous avez en main deux versions de votre ouvrage, un fichier Kindle à mettre entre les mains des possesseurs de tablette Amazon, et un fichier ePub3 pour tous les autres.

Dans le prochain épisode, nous verrons comment les mener vers vos lecteurs.

Making of a book, partie 3 : la Couverture à soi

Making of a book, partie 3 : la Couverture à soi

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Introduction : le but de la couverture

Votre livre est écrit, mis en page, et le PDF est prêt à être envoyé à l’imprimeur, mais avant de pouvoir donner naissance à votre ouvrage, vous allez devoir lui créer une couverture.

Si le corps du texte est l’âme de votre livre, si les pages liminaires en sont les muscles, la couverture tient lieu de peau, d’enveloppe charnelle. Elle sera aussi le premier contact que votre lecteur ou votre lectrice auront avec lui. Ce premier contact, qui entre un humain et un livre est aussi important qu’entre deux humains, détermine souvent si votre œuvre va finir dans les mains de son public potentiel.

Tout comme nous prenons soin de notre apparence pour paraître à notre avantage en société, votre livre va devoir revêtir des atours séduisants s’il veut conquérir les yeux de vos lecteurs.

En effet, pour être lu, il faut donner envie d’être lu.

D’après ce que je viens d’écrire, on pourrait penser que la couverture se résume à son illustration, à des couleurs bien agencées, à quelque chose de publicitaire.

Il n’en est rien.

Le rôle de la couverture c’est aussi de proclamer le titre de votre livre. C’est aussi l’occasion d’inscrire le nom de l’auteur (vous, donc) même si certains, par exemple Neil Jomunsi dont j’apprécie beaucoup les réflexions, se demandent si l’on peut accepter de ne pas figurer du tout comme l’auteur de son propre livre. On appose aussi le logo et le nom de l’éditeur (dans le cas de l’auto-édition, vous aussi), et l’on peut enfin trouver un résumé, une accroche, un « pitch » du livre, dans la fameuse 4e de couverture dont nous discuterons plus tard.

La couverture est aussi l’endroit où sera visible le code ISBN à 13 chiffres qui permet de marquer chaque édition de chaque ouvrage édité dans le monde.

Comme vous pouvez le constater, une couverture, ce n’est pas si anodin ni si simple qu’il paraît au premier regard.

Quelques exemples de couvertures de livres parmi ceux dont nous avons déjà parlé ici

Quels outils pour quelle couverture ?

Pour bien commencer, il faut d’abord savoir de quelle couverture l’on parle.

S’agit-il de la couverture de votre livre papier ? De celle de votre livre numérique ?

Car de la réponse va dépendre beaucoup. Notamment l’anatomie de votre fichier.

Couverture imprimée

Une couverture imprimée rassemble à la fois la 1re de couverture (votre illustration et le titre du livre) et la 4e de couverture (nous en parlerons plus tard, mais en gros, le résumé de votre livre et quelques mots sur l’auteur, c’est-à-dire vous), séparées par une tranche qui permettra la reliure des feuillets de papier.

Votre boulot est donc de concevoir trois maquettes en une, ce qui est loin d’être simple.

De plus il ne faut pas oublier que, puisque nos livres s’ouvrent vers la gauche, en Occident, votre 4e de couverture se trouvera à gauche du fichier, puis vous placerez la tranche, puis la première de couverture.

Pour ce genre de réalisation, mon premier réflexe est d’abord de me servir de papier plié et de crayon pour créer une maquette que je puisse tenir dans mes mains et sur laquelle je puisse placer facilement et intuitivement ce que je désire faire figurer.

Puis vient l’étape informatique.

D’aucuns se servent de Photoshop (je vous ai déjà dit que j’utilisais InDesign pour la maquette intérieure, alors pourquoi pas  ?), mais je n’aime pas l’idée de payer un abonnement pour utiliser un logiciel si j’ai le choix, et je préfère donc jeter mon dévolu sur d’autres outils.

Je me sers donc de Graphic, un logiciel de dessin vectoriel pour Mac, afin de réaliser les parties qui seront vectorielles (formes, logo), et de Pixelmator Pro, encore pour Mac, afin de concevoir la mise en page et le placement des objets. Bien sûr il y a d’autres possibilités comme la suite Affinity (Designer et Photo).

Couverture numérique

La couverture numérique, elle, se résume à l’image de la première de couverture et aux informations essentielles qui pourront taper dans l’œil de votre lecteur potentiel. Ici, il n’est absolument pas besoin de 4e de couverture incluse dans le fichier, mais plutôt d’identité graphique.

La 4e de couverture sera plutôt placée dans les espaces prévus par la librairie en ligne ou la page web de votre site internet. Inutile donc de l’intégrer dans le fichier, même si, à titre personnel, j’aime bien mettre le pitch du livre au début de celui-ci, dans un eBook.

Je me sers des mêmes logiciels que pour la couverture papier.

Et au final, je conçois d’abord la première de couverture en ayant les deux approches, papier et numérique, à l’esprit en même temps et en permanence.

Car si la caractéristique principale d’une couverture est d’installer une identité graphique, elle doit être plus marquée lorsque l’on a le numérique en tête. En effet, les ouvrages, dans une bibliothèque en ligne, sont rangés selon des icônes représentant la couverture, avec une taille assez petite. Il faut donc que votre couverture soit assez visible et surtout assez lisible pour le lecteur, même avec une taille, disons de 256 pixels de large.

L’illustration de couverture

C’est elle qui va être votre plus grand défi, car c’est la pièce maîtresse de votre couverture.

Et soit vous êtes doué en dessin/peinture/infographie et dans ce cas vous n’avez même pas besoin de conseil.

Soit vous êtes comme moi, c’est-à-dire pas doué du tout, et vous avez deux solutions : trouver des illustrations du domaine public que vous travaillez avec votre logiciel préféré (c’est ce que j’ai fait, pas trop mal je crois, pour Le Choix des Anges dont l’illustration de couverture est de Gustave Doré), ou engager un illustrateur qui réalisera un travail de commande pour vous.

La première piste n’est pas toujours facile, car il faut bien chercher pour trouver, parfois pendant très longtemps.

La deuxième vous coûtera de l’argent.

Mon conseil : si vous ne trouvez pas vite votre bonheur dans le domaine public, tournez-vous vers un illustrateur ou une illustratrice. Vous gagnerez du temps et l’argent sera bien investi.

J’ai eu de la chance, depuis le début de l’écriture du Choix des Anges, je lorgnais sur les planches de Gustave Doré, notamment celles qu’il a créées pour le Paradis Perdu de Milton. Je m’étais même servi de l’une d’elles pour le logo de mon éphémère studio de cinéma, le MacLeod Studio, il y a des années. Je n’ai donc pas eu à chercher trop loin. Mais si ça avait été le cas, j’aurai largement investi dans le travail d’illustration d’un professionnel.

Un titre de caractère

Dans le cas où vous réalisez votre illustration vous-même, veillez ensuite à positionner le titre de façon à ce qu’il soit bien visible et saute tout de suite aux yeux.

Vous aurez bien sûr pris la précaution de choisir correctement la police de caractères qui sera utilisée. Elle sera si possible différente de celle de votre corps de texte, ce qui créera une impression esthétique. Elle devra bien exprimer l’ambiance de votre livre, lui donner une couleur particulière.

Seul votre sens artistique sera le bon juge, mais rares sont les univers de space opera qui s’accommoderont d’une fonte gothique, ou les univers médiévaux qui seront bien exprimés par une fonte de style art nouveau.

La célèbre 4e de couverture

Le cœur de la 4e de couverture, c’est le résumé ou l’accroche de votre livre, ce que les anglophones appellent le « pitch ». Il doit donner envie de lire votre livre, en posant les bases de l’ambiance, en présentant les personnages principaux et notamment le ou les héros/héroïnes, le début de l’intrigue.

C’est sans doute un élément à soigner particulièrement, car il est le pendant textuel de votre illustration de couverture. Il doit résonner avec cette dernière pour évoquer le sujet autant que l’ambiance de votre livre.

Vous pouvez aussi, si vous êtes un peu mégalo comme moi, en profiter pour poser quelques mots sur votre biographie, bref, pour vous présenter un peu. Sérieusement, je suis toujours très intéressé par le parcours des auteurs que je lis, et je me dis que cela doit être un peu la même chose pour beaucoup de lecteurs de par le monde. Mais je conçois parfaitement que d’autres n’aient pas ce besoin, aussi, loin d’être une obligation comme le résumé, la courte présentation que vous ferez de vous-même est-elle du ressort de votre propre feeling.

Le gabarit de la couverture papier

Alors que nous explorerons le cas particulier du numérique dans un article à part, le moment est venu de constituer véritablement votre couverture papier.

À titre d’exemple, voici comment peut se concevoir une couverture papier pour CreateSpace.

La mesure de base des Anglo-saxons est le pouce (ou inch), et la résolution minimale de votre couverture devra, pour être correctement imprimée, être de 300 points par pouce (ou ppp, ou dpi, ou ppi). Toutes les mesures suivantes tiendront donc compte de cette équivalence de 1 inch = 300 points ou 300 pixels.

Première dimension d’importance, celle de la page intérieure de votre livre. Elle deviendra aussi celle de votre 1re de couverture et de votre 4e de couverture finalisées et découpées par l’imprimeur. Pour mon format A5, il faut commencer à convertir les millimètres en pouces. Un rapide passage par un convertisseur nous apprend que le format A5 (148x210mm) correspond à 5,83x8,27 pouces, soit 1749x2481 pixels.

Cependant, il faut tenir compte de l’incertitude de la coupe et afin que votre couverture ne soit pas affublée d’un disgracieux liseré blanc si la machine se trompe de quelques microns dans son positionnement, CreateSpace vous conseille fortement de prendre 0,125 pouce de marge, soit 37,5 pixels (arrondissez à 38), sur le haut, le bas, et l’extérieur de votre couverture.

Pour obtenir la dimension exacte de votre planche de papier réunissant la 4e de couverture et la 1re, il ne vous manque qu’à calculer la dimension de la tranche. Cette dernière dépend du papier utilisé par l’imprimeur, de son épaisseur, de sa qualité. Bref, tout dépend d’un calcul que vous allez devoir faire avec des paramètres qui vous seront fournis par CreateSpace.

À l’heure où j’écris ces lignes, CreateSpace vous donne le choix entre un papier blanc et un papier crème, censé être plus adapté aux romans. Pour ma part, la finition du papier blanc me convient bien. Mais suivant votre choix, vous devrez multiplier votre nombre total de pages intérieures (y compris donc vos pages liminaires et pages blanches éventuelles) par un nombre différent. Le résultat sera la dimension de la tranche, en pouces.

Dans mon cas, le papier blanc de CreateSpace impose un multiplicateur de 0,002252, quand le papier crème plus épais impose plutôt 0,0025. Je vous laisse faire l’exercice pour un choix de papier crème, mais dans mon cas, le papier blanc et mes 296 pages pour Le Choix des Anges me donnent un résultat de 0,666592 pouce (remarquez que j’ai quand même du bol, dans un livre sur les Anges, de tomber sur un 666… un signe, non ?) ou 199,9776 pixels, que nous arrondirons à 200.

Ma planche de papier devra donc mesurer [(5,83 +0,125) x2] +0,666592 = 12,576592 pouces, ou bien encore [(1749 +38) x2] +200 = 3774 pixels de largeur.

Quand à la hauteur, plus simple à calculer, elle sera de 8,27+(0,125x2) = 8,52 pouces ou 2481+(38x2) = 2557 pixels.

Ne reste qu’à positionner les différents éléments sur ce canevas de base.

Mais là aussi, il y a des règles à respecter.

Tout d’abord les marges de sécurité des titres et autres éléments de texte importants. Ils devront absolument être à 0,25 pouce, soit 75 pixels, du bord de la page. Pour les deux couvertures. Et à 0,0625 pouce, soit 18,75 pixels, arrondis à 19, pour la tranche, sur laquelle, si elle est assez large, vous pouvez inscrire à nouveau le titre, l’auteur, l’éditeur.

