Le Choix des Anges en précommande

Le Choix des Anges en précommande

Tout est dans le titre, ou presque.

Après de nombreuses années d’efforts souvent entrecoupés hélas par les vicissitudes de la vie, je suis arrivé au bout de l’écriture de ce deuxième roman, puis au bout de sa préparation pour une publication en autoédition.

Le Choix des Anges est donc disponible en précommande tant dans sa version papier (livre broché de 296 pages en format A5, au prix de 12,66 €) que dans sa version numérique (format ePub, au prix de lancement de 2,99 €). Il sortira officiellement le 20 mars 2018, date à laquelle vous pourrez le lire véritablement. La version Kindle est en préparation et sera disponible le 20 mars également.

Vos commentaires et vos partages sont bien entendu les bienvenus.

Quant à moi, après avoir bouclé un mémoire professionnel qui attend une relecture depuis 2 mois, je vais pouvoir lancer un nouveau projet : Fée du Logis, dont l’écriture est tout juste entamée.

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Édition brochée

Format du livre : A5 (148mm x 210mm)
Nombre de pages : 296
Publication : 20/03/2018
ISBN : 9791093734019

12,66€

 

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Édition numérique

Format du livre : ePub3, compatible ePub2
Poids du fichier : 2,9 Mo
Publication : 20/03/2018
ISBN : 9791093734026

2,99€ (sans DRM)

Prix de lancement

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Making of a book, partie 2 : à livre ouvert, la maquette intérieure

Making of a book, partie 2 : à livre ouvert, la maquette intérieure

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Depuis quelques siècles, les livres prennent d’abord la forme d’un livre papier. Si les raisons de s’autoéditer n’ont jamais été aussi nombreuses dans les années 2010, il n’en reste pas moins que concevoir un livre papier implique de se poser quelques questions et d’y répondre précisément. Voyons ensemble comment résoudre chacune et réaliser ainsi une maquette de livre papier pas à pas.

Les outils

Si LibreOffice, Word, ou Pages sont capables de faire une mise en page correcte, j’ai pour ma part préféré un logiciel plus spécialisé, essentiellement parce que la gestion des images dans les traitements de texte me semble très primitive et que je voulais également placer des en-têtes et des pieds de page un peu particuliers.

Je ne suis pas favorable au modèle des abonnements pour utiliser un logiciel, aussi ai-je essayé Scribus.

Mais autant la mise en page d’un court extrait s’est faite sans trop de problèmes, autant l’importation de mes 78 300 mots du Choix des Anges a été un véritable calvaire avec ce logiciel dans sa version 1.5.3., pourtant considérée comme stable. J’ai donc dû me tourner vers le seul autre logiciel sérieux (en attendant Affinity Design dont la version bêta est attendue pour cet été), j’ai nommé InDesign d’Adobe.

Les étapes de la fabrication de notre maquette seront donc réalisées avec ce logiciel, certes cher (37 € par mois si on le choisit seul et avec la souplesse de ne pas avoir d’engagement annuel), mais très ergonomique, et surtout très puissant.

Pour l’instant (mais j’espère qu’Affinity Design changera la donne), pour un auteur autoédité qui ne sort qu’un livre par an, un mois d’accès à InDesign suffit largement à apprendre les bases et à produire une maquette intérieure de livre papier de qualité. D’autant plus qu’il existe une version d’essai de 7 jours, qui a été amplement suffisante pour moi, car j’avais déjà une idée très précise de ce que je voulais.

Pour vous aider à vous construire la vôtre, je ferai en sorte de vous livrer quelques astuces tout au long de cet article.

Quand la taille importe vraiment : le format du livre

Si vous regardez dans votre bibliothèque, vous serez peut-être surpris de remarquer que les dimensions des livres sont très disparates entre les éditeurs, et même entre chaque collection chez un même éditeur. Ainsi vos livres sont plus ou moins hauts, plus ou moins larges, plus ou moins épais.

Théoriquement, on peut grouper les dimensions des livres suivant trois grandes catégories.

Les livres de poche, plutôt peu hauts et peu larges, mais parfois très épais, sont très populaires depuis quelques dizaines d’années. Ils sont caractérisés par une mise en page peu aérée afin de faire tenir le texte dans un espace restreint. Leur confort de lecture, parfois, s’en ressent.

