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Se vacciner : un devoir citoyen

par Publié le 11/07/2021Le Serpent d'Hippocrate

Nous venons de vivre, et vivons toujours, un traumatisme qui traverse chacune et chacun d’entre nous dans toutes les sphères de notre existence. Nous l’avons vécu individuellement, dans la peur de la maladie, de la souffrance, de la mort, dans la privation de liberté, dans l’arrêt de nos loisirs, dans la perturbation majeure de nos activités professionnelles. Nous l’avons vécu dans nos relations sentimentales, familiales, amicales, par l’éloignement physique, la peur de contaminer ou être contaminé, l’inquiétude pour celles et ceux qui nous sont proches. Nous l’avons parfois vécu de façon intime par des douleurs, de la fatigue, du temps qui semble filer entre nos doigts. Nous l’avons hélas vécu aussi par la perte, le décès, le deuil. Nous l’avons également vécu dans le tissu de notre société, dans les liens qui nous relient aux autres par cette grande trame qui constitue l’Humanité, et que même les anachorètes les plus extrémistes ne peuvent rejeter complètement puisqu’ils se définissent toujours par rapport à elle, même si c’est en opposition frontale.

Nous venons de prendre conscience, dans notre société qui prône l’individualisme le plus forcené, que, pourtant, notre vie n’a de sens que si nous la relions à celle d’autres êtres humains.

On a beau dire, je prends le pari que même les plus égoïstes d’entre nous auront ressenti ce manque d’échanges avec les autres, même si ce n’était qu’avec leurs amis ou leurs parents.

L’être humain est un animal social.

Autrement dit : notre vie n’a de sens que si nous formons une société.

Une fois cela posé comme axiome (je crois que personne ne peut contester ce fait tout simple), il est plus que temps d’en tirer quelques conséquences sur nos comportements.

Parce que si nous voulons continuer à vivre en société, il est impératif d’agir comme si nous en étions l’un de ses membres, donc d’en respecter les règles.

Avertissement

J’en suis le premier peiné, mais l’expérience actuelle d’internet étant ce qu’elle est, c’est-à-dire le reflet d’une société incapable de discuter sereinement et avec bienveillance, sans mauvaise foi ni pseudoarguments fallacieux parés des atours de la science sans en avoir la réalité, je prends la décision de fermer préventivement les commentaires sur cet article.

J’anticipe ainsi les éventuelles flamewars dont sont coutumiers nos contemporains, mais j’empêche de fait le débat. J’en suis désolé.

Cet espace virtuel doit rester un lieu calme et respectueux. Si vous voulez vous écharper de façon stérile et idiote, ou exprimer combien je suis un cryptofasciste réactionnaire et liberticide à la solde de big-pharma digne d’être lynché, allez sur Twitter voir si j’y suis… (spoiler : non).

Les règles de la vie en société

Toute société a des règles.

Toutes les sociétés ont des règles.

Toutes.

Même les familles mafieuses. Même les gangs. Même les communautés libertaires qui vivent en autarcie dans le fin fond des forêts du Nouveau Monde. Même les cellules anarchistes ont des règles. Si.

Et savez-vous la seule règle qui soit commune à toutes ces sociétés ? La seule règle, d’ailleurs, qui soit commune à toutes les sociétés humaines ?

Chaque membre à part entière d’une société doit protéger et défendre les autres membres de cette société.

Bien évidemment, si un membre de la société commet un crime ou enfreint les règles, il ou elle sera sanctionnée. Mais par défaut, même les mafieux se protègent entre eux.

La citoyenneté

Lorsque le concept nait en Grèce antique, la citoyenneté est l’appartenance à une société particulière. La société démocratique d’une cité-État. On était citoyen d’Athènes, ou citoyen de Sparte, ou citoyen de Thèbes.

Le sens a pu glisser vers le concept d’appartenance à un pays, mais dans notre propre pays, la France, comme dans les pays occidentaux au sens large, être citoyen recouvre la même acception que dans la Grèce antique : être impliqué dans la vie de la société.