Ensuite le code-barre de l’ISBN, ce numéro standardisé à 13 chiffres qui répertorie les éditions de chaque livre publié sur la planète. CreateSpace demande que vous laissiez blanc un espace de 2x1, 2 pouces sur la 4e de couverture, à 0,25 pouce de ses bords interne et inférieur.

Une fois ces éléments bien délimités, à vous de jouer…

Armée et casquée, Athéna naquit du crâne de Zeus

C’est l’image qui me vient à chaque fois que je pense à la naissance d’un livre. Armé par les mots, portant l’armure et l’égide de sa couverture, il vient au monde paré de l’intelligence et de l’astuce de son auteur.

Mais il reste une étape cruciale, celle de l’accouchement lui-même.

Comme tout le monde n’est pas un dieu du tonnerre comme l’ami Zeus, je vous conterai dans un prochain épisode comment s’y prendre de façon concrète.

[Prolongé] Écrivez votre propre version française de “Cry me a river” et gagnez un exemplaire du Choix des Anges

[Prolongé] Écrivez votre propre version française de “Cry me a river” et gagnez un exemplaire du Choix des Anges

Le Choix des Anges sera publié le 20 mars 2018.

Pourtant, toi, ou toi là-bas, ou encore toi, le recevrez peut-être quelques jours avant tout le monde, tout chaud, tout beau, tout neuf. Vous l’aurez mérité.

Car l’un ou l’une d’entre vous tous aura remporté le premier Tournoi du Serpent à Plume, cette joute que nous ouvrons ensemble aujourd’hui.

Il s’agira de joutes chevaleresques, bien entendu, mais nous ne nous servirons pas de destriers, de lances, de heaumes ou de boucliers. Nous nous servirons de la langue du serpent, de la plume du phœnix, du souffle enflammé de l’imagination du dragon. Nous nous servirons des mots.

C’est l’existence du Tournoi des Initiés, dans Le Choix des Anges, cette compétition qui désigne le successeur d’un Maître de la Boxe, qui m’a donné l’idée d’organiser régulièrement cet affrontement courtois, où le Prix sera décerné à celui ou celle qui aura su triompher de tous ses adversaires, mais aussi de lui-même ou d’elle-même.

Pour cette première édition du Tournoi, j’ai donc tout naturellement choisi de placer l’épreuve sur le thème de la musique et de mettre en jeu un exemplaire du Choix des Anges.

Dans le roman, l’un des personnages, Laurie, est une chanteuse de cabaret, et la scène du roman qui la met en lumière la voit interpréter une version française de la célèbre chanson Cry me a river, de Julie London. Il existait déjà une version française, intitulée Pleurer des rivières, traduite par Boris Bergman et chantée par Viktor Lazlo (je laisse volontairement de côté le Noir est ta couleur de Christophe, qui ne reprend pas l’histoire originelle de la chanson).

Elle ne me convenait pas.

Je me suis donc attelé à la tâche, et écrit ma propre version, en essayant de coller à la mélodie, mais aussi à la pureté du texte originel, tout en rendant cette ambiance noire. Dans ma tête tournait une image iconique, celle du film Dark City et de Jennifer Connely chantant une reprise de Sway, chantée en réalité par Anita Kelsey, mais aussi The Night Has a Thousand Eyes, dans une reprise elle aussi véritablement envoûtante.

Je voulais parvenir à rendre une ambiance de cet ordre. Mes lecteurs me diront si cela est réussi.

En attendant, je vous invite à proposer votre propre version française de Cry me a river.

Je vous laisse jusqu’au 3 avril 2018 minuit pour m’envoyer le texte via le formulaire de contact du site.

Je sélectionnerai ma version préférée et le gagnant ou la gagnante recevra un exemplaire papier dédicacé du Choix des Anges.

Je publierai les propositions qui m’auront été soumises dans un prochain billet.

Pour vous fournir une base, voici les paroles de la version anglaise.

Cry me a river (Arthur Hamilton, 1953 — Julie London, 1956)

Now you say you’re lonely
You cry the whole night through
Well, you can cry me a river, cry me a river
I cried a river over you

Now you say you’re sorry
For bein’ so untrue
Well, you can cry me a river, cry me a river
I cried a river over you

You drove me, nearly drove me out of my head
While you never shed a tear
Remember, I remember all that you said
Told me love was too plebeian
Told me you were through with me and

Now you say you love me
Well, just to prove you do
Come on and cry me a river, cry me a river

I cried a river over you

I cried a river over you

I cried a river over you

I cried a river over you

Si vous êtes partants, ça commence maintenant.

Prénom
Nom

Le Choix des Anges disponible en version papier et numérique

Le grand jour est arrivé ! Après de nombreuses années d’efforts souvent entrecoupés hélas par les vicissitudes de la vie, je suis arrivé au bout de l’écriture de ce deuxième roman, puis au bout de sa préparation pour une publication en autoédition. Le Choix des Anges...

Le Choix des Anges en précommande

Le Choix des Anges en précommande

Tout est dans le titre, ou presque.

Après de nombreuses années d’efforts souvent entrecoupés hélas par les vicissitudes de la vie, je suis arrivé au bout de l’écriture de ce deuxième roman, puis au bout de sa préparation pour une publication en autoédition.

Le Choix des Anges est donc disponible en précommande tant dans sa version papier (livre broché de 296 pages en format A5, au prix de 12,66 €) que dans sa version numérique (format ePub, au prix de lancement de 2,99 €). Il sortira officiellement le 20 mars 2018, date à laquelle vous pourrez le lire véritablement. La version Kindle est en préparation et sera disponible le 20 mars également.

Vos commentaires et vos partages sont bien entendu les bienvenus.

Quant à moi, après avoir bouclé un mémoire professionnel qui attend une relecture depuis 2 mois, je vais pouvoir lancer un nouveau projet : Fée du Logis, dont l’écriture est tout juste entamée.

Télécharger un extrait

Télécharger un extrait

Édition brochée

Format du livre : A5 (148mm x 210mm)
Nombre de pages : 296
Publication : 20/03/2018
ISBN : 9791093734019

12,66€

Acheter sur

Édition numérique

Format du livre : ePub3, compatible ePub2
Poids du fichier : 2,9 Mo
Publication : 20/03/2018
ISBN : 9791093734026

2,99€ (sans DRM)

Prix de lancement

Acheter sur

Making of a book, partie 2 : à livre ouvert, la maquette intérieure

Making of a book, partie 2 : à livre ouvert, la maquette intérieure

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Depuis quelques siècles, les livres prennent d’abord la forme d’un livre papier. Si les raisons de s’autoéditer n’ont jamais été aussi nombreuses dans les années 2010, il n’en reste pas moins que concevoir un livre papier implique de se poser quelques questions et d’y répondre précisément. Voyons ensemble comment résoudre chacune et réaliser ainsi une maquette de livre papier pas à pas.

Les outils

Si LibreOffice, Word, ou Pages sont capables de faire une mise en page correcte, j’ai pour ma part préféré un logiciel plus spécialisé, essentiellement parce que la gestion des images dans les traitements de texte me semble très primitive et que je voulais également placer des en-têtes et des pieds de page un peu particuliers.

Je ne suis pas favorable au modèle des abonnements pour utiliser un logiciel, aussi ai-je essayé Scribus.

Mais autant la mise en page d’un court extrait s’est faite sans trop de problèmes, autant l’importation de mes 78 300 mots du Choix des Anges a été un véritable calvaire avec ce logiciel dans sa version 1.5.3., pourtant considérée comme stable. J’ai donc dû me tourner vers le seul autre logiciel sérieux (en attendant Affinity Design dont la version bêta est attendue pour cet été), j’ai nommé InDesign d’Adobe.

Les étapes de la fabrication de notre maquette seront donc réalisées avec ce logiciel, certes cher (37 € par mois si on le choisit seul et avec la souplesse de ne pas avoir d’engagement annuel), mais très ergonomique, et surtout très puissant.

Pour l’instant (mais j’espère qu’Affinity Design changera la donne), pour un auteur autoédité qui ne sort qu’un livre par an, un mois d’accès à InDesign suffit largement à apprendre les bases et à produire une maquette intérieure de livre papier de qualité. D’autant plus qu’il existe une version d’essai de 7 jours, qui a été amplement suffisante pour moi, car j’avais déjà une idée très précise de ce que je voulais.

Pour vous aider à vous construire la vôtre, je ferai en sorte de vous livrer quelques astuces tout au long de cet article.

Quand la taille importe vraiment : le format du livre

Si vous regardez dans votre bibliothèque, vous serez peut-être surpris de remarquer que les dimensions des livres sont très disparates entre les éditeurs, et même entre chaque collection chez un même éditeur. Ainsi vos livres sont plus ou moins hauts, plus ou moins larges, plus ou moins épais.

Théoriquement, on peut grouper les dimensions des livres suivant trois grandes catégories.

Les livres de poche, plutôt peu hauts et peu larges, mais parfois très épais, sont très populaires depuis quelques dizaines d’années. Ils sont caractérisés par une mise en page peu aérée afin de faire tenir le texte dans un espace restreint. Leur confort de lecture, parfois, s’en ressent.

Les livres plus classiques assez hauts et larges, parfois encore plus épais, car possédant souvent un papier de meilleure qualité, ont la plupart du temps une mise en page plus aérée, et un confort de lecture plus grand.

Les beaux-livres sont très hauts et très larges et sont souvent des éditions luxueuses où le texte est mis en valeur de manière plus soignée encore. Il arrive même que la tranche soit dorée, que la reliure soit cousue et recouverte de cuir.

Et pourtant, il n’existe aucun standard de taille et chaque éditeur a conçu ses livres de poche dans des dimensions légèrement différentes.

Chacun choisit donc le format et les proportions qu’il désire.

Vous en aurez une autre preuve lorsque vous examinerez comme moi les formats acceptés à la fabrication par deux des prestataires les plus fréquemment mandatés par les auteurs autoédités : Amazon (via CreateSpace) et Lulu. Vous remarquerez avec moi qu’il y a peu de formats qui correspondent exactement entre les deux.

Vous allez donc devoir faire votre choix selon plusieurs critères.

  • Nature du livre
  • Encombrement désiré du livre
  • Épaisseur désirée du livre
  • Taille des marges du texte
  • Longueur du texte
  • Existence de plusieurs tomes
  • Identité de collection ou d’édition
  • Coût de fabrication du livre et prix final de l’ouvrage

Pour ma part, j’ai commencé par avoir envie d’un format assez haut et assez large, afin d’obtenir un confort de lecture le plus grand possible et une épaisseur modérée, mon texte étant relativement court (un peu plus de 78 300 mots), mais au prix d’un encombrement assez important. Je ne sais pas pour vous, mais si j’adore lire des livres de poche parce qu’ils sont transportables partout, je déteste cette sensation physique très rapide d’avoir les pouces qui ne savent plus où se mettre parce que le texte est collé aux bords des pages et que l’épaisseur du livre rend la force déployée pour laisser le livre ouvert très désagréable. Je finis par ne plus savoir comment tenir le livre et changer régulièrement de position : main gauche ou droite en haut de la reliure, ou chaque main tenant les bords extérieurs du livre, pouce droit ou gauche sur le bas de la reliure. Bref, je suis un lecteur difficile, physiquement parlant. J’avais donc pensé qu’un livre haut et large, mais non pas carré serait bien plus agréable. De plus, j’avais envie d’une proportion qui se rapproche un peu de l’écran d’un iPad. J’avais également dans l’idée de proposer une maquette intérieure qui soit basée sur une identité visuelle ainsi qu’un format assez haut de gamme en choisissant une mise en page dite « demi-luxe » (nous en reparlerons plus tard).