Les livres plus classiques assez hauts et larges, parfois encore plus épais, car possédant souvent un papier de meilleure qualité, ont la plupart du temps une mise en page plus aérée, et un confort de lecture plus grand.

Les beaux-livres sont très hauts et très larges et sont souvent des éditions luxueuses où le texte est mis en valeur de manière plus soignée encore. Il arrive même que la tranche soit dorée, que la reliure soit cousue et recouverte de cuir.

Et pourtant, il n’existe aucun standard de taille et chaque éditeur a conçu ses livres de poche dans des dimensions légèrement différentes.

Chacun choisit donc le format et les proportions qu’il désire.

Vous en aurez une autre preuve lorsque vous examinerez comme moi les formats acceptés à la fabrication par deux des prestataires les plus fréquemment mandatés par les auteurs autoédités : Amazon (via CreateSpace) et Lulu. Vous remarquerez avec moi qu’il y a peu de formats qui correspondent exactement entre les deux.

Vous allez donc devoir faire votre choix selon plusieurs critères.

  • Nature du livre
  • Encombrement désiré du livre
  • Épaisseur désirée du livre
  • Taille des marges du texte
  • Longueur du texte
  • Existence de plusieurs tomes
  • Identité de collection ou d’édition
  • Coût de fabrication du livre et prix final de l’ouvrage

Pour ma part, j’ai commencé par avoir envie d’un format assez haut et assez large, afin d’obtenir un confort de lecture le plus grand possible et une épaisseur modérée, mon texte étant relativement court (un peu plus de 78 300 mots), mais au prix d’un encombrement assez important. Je ne sais pas pour vous, mais si j’adore lire des livres de poche parce qu’ils sont transportables partout, je déteste cette sensation physique très rapide d’avoir les pouces qui ne savent plus où se mettre parce que le texte est collé aux bords des pages et que l’épaisseur du livre rend la force déployée pour laisser le livre ouvert très désagréable. Je finis par ne plus savoir comment tenir le livre et changer régulièrement de position : main gauche ou droite en haut de la reliure, ou chaque main tenant les bords extérieurs du livre, pouce droit ou gauche sur le bas de la reliure. Bref, je suis un lecteur difficile, physiquement parlant. J’avais donc pensé qu’un livre haut et large, mais non pas carré serait bien plus agréable. De plus, j’avais envie d’une proportion qui se rapproche un peu de l’écran d’un iPad. J’avais également dans l’idée de proposer une maquette intérieure qui soit basée sur une identité visuelle ainsi qu’un format assez haut de gamme en choisissant une mise en page dite « demi-luxe » (nous en reparlerons plus tard).

Cependant, le coût du livre était assez cher, ce qui bien sûr en faisait monter le prix final. Et mes conseillers (car j’en ai), m’ont fait remarquer qu’un roman qui se lit, se lit de nos jours dans le métro, dans le train, en vacances, dès que l’on a un moment, et que les formats de petite taille sont bien plus pratiques pour cela.

J’ai donc fait un compromis et opté pour un format A5 (148mmx210mm) assez grand pour mettre en place une mise en page aérée et ne pas être trop épais, mais assez petit pour tenir facilement dans un sac.

C’est un format qui est proposé facilement par Lulu avec un prix à la page assez bas, et qu’il reste possible de choisir sur CreateSpace via l’option custom trim size. Dans ce dernier cas, vous devez être conscients que l’utilisation de cette taille de coupe personnalisée du papier entraîne quelques inconvénients, principalement l’inéligibilité à la vente à travers les boutiques des réseaux physiques de libraires américains.

N’ayant pas trop d’ambition de ce côté-là, puisque francophone, ce n’était pas un problème pour moi.

Mise en page

Cependant, la question de la taille du livre ne peut s’envisager qu’en prévoyant aussi le type de mise en page que l’on souhaite, car c’est aussi un point important pour le confort de lecture comme pour l’identité visuelle que vous désirez offrir à l’ouvrage.

Un livre, c’est donc du texte mis en forme. Encore faut-il savoir comment.

D’abord, il y a les marges, encore appelées blancs, qui vont nous demander un peu de vocabulaire.

