Making of a book, partie 3 : la Couverture à soi

par | Mar 18, 2018 | L'encre & la plume, Les Pixe-Ailes du Phœnix | 0 commentaires

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Introduction : le but de la couverture

Votre livre est écrit, mis en page, et le PDF est prêt à être envoyé à l’imprimeur, mais avant de pouvoir donner naissance à votre ouvrage, vous allez devoir lui créer une couverture.

Si le corps du texte est l’âme de votre livre, si les pages liminaires en sont les muscles, la couverture tient lieu de peau, d’enveloppe charnelle. Elle sera aussi le premier contact que votre lecteur ou votre lectrice auront avec lui. Ce premier contact, qui entre un humain et un livre est aussi important qu’entre deux humains, détermine souvent si votre œuvre va finir dans les mains de son public potentiel.

Tout comme nous prenons soin de notre apparence pour paraître à notre avantage en société, votre livre va devoir revêtir des atours séduisants s’il veut conquérir les yeux de vos lecteurs.

En effet, pour être lu, il faut donner envie d’être lu.

D’après ce que je viens d’écrire, on pourrait penser que la couverture se résume à son illustration, à des couleurs bien agencées, à quelque chose de publicitaire.

Il n’en est rien.

Le rôle de la couverture c’est aussi de proclamer le titre de votre livre. C’est aussi l’occasion d’inscrire le nom de l’auteur (vous, donc) même si certains, par exemple Neil Jomunsi dont j’apprécie beaucoup les réflexions, se demandent si l’on peut accepter de ne pas figurer du tout comme l’auteur de son propre livre. On appose aussi le logo et le nom de l’éditeur (dans le cas de l’auto-édition, vous aussi), et l’on peut enfin trouver un résumé, une accroche, un « pitch » du livre, dans la fameuse 4e de couverture dont nous discuterons plus tard.

La couverture est aussi l’endroit où sera visible le code ISBN à 13 chiffres qui permet de marquer chaque édition de chaque ouvrage édité dans le monde.

Comme vous pouvez le constater, une couverture, ce n’est pas si anodin ni si simple qu’il paraît au premier regard.

Quelques exemples de couvertures de livres parmi ceux dont nous avons déjà parlé ici

Quels outils pour quelle couverture ?

Pour bien commencer, il faut d’abord savoir de quelle couverture l’on parle.

S’agit-il de la couverture de votre livre papier ? De celle de votre livre numérique ?

Car de la réponse va dépendre beaucoup. Notamment l’anatomie de votre fichier.

Couverture imprimée

Une couverture imprimée rassemble à la fois la 1re de couverture (votre illustration et le titre du livre) et la 4e de couverture (nous en parlerons plus tard, mais en gros, le résumé de votre livre et quelques mots sur l’auteur, c’est-à-dire vous), séparées par une tranche qui permettra la reliure des feuillets de papier.

Votre boulot est donc de concevoir trois maquettes en une, ce qui est loin d’être simple.

De plus il ne faut pas oublier que, puisque nos livres s’ouvrent vers la gauche, en Occident, votre 4e de couverture se trouvera à gauche du fichier, puis vous placerez la tranche, puis la première de couverture.

Pour ce genre de réalisation, mon premier réflexe est d’abord de me servir de papier plié et de crayon pour créer une maquette que je puisse tenir dans mes mains et sur laquelle je puisse placer facilement et intuitivement ce que je désire faire figurer.

Puis vient l’étape informatique.

D’aucuns se servent de Photoshop (je vous ai déjà dit que j’utilisais InDesign pour la maquette intérieure, alors pourquoi pas  ?), mais je n’aime pas l’idée de payer un abonnement pour utiliser un logiciel si j’ai le choix, et je préfère donc jeter mon dévolu sur d’autres outils.

Je me sers donc de Graphic, un logiciel de dessin vectoriel pour Mac, afin de réaliser les parties qui seront vectorielles (formes, logo), et de Pixelmator Pro, encore pour Mac, afin de concevoir la mise en page et le placement des objets. Bien sûr il y a d’autres possibilités comme la suite Affinity (Designer et Photo).

Couverture numérique

La couverture numérique, elle, se résume à l’image de la première de couverture et aux informations essentielles qui pourront taper dans l’œil de votre lecteur potentiel. Ici, il n’est absolument pas besoin de 4e de couverture incluse dans le fichier, mais plutôt d’identité graphique.