Cependant, le coût du livre était assez cher, ce qui bien sûr en faisait monter le prix final. Et mes conseillers (car j’en ai), m’ont fait remarquer qu’un roman qui se lit, se lit de nos jours dans le métro, dans le train, en vacances, dès que l’on a un moment, et que les formats de petite taille sont bien plus pratiques pour cela.

J’ai donc fait un compromis et opté pour un format A5 (148mmx210mm) assez grand pour mettre en place une mise en page aérée et ne pas être trop épais, mais assez petit pour tenir facilement dans un sac.

C’est un format qui est proposé facilement par Lulu avec un prix à la page assez bas, et qu’il reste possible de choisir sur CreateSpace via l’option custom trim size. Dans ce dernier cas, vous devez être conscients que l’utilisation de cette taille de coupe personnalisée du papier entraîne quelques inconvénients, principalement l’inéligibilité à la vente à travers les boutiques des réseaux physiques de libraires américains.

N’ayant pas trop d’ambition de ce côté-là, puisque francophone, ce n’était pas un problème pour moi.

Mise en page

Cependant, la question de la taille du livre ne peut s’envisager qu’en prévoyant aussi le type de mise en page que l’on souhaite, car c’est aussi un point important pour le confort de lecture comme pour l’identité visuelle que vous désirez offrir à l’ouvrage.

Un livre, c’est donc du texte mis en forme. Encore faut-il savoir comment.

D’abord, il y a les marges, encore appelées blancs, qui vont nous demander un peu de vocabulaire.

On appelle blanc de tête et blanc de pied les blancs situés respectivement en haut et en bas de la page.

On appelle grand fond le blanc situé à l’extérieur de la page, et petit fond le blanc à l’intérieur de la page près de la reliure.

La façon dont ces marges sont agencées, aussi appelée empagement, va avoir une influence sur la disposition du texte et donc sur la façon de lire. On considère en effet qu’il est plus agréable d’avoir de la place pour poser les doigts sans gêner la lecture si les marges extérieures du livre sont assez larges, voire plus larges que les marges intérieures. D’où les noms de grand fond et petit fond. Il est d’ailleurs étonnant que nombre de sites, à commencer par CreateSpace, continuent à recommander de faire l’inverse.

On calcule chaque blanc suivant une proportion, qui a pu varier à travers les époques. Vous en trouverez ici plusieurs exemples.

Connaissant mon attrait pour le nombre d’or, j’aurais pu me laisser tenter, mais c’est finalement vers une proportion différente que je me suis tourné, après avoir fait quelques essais. C’est la règle des 4, 5, 6 et 7/10e.

Pour l’obtenir, il est nécessaire de calculer l’empagement, c’est-à-dire la place qu’occupe le texte dans la largeur de la page. Classiquement, on retient trois tendances d’empagement.

  • Empagement « demi-luxe » : le texte (aussi appelé justification) occupe les ⅔ de la largeur de la page. La justification est donc de 98 mm pour une page A5 dans ce choix d’empagement.
  • Empagement courant : le texte occupe les ¾ de la largeur de la page. La justification est de 111 mm pour une page A5 dans ce choix d’empagement.
  • Empagement « luxe » : le texte occupe les ⅝ de la largeur de la page. La justification est de 92,5 mm pour une page A5 dans ce choix d’empagement.

L’empagement détermine donc ce que l’on appelle le Blanc total, soit la proportion de la largeur de la page qui reste blanche.

Dans mon cas, sur une page A5 de largeur 148mm, en choisissant un empagement demi-luxe, le Blanc Total est de 50 mm. Il ne reste plus qu’à calculer les blancs :

  • Blanc de tête : 5/10e du Blanc total (soit 25 mm dans mon cas)
  • Blanc de pied : 7/10e du Blanc total (soit 35 mm dans mon cas)
  • Petit fond : 4/10e du Blanc total (soit 20 mm dans mon cas)
  • Grand fond : 6/10e du Blanc total (soit 30 mm dans mon cas)

Concrètement, avec InDesign, on commence par créer un document en pages vis-à-vis, et à indiquer la taille du papier comme les dimensions des marges. On active ensuite la grille et son magnétisme afin de positionner correctement tous les éléments sur la page.

Le tout donne une impression, me semble-t-il, assez harmonieuse.

Vous voilà prêts à commencer votre maquette.

En-têtes et pieds de page

Vous aurez remarqué depuis bien longtemps que les blancs d’un livre sont souvent utilisés pour y inscrire des indications qui n’ont rien à voir avec le texte lui-même, mais qui permettent au lecteur de se repérer. Le numéro de la page par exemple, est une information précieuse.

On appelle ces zones les en-têtes (donc, placées dans le blanc de tête) et les pieds de page (placés dans le blanc de pied, merci Monsieur de La Palice).

InDesign fonctionne avec le principe des cadres. On crée des cadres que l’on remplit ensuite d’un contenu. Ce peut être une image (cadre d’image), du texte (cadre de… texte) ou autre chose encore (mais pour la mise en page d’un roman, nous ne nous en servirons pas).

Il nous suffit de sélectionner l’outil de création d’un cadre de texte et de le créer à l’endroit qui nous sied en se servant de la grille, mais aussi de quelques repères, par exemple les marges de notre page, qui sont bien visibles.

Ensuite, nous remplissons le cadre. Si vous désirez que le numéro de la page soit automatiquement ajouté, vous sélectionnez l’option Insérer un caractère spécial > Numéro de page. Pour les autres informations, il est d’usage d’indiquer le nom de l’auteur (mais est-ce bien nécessaire ?), le titre du livre, le titre du chapitre en cours. À vous de voir ce que vous désirez faire.

Pour ma part, vous le verrez, ma maquette est plus atypique. J’ai eu envie de positionner mes numéros de page sur les deux grands fonds, et le titre du livre comme le titre du chapitre en cours sur le grand fond de la page de gauche seulement.

Les gabarits

Je ne vous apprendrai rien en vous faisant remarquer qu’un livre a souvent des pages de gauche différentes de ses pages de droite. C’est encore plus vrai quand les marges intérieures et extérieures sont différentes entre elles. C’est évident quand on remarque que les en-têtes et les pieds de page sont différents à droite et à gauche. Enfin, pour enfoncer le clou, la convention veut qu’en Occident les chapitres débutent toujours sur une page de droite sans en-tête ni pied de page, et souvent même sans être numérotés (sans folio, dit-on dans le jargon).

Pour ne pas avoir à créer à chaque fois les marges des pages, ou à noter les numéros des pages par exemple, on peut créer des gabarits de pages. Les gabarits sont des modèles qui seront utilisés par le logiciel chaque fois que vous en aurez besoin. Tous les éléments présents sur un gabarit seront automatiquement répercutés sur toutes les pages de votre livre qui utilisent ce gabarit. C’est très utile pour inscrire le numéro des pages et pour les en-têtes et les pieds de page, mais aussi pour les pages liminaires ou les premières pages de chapitre, qui ne sont jamais numérotées si l’on suit les règles admises.

Ces gabarits seront très pratiques par la suite, car ils permettent de gagner énormément de temps dans la réalisation de la maquette, mais aussi parce qu’ils vous permettent de créer une unité visuelle d’ouvrage en ouvrage. Vous pouvez ainsi décider d’une mise en page qui sera réutilisée pour vos livres ultérieurs.

C’est pour cela qu’en plus des gabarits évidents que sont les pages droite de texte et gauche de texte, je me suis créé d’autres modèles, comme ceux des premières pages de chapitre, ceux des pages de titre de chapitre, ou même des pages avec des textes ou des images qui se répéteront toujours au même endroit. Nous verrons plus loin quelles sont les pages qui méritent de créer un gabarit.

Pour le moment, de façon pratique, comment créer un gabarit ?

Tout simplement en ouvrant le panneau des pages sur votre droite. Vous avez déjà des gabarits de page droite et gauche en vis-à-vis. En double-cliquant dessus, le logiciel vous les affiche. Vous pouvez les modifier à loisir et chaque changement sera répercuté sur toutes les pages qui utilisent ce gabarit.

Pour appliquer un gabarit, vous sélectionnez une page dans votre « chemin de fer » et vous glissez-déposez le gabarit voulu dessus. Rien de plus simple.

Toujours une question de styles

Nous avons déjà longuement parlé des styles et de leur utilité dans un traitement de texte ou même dans Scrivener, que ce soit pour créer un livre papier ou un livre électronique.

Les styles sont également essentiels dans la conception de la maquette.

Ils vont sans doute vous prendre du temps pour les créer, les peaufiner, les bichonner, mais une fois définis, ils vont vous simplifier la vie d’une façon incroyable, car ils possèdent un pouvoir rare dans le monde de l’informatique : ils sont interopérables.

Mon flux

En effet, mon flux de travail est essentiellement basé sur deux piliers.

Le premier est le format de texte .rtf (rich text format), qui est reconnu et lu par tous les logiciels de traitement de texte comme par Scrivener ou InDesign.

Le deuxième est l’utilisation de styles qui sont inscrits, engrammés dans le fichier .rtf, et que chaque logiciel sait reconnaître.

Un texte marqué avec un nom de style particulier dans Scrivener (ou dans Word ou dans LibreOffice) gardera attaché le nom de ce style si on l’exporte en format .rtf. Ainsi, comme nous l’avons vu dans la première partie de cette série, j’ai créé un style dans Scrivener qui me permet de marquer les portions de texte qui sont vues par un autre angle, ou qui désignent une scène décalée temporellement ou spatialement, des flash-back.

Lorsque j’aurai compilé le texte, les portions marquées de ce style seront reconnues par InDesign, ce qui me permettra d’appliquer le style définitif propre au livre papier.

Mais mieux encore (et nous le verrons dans l’épisode 3 de la série Créer un ePub), la compilation de Scrivener peut marquer le texte stylé pour le lier à la feuille de style CSS.

Il n’est donc besoin que ne marquer une seule fois le texte original, pour y appliquer ensuite les styles propres à chaque canal de diffusion : livre papier dans InDesign, livre électronique dans Espresso ou Sigyl.

Les styles nécessaires à un livre papier

Pour un livre papier, vous allez avoir besoin de créer quelques styles.

  • Bien sûr, le style de votre texte (parfois il peut y en avoir plusieurs, d’ailleurs).
  • Le style des titres de chapitre.
  • Le style des en-têtes et des pieds de page (numéros de page, notamment).
  • Le style des mentions légales.
  • Le style du titre du livre.
  • Le style de la table des matières.

Il se peut que vous ayez besoin d’en créer d’autres pour des raisons inhérentes à votre projet ou à votre texte (par exemple, le style de mes scènes intriquées, ou un style imitant un message informatique ou SMS).

Dans tous les cas, ce sont globalement les mêmes que dans votre projet Scrivener. À la différence près que la gestion des styles par Scrivener est assez rudimentaire. Je préfère donc penser que les styles de Scrivener ne servent que pour marquer le texte sans véritablement lui donner une identité, et que cette dernière est définie dans les styles de InDesign (ou de la feuille CSS lorsque nous parlerons de livre électronique).

Il faut bien distinguer styles de paragraphe (qui s’appliquent donc à l’ensemble d’un paragraphe et en modifient toute la structure et l’apparence : est-il centré, justifié à droite, à gauche, aligné à droite ou à gauche, avec quel retrait de première ligne, quel retrait tout court, etc.) et styles de caractères qui s’appliquent seulement à certaines parties d’un paragraphe par exemple (italique, avec quelle fonte, avec des ligatures, etc.).

Par exemple, mon corps de texte est défini par un style de paragraphe justifié, sans retrait global, mais avec un retrait de première ligne de 3 mm, et un style de caractère de fonte Sorts Mill Goudy normal de corps 10 pixels avec un interlignage de 13 pixels, des ligatures communes et discrétionnaires activées.