On appelle blanc de tête et blanc de pied les blancs situés respectivement en haut et en bas de la page.

On appelle grand fond le blanc situé à l’extérieur de la page, et petit fond le blanc à l’intérieur de la page près de la reliure.

La façon dont ces marges sont agencées, aussi appelée empagement, va avoir une influence sur la disposition du texte et donc sur la façon de lire. On considère en effet qu’il est plus agréable d’avoir de la place pour poser les doigts sans gêner la lecture si les marges extérieures du livre sont assez larges, voire plus larges que les marges intérieures. D’où les noms de grand fond et petit fond. Il est d’ailleurs étonnant que nombre de sites, à commencer par CreateSpace, continuent à recommander de faire l’inverse.

On calcule chaque blanc suivant une proportion, qui a pu varier à travers les époques. Vous en trouverez ici plusieurs exemples.

Connaissant mon attrait pour le nombre d’or, j’aurais pu me laisser tenter, mais c’est finalement vers une proportion différente que je me suis tourné, après avoir fait quelques essais. C’est la règle des 4, 5, 6 et 7/10e.

Pour l’obtenir, il est nécessaire de calculer l’empagement, c’est-à-dire la place qu’occupe le texte dans la largeur de la page. Classiquement, on retient trois tendances d’empagement.

  • Empagement « demi-luxe » : le texte (aussi appelé justification) occupe les ⅔ de la largeur de la page. La justification est donc de 98 mm pour une page A5 dans ce choix d’empagement.
  • Empagement courant : le texte occupe les ¾ de la largeur de la page. La justification est de 111 mm pour une page A5 dans ce choix d’empagement.
  • Empagement « luxe » : le texte occupe les ⅝ de la largeur de la page. La justification est de 92,5 mm pour une page A5 dans ce choix d’empagement.

L’empagement détermine donc ce que l’on appelle le Blanc total, soit la proportion de la largeur de la page qui reste blanche.

Dans mon cas, sur une page A5 de largeur 148mm, en choisissant un empagement demi-luxe, le Blanc Total est de 50 mm. Il ne reste plus qu’à calculer les blancs :

  • Blanc de tête : 5/10e du Blanc total (soit 25 mm dans mon cas)
  • Blanc de pied : 7/10e du Blanc total (soit 35 mm dans mon cas)
  • Petit fond : 4/10e du Blanc total (soit 20 mm dans mon cas)
  • Grand fond : 6/10e du Blanc total (soit 30 mm dans mon cas)

Concrètement, avec InDesign, on commence par créer un document en pages vis-à-vis, et à indiquer la taille du papier comme les dimensions des marges. On active ensuite la grille et son magnétisme afin de positionner correctement tous les éléments sur la page.

Le tout donne une impression, me semble-t-il, assez harmonieuse.

Vous voilà prêts à commencer votre maquette.

En-têtes et pieds de page

Vous aurez remarqué depuis bien longtemps que les blancs d’un livre sont souvent utilisés pour y inscrire des indications qui n’ont rien à voir avec le texte lui-même, mais qui permettent au lecteur de se repérer. Le numéro de la page par exemple, est une information précieuse.

On appelle ces zones les en-têtes (donc, placées dans le blanc de tête) et les pieds de page (placés dans le blanc de pied, merci Monsieur de La Palice).

InDesign fonctionne avec le principe des cadres. On crée des cadres que l’on remplit ensuite d’un contenu. Ce peut être une image (cadre d’image), du texte (cadre de… texte) ou autre chose encore (mais pour la mise en page d’un roman, nous ne nous en servirons pas).

Il nous suffit de sélectionner l’outil de création d’un cadre de texte et de le créer à l’endroit qui nous sied en se servant de la grille, mais aussi de quelques repères, par exemple les marges de notre page, qui sont bien visibles.

Ensuite, nous remplissons le cadre. Si vous désirez que le numéro de la page soit automatiquement ajouté, vous sélectionnez l’option Insérer un caractère spécial > Numéro de page. Pour les autres informations, il est d’usage d’indiquer le nom de l’auteur (mais est-ce bien nécessaire ?), le titre du livre, le titre du chapitre en cours. À vous de voir ce que vous désirez faire.

