Selon moi, l’IA ne peut être «artiste». Si vous voulez savoir exactement ce qui motive cet avis tranché, j’ai exposé mes arguments dans cet article récemment. Peut-être êtes-vous d’accord avec moi. Peut-être non. C’est cependant mon avis, réfléchi, mûri, et forgé après près de quatre années de réflexion, de lectures, d’expérimentation.
Même le prompt en soi, n’est pas un art, dans ma vision des choses.
C’est une technique.
Il ne suffit pas de savoir manier un pinceau pour devenir artiste peintre, ni un ciseau pour se dire sculpteur, et encore moins un stylo ou un traitement de texte pour se proclamer écrivaine. Pourquoi donc maîtriser le prompt ferait-il de quelqu’un automatiquement un artiste ? D’autant plus quand l’outil qu’on est censé maîtriser exécute quelque chose qu’on n’a pas complètement réfléchi, ressenti, réalisé soi-même, comme c’est le cas pour toutes les IA.
L’artiste n’est pas seulement celui & celle qui tiennent l’outil. C’est celui & celle qui ressentent le geste, qui sculpte par son corps l’œuvre. Oui, même écrire sur un clavier, c’est le faire avec son corps : ses doigts, ses yeux, son dos, sa respiration, d’autres parties de nous-mêmes dont nous n’avons pas vraiment conscience, mais qui sont nous. Écrire un prompt, c’est écrire, je vous l’accorde. Mais ce n’est pas penser, ressentir, peser, façonner chaque mot, ce n’est pas en éprouver le rythme secret ni entendre les sonorités cachées, les assonances, les allitérations, les rimes qui se dévoilent quand on lit le texte à haute voix ou dans le creux de notre pensée.
Écrire un prompt, c’est donner des instructions à un exécutant, à un sbire, à un spadassin. Ce n’est pas réaliser le geste créateur soi-même, c’est le sous-traiter, et par là même, l’abdiquer.
Car la création est éminemment personnelle.
Elle est le fruit d’une identité propre, d’une expérience de vie.
La création est une œuvre Humaine.
Un label pour quoi faire ?
D’autres personnes ont la même revendication que moi.
Et elles l’affirment haut et fort.
En plaçant leur travail sous un label garantissant que, dans tout le processus de leur création, aucune IA n’intervient.
Peut-être vous demandez-vous ce que cela change.
Tout.
Au moment où j’écris ces lignes, les «produits culturels» fabriqués avec l’aide plus ou moins avouée de l’IA commencent à devenir beaucoup trop fréquents. Des images de ce type inondent les résultats que me présentent les moteurs de recherche, y compris Qwant, que j’utilise principalement. Des livres écrits par des IA apparaissent. Des morceaux de musique écrits par des IA se font une place sur YouTube, et sur Spotify. Et tout cela n’est pas réellement expliqué ou indiqué. On ne sait plus si ce que l’on écoute, voit, lit, est un golem issu d’une IA ou une œuvre véritable créée par un être humain.
Et c’est un vrai problème.
Comment donc faire un choix éclairé si l’on ne sait même pas comment a été fabriqué ce que l’on désire ?
Il ne faut pas compter sur les personnes qui utilisent l’IA pour l’indiquer sur leurs produits. Pas fous, ils savent que cela ne serait pas bon pour eux. Et aucune obligation légale ne leur forçant la main, ils restent bien sagement cachés.
Il n’y a donc qu’une seule solution pour que le public puisse trier le bon grain de l’ivraie : les créateurs humains doivent fièrement revendiquer leur Art. Ils doivent proclamer de façon visible qu’ils n’utilisent pas l’IA, eux.
C’est pour cela que j’ai décidé d’adhérer à ce label, à faire mien son manifeste.
Les Valeurs que je défends
D’abord, le public doit pouvoir savoir que ce qu’il regarde, lit, entend, sent, bref, ce qu’il ressent comme émotion lorsqu’il est devant une œuvre d’Art, est provoqué par une création humaine et non pas par un amalgame sorti de l’estomac d’une IA.
Je suis fermement persuadé que seules les œuvres nées du geste d’un être humain sont artistiques. Que ce que l’IA recrache n’est qu’une pâle imitation.
Affirmer que l’on crée, c’est refuser l’utilisation de l’IA, et c’est le faire savoir, pour que notre public ne soit pas pris en otage, qu’il ne soit pas trompé, qu’il ne soit pas utilisé, ou volé.