Vous devrez parfois appliquer des styles de caractère différents dans un même paragraphe. De même, vous verrez que InDesign inclut des styles de caractère dans chaque style de paragraphe. Ainsi, il faudra faire attention à ce qu’un paragraphe n’ait pas sa mise en forme gênée par un style de caractère différent (par exemple le style [sans style] créé automatiquement par le logiciel à l’importation du texte depuis le fichier .rtf généré par Scrivener).

Le texte brut : compiler depuis Scrivener

Les phases préparatoires étant terminées, il est temps d’intégrer le texte dans la maquette. Pour cela il faut tout d’abord exporter celui-ci depuis Scrivener, ou, selon le terme qui convient le mieux, le compiler.

L’objectif est d’obtenir un fichier .rtf comportant la mention des styles utilisés dans le corps du texte.

Vous pouvez utiliser le format de compilation que j’ai créé spécialement pour cette opération. Il est téléchargeable librement, et vous pouvez le modifier selon vos propres besoins.

Compiler le texte dans Scrivener est d’une facilité déconcertante une fois que le format est bien conçu.

Il vous suffit de cliquer sur Fichier > Compiler et une fenêtre s’ouvre par-dessus votre projet.

Trois vérifications s’imposent.

Sélectionnez bien le format de compilation nommé Publication dans la partie de gauche (1).

Vérifiez que le format de sortie du texte compilé soit bien .rtf dans la barre du haut, même si pour l’importation dans InDesign, le format .docx fonctionne tout aussi bien (2).

Et surtout, veillez à ce que toutes les portions de votre texte soient incluses dans la compilation dans la liste de droite (3). Au besoin, cochez ou décochez ce dont vous avez besoin ou pas.

Après quelques secondes, vous trouverez sur votre bureau un fichier .rtf contenant tout votre texte.

Petite incursion dans le format de compilation de Scrivener

Pour ceux que ça intéresse, il est temps de se pencher sur le format de compilation que j’ai créé dans Scrivener dans l’optique de mon flux de travail. Nous nous intéresserons seulement ici à la partie .rtf et nous verrons dans un autre article la partie ePub3.

L’objectif du format est de sortir un texte simple dont les styles sont préservés.

Pour entrer dans son mécanisme, faites un clic droit et sélectionnez Modifier.

Vous pourrez l’explorer en détail vous-mêmes, mais en voici les principaux points.

En sélectionnant l’option rtf, vous allez voir que les sections de texte seul sont très peu formatées. Les sections des titres de chapitre sont agencées de façon à ce que la compilation écrive « Chapitre » puis un saut de ligne et le numéro du chapitre en incrémentant à chaque fois. Les styles importants sont indiqués.

Le texte n’est pas particulièrement mis en page.

Les autres options n’ont pas été utiles donc je ne les détaille pas.

Intégrer le texte dans InDesign

Une fois en possession de votre texte compilé par Scrivener, vous pouvez revenir dans InDesign.

La partie la plus excitante de la fabrication du livre commence.

Créez un cadre de texte sur la première page, puis allez dans Fichier > Importer. Vous sélectionnez le fichier .rtf que Scrivener a compilé pour vous et vous veillez bien à cocher la case Afficher les options d’importation. C’est ce qui va nous permettre d’automatiser l’importation des styles.

Dans la fenêtre suivante, sélectionnez bien l’option Personnaliser l’importation des styles. Cela vous mène à une deuxième série d’options, dans laquelle vous pouvez mettre en correspondance les styles définis dans le fichier .rtf, et ceux que vous avez finement réglés dans InDesign.

Le texte est alors automatiquement ajouté dans le cadre de texte, mais comme ce dernier est trop petit, le logiciel ajoute lui-même des pages selon le gabarit sélectionné (le gabarit A, celui des pages de texte dans mon cas) chacune avec un cadre de texte, et lie chaque cadre les uns aux autres. Le flux du texte va couler de l’un à l’autre pour créer votre Chemin de fer.

Le Chemin de fer

C’est ainsi que l’on nomme la suite des pages de votre livre, sous la forme d’une liste de pages en vis-à-vis dont la première est toujours une page de droite, et la dernière une page de gauche.

Afin que votre livre soit correctement imprimé, vous devrez toujours vérifier que le nombre total de pages soit un multiple de 4. En effet, un livre n’est rien d’autre qu’une série de feuilles pliées en deux associées entre elles, ce qui crée obligatoirement 4 faces à chaque feuille. Vous serez donc peut-être obligés de rajouter une, deux ou trois pages blanches à la fin de votre ouvrage pour obtenir ce multiple de 4.

Affiner la mise en page

Une fois le texte intégré dans le nombre de pages nécessaire et les styles bien déterminés, vous allez devoir soigner quelques détails.

Tout d’abord, par convention, un chapitre débute toujours sur une page de droite. Si par hasard vous aviez un chapitre qui commençait sur une page de gauche, il vous suffirait d’insérer une nouvelle page blanche, sans en-tête ni pied de page, avant cette page-là, sans lier le cadre de texte. Vous allez ainsi décaler automatiquement le début du chapitre sur une page de droite et retomberez sur vos pieds.

C’est le moment de vérifier si les styles choisis pour certains passages de texte sont harmonieux, si vous n’avez pas trop de veuves et d’orphelines. Je ne veux pas parler ici de votre rôle de soutien de famille, mais bien de lignes qui appartiennent à des paragraphes et qui se retrouvent isolées en bas de page (les veuves) ou en début de page suivante (les orphelines). Personnellement je préfère en laisser plutôt que de déséquilibrer la symétrie des deux pages, mais c’est un choix non académique que j’assume. Par contre, évitez à tout prix de vous retrouver avec une orpheline sur la dernière page du chapitre (voire du livre), cela serait assez disgracieux (à mon goût, bien sûr). Au besoin, jouez avec un saut de ligne ou avec la valeur de l’interligne.

Les pages liminaires

Un livre, c’est le corps du texte, mais pas seulement.

Dans un essai, il peut y avoir une préface, un index, une bibliographie.

Dans un roman, il peut même y avoir un index des protagonistes (ce serait une bonne idée pour Game of Thrones, par exemple, et certaines éditions le font pour les œuvres de Tolkien), des appendices pour expliquer certains détails propres à l’univers (là encore, le Seigneur des Anneaux en regorge).

Mais il y a aussi toute une série de pages auxquelles on ne pense pas spontanément, mais qui font aussi qu’un livre est entier.

Outre les pages de garde (vierges) situées au tout début du livre imprimé, on trouve :

La page de faux-titre.

La page de titre.

À son verso le colophon, sur lequel, généralement en bas de page sera apposé votre copyright (ou la mention d’une éventuelle licence Creative Common), l’ISBN de l’édition, et l’année de l’édition, la raison sociale de l’éditeur, parfois le nom de l’imprimeur.

La table des matières, qui recense les chapitres, leurs numéros et leurs noms éventuels, et le numéro de la page où ils débutent, mais aussi le numéro des pages des éventuelles annexes.

La bibliographie de l’auteur peut également apparaître, généralement sur la page de gauche qui fait suite à la page de titre. Y sont listés les ouvrages déjà publiés dans les différentes maisons d’édition.

Toutes ces pages peuvent facilement être composées dans InDesign à partir du gabarit [sans] que le logiciel a lui-même créé dès le départ.

Les images

Les images éventuelles que vous allez intégrer dans votre maquette intérieure doivent répondre à certains critères pour être imprimées ensuite avec une qualité satisfaisante.

Tout d’abord, veillez à ce qu’elles soient d’une résolution suffisante, d’au moins 300 dpi/ppp/ppi c’est-à-dire 300 pixels par pouce. C’est le standard professionnel qui vous garantira que l’image ne sera pas pixellisée et illisible, ou pire, dégradée, lors de l’impression. Pour cela, utilisez si besoin est Photoshop ou son concurrent Mac beaucoup plus abordable Pixelmator (Pro).

Ensuite, leur format est important. Privilégiez les formats lourds, mais très fidèles que sont le tiff, le psd, le bmp. Mais d’expérience, c’est surtout le format pdf qui sera le plus intéressant dans InDesign.

Enfin, leur intégration doit les mettre en valeur. Traditionnellement, dans un roman, elles sont placées sur la page de gauche qui précède un titre de chapitre. Dans certaines œuvres décrivant des univers fantasmés comme la fantasy ou la science-fiction, des cartes sont même intégrées pour aider le lecteur à suivre la géographie, la politique, le périple des héros, et ces cartes se placent la plupart du temps en début d’ouvrage.

La création du pdf

Une fois tous les éléments de votre maquette positionnés, toutes les pages correctement remplies de texte, tout le corps de votre texte parfaitement placé dans les cadres adéquats, le nombre de pages vérifié, les images de bonne qualité intégrées, il ne reste que la dernière étape, celle qui va produire le document final, l’exportation dans un format stable et lisible par tous.

Ce format standard de l’industrie est le pdf.

Cependant, n’importe quel pdf ne fera pas l’affaire. Vous devez vous assurer de plusieurs critères.

Tout d’abord les fontes (ou polices de caractères) doivent être incorporées dans le pdf, de manière à ce que les caractères soient bien imprimés. InDesign fait ça très bien, automatiquement, sans même que vous ayez à le préciser.

Ensuite, il faut veiller à fournir un fichier aux normes demandées par votre service d’impression à la demande. Faut-il des traits de coupe, des repères ? Ou bien, comme CreateSpace le demande, faut-il veiller à ce qu’il n’y en ait surtout pas ?

Une fois tous ces réglages sélectionnés, le logiciel crée votre fichier pdf.

Votre livre est presque prêt.

Ne manque que la couverture pour le soumettre.

Et c’est ce que nous verrons dans le prochain épisode.

Making of a book, partie 1 : outils pour écrivain

Making of a book, partie 1 : outils pour écrivain

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Publier un livre, c’est d’abord l’écrire, bien sûr.

Je n’ai pas la prétention de donner des cours d’écriture, car j’en serais incapable. D’autres font ça bien mieux que je ne le pourrais. Par contre je peux partager avec vous dans ce premier article quelques astuces que j’ai adoptées pour moi-même, et avant tout les outils dont je me sers pour arriver à mes fins. Je peux aussi vous livrer ma méthode, qui reste perfectible, personnelle, mais qui peut-être pourra vous donner quelques idées pour trouver ou peaufiner la vôtre.

Pour ce qui est de trouver l’idée première, l’amorce, l’étincelle créatrice, seule votre imagination saura vous guider.

Mais à partir de là, de ce mystère qui peut partir d’une impression, d’un sentiment, d’une vague sensation, parfois même seulement d’une couleur, d’une ambiance ou d’une simple phrase, il s’agit souvent d’apprivoiser le chaos, de l’organiser sans trop le brider, de sectionner des branches et d’en privilégier d’autres.

Order out of chaos, here comes the Mindmap again

Je vous ai déjà parlé de ma manie de faire des cartes heuristiques, des mindmaps, dans la conception des scénarios de jeu de rôle. Cette habitude s’est naturellement étendue à l’écriture littéraire comme elle a pu le faire dans ma vie quotidienne ou dans ma vie professionnelle pour structurer, ordonner, développer. Surtout développer. Car à partir de l’idée de base, de l’amorce de mon projet, je commence d’abord par creuser en notant tout ce que cela m’évoque.

J’utilise deux logiciels pour cela.

Historiquement, mon préféré, MindNode, essentiellement parce qu’il existe une version mobile, ce qui n’est pas le cas de Scapple. Je peux ainsi noter mes idées n’importe où, dès que je les ai à l’esprit, ou revenir sur un canevas même quand je suis loin de mon ordinateur. J’utilise la version 2 pour Mac, et pour iOS. Mais dernièrement, j’ai appris à connaître et à apprécier Scapple, dont le manque de formatage initial peut être une meilleure façon d’appréhender un problème de temps à autre. Son plus gros défaut est de ne pas posséder une version mobile, ce qui contraint à être derrière son ordinateur pour noter quoi que ce soit.