Pour ma part, vous le verrez, ma maquette est plus atypique. J’ai eu envie de positionner mes numéros de page sur les deux grands fonds, et le titre du livre comme le titre du chapitre en cours sur le grand fond de la page de gauche seulement.

Les gabarits

Je ne vous apprendrai rien en vous faisant remarquer qu’un livre a souvent des pages de gauche différentes de ses pages de droite. C’est encore plus vrai quand les marges intérieures et extérieures sont différentes entre elles. C’est évident quand on remarque que les en-têtes et les pieds de page sont différents à droite et à gauche. Enfin, pour enfoncer le clou, la convention veut qu’en Occident les chapitres débutent toujours sur une page de droite sans en-tête ni pied de page, et souvent même sans être numérotés (sans folio, dit-on dans le jargon).

Pour ne pas avoir à créer à chaque fois les marges des pages, ou à noter les numéros des pages par exemple, on peut créer des gabarits de pages. Les gabarits sont des modèles qui seront utilisés par le logiciel chaque fois que vous en aurez besoin. Tous les éléments présents sur un gabarit seront automatiquement répercutés sur toutes les pages de votre livre qui utilisent ce gabarit. C’est très utile pour inscrire le numéro des pages et pour les en-têtes et les pieds de page, mais aussi pour les pages liminaires ou les premières pages de chapitre, qui ne sont jamais numérotées si l’on suit les règles admises.

Ces gabarits seront très pratiques par la suite, car ils permettent de gagner énormément de temps dans la réalisation de la maquette, mais aussi parce qu’ils vous permettent de créer une unité visuelle d’ouvrage en ouvrage. Vous pouvez ainsi décider d’une mise en page qui sera réutilisée pour vos livres ultérieurs.

C’est pour cela qu’en plus des gabarits évidents que sont les pages droite de texte et gauche de texte, je me suis créé d’autres modèles, comme ceux des premières pages de chapitre, ceux des pages de titre de chapitre, ou même des pages avec des textes ou des images qui se répéteront toujours au même endroit. Nous verrons plus loin quelles sont les pages qui méritent de créer un gabarit.

Pour le moment, de façon pratique, comment créer un gabarit ?

Tout simplement en ouvrant le panneau des pages sur votre droite. Vous avez déjà des gabarits de page droite et gauche en vis-à-vis. En double-cliquant dessus, le logiciel vous les affiche. Vous pouvez les modifier à loisir et chaque changement sera répercuté sur toutes les pages qui utilisent ce gabarit.

Pour appliquer un gabarit, vous sélectionnez une page dans votre « chemin de fer » et vous glissez-déposez le gabarit voulu dessus. Rien de plus simple.

Toujours une question de styles

Nous avons déjà longuement parlé des styles et de leur utilité dans un traitement de texte ou même dans Scrivener, que ce soit pour créer un livre papier ou un livre électronique.

Les styles sont également essentiels dans la conception de la maquette.

Ils vont sans doute vous prendre du temps pour les créer, les peaufiner, les bichonner, mais une fois définis, ils vont vous simplifier la vie d’une façon incroyable, car ils possèdent un pouvoir rare dans le monde de l’informatique : ils sont interopérables.

Mon flux

En effet, mon flux de travail est essentiellement basé sur deux piliers.

Le premier est le format de texte .rtf (rich text format), qui est reconnu et lu par tous les logiciels de traitement de texte comme par Scrivener ou InDesign.

Le deuxième est l’utilisation de styles qui sont inscrits, engrammés dans le fichier .rtf, et que chaque logiciel sait reconnaître.

Un texte marqué avec un nom de style particulier dans Scrivener (ou dans Word ou dans LibreOffice) gardera attaché le nom de ce style si on l’exporte en format .rtf. Ainsi, comme nous l’avons vu dans la première partie de cette série, j’ai créé un style dans Scrivener qui me permet de marquer les portions de texte qui sont vues par un autre angle, ou qui désignent une scène décalée temporellement ou spatialement, des flash-back.

Lorsque j’aurai compilé le texte, les portions marquées de ce style seront reconnues par InDesign, ce qui me permettra d’appliquer le style définitif propre au livre papier.

Mais mieux encore (et nous le verrons dans l’épisode 3 de la série Créer un ePub), la compilation de Scrivener peut marquer le texte stylé pour le lier à la feuille de style CSS.