Un citoyen a des droits. Il a une existence légale qui lui permet d’être reconnu pour ce qu’il ou elle est et donc : d’acquérir ou de louer un appartement, d’avoir une assurance maladie, de scolariser ses enfants, de travailler, de voter pour choisir son gouvernement, son représentant à l’Assemblée. Un ensemble de droits politiques mais aussi de la vie de tous les jours. Il ou elle peut vivre comme il ou elle l’entend, sous réserve de respecter la loi.

Car un citoyen a des devoirs. Même si nous ne devons plus effectuer un service militaire comme jusque dans les années 1990, nous devons rendre quelques services à notre société. Payer nos impôts, par exemple.

Mais notre premier devoir n’est pas face à «la société», cette entité devenue presque abstraite pour beaucoup d’entre nos contemporains. Notre premier devoir est envers toutes les personnes qui forment cette société avec nous. Et ce premier devoir, comme pour toutes les associations d’êtres humains, est de les protéger et défendre.

Car on ne peut pas profiter d’un droit sans en retour en assumer un devoir.

Et quand je dis ça, je ne me place même pas du côté de la morale, mais simplement d’un côté bassement matériel, presque cynique.

Même si l’on est le dernier des égoïstes, et si notre plaisir de regarder Netflix guide seul notre conduite, nous sommes bien contents de trouver des gens pour jouer dans les séries Netflix que nous regardons, nous sommes bien contents de trouver des gens pour cuire notre pain, pour garder nos enfants pendant que nous regardons Netflix, pour brasser la bière que nous allons déguster pendant notre match de foot. Et d’ailleurs, croyons-nous que le canapé sur lequel nous sommes vautrés s’est assemblé tout seul ? J’ai essayé de me concentrer pour demander à ce qu’un nouveau canapé émerge du chaos sans intervention humaine. Mais j’ai échoué. Non, il a bien fallu des gens pour le fabriquer, le livrer.

Protéger l’autre est donc non seulement moral, mais aussi dans notre intérêt. C’est de la simple intelligence. Cette intelligence dont nous sommes sensés être les mieux pourvus en tant qu’espèce dominante et consciente.

Le métier du soin

Parmi nous, certains et certaines ont choisi un métier en rapport avec le soin. Que ce soit aide-soignant, infirmière, médecin, éducatrice, kinésithérapeute, nous avons tous choisi cette voie.

J’imagine que ce n’est pas par défaut.

Car soigner est difficile. Physiquement parfois, moralement souvent. Nous sommes confrontés à la souffrance, la déchéance, la détresse, la mort parfois.

Je crois que si nous n’avions pas eu une bonne raison de continuer à faire ce métier, nous en aurions changé.

Qu’est-ce qui cloche donc pour qu’un soignant ou une soignante refuse d’aider «les autres», c’est-à-dire en l’occurrence tout le monde, à sortir de la pandémie en ne se faisant pas vacciner ?

Pire : qu’est-ce qui cloche pour qu’un soignant se transforme en un vecteur de maladie (en ne se faisant pas vacciner) et donc provoque l’inverse de ce qu’il ou elle veut au départ ?

La confiance et la méfiance

La racine de ce mal est, je crois, la méfiance généralisée.

Comme sur Twitter, tout le monde croit que tout le monde lui en veut. Tout le monde croit que tout le monde est mauvais. Tout le monde croit dur comme fer le contraire de la réalité.

Parce que c’est plus commode.

C’est plus commode de croire qu’un milliardaire américain tout seul a réussi à faire basculer dans un plan maléfique des milliers de scientifiques pour dominer le monde avec des vaccins et un peu de 5G que de se dire qu’on va faire un acte désintéressé. Parce que comme ça c’est la faute des autres. Jamais la nôtre.

Parce que comme ça on risque moins.

C’est sûr qu’on ne risque pas de se faire contrôler par des nanomachines. Et en prime on ne risque pas de se débarrasser du virus non plus. On ne risque pas de voir s’arrêter les morts en réanimation.

Mais la racine du mal c’est aussi la confiance mal placée.

Parce qu’on croit tout savoir tout seul.