L’échange entre les deux est cependant possible via le format OPML et le .rtf, mais cela oblige quand même souvent à jongler.

Quant à la méthode, une fois que j’ai jeté toutes les idées qui dérivent de l’originelle, tout ce que m’inspire cette amorce, je commence à organiser en les reliant entre elles, en les regroupant, et souvent ces groupes engendrent d’autres idées qui en développent le concept. Je pousse la logique de chaque concept le plus loin possible et j’essaie de les expliquer les uns par rapport aux autres.

Je structure ainsi le début d’histoire entre l’intrigue, les personnages, les lieux et les éléments fondateurs.

Réalisme, recherches et crédibilité

Une histoire ne peut être crédible que si elle s’appuie sur une base solide qui en constituera le réalisme. Il est donc nécessaire de rechercher à chaque étape une cohérence dans l’intrigue, mais aussi dans l’univers décrit par l’histoire. Que ce soit pour un space opera poétique comme dans Poker d’Étoiles ou un monde rétrofuturiste comme pour Le Choix des Anges, ou plus encore dans une histoire censée se dérouler entre la Renaissance et nos jours dans des lieux comme Toulouse, Paris, ou Sarajevo comme le sera Fée du Logis, il faut construire ou reconstruire pour soi comme pour le lecteur un monde, un environnement dans lequel prendra place l’intrigue elle-même.

Jusque là ma méthode restait archaïque : bouts de papier, marque-page dans mon navigateur internet, fichier texte.

Et puis, malgré mes réticences initiales (basées sur mon expérience avec la première version du logiciel), j’ai fini par adopter Scrivener très récemment, depuis la sortie de sa troisième version majeure. Comme je l’ai adopté également pour la phase d’écriture elle-même, je vous en parlerai plus en détail, mais la phase préparatoire de recherche et de construction peut aussi bénéficier des outils de Scrivener.

Le plus intéressant pour moi reste la faculté du logiciel à intégrer les pages internet que l’on glisse-dépose dans son interface. Il y crée instantanément une archive web consultable à tout moment lors de la rédaction.

Je prends également des notes en cours de rédaction, sur les points qui me semblent à approfondir ou à améliorer, les recherches à faire pour en développer d’autres, ou les liens à faire avec d’autres chapitres.

Je me sers également beaucoup des fiches de personnage et de lieu dont je vous ai déjà livré les fichiers pour construire peu à peu une cohérence dans mon histoire.

De la même manière, il est impératif de ne pas se contredire soi-même dans un livre qui se veut crédible, et ce notamment sur la chronologie. Vous savez bien que le temps est une donnée fondamentale pour moi, mais dans un livre de fiction, c’est plus encore le cas.

J’utilise donc Aeon Timeline 2 qui permet de garder à l’esprit les dates importantes et de calculer automatiquement les âges des protagonistes à un moment donné de l’intrigue, tout comme la trace des événements passés et futurs afin de ne pas créer de paradoxes temporels qui pourraient anéantir votre si beau roman avant même qu’il ne soit né.

Et si je reviens dans le passé pour m’empêcher de faire ce rêve, est-ce que Fée du Logis disparaîtra ?

Pensée terrifiante

Aeon Timeline est même prévu pour s’interfacer avec Scrivener, ce qui permet de tenir l’intrigue à jour en même temps que les changements de chronologie et vice-versa.

Le travail à ce moment-là est un incessant va-et-vient entre MindNode, Scrivener et Aeon Timeline. Surtout pendant la phase de rédaction.

La plume du phœnix

J’ai écrit Le Choix des Anges de façon classique, avec LibreOffice, plus tard avec Pages.

Mais je me suis rendu compte que le processus d’écriture que j’avais mis en place rendait difficile le simple fait de retrouver un moment particulier de mon histoire pour le modifier. J’étais obligé de dérouler ou d’enrouler en permanence le fichier pour trouver deux endroits à corriger l’un par rapport à l’autre, pour vérifier leur cohérence ou leur tonalité. Et l’un comme l’autre devenaient lourds et lents au fur et à mesure que la rédaction avançait.

Je me suis donc tourné vers Scrivener et sa logique totalement différente qui permet de considérer chaque partie du texte comme un fichier séparé, organisé de façon fluide dans une sorte de chronologie narrative. Chaque morceau a son résumé, ses notes, parfois même des sauvegardes autonomes. On peut organiser chaque section avec des mots-clefs avec une liberté étonnante et un peu déroutante au début.

Il y a quantité de tutoriels sur Scrivener sur la Toile, notamment sur le site officiel de Littérature & latte. Vous pourrez en découvrir l’extrême versatilité et l’adaptabilité à tous les types de projets d’écriture.

Maison de Corrections

Il est absolument nécessaire de corriger un manuscrit, même si on le fait seul (ce que je ne recommande pas). C’est une question de respect envers le lecteur, et plus encore, envers soi-même. Je ne supporte pas de lire une faute ou une coquille dans les écrits des autres, alors je mets un point d’honneur à traquer comme je le peux les miennes.

Mais il existe plusieurs niveaux de corrections, que vous allez enchaîner voire superposer les uns aux autres.

Les corrections de fond, la « bêta-lecture »

Tout d’abord, il y a la correction la plus fondamentale, celle de la vraisemblance, de la cohérence et du réalisme de l’ouvrage. Si vous avez correctement pensé votre livre, il devrait y en avoir assez peu. Mais même l’intrigue la mieux pensée, même le personnage le plus travaillé psychologiquement peut se trouver dans une situation dont la vraisemblance peut être mise en doute à une lecture plus attentive. Et qui vous assure que vous n’avez pas dit que Tartampion avait les cheveux blonds au chapitre 4 et bruns au chapitre 5 ?

Chaque acte d’un personnage doit en outre être cohérent avec d’une part l’univers que vous avez construit, avec sa psychologie propre, et avec les réactions que sa psychologie lui autorisera lorsqu’il sera confronté à la situation que vous avez créée.

Vérifier que tout cela ne cloche pas est un travail difficile, car il faut prendre du recul avec le texte, avec les personnages, avec l’histoire.

C’est pour cela que je n’y vois que deux solutions : soit prendre deux ans de recul sans toucher le texte (à ce rythme-là, je n’accoucherais personnellement que d’un roman tous les 50 ans…), soit demander à quelqu’un d’autre de lire et de critiquer votre travail. C’est bien entendu la deuxième solution qui me paraît la plus intéressante, car elle permet aussi de confronter le point de vue d’un premier lecteur, ou même de plusieurs, avec celui de l’auteur. Souvent de la discussion naît la lumière, et cette situation ne fait pas exception à la règle.

Il faut bien sûr se trouver une ou plusieurs personnes de confiance, quelqu’un qui comprendra votre univers, qui sera suffisamment proche de vous pour l’apprécier et surtout pour vous faire des retours structurés, organisés, et des critiques constructives. Il n’est pas question de se limiter à un simple « oui c’est super génial » ou à un « je n’aime pas ». Il faut argumenter, développer, discuter. Pour l’auteur, cela demande un peu d’humilité, car il n’est pas toujours facile d’entendre que l’on n’a pas tout réussi du premier coup. Pour le bêta-lecteur, cela demande du doigté et de la diplomatie.

Ces corrections sont celles où l’auteur peut aussi « défendre son bout de gras », et argumenter lui aussi face à son bêta-lecteur. S’il pense que telle action du personnage est justifiée, il peut la garder, mais peut-être mieux l’expliquer.

La forme, une question de style

Une fois le fond stabilisé, il est maintenant temps de s’occuper de la forme.

Vos phrases sont-elles trop longues, trop courtes ? Y a-t-il des répétitions qui alourdissent le style, des fautes de syntaxe, un manque de concordance des temps ?

Je me sers de deux sources dans ce moment critique.

Tout d’abord Antidote 9, le logiciel de correction orthographique. Il a la particularité de repérer très facilement les répétitions ou les syntaxes discutables.

Ensuite et surtout, d’autres correcteurs ou correctrices humaines.

Là encore, vous seul jugerez si les corrections suggérées doivent être appliquées ou pas. Antidote n’est pas un logiciel parfait, il lui arrive de se tromper (assez souvent) ou d’être trop strict. Vos correcteurs auront sans doute aussi cette qualité. Mais même si Antidote réclame une correction pour l’emploi d’un mot familier, vous pouvez décider de le garder tout de même, car le personnage qui l’emploie possède un registre de langage familier, ou parce que vous désirez que votre style soit familier dans cette partie-là de votre livre. Vous pouvez décider de garder une répétition pour créer de l’emphase, pour donner un rythme à votre phrase comme en poésie ou en rhétorique.

Bref, là encore vous devrez faire des choix.

L’esprit et la lettre

Par contre, vous en aurez moins dans la troisième phase des corrections, la phase orthographique.

Là encore j’utilise deux sources (en plus de mes propres relectures) : Antidote et mes correctrices.

Antidote fera des suggestions de corrections basées sur les paramètres que vous lui aurez indiqués auparavant : voulez-vous écrire selon l’orthographe traditionnelle, ou la réforme simplifiée des années 1990 ? En fonction de ce choix, les graphies correctes ne seront pas les mêmes. Et Antidote vous les explique.

Plus de négociations avec mes correctrices, qui ont parfois autant de doutes que moi sur une orthographe. Mais les yeux aguerris des humains peuvent parfois trouver des coquilles que le logiciel a laissé passer, car les mots n’étaient pas incorrects, même s’ils changent complètement le sens de la phrase (mère et mer, par exemple).

L’art délicat de la typographie

Une fois l’orthographe corrigée, il faut s’occuper de la typographie, c’est-à-dire de la façon correcte d’enchaîner les signes de l’écriture, notamment (mais pas seulement) la ponctuation, de manière à ce que le texte ait une forme agréable pour le lecteur.

La typographie est essentiellement (mais pas seulement), l’art de savoir placer les espaces.

Les espaces fines, sécables, insécables. Les espaces après les points et jamais avant, les espaces avant et après les deux points, les espaces avant et après les points d’interrogation ou d’exclamation. Les espaces entre les chiffres.

Cependant, vous apprendrez aussi à mettre en forme les dialogues, l’importance des tirets cadratin et semi cadratin, des apostrophes et virgules courbes, des guillemets français et de leur différence avec les anglais.

C’est Antidote qui me sert de guide, là aussi. Et franchement, là, à de très rares exceptions près, je l’écoute toujours.

Existe-t-il un autre style ?

Cependant, comme vous pouvez le lire dans le premier volet de la série Créer un livre électronique au format ePub3, il est important de structurer le manuscrit final pour obtenir une base de texte qui sera mise en forme séparément. Une seule structure qui sera utilisée pour construire la forme de votre livre papier, et celle de la version électronique du même ouvrage.

On obtient cette structure grâce à l’emploi des styles de paragraphes ou des styles de caractères (voir le chapitre plus détaillé) dans les traitements de texte classiques comme LibreOffice, Pages ou Word.

Pour Scrivener, la philosophie est différente.

Le texte qui est dans le logiciel est un texte brut, peu mis en forme. Une fois écrit, il est nécessaire de le compiler, c’est-à-dire de l’exporter comme un fichier plus classique, dans l’ordre que vous aurez décidé. Par exemple, si vous désirez mettre le contenu du chapitre 11 avant celui du chapitre 7, pour quelque raison que ce soit (une sortie papier de correction permettant de mettre les deux chapitres en parallèle ?) vous indiquez simplement au logiciel qu’il doit organiser le manuscrit de sortie dans cet ordre-là, et abracadabra !

La phase de compilation est donc celle qui permet vraiment de donner une structure au texte, mais vous devrez sans doute auparavant distinguer dans votre rédaction les zones de texte qui différeront de votre texte principal. Je vous en donne un exemple avec le premier chapitre du Choix des Anges, construit comme un montage de cinéma qui entrelace différents moments dans la narration faite par Armand. Pour distinguer les phases de flash-back et celles de la narration normale, j’ai utilisé un style différent, que j’ai indiqué à Scrivener dès la rédaction. Ainsi, lorsque je vais compiler mon texte, les paramètres tiendront compte de ce style particulier.