Il n’est donc besoin que ne marquer une seule fois le texte original, pour y appliquer ensuite les styles propres à chaque canal de diffusion : livre papier dans InDesign, livre électronique dans Espresso ou Sigyl.

Les styles nécessaires à un livre papier

Pour un livre papier, vous allez avoir besoin de créer quelques styles.

  • Bien sûr, le style de votre texte (parfois il peut y en avoir plusieurs, d’ailleurs).
  • Le style des titres de chapitre.
  • Le style des en-têtes et des pieds de page (numéros de page, notamment).
  • Le style des mentions légales.
  • Le style du titre du livre.
  • Le style de la table des matières.

Il se peut que vous ayez besoin d’en créer d’autres pour des raisons inhérentes à votre projet ou à votre texte (par exemple, le style de mes scènes intriquées, ou un style imitant un message informatique ou SMS).

Dans tous les cas, ce sont globalement les mêmes que dans votre projet Scrivener. À la différence près que la gestion des styles par Scrivener est assez rudimentaire. Je préfère donc penser que les styles de Scrivener ne servent que pour marquer le texte sans véritablement lui donner une identité, et que cette dernière est définie dans les styles de InDesign (ou de la feuille CSS lorsque nous parlerons de livre électronique).

Il faut bien distinguer styles de paragraphe (qui s’appliquent donc à l’ensemble d’un paragraphe et en modifient toute la structure et l’apparence : est-il centré, justifié à droite, à gauche, aligné à droite ou à gauche, avec quel retrait de première ligne, quel retrait tout court, etc.) et styles de caractères qui s’appliquent seulement à certaines parties d’un paragraphe par exemple (italique, avec quelle fonte, avec des ligatures, etc.).

Par exemple, mon corps de texte est défini par un style de paragraphe justifié, sans retrait global, mais avec un retrait de première ligne de 3 mm, et un style de caractère de fonte Sorts Mill Goudy normal de corps 10 pixels avec un interlignage de 13 pixels, des ligatures communes et discrétionnaires activées.

Vous devrez parfois appliquer des styles de caractère différents dans un même paragraphe. De même, vous verrez que InDesign inclut des styles de caractère dans chaque style de paragraphe. Ainsi, il faudra faire attention à ce qu’un paragraphe n’ait pas sa mise en forme gênée par un style de caractère différent (par exemple le style [sans style] créé automatiquement par le logiciel à l’importation du texte depuis le fichier .rtf généré par Scrivener).

Le texte brut : compiler depuis Scrivener

Les phases préparatoires étant terminées, il est temps d’intégrer le texte dans la maquette. Pour cela il faut tout d’abord exporter celui-ci depuis Scrivener, ou, selon le terme qui convient le mieux, le compiler.

L’objectif est d’obtenir un fichier .rtf comportant la mention des styles utilisés dans le corps du texte.

Vous pouvez utiliser le format de compilation que j’ai créé spécialement pour cette opération. Il est téléchargeable librement, et vous pouvez le modifier selon vos propres besoins.

Compiler le texte dans Scrivener est d’une facilité déconcertante une fois que le format est bien conçu.

Il vous suffit de cliquer sur Fichier > Compiler et une fenêtre s’ouvre par-dessus votre projet.

Trois vérifications s’imposent.

Sélectionnez bien le format de compilation nommé Publication dans la partie de gauche (1).

Vérifiez que le format de sortie du texte compilé soit bien .rtf dans la barre du haut, même si pour l’importation dans InDesign, le format .docx fonctionne tout aussi bien (2).

Et surtout, veillez à ce que toutes les portions de votre texte soient incluses dans la compilation dans la liste de droite (3). Au besoin, cochez ou décochez ce dont vous avez besoin ou pas.

Après quelques secondes, vous trouverez sur votre bureau un fichier .rtf contenant tout votre texte.

Petite incursion dans le format de compilation de Scrivener

Pour ceux que ça intéresse, il est temps de se pencher sur le format de compilation que j’ai créé dans Scrivener dans l’optique de mon flux de travail. Nous nous intéresserons seulement ici à la partie .rtf et nous verrons dans un autre article la partie ePub3.