Ce que je crée est authentique.
Ce que ça veut dire, concrètement, pour le Serpent à Plume
Je n’utilise aucunement l’IA dans mon processus de création.
Ni en préproduction, ni en production, ni en postproduction.
Je conçois moi-même les intrigues de mes écrits de fiction, les personnages qui les peuplent, les mondes qu’ils habitent.
Ce que j’écris sort réellement de mon cerveau, de mes émotions, de mes tripes. Et je le tape avec mes propres doigts sur un clavier.
J’écris, j’enregistre mes podcasts, je filme éventuellement, moi-même. Les voix sont authentiques, comme les mots et les images. Il y a de véritables êtres humains derrière tout ceci.
Plus encore.
Ce que vous lisez sur ce blog, sur ce site, est, sera, restera, purement une création humaine. C’est bien moi qui y écris, et tout ce que vous trouverez ici est et restera cent pour sang humain. Mes coups de gueule comme mes erreurs. Mes trouvailles comme mes avis. Tout est authentique.
Le Serpent à Plume est une créature mythique, certes.
Mais réelle.




Coquille dans le titre et l’URL : « fRabrication humaine » 😉
Rien que ça, c’est une œuvre à part entière…
PS: Ce commentaire pourra assurément être effacé ; pourvu que l’auteur en tienne compte 😉
Merci de m’avoir fait remarquer la Saint Jacques. J’ai tenu compte : j’ai corrigé le titre. Pour l’URL, cela devient impossible sans perdre les personnes qui viennent de relayer l’article, je préfère donc laisser la noix où elle est plutôt que de risquer une erreur 404. Pour une fois que j’ai des lecteurs ;-).
D’ailleurs, ça m’apprendra à passer mes titres aussi à la moulinette d’Antidote (dont, je précise, je n’utilise pas les fonctions d’IAG, comme la reformulation… j’ai horreur de ça — mais par contre, pour moi, c’est le meilleur correcteur orthographique du marché en rapport qualité-prix).
Merci pour la découverte !
Fait intéressant, et pour ce que cela peut bien valoir, nous portons le même nom… et du moins pour ce propos, sommes attachés à la même valeur.
Je suis informaticien, auteur de textes et d’images, très proche des communautés Libristes ; c’est d’ailleurs, grâce à un « pouet » d’Aemarielle, partagé par un autre Stéphane, que j’aboutis sur votre laïus.
(en passant, merci @Aemarielle).
De fait, j’ai écrit moi aussi un petit laïus à cet égard :
https://doc.huc.fr.eu.org/fr/post/fabrication-humaine/
(et tu en as la primauté).
Cdlt.
Comme dirait ma sœur : synchronicité. Bon, pour ma part, je ne crois pas au concept de synchronicité, mais la coïncidence est incroyable, car nous aurions voulu la créer (ah ah), que nous n’y serions pas parvenus.
Je suis donc enchanté de faire ta connaissance, et de voir que nous partageons cette valeur.
Je vais d’ailleurs écumer ton site. Car il devient rare de trouver des îles virtuelles qui ne soient pas, elles aussi, générées par IA au moins en partie.
Je suis en tous cas très heureux que le label Fabrication Humaine fasse son œuvre, si je puis dire.
À bientôt, ici ou sur ton morceau d’Internet à toi.
Grâce à toi, j’apprends l’existence de ce label, merci beaucoup ! Et bravo d’y avoir adhéré, je trouve que c’est une super idée pour permettre de distinguer les artistes et créateurices qui font le choix de se passer de l’IA dans leur processus.
Je trouve aussi que c’est une initiative trop peu connue. Il existe un peu la même chose dans le monde anglo-saxon où pas moins de 6 labels se font concurrence, avec ou sans audit (source : https://www.agence-redaction-web.fr/blog/contenu-humain-certifie-labels-ai-free/). Fabrication Humaine est hélas sans audit, ce que personnellement je regrette. Mais c’est un premier pas. Et c’est celui qui coûte le plus.
J’espère que beaucoup de créateurs & créatrices vont faire le choix de montrer fièrement que leur travail n’est pas réductible à de la statistique.
On peut se servir de l’IA comme Intendante, mais pas comme un outil créatif, car nous n’en maîtrisons pas le résultat réellement, par nature.
En tous cas, c’est mon avis.