Un seul texte, plusieurs vies

Une fois que le long et lent processus d’écriture est terminé, et même pendant, vous aurez besoin de mettre en forme le texte suivant vos besoins.

Or, un même texte peut être envoyé à vos bêta-lecteurs pour correction, ou au logiciel de mise en page pour obtenir un.pdf nécessaire à la fabrication du livre papier, ou au logiciel qui créera le fichier électronique à intégrer dans une liseuse.

C’est là que la philosophie de Scrivener est à mon avis un énorme avantage. Le texte ne change pas. Vous n’avez rien à faire dessus. Seule sa forme et le format du fichier de sortie vous changer. Et cela peut se décider en quelques clics pour peu que vous sachiez exactement ce que vous voulez.

Il faut d’abord connaître vos propres besoins.

Pour ma part, j’ai décidé de concevoir trois mises en forme seulement, en fonction de ce que le texte va devenir et aussi des étapes nécessaires. Je vous résume tout cela dans une petite carte heuristique (ça faisait longtemps).

  • Une mise en forme qui aura pour but de donner le texte à mes correctrices, selon deux modalités qui restent leur choix : un fichier .pdf à imprimer ou un fichier plus classique à corriger dans un traitement de texte.
  • Une mise en forme de publication destinée au livre papier, essentiellement sous un format .rtf qui sera importé dans un logiciel de mise en page comme Scribus.
  • Une mise en forme de publication destinée au livre électronique, comme un format ePub natif que je corrigerai ensuite selon mes desiderata plus précis.

Pour chacune, j’ai décidé de ce que je voulais : des en-têtes sur la page, et lesquels, jusqu’aux marges, en passant par l’incorporation des styles ou non.

Et j’ai construit deux formats de compilation pour Scrivener 3. Un format dit « épreuve » et un format dit « publication » qui servira pour la suite du travail de production, tant en papier qu’en numérique.

Dans les articles qui suivent, je détaillerai avec vous les étapes qui ont mené à la conception de ces formats de compilation.

La naissance de Janus

La suite de la vie du texte sera différente suivant que l’on désire fabriquer le livre papier, ou sa version électronique. Nous verrons cela dans deux séries d’articles complémentaires.

Les présents d’Hephaïstos

Tout comme le dieu forgeron le fit pour de célèbres Héros de la mythologie grecque, le Serpent à Plume a fait éclore dans son nid de flammes des armes magiques qui vous permettront de vaincre vos ennemis, mais surtout de surmonter les obstacles de la compilation avec Scrivener 3.

Voici donc : un modèle générique pour un roman (celui que j’utilise), et mes formats de compilation pour la correction, et pour la publication papier et numérique.

Nous les utiliserons pour les prochaines étapes de la fabrication du livre dans sa version papier, mais également dans sa version numérique.

Libre à vous des les utiliser ou de les modifier selon vos propres besoins, ils sont juste une base, certainement perfectible.

Méthode holistique de création, épisode 2 : les lieux

Méthode holistique de création, épisode 2 : les lieux

Il y a quelque temps, je vous livrais la méthode holistique conçue par l’équipe de VITRIOL dont je faisais partie dans les années 90 pour décrire des personnages fictifs de jeu de rôle ou de fiction (littéraire, théâtrale, cinématographique).

J’ai eu envie de poursuivre ce travail en me demandant quelles pouvaient être les questions à se poser pour faire vivre un lieu dans une œuvre de fiction ou dans une partie de jeu de rôle, de façon à ce que la description soit la plus réaliste possible, mais aussi indépendante du média utilisé (que ce soit le système de jeu en jeu de rôle, ou lors du passage du livre à l’image par exemple).

J’en suis venu à une version d’une fiche de lieu qui peut être utilisée telle quelle ou adaptée suivant vos besoins.

Et je la partage avec vous, de la même manière que pour la fiche de personnage, en format .rtf (qui peut servir aussi de template dans Scrivener).

Elle est divisée en quatre parties distinctes : fiche de Situation (description rapide du lieu, comme s’y rendre), fiche d’Extérieurs (caractériser les jardins d’un château ou une forêt enchantée), fiche de Bâtiments (pour décrire en détail une maison ou un complexe spatial), fiche de Caractéristiques (les diverses particularités du lieu, son ambiance).

Tout comme moi, vous aurez peut-être besoin de la compléter d’un plan du lieu, pour y faire figurer les réponses que vous y aurez apportées de façon plus visuelle et plus claire. Voire pour les présenter à vos joueurs lors de vos parties de jeu de rôle.

Bref, lâchez-vous.

Et si vous avez des suggestions, des retours à faire, n’hésitez pas à les partager ici. Pour nous permettre d’améliorer encore cet outil.

Blade Runner 2049, comment donner la “réplique” à son ancêtre

Blade Runner 2049, comment donner la “réplique” à son ancêtre

Nous avons déjà parlé ensemble de Philip K. Dick, ce maître de la littérature de science-fiction dont de nombreux scénaristes et réalisateurs hollywoodiens se sont inspiré pour, notamment, Minority Report, ou The Man in the High Castle.

Parmi toutes ces adaptations, la plus emblématique est sans doute celle qui donna naissance, à partir de la nouvelle Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, au chef-d’œuvre de Ridley Scott qu’est Blade Runner, avec Harrisson Ford, Rutger Hauer, Sean Young et Daryl Hannah, entre autres.

Ce film est devenu l’une des fondations de la culture SF, par son sujet (la relation trouble entre l’humain et l’humain fabriqué, la relativité de la mémoire, la manipulation, le désir de liberté) qui deviendra l’archétype des dystopies qui sont tant à la mode ces dernières années, mais aussi par son esthétique sombre mêlant rues crasseuses et surpeuplées, capitalisme sauvage, industries omniprésentes, publicités envahissantes de notre monde moderne à une architecture inspirée de l’art déco, du néo-gothique, voire du baroque. L’ensemble a créé un canon d’ambiance qui sera repris et raffiné par Matrix beaucoup plus tard, mais qui reste pour l’instant indépassable à mon sens.

Vous n’avez jamais vu Blade Runner ?

Honte à vous, cependant, combien chanceux vous êtes, car vous allez découvrir une perle, et ce moment fragile de la découverte est un instant extraordinaire. Pour vous inciter à sauter le pas, voici la bande-annonce de l’une des multiples versions du film (Ridley Scott a fini par avoir son final cut, après tout).

En 2016, des humains de synthèse ont été créés, les Répliquants, dont la force et l’endurance ont permis à l’espèce humaine de conquérir l’espace, mais dont la longévité était limitée à 4 années de vie. Lorsque certains se rebellèrent contre leurs maîtres, un corps de policiers spécialisés a été créé, les Blade Runner, pour les prendre en chasse, les traquer et les « retirer » de la circulation. Quand des Répliquants de modèle Nexus 6 s’échappent et se cachent à Los Angeles, c’est Rick Deckard, un ancien Blade Runner, qui est chargé de les retrouver et de les retirer. Mais il découvre que le créateur des Répliquants, le fondateur de la Tyrell Corporation, a créé une nouvelle série d’androïdes, possédant des souvenirs implantés, et donc totalement inconscients de leur propre nature. C’est la belle Rachel, dont le test de Voigt Kampff servant à détecter les Répliquants, se révélera positif, qui lui ouvrira les yeux sur une vérité plus dérangeante encore.

Tout cela, c’était en 1982, un temps où nous pensions que 2019 était un futur très éloigné. Et depuis, Blade Runner était devenu une icône, une idole, presque. On se prosternait à ses pieds, on s’en inspirait, on s’en revendiquait. Mais personne n’avait osé croire possible qu’on y donne véritablement une suite.

Mais les studios hollywoodiens, de nos jours, ne jurent que par un mot : licence. Prequels et sequels se suivent, s’enchaînent, et feuilletonnent gaiement, parfois au mépris de la qualité. Et Blade Runner était dans le viseur. C’est donc avec appréhension mais aussi une certaine excitation que le monde de la SF a appris qu’une suite était en préparation, réalisée par Denis Villeneuve (dont j’ai déjà dit tout le bien que je pensais de son Arrival), et portée par Harrisson Ford et Ryan Gosling.

Qu’est-ce donc que ce Blade Runner 2049 ?

En 2049, le monde a bien changé. Des catastrophes écologiques ont modifié le climat radicalement, une panne généralisée des systèmes informatiques a créé un trou noir de données personnelles et une rupture dans la société, et la Tyrell Corporation a fait faillite, rachetée par la Wallace Corporation qui a repris la production des Répliquants. Désormais, ceux-ci sont contrôlés, plus encore enchaînés, et devenus indispensables au fonctionnement de la société. Le corps des Blade Runner existe toujours, et utilise même certains Répliquants pour donner la chasse aux anciens modèles qui ont survécu (dotés d’une longévité illimitée) et qui refusent de rentrer dans le rang. Ainsi, K est-il sur la piste d’un ancien Nexus 8. Mais il découvrira que son congénère d’une génération antérieure protège un secret bien plus lourd, capable de tout bouleverser dans la relation entre humains et Répliquants.

Une « réplique » de l’original ?

Vous l’aurez remarqué, l’esthétique des deux films se ressemble. Beaucoup. Mais 2049 nous entraîne un peu plus loin que son aîné, en montrant des environnements beaucoup plus variés que les rues sales et sombres encombrées de monde. Une décharge gigantesque, les ruines désertiques et radioactives de Vegas, la nature dévastée mais encore résistante autour de la mégapole, sont autant de développements à un univers qui n’avait été qu’évoqué dans le film original. Ainsi, alors que Denis Villeneuve rend un hommage appuyé au film de 1982, s’il en respecte les canons esthétiques, il ne cherche pas toujours à respecter une bible. Par certains côtés, il montre même l’évolution du monde dans lequel s’inscrivent les deux opus. Le Los Angeles de 2049 a changé, et certains détails sont là pour le prouver. Les enseignes en kanji japonais sont toujours omniprésentes mais on croise aussi des caractères cyrilliques russes, la technologie a évolué, les ordinateurs et les supports de données aussi.

Si l’on parle de la forme, il est indispensable de parler de la musique. Dans le film de Ridley Scott, la musique de Vangelis est un atout majeur. Elle se déploie de façon très aérienne, soulignant à la fois la beauté paradoxale de certains plans, mais aussi la nostalgie et la tristesse de l’histoire. C’est le genre de bande originale que votre serviteur a écouté des années durant en boucle, sans jamais s’en lasser, en revoyant les plans du film, en ressentant à chaque fois les émotions si particulières de certaines scènes.

Dans 2049, la musique est signée de Benjamin Wallfisch (Ça 2017, Dunkirk) et de l’indéboulonnable Hans Zimmer. Elle réussit le pari de se tenir dans les traces des morceaux planants de Vangelis sans les plagier. On retrouve ces plans suspendus dans les airs où la musique sert de transition et de souffle entre les cènes. Des tonalités un peu différentes sont privilégiées, mais on sent à nouveau cette ambiance familière de légèreté dans un monde pesant et cruel. C’est d’ailleurs déstabilisant tant c’est réussi. J’ai même cru lors de la séance de cinéma que le compositeur était toujours Vangelis.

Sur le fond, la problématique de 2049 est la même que celle de Blade Runner. Qu’est-ce qui définit l’humain, où s’arrête la machine, où commence la réalité, où s’achève le mensonge ?

La frontière floue entre le rêve et la réalité, entre la folie et la raison, si chère à Philip K. Dick, cette frontière poreuse où les héros des deux films se tiennent, est traitée un peu différemment. Dans le Blade Runner originel, Deckard a des doutes sur sa propre identité assez tardivement, finalement, alors que le K de 2049 sait d’emblée qu’il est un Répliquant et que ses souvenirs sont faux. Mais dans un mouvement inverse, il vient lui aussi à douter de ses souvenirs alors que l’hypothèse folle de les avoir vraiment vécus semble être une possibilité au fil de l’intrigue.