L’objectif du format est de sortir un texte simple dont les styles sont préservés.

Pour entrer dans son mécanisme, faites un clic droit et sélectionnez Modifier.

Vous pourrez l’explorer en détail vous-mêmes, mais en voici les principaux points.

En sélectionnant l’option rtf, vous allez voir que les sections de texte seul sont très peu formatées. Les sections des titres de chapitre sont agencées de façon à ce que la compilation écrive « Chapitre » puis un saut de ligne et le numéro du chapitre en incrémentant à chaque fois. Les styles importants sont indiqués.

Le texte n’est pas particulièrement mis en page.

Les autres options n’ont pas été utiles donc je ne les détaille pas.

Intégrer le texte dans InDesign

Une fois en possession de votre texte compilé par Scrivener, vous pouvez revenir dans InDesign.

La partie la plus excitante de la fabrication du livre commence.

Créez un cadre de texte sur la première page, puis allez dans Fichier > Importer. Vous sélectionnez le fichier .rtf que Scrivener a compilé pour vous et vous veillez bien à cocher la case Afficher les options d’importation. C’est ce qui va nous permettre d’automatiser l’importation des styles.

Dans la fenêtre suivante, sélectionnez bien l’option Personnaliser l’importation des styles. Cela vous mène à une deuxième série d’options, dans laquelle vous pouvez mettre en correspondance les styles définis dans le fichier .rtf, et ceux que vous avez finement réglés dans InDesign.

Le texte est alors automatiquement ajouté dans le cadre de texte, mais comme ce dernier est trop petit, le logiciel ajoute lui-même des pages selon le gabarit sélectionné (le gabarit A, celui des pages de texte dans mon cas) chacune avec un cadre de texte, et lie chaque cadre les uns aux autres. Le flux du texte va couler de l’un à l’autre pour créer votre Chemin de fer.

Le Chemin de fer

C’est ainsi que l’on nomme la suite des pages de votre livre, sous la forme d’une liste de pages en vis-à-vis dont la première est toujours une page de droite, et la dernière une page de gauche.

Afin que votre livre soit correctement imprimé, vous devrez toujours vérifier que le nombre total de pages soit un multiple de 4. En effet, un livre n’est rien d’autre qu’une série de feuilles pliées en deux associées entre elles, ce qui crée obligatoirement 4 faces à chaque feuille. Vous serez donc peut-être obligés de rajouter une, deux ou trois pages blanches à la fin de votre ouvrage pour obtenir ce multiple de 4.

Affiner la mise en page

Une fois le texte intégré dans le nombre de pages nécessaire et les styles bien déterminés, vous allez devoir soigner quelques détails.

Tout d’abord, par convention, un chapitre débute toujours sur une page de droite. Si par hasard vous aviez un chapitre qui commençait sur une page de gauche, il vous suffirait d’insérer une nouvelle page blanche, sans en-tête ni pied de page, avant cette page-là, sans lier le cadre de texte. Vous allez ainsi décaler automatiquement le début du chapitre sur une page de droite et retomberez sur vos pieds.

C’est le moment de vérifier si les styles choisis pour certains passages de texte sont harmonieux, si vous n’avez pas trop de veuves et d’orphelines. Je ne veux pas parler ici de votre rôle de soutien de famille, mais bien de lignes qui appartiennent à des paragraphes et qui se retrouvent isolées en bas de page (les veuves) ou en début de page suivante (les orphelines). Personnellement je préfère en laisser plutôt que de déséquilibrer la symétrie des deux pages, mais c’est un choix non académique que j’assume. Par contre, évitez à tout prix de vous retrouver avec une orpheline sur la dernière page du chapitre (voire du livre), cela serait assez disgracieux (à mon goût, bien sûr). Au besoin, jouez avec un saut de ligne ou avec la valeur de l’interligne.

Les pages liminaires

Un livre, c’est le corps du texte, mais pas seulement.

Dans un essai, il peut y avoir une préface, un index, une bibliographie.

Dans un roman, il peut même y avoir un index des protagonistes (ce serait une bonne idée pour Game of Thrones, par exemple, et certaines éditions le font pour les œuvres de Tolkien), des appendices pour expliquer certains détails propres à l’univers (là encore, le Seigneur des Anneaux en regorge).