On croit maîtriser des disciplines ardues comme l’épidémiologie (au hasard), la biologie moléculaire, la génétique, la microbiologie, la virologie, parce qu’on a eu deux cours de sciences de la vie en quatrième. Ou qu’on est président de la République et qu’on est passé par l’ENA.

Parce qu’on croit qu’un grand professeur dans son coin peut avoir raison contre des centaines de gens qui se basent sur la science.

On croit qu’un seul cerveau humain peut être plus fiable que plusieurs milliers qui partagent leurs connaissances et s’entraident. Sérieusement, vous avez déjà essayé de battre tout seul une équipe de gens entraînés ? À n’importe quel sport ou n’importe quelle activité ? Vous savez d’avance ce que ça va donner… vous allez vous ridiculiser face à toute cette intelligence collective dressée contre vous. Même Léonard de Vinci s’est trompé. Souvent. Même Galilée, invoqué à tort et à travers par ceux qui croient mieux savoir que les scientifiques (les vrais), s’est basé sur des faits et des observations avec la rigueur de la science.

En résumé, on place notre confiance dans les mauvaises personnes ou les mauvais concepts, et on tourne le dos aux personnes qui pourraient nous secourir et nous aider, aux concepts qui pourraient être utiles.

La vaccination

Parce que la vaccination, en vrai, c’est quoi ?

C’est le moyen le plus naturel qui soit de se protéger des infections.

Car voyez-vous, quand les tenants des «médecines naturelles» vous énoncent d’un air sentencieux qu’il faut laisser le corps se défendre seul… en fait ils vous disent de vous faire vacciner !

Parce que c’est exactement ce qu’est la vaccination : un moyen de faire en sorte que le corps se défende efficacement SEUL sans l’aide de produits chimiques comme des antibiotiques ou des antiviraux.

Notre corps est capable de produire des défenses contre un micro-organisme, si on lui en laisse l’opportunité AVANT de croiser la maladie elle-même.

La vaccination sert à ça : on nous injecte un morceau du microbe que l’on veut combattre, et, miracle de la biologie et de notre système immunitaire, nous fabriquons seuls des défenses qui seront efficaces contre le véritable microbe si nous le rencontrons. Cela sans l’aide de la moindre molécule antibiotique. Sans même un traitement curatif. Car c’est préventif !

Alors certains vont dire qu’il y a des effets secondaires…

Oui.

Comme lorsque vous buvez des litres de tisane aux plantes pour vous protéger des infections au lieu de vous vacciner : certaines plantes provoquent des effets secondaires graves, comme des insuffisances rénales pouvant vous conduire en dialyse le reste de votre vie… n’oublions surtout pas que les médicaments, au départ, ce sont des plantes… et que les plantes qui soignent sont souvent des poisons, dont l’effet thérapeutique et l’effet mortel n’est parfois séparé que par une dose infime…

La liberté

Alors on va me rétorquer qu’il est de la liberté de chacun de décider s’il ou elle veut se faire vacciner.

Oui. Et non.

La liberté est peut-être la première à être citée dans le triptyque de la devise républicaine dans notre pays, mais ce n’est pas la seule. Il ne faut jamais oublier la troisième : la fraternité. Qui nous rappelle que notre société fait attention à ses membres.

De plus, la liberté sans aucune limite, ce n’est pas la liberté, mais le chaos.

Sans aucune limite à notre liberté, nous serions libres de marcher sur les autres, et ça, peut-être que certaines et certains s’en balancent. Mais n’oublions jamais que l’inverse est aussi vrai. Sans aucune limite à notre liberté, les autres seraient libres de nous marcher dessus.

Quand donc il est nécessaire d’arrêter un fléau comme une maladie infectieuse, si nous sommes vraiment des citoyens à part entière, il est de notre devoir de nous faire vacciner. Pour nous-mêmes. Pour nos proches. Pour tous ceux qui sont fragiles. Pour toutes les personnes qui voudraient retrouver une vie sociale, culturelle, familiale normale. Une vie tout court.

Si nous voulons faire partie de la société, il est de notre devoir de citoyen et de citoyenne de nous faire vacciner.