Le questionnement sur la mémoire est donc traité en miroir dans les deux films. Cette mémoire dont on sait, scientifiquement et cognitivement parlant, qu’elle est reconstruite en permanence par nos processus cérébraux, que tout souvenir est une reconstruction partielle et a posteriori d’un événement vécu, et que les détails retenus n’ont parfois qu’un rapport éloigné avec ce qui s’est vraiment passé. On sait même que l’on peut créer de faux souvenirs si l’on entend une anecdote assez fréquemment, et en arriver à se forger des images si précises et si fortes que l’on peut croire avoir assisté à l’événement alors qu’il n’en est rien.

Blade Runner comme 2049 explorent la même thématique, celle de Memento ou d’Inception, tous deux de Christopher Nolan. Cette interrogation terrifiante sur la réalité de notre mémoire et de l’authenticité de nos désirs, donc de notre identité. Et 2049 le fait d’une façon inverse, ce qui ne manque pas de sel. Au lieu de se poser la question « mes souvenirs sont-ils faux ? », K se demande « Et si mes souvenirs étaient vrais ? ». Cette simple inversion change complètement la donne.

D’un côté c’est angoisse de l’humain qui se découvre machine, imposteur. De l’autre c’est l’angoisse tout aussi abyssale de la machine se découvrant humaine, avec tout ce que cela implique de responsabilité éthique, morale, existentielle.

Autre résonance entre les deux films : l’itinéraire du héros. La quête initiatique de Deckard et celle de K, bien qu’en sens inverse, sont toutes deux jalonnées par les mêmes étapes. L’amour d’abord. Celui de Deckard pour Rachel, celui de K pour Joi, l’assistante virtuelle qui partage son quotidien. Le doute ensuite. Et puis la révélation finale. Mais c’est leur rencontre, un moment réussi qui évite les écueils de la relation père-fils, qui marque une rupture dans leur cheminement. Les choix que fait K/Joe lors de la scène de combat finale parlent d’ailleurs de la relation qu’il noue avec son prédécesseur, de cette filiation, si ce n’est génétique, ou « technique », mais surtout spirituelle et émotionnelle.

La « réplique » d’un dialogue entre deux époques

Je ne suis en général pas un grand amateur des suites. Les dernières années m’ont prouvé que les grands chefs d’œuvres des décennies précédentes ne gagnaient pas à être prolongés à notre époque. En tiennent lieu d’exemples types Twin Peaks et sa saison 3 foutage de gueule dont je vous parlerai bientôt, X-Files et sa saison 10 ratée, les différentes suites de Pirates des Caraïbes qui abrutissent le personnage emblématique de Jack Sparrow un peu plus à chaque opus.

Pourtant, Blade Runner 2049 me semble réussi, car il a pris le parti risqué de dialoguer avec son illustre prédécesseur. Il fait plus que prolonger l’univers, de façon cohérente. Il complète le destin de Rachel et de Deckard, dans une suite logique, mais surtout il renouvelle les interrogations fondatrices du film de Ridley Scott en les adaptant à l’air du temps. L’histoire que vit K/Joe le mène à s’attacher à une entité virtuelle (Joi) qui elle-même cherche à accéder à l’existence pleine, l’existence physique. Écho numérique des ambitions des Répliquants du premier opus qui voulaient une existence propre, c’est la limite dans l’espace d’un programme informatique contenu dans une barrette mémoire qui résonne avec la limite temporelle d’organismes biologiques à la longévité strictement contrainte.

Cette interrogation sur la conscience du numérique est bien de notre époque. Elle rejoint tant la question de la définition de notre humanité, comme nous en avions discuté il y a quelque temps déjà. Cette question qui sans doute est la clef de notre évolution, non pas au sens physique du terme, mais surtout au sens éthique. Devenir vraiment humain, ce n’est pas une histoire de gènes, de matériel, d’implants, de mémoire, mais probablement plus de sentiments et d’émotions.

Nostalgie et hommage sans plagiat ni radotage, Blade Runner 2049 est digne de figurer au même plan que son prédécesseur. Je prends le pari qu’il deviendra lui aussi un classique.

L’homme qui savait la langue des serpents, ou l’amertume de perdre son paradis

L’homme qui savait la langue des serpents, ou l’amertume de perdre son paradis

C’était bien avant l’été dernier. En maraude chez mon libraire habituel, alors que je furetais plus que je ne traquais les livres qui me feraient envie, je suis tombé sur une couverture sobre représentant un serpent ailé et dont le titre était aussi évocateur que long : L’homme qui savait la langue des serpents. La quatrième de couverture m’apprit que l’auteur était Andrus Kivirähk, un Estonien dont l’ouvrage, inspiré des sagas islandaises, a connu le succès depuis 2007 dans son pays.

On se fait toujours une idée d’un livre d’après ce que l’on imagine de son titre, de ce qu’il nous évoque. Et le folklore nordique est l’un de mes péchés mignons depuis l’enfance. Je me suis laissé tenter.

Grand bien m’en a pris.

Au moyen-âge, Leemet est le dernier de son peuple. Le dernier des Estoniens à parler encore la langue des serpents qui a permis à des générations de ses ancêtres de vivre en harmonie avec la nature selon des règles de bonne intelligence. La langue des serpents qui donne le pouvoir, lorsqu’on la siffle correctement, de persuader les proies de se laisser tuer par le chasseur, d’écarter les prédateurs, de domestiques les loups. Mais hélas, les chevaliers germains sont venus depuis l’occident sur leurs immenses navires, et ont imposé leur religion chrétienne, la vie dans des villages et non plus en forêt, et le progrès technique, les armes de métal, les règles de la féodalité. Bref, le progrès. En retour, oubliant la langue des serpents, ils sont obligés de travailler dur pour arracher à la terre les maigres ressources que la forêt leur dispensait auparavant facilement.

Depuis quelques générations, la forêt se vide de ses habitants, conquis par le nouveau mode de vie des envahisseurs. La mythique Salamandre, ce serpent ailé qui crachait du feu et qui aida les Estoniens à repousser les colons pendant des siècles, est endormie, et il n’y a plus suffisamment de gens qui parlent la langue des serpents pour la réveiller. Comme le peuple estonien, elle a sombré dans une indolente torpeur.

Leemet et sa famille luttent pour garder leur mode de vie ancestral, imparfait et aussi pétri d’incohérences que celui des chevaliers. Mais lorsque l’on est le dernier des siens, quel avenir peut-il encore exister ?

Tout au long des 454 pages du livre bénéficiant d’une traduction limpide, Leemet entraîne le lecteur dans son monde. Un monde excitant et intrigant, un monde où le meilleur ami d’un petit garçon peut être une vipère nommée Ints avec qui il discute de tout et de rien, où des hommes préhistoriques élèvent un pou géant plus ou moins intelligent, et où les vieillards sont soit de sages oncles transmettant leur savoir à la dernière génération, soit des prêtres rabougris et recroquevillés sur leurs traditions jusqu’à l’absurde. Un monde au crépuscule de sa vie, menacé de toutes parts, dont les derniers feux éclairent par contraste les travers du monde médiéval occidental, et par ricochet notre monde moderne, sans complaisance, mais sans angélisme. Car c’est aussi un monde où l’intolérance n’est pas moins forte que dans le nôtre, un monde violent même s’il l’est d’une façon différente.

Et pourtant, ce n’est pas le côté satire sociale et religieuse qui m’a le plus marqué.

Je retiens bien plus cette poésie désespérée et l’émotion qui étreint Leemet très jeune lorsqu’il comprend qu’il sera le dernier de son peuple. Toute sa vie sera un combat pour sauver ce monde, pour transmettre la langue des serpents, pour ne pas être le dernier, pour refuser ce destin, sans jamais y parvenir vraiment. Le drame intime d’un homme qui sait sa quête vouée à l’échec, mais qui ne peut se résoudre à baisser les bras et à laisser ses valeurs se dissoudre sans se battre.

Des valeurs que symbolise la langue des serpents et la symbiose qui existe entre les reptiles et les humains, qui partagent une place de prééminence bienveillante dans le monde de la forêt.

C’est un conte fantastique et moral qui se déploie sur toute une vie, porté par une langue qui évolue au fil des pages avec l’âge et la maturité de Leemet, épousant ses interrogations, ses doutes, ses espoirs et désespoirs.

Et j’ai trouvé avec plaisir une illustration d’un concept qui m’est cher : la langue des serpents telle que l’auteur la présente est un avatar de la langue angélique ou de l’énochéen des traditions bibliques, la langue originelle qui conférerait le pouvoir sur l’ensemble de la Création, et dont je vous parlais déjà à propos d’une autre œuvre.

Un beau voyage littéraire et imaginaire.

Créer des personnages réalistes : la méthode holistique de VITRIOL

Créer des personnages réalistes : la méthode holistique de VITRIOL

Dans ma jeunesse lointaine, j’ai fait partie de la rédaction d’un fanzine des cultures de l’imaginaire en général et du jeu de rôle en particulier, dont le nom acronymique VITRIOL contenait déjà en lui-même une énigme alchimique. Il est d’ailleurs possible de retrouver les numéros de ce fanzine dans leur deuxième vie numérique ici, grâce à Wilybird et à ChrisT.

Parmi les diverses élucubrations que nous avons commises à l’époque (je parle des années 90, cette époque où le smartphone n’existait pas et où on écoutait de la musique sur CD), il en est une qui devrait m’accompagner plus souvent, même vingt ans après, c’est la façon dont nous avions envisagé des fiches permettant d’interpréter des personnages extrêmement détaillés. Dans un souci de pousser le réalisme de nos alter ego imaginaires de rôlistes, nous avions commis quatre fiches génériques, prévues pour être utilisées avec n’importe quel système de jeu et dans n’importe quel univers, pour n’importe quel personnage, et qui donnaient une sorte de liste de questions à se poser sur celui ou celle (ou… dommage, il n’y a pas de nom neutre en français, mais bon, on peut aussi se servir de ces fiches pour interpréter un chat, un monstre, une entité androgyne ou hermaphrodite ou asexuée) que nous allions incarner.

Nous avions donc mis au point une série de questions qui dessinent, une fois que l’on y a répondu, les contours d’un personnage non seulement sur son apparence, mais aussi sur sa psychologie, son passé, ses blessures morales, sa spiritualité, ses liens.

Une façon d’appréhender une personne dans sa globalité, et pas seulement à travers les chiffres des systèmes de jeu de rôle. D’ailleurs, ces fiches avaient été pensées dans l’optique de jouer des parties de jeu de rôle sans règles.

Dans la séparation (on dit toujours un « split », de nos jours ?) qui suivit les derniers numéros de VITRIOL, comme il arrive parfois dans les groupes de rock lorsqu’ils sont au faîte de leur gloire, les fiches génériques tombèrent dans l’oubli de ma mémoire rôliste, mais survécurent sous leur forme imprimée, bien au chaud dans un carton.

Et puis je me suis remis à écrire. Des romans. Des scénarios de cinéma.

Et je me suis rendu compte que ce qui rendait vraiment un univers puissant, réel, évocateur, attachant, tenait bien souvent plus à la couleur des personnages, à la façon dont on les rencontrait, à leurs tics, à leur façon de penser, d’agir, qu’à autre chose.

Dans le jeu de rôle, mes nouveaux jeux fétiches, comme FATE, proposent même d’intégrer dans leur mécanisme des phrases simples qui caractérise un personnage, en lieu et place d’un score chiffré de FOR (Force) ou d’INT (Intelligence), voire de CHA (Charisme).

Aussi, ai-je eu besoin de penser à nouveau mes personnages de façon holistique, de me demander comment et pourquoi ils agissent, comment ils apparaissent et pourquoi ils apparaissent tels qu’ils le font.