La 4e de couverture sera plutôt placée dans les espaces prévus par la librairie en ligne ou la page web de votre site internet. Inutile donc de l’intégrer dans le fichier, même si, à titre personnel, j’aime bien mettre le pitch du livre au début de celui-ci, dans un eBook.

Je me sers des mêmes logiciels que pour la couverture papier.

Et au final, je conçois d’abord la première de couverture en ayant les deux approches, papier et numérique, à l’esprit en même temps et en permanence.

Car si la caractéristique principale d’une couverture est d’installer une identité graphique, elle doit être plus marquée lorsque l’on a le numérique en tête. En effet, les ouvrages, dans une bibliothèque en ligne, sont rangés selon des icônes représentant la couverture, avec une taille assez petite. Il faut donc que votre couverture soit assez visible et surtout assez lisible pour le lecteur, même avec une taille, disons de 256 pixels de large.

L’illustration de couverture

C’est elle qui va être votre plus grand défi, car c’est la pièce maîtresse de votre couverture.

Et soit vous êtes doué en dessin/peinture/infographie et dans ce cas vous n’avez même pas besoin de conseil.

Soit vous êtes comme moi, c’est-à-dire pas doué du tout, et vous avez deux solutions : trouver des illustrations du domaine public que vous travaillez avec votre logiciel préféré (c’est ce que j’ai fait, pas trop mal je crois, pour Le Choix des Anges dont l’illustration de couverture est de Gustave Doré), ou engager un illustrateur qui réalisera un travail de commande pour vous.

La première piste n’est pas toujours facile, car il faut bien chercher pour trouver, parfois pendant très longtemps.

La deuxième vous coûtera de l’argent.

Mon conseil : si vous ne trouvez pas vite votre bonheur dans le domaine public, tournez-vous vers un illustrateur ou une illustratrice. Vous gagnerez du temps et l’argent sera bien investi.

J’ai eu de la chance, depuis le début de l’écriture du Choix des Anges, je lorgnais sur les planches de Gustave Doré, notamment celles qu’il a créées pour le Paradis Perdu de Milton. Je m’étais même servi de l’une d’elles pour le logo de mon éphémère studio de cinéma, le MacLeod Studio, il y a des années. Je n’ai donc pas eu à chercher trop loin. Mais si ça avait été le cas, j’aurai largement investi dans le travail d’illustration d’un professionnel.

Un titre de caractère

Dans le cas où vous réalisez votre illustration vous-même, veillez ensuite à positionner le titre de façon à ce qu’il soit bien visible et saute tout de suite aux yeux.

Vous aurez bien sûr pris la précaution de choisir correctement la police de caractères qui sera utilisée. Elle sera si possible différente de celle de votre corps de texte, ce qui créera une impression esthétique. Elle devra bien exprimer l’ambiance de votre livre, lui donner une couleur particulière.

Seul votre sens artistique sera le bon juge, mais rares sont les univers de space opera qui s’accommoderont d’une fonte gothique, ou les univers médiévaux qui seront bien exprimés par une fonte de style art nouveau.

La célèbre 4e de couverture

Le cœur de la 4e de couverture, c’est le résumé ou l’accroche de votre livre, ce que les anglophones appellent le « pitch ». Il doit donner envie de lire votre livre, en posant les bases de l’ambiance, en présentant les personnages principaux et notamment le ou les héros/héroïnes, le début de l’intrigue.

C’est sans doute un élément à soigner particulièrement, car il est le pendant textuel de votre illustration de couverture. Il doit résonner avec cette dernière pour évoquer le sujet autant que l’ambiance de votre livre.

Vous pouvez aussi, si vous êtes un peu mégalo comme moi, en profiter pour poser quelques mots sur votre biographie, bref, pour vous présenter un peu. Sérieusement, je suis toujours très intéressé par le parcours des auteurs que je lis, et je me dis que cela doit être un peu la même chose pour beaucoup de lecteurs de par le monde. Mais je conçois parfaitement que d’autres n’aient pas ce besoin, aussi, loin d’être une obligation comme le résumé, la courte présentation que vous ferez de vous-même est-elle du ressort de votre propre feeling.

Le gabarit de la couverture papier

Alors que nous explorerons le cas particulier du numérique dans un article à part, le moment est venu de constituer véritablement votre couverture papier.