Et si nous refusons, il est donc clair que nous ne voulons pas faire partie de la société. Il est donc juste d’en assumer les conséquences. Ces conséquences devraient être de ne pas pouvoir aller dans certains lieux publics.

Je ne nie pas la liberté de ne pas se faire vacciner. Je défends par contre un principe qui est consubstantiel à la liberté : la responsabilité de ses actes.

L’intelligence

Admettons cependant une minute que notre liberté soit absolue.

Il serait tout de même nécessaire de se vacciner.

Par simple intelligence.

Par simple calcul égoïste. Même si on n’est pas une personne à risque.

Et ce pour deux raisons simples.

La première, parce que nous aussi nous voulons certainement retrouver la possibilité de voir des amis en toute sérénité, d’aller dans des concerts, des festivals, des musées.

La deuxième, plus fondamentale encore. Parce que nous avons tous envie de garder ceux que nous aimons en vie. Et que nous tenons nous-mêmes à la vie.

Parce que ce que les journaux télévisés n’expliquent pas vraiment, c’est que lorsque les services de réanimation sont pleins à craquer de gens qui sont atteints de Covid19, le danger n’est pas seulement pour ces malades. Le danger est aussi, et surtout, si l’on pense seulement à soi-même. Si d’aventure, vous, ou moi, ou votre mère, votre oncle, votre meilleure amie, nous avions un accident de la route grave, ou un AVC, ou un infarctus du myocarde. Ces situations sont banales, arrivent tous les jours, et pas seulement aux autres. Si un jour donc, une personne proche, non à risque de forme grave de Covid19, devait être admise en réanimation suite à un accident de la route, et que le service est incapable de la soigner par manque de place, serions-nous capables de continuer à clamer haut et fort que nous refusons de nous faire vacciner ?

Ne pas se faire vacciner, c’est prendre ce risque. Pour nous et nos proches. Pour toutes les autres personnes.

L’obligation : un aveu de l’échec de l’intelligence collective

Dans une société apaisée et démocratique, il devrait donc être évident pour tout le monde que la seule conduite intelligente, honorable, légitime, éthique, morale, est de se faire vacciner contre le germe responsable d’un danger pour toutes les personnes qui forment notre Cité.

Cela ne devrait même pas poser de question.

Cela devrait être si évident qu’on n’en discuterait même pas.

Mais nous sommes loin d’être dans une société apaisée. Quant à la démocratie, elle est bien malade elle-même.

Alors on en vient à penser à l’obligation par la loi.

On en vient à menacer les soignants de cette obligation. Alors qu’encore une fois il est dans la simple logique qu’ils se fassent vacciner volontairement, de par le métier qu’ils ont eux-mêmes choisi.

Vous l’aurez compris, je suis partisan de cette mesure d’obligation des soignants.

Mais j’irais même plus loin.

Cette obligation devrait au moins être indirecte pour tous. En conditionnant certains actes de la vie quotidienne de citoyen à un certificat vaccinal, comme se rendre dans certains lieux collectifs.

Parce que lorsque l’on fait un choix, il est indispensable de l’assumer, et d’en assumer aussi les conséquences.

Certains me traiteront de fasciste, ce que je ne suis certainement pas.

Ma philosophie est simplement de rendre à chaque personne son libre arbitre, ce qui veut dire la possibilité d’être responsable des choix que l’on fait en toute liberté. Comme chacun de nos choix a des conséquences sur les autres, chacun de nos choix a des conséquences pour nous-mêmes en retour.

Pourtant, cette obligation serait terrible, parce qu’elle signifierait que nous avons véritablement échoué, tous autant que nous sommes, à hausser notre niveau collectif d’intelligence. Elle signifierait que nous sommes encore des enfants qui doivent être grondés, punis, parce qu’ils ne sont pas capables d’apprendre.

Si on en arrivait là, nous démontrerions une fois de plus notre immaturité.

J’espère que ce ne sera pas le cas, même si je deviens de plus en plus réaliste au fil du temps.

Dans la mémoire du Serpent à Plumes

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