J’ai ressorti les vieux grimoires de la poussière sous laquelle ils étaient ensevelis, et retrouvé les fiches génériques de VITRIOL.

Et je m’en sers à nouveau, avec bonheur, pour concevoir mes prochains écrits romanesques comme mes prochains scénarios de jeu de rôle.

J’ai même dans l’idée de les proposer à mes joueurs pour les aider avec leurs propres personnages.

Et pourquoi pas vous les offrir ?

J’ai donc saisi l’occasion pour apprendre quelques rudiments du logiciel Scribus, et j’ai remis les fiches au goût du jour, en format pdf modifiable pour que les rôlistes puissent les utiliser facilement, mais aussi au format rtf, pour, par exemple, que mes amis écrivains puissent les intégrer dans le logiciel Scrivener comme « template » (c’est d’ailleurs l’une de mes utilisations personnelles).

Vous êtes bien sûr libres de les diffuser, de les utiliser, de les adapter…

Le Syndrome de Bradybloguie Créativo-induite, ou Mal de l’Œuf de Serpent à Plume

Le Syndrome de Bradybloguie Créativo-induite, ou Mal de l’Œuf de Serpent à Plume

L’homme était étendu sur la table, inconscient. Son corps était relié à des fils qui partaient de sa poitrine, de l’un de ses doigts. Il respirait encore, si on y prenait garde et si on attendait suffisamment longtemps pour percevoir un souffle faible et régulier, à peine perceptible. Ses traits étaient sereins. On avait l’impression qu’il était endormi. Et pourtant, les deux autres personnes qui étaient dans la salle n’étaient pas de cet avis. Ils étaient inquiets.

— Il est comme cela depuis deux semaines, dit Alex, le plus jeune. C’est trop long. Enfin, c’est ce que j’ai lu dans le Harrison…

— Tu sais, répondit Alain, les bouquins, surtout ceux de médecine interne, il faut s’en méfier. Si tu les crois aveuglément, tu vas te mettre à trouver des syndromes rares à toute la population… Mais cela dit, c’est vrai que je n’ai jamais vu ça. Un coma de blog aussi long, surtout chez quelqu’un comme lui, c’est exceptionnel. Tu es sûr que tu as vérifié l’E.C.G. ?

La mention de l’examen avait fait pâlir Alex. Bien sûr, comme étudiant, son travail était surtout, dans le service, de noter les observations des patients, de les interroger et de les examiner correctement, mais il était surtout employé par Alain comme celui qui effectuait les basses besognes, celles que son « supérieur hiérarchique », pourtant étudiant lui aussi, rechignait à accomplir. Il passait souvent ses matinées à des tâches répétitives et peu gratifiantes. Il ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi il fallait mesurer les gaz du sang artériel chez certains patients tous les jours que Dieu faisait. Ni pourquoi c’était toujours à lui que l’on ordonnait d’évacuer un fécalome. Et puis, surtout, il avait pris en horreur cette machine qu’était l’électrocardiographe. Posée sur un chariot métallique brinquebalant dont les roulettes se bloquaient systématiquement, la petite machine cubique était devenue sa némésis pluriquotidienne. Il devait, chaque matin, la traîner hors de la salle des étudiants où elle était entreposée puis la promener dans chaque chambre et accomplir un rituel compliqué sur chaque patient grâce à elle. Il devait d’abord vérifier que son stock d’électrodes en polystyrène, à usage unique, serait suffisant, puis démêler les fils qui prenaient un malin plaisir à s’emberlificoter comme une pelote de laine à chaque fois qu’on les laissait faire. Il en était venu à se demander si des mauvais génies ou des lutins facétieux n’avaient pas élu domicile dans la machine, et s’ils ne s’étaient pas donné comme occupation principale de le faire tourner en bourrique. Une fois cette épreuve surmontée, ce qui prenait déjà plusieurs longues minutes d’énervement et d’exaspération, il fallait poser les électrodes sur le thorax du patient. Cela allait assez vite chez les femmes, mais devenait un vrai cauchemar sur les poitrines poilues des hommes, surtout en cette période estivale où la climatisation ne suffisait pas à bloquer la sudation. Les petits morceaux de matière synthétique censés coller sur la peau prenaient surtout dans leur piège adhésif des poils qui empêchaient le contact entre l’électrode métallique et la paroi cutanée. Et Alex était sans cesse en train d’inventer des stratagèmes machiavéliques pour les faire tenir suffisamment. Il n’était pas question de refaire ce foutu E.C.G. parce que le tracé serait jugé « ininterprétable » par Alain… Enfin, il fallait brancher la machine et espérer que le patient ne serait pas trop agité. Quand cela arrivait, le tracé des ondes était parasité par des mouvements involontaires et devenait illisible. Il devrait recommencer à vérifier les branchements… Puis il fallait débrancher le tout en s’assurant que la machine avait bien enregistré et imprimé. Aider le patient à enlever le surplus de gel conducteur visqueux, ranger les fils qui s’emmêlaient à nouveau comme mûs par une volonté propre et malveillante. Et recommencer dans la nouvelle chambre, avec le nouveau patient…

Et ce matin-là, justement, Alex avait décidé d’exprimer sa révolte en refusant sciemment d’accomplir ce rituel quotidien.

Mais il se rendait compte que dans ce cas précis, il avait mal jugé l’opportunité de se rebeller…

— Euh… c’est que… je devais faire l’observ’ de Madame Michu, alors…

— Ah bravo ! Et tu crois qu’on peut faire du bon boulot si tu continues à faire preuve d’autant de négligence dans le tien ?

Sans mot dire, Alex se résigna à chercher l’appareil qui lui donnait tant de cauchemars et se mit à installer le tout.

Pendant ce temps-là, Alain se plongea lui aussi dans le Harrison. La bible des maladies rares ne lui avait jamais paru une référence utile. Il y a avait là-dedans tellement de signes qui pouvaient correspondre à tellement de patients et à tellement d’autres syndromes plus courants qu’il n’avait toujours eu que méfiance envers cette manie qu’avaient tous les autres étudiants de sa promotion à le compulser à tout bout de champ. Et puis il trouvait tellement prétentieux de chercher une maladie rare chez tous les patients, comme si seules les affections de ce type méritaient l’attention d’un médecin. Alors qu’une banale allergie, ou une simple sciatique étaient tout aussi invalidantes pour les gens qui venaient à être hospitalisés dans son service. Les gens en souffraient tout autant que d’avoir une maladie de Tartampion.

Il referma le grand livre, et inspira un grand coup. S’il voulait comprendre, il devait revenir à la base, à ce qu’on lui avait enseigné, à ce qu’il avait compris, aux signes cliniques du patient, bref, à la réalité. C’était le seul moyen. Et puis, quel exemple allait-il montrer à Alex ? Le jeune homme était prometteur mais questionnait tout et tout le temps. Il remettait en question les choses qui étaient établies depuis des bons dans l’organisation des soins du service. Il avait raison, bien souvent, mais il devait apprendre à réfréner ses révoltes et à devenir plus diplomate. Mais son regard acéré bousculait très souvent Alain, en lui montrant une autre façon de faire, une autre vision de la situation. Bien souvent, ces interrogations permettaient de trouver une solution plus efficace, ou plus respectueuse du patient, moins invasive.

Alors il ferma les yeux un moment, pour se concentrer, et les rouvrit en fixant directement le corps du patient étendu sur la table. Alex avait branché les électrodes, le bip-bip du moniteur cardiaque commençait à se faire entendre dans la chambre.

Et les pièces du puzzle commencèrent à s’assembler. Les signes cliniques formèrent peu à peu une image d’ensemble, un tableau cohérent.

Les mouvements cloniques des mains et des doigts, en frappe de clavier. Le nystagmus qui suivait alternativement une direction droite puis une direction gauche. Le souffle qui parfois se modulait suivant des mots murmurés, incohérents les uns à la suite des autres. L’activité électrique cérébrale hyperstimulée. Et puis la desquamation étonnante qui se produisait à certains endroits du corps. Avec deux types de lésions. Des papules asymétriques incurvées vers la distalité sur tout le côté gauche. Des lésions eczématiformes. Mais aussi de petites éruptions diffuses sur le côté droit, comme une polykystose.

Et le petit bip-bip vint compléter cet ensemble et lui donner enfin une forme compréhensible.

Le rythme cardiaque s’était ralenti. Il restait régulier, mais ne propulsait le sang que plus rarement.

— Tu entends, demanda-t-il à Alex ?

— Non, quoi ?

— Une bradybloguie…

Alex tendit l’oreille, surpris. Il mit quelques battements de cœur à comprendre, à entendre, à saisir.

— Tu veux dire que…

— Oui, probablement. Tu veux biper le radiologue, j’aimerais une IRM cérébrale.

— Tout de suite. Mais, tu crois que c’est un plumireptile ?

— Aucun doute, regarde…

Et Alain gratta l’une des papules sur l’avant-bras gauche. Comme un eczéma, la peau sèche se détacha, mais contrairement à cette maladie banale, révéla en dessous une véritable écaille de serpent. Assez fier de lui, Alain réitéra l’expérience en incisant très doucement et précautionneusement une lésion sur l’avant-bras droit, et fit sortir une petite plume, un duvet naissant. Ils avaient affaire à un cas de plumireptilie. C’était leur premier cas, à l’un comme à l’autre.

Tout excités, ils se regardèrent et une sorte de communion passa entre eux. Cela dura quelques fugaces instants, et Alex rompit le contact.

— Je vais appeler le radio de garde. Je suis sûr qu’on aura l’IRM dans l’heure !

Il laissa Alain seul dans la pièce, qui imaginait les conséquences.

Il passa les quelques heures suivantes dans le même état d’hébétude vigilante au fur et à mesure que toutes ses pensées finissaient par se réaliser.

Comme il l’avait prédit, le radiologue, aussi emballé qu’Alex et lui, avait bousculé son planning et avait bloqué l’IRM une heure entière pour que les images s’étalent ensuite sur un négatoscope éblouissant. Il désigna la masse blanche qui trônait au centre du cerveau du patient. De son premier plumireptile. L’image était choquante. Comme une énorme métastase, la masse occupait une place extraordinaire dans le cerveau, mais contrairement à un cancer, elle ne parasitait pas son hôte. Elle était l’expression de la transformation du cerveau. Une production naturelle, physiologique chez les gens qui étaient atteints de plumireptilie. Dans les livres, les rares livres qui parlaient de cette pathologie, on comparait cette masse à une sécrétion physiologique. Certains auteurs prétendaient même que le liquide contenu dans la coque fibreuse était produit par les neurones eux-mêmes. Et on savait que les rares cas qui avaient pu être observés avaient une évolution similaire.

— Il est en coma de maturation, c’est ça ?

Le radiologue avait confirmé.

— La délivrance est proche. L’Œuf est presque arrivé à son développement maximal.

— Alors le rythme cardiaque va se ralentir encore. Normalement il va atteindre un plancher à un battement par mois. Et d’ici deux mois…

— Oui, d’ici deux mois, enchaîna Alain à la place d’Alex, l’Œuf va se fissurer, et la transformation des pensées en œuvre artistique sera complète. Il sortira du coma, et entamera un nouveau cycle de création. Lentement, une nouvelle œuvre va commencer à mûrir.

— Et on sait prédire à quel rythme les créations vont s’enchaîner ?

— C’est difficile, mais vu l’avancée de métamorphose du patient, je dirai que cela va s’accélérer.

— J’espère être encore dans le service quand ça va arriver !

— T’inquiète pas, si ce n’est pas le cas, je te tiendrai au courant, que tu puisses voir ça.

— J’ai hâte, s’exclama Alex en mettant les mains dans ses poches.

— Et lui donc ! répondit Alain dans un sourire. D’après son état, ça fait des années qu’il mature, cet Œuf…

Et l’attente commença.

Page 1 sur 41234

Pin It on Pinterest