À titre d’exemple, voici comment peut se concevoir une couverture papier pour CreateSpace.

La mesure de base des Anglo-saxons est le pouce (ou inch), et la résolution minimale de votre couverture devra, pour être correctement imprimée, être de 300 points par pouce (ou ppp, ou dpi, ou ppi). Toutes les mesures suivantes tiendront donc compte de cette équivalence de 1 inch = 300 points ou 300 pixels.

Première dimension d’importance, celle de la page intérieure de votre livre. Elle deviendra aussi celle de votre 1re de couverture et de votre 4e de couverture finalisées et découpées par l’imprimeur. Pour mon format A5, il faut commencer à convertir les millimètres en pouces. Un rapide passage par un convertisseur nous apprend que le format A5 (148x210mm) correspond à 5,83x8,27 pouces, soit 1749x2481 pixels.

Cependant, il faut tenir compte de l’incertitude de la coupe et afin que votre couverture ne soit pas affublée d’un disgracieux liseré blanc si la machine se trompe de quelques microns dans son positionnement, CreateSpace vous conseille fortement de prendre 0,125 pouce de marge, soit 37,5 pixels (arrondissez à 38), sur le haut, le bas, et l’extérieur de votre couverture.

Pour obtenir la dimension exacte de votre planche de papier réunissant la 4e de couverture et la 1re, il ne vous manque qu’à calculer la dimension de la tranche. Cette dernière dépend du papier utilisé par l’imprimeur, de son épaisseur, de sa qualité. Bref, tout dépend d’un calcul que vous allez devoir faire avec des paramètres qui vous seront fournis par CreateSpace.

À l’heure où j’écris ces lignes, CreateSpace vous donne le choix entre un papier blanc et un papier crème, censé être plus adapté aux romans. Pour ma part, la finition du papier blanc me convient bien. Mais suivant votre choix, vous devrez multiplier votre nombre total de pages intérieures (y compris donc vos pages liminaires et pages blanches éventuelles) par un nombre différent. Le résultat sera la dimension de la tranche, en pouces.

Dans mon cas, le papier blanc de CreateSpace impose un multiplicateur de 0,002252, quand le papier crème plus épais impose plutôt 0,0025. Je vous laisse faire l’exercice pour un choix de papier crème, mais dans mon cas, le papier blanc et mes 296 pages pour Le Choix des Anges me donnent un résultat de 0,666592 pouce (remarquez que j’ai quand même du bol, dans un livre sur les Anges, de tomber sur un 666… un signe, non ?) ou 199,9776 pixels, que nous arrondirons à 200.

Ma planche de papier devra donc mesurer [(5,83 +0,125) x2] +0,666592 = 12,576592 pouces, ou bien encore [(1749 +38) x2] +200 = 3774 pixels de largeur.

Quand à la hauteur, plus simple à calculer, elle sera de 8,27+(0,125x2) = 8,52 pouces ou 2481+(38x2) = 2557 pixels.

Ne reste qu’à positionner les différents éléments sur ce canevas de base.

Mais là aussi, il y a des règles à respecter.

Tout d’abord les marges de sécurité des titres et autres éléments de texte importants. Ils devront absolument être à 0,25 pouce, soit 75 pixels, du bord de la page. Pour les deux couvertures. Et à 0,0625 pouce, soit 18,75 pixels, arrondis à 19, pour la tranche, sur laquelle, si elle est assez large, vous pouvez inscrire à nouveau le titre, l’auteur, l’éditeur.

Ensuite le code-barre de l’ISBN, ce numéro standardisé à 13 chiffres qui répertorie les éditions de chaque livre publié sur la planète. CreateSpace demande que vous laissiez blanc un espace de 2x1, 2 pouces sur la 4e de couverture, à 0,25 pouce de ses bords interne et inférieur.

Une fois ces éléments bien délimités, à vous de jouer…

Armée et casquée, Athéna naquit du crâne de Zeus

C’est l’image qui me vient à chaque fois que je pense à la naissance d’un livre. Armé par les mots, portant l’armure et l’égide de sa couverture, il vient au monde paré de l’intelligence et de l’astuce de son auteur.

Mais il reste une étape cruciale, celle de l’accouchement lui-même.

Comme tout le monde n’est pas un dieu du tonnerre comme l’ami Zeus, je vous conterai dans un prochain épisode comment s’y prendre de façon concrète.

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