Mais il y a aussi toute une série de pages auxquelles on ne pense pas spontanément, mais qui font aussi qu’un livre est entier.

Outre les pages de garde (vierges) situées au tout début du livre imprimé, on trouve :

La page de faux-titre.

La page de titre.

À son verso le colophon, sur lequel, généralement en bas de page sera apposé votre copyright (ou la mention d’une éventuelle licence Creative Common), l’ISBN de l’édition, et l’année de l’édition, la raison sociale de l’éditeur, parfois le nom de l’imprimeur.

La table des matières, qui recense les chapitres, leurs numéros et leurs noms éventuels, et le numéro de la page où ils débutent, mais aussi le numéro des pages des éventuelles annexes.

La bibliographie de l’auteur peut également apparaître, généralement sur la page de gauche qui fait suite à la page de titre. Y sont listés les ouvrages déjà publiés dans les différentes maisons d’édition.

Toutes ces pages peuvent facilement être composées dans InDesign à partir du gabarit [sans] que le logiciel a lui-même créé dès le départ.

Les images

Les images éventuelles que vous allez intégrer dans votre maquette intérieure doivent répondre à certains critères pour être imprimées ensuite avec une qualité satisfaisante.

Tout d’abord, veillez à ce qu’elles soient d’une résolution suffisante, d’au moins 300 dpi/ppp/ppi c’est-à-dire 300 pixels par pouce. C’est le standard professionnel qui vous garantira que l’image ne sera pas pixellisée et illisible, ou pire, dégradée, lors de l’impression. Pour cela, utilisez si besoin est Photoshop ou son concurrent Mac beaucoup plus abordable Pixelmator (Pro).

Ensuite, leur format est important. Privilégiez les formats lourds, mais très fidèles que sont le tiff, le psd, le bmp. Mais d’expérience, c’est surtout le format pdf qui sera le plus intéressant dans InDesign.

Enfin, leur intégration doit les mettre en valeur. Traditionnellement, dans un roman, elles sont placées sur la page de gauche qui précède un titre de chapitre. Dans certaines œuvres décrivant des univers fantasmés comme la fantasy ou la science-fiction, des cartes sont même intégrées pour aider le lecteur à suivre la géographie, la politique, le périple des héros, et ces cartes se placent la plupart du temps en début d’ouvrage.

La création du pdf

Une fois tous les éléments de votre maquette positionnés, toutes les pages correctement remplies de texte, tout le corps de votre texte parfaitement placé dans les cadres adéquats, le nombre de pages vérifié, les images de bonne qualité intégrées, il ne reste que la dernière étape, celle qui va produire le document final, l’exportation dans un format stable et lisible par tous.

Ce format standard de l’industrie est le pdf.

Cependant, n’importe quel pdf ne fera pas l’affaire. Vous devez vous assurer de plusieurs critères.

Tout d’abord les fontes (ou polices de caractères) doivent être incorporées dans le pdf, de manière à ce que les caractères soient bien imprimés. InDesign fait ça très bien, automatiquement, sans même que vous ayez à le préciser.

Ensuite, il faut veiller à fournir un fichier aux normes demandées par votre service d’impression à la demande. Faut-il des traits de coupe, des repères ? Ou bien, comme CreateSpace le demande, faut-il veiller à ce qu’il n’y en ait surtout pas ?

Une fois tous ces réglages sélectionnés, le logiciel crée votre fichier pdf.

Votre livre est presque prêt.

Ne manque que la couverture pour le soumettre.

Et c’est ce que nous verrons dans le prochain épisode.

Making of a book, partie 1 : outils pour écrivain

Making of a book, partie 1 : outils pour écrivain

Dans cette double série d’articles, Making of a book, et Créer un livre électronique au format ePub3, je vous propose le résultat de mes recherches, de mes essais et de mes explorations diverses et variées sur la façon de produire un livre, respectivement en format papier et en format électronique. Ces articles ont vocation à évoluer dans le temps, aussi n’hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter d’écaille & de plume qui vous avertira de toute mise à jour.

Publier un livre, c’est d’abord l’écrire, bien sûr.

Je n’ai pas la prétention de donner des cours d’écriture, car j’en serais incapable. D’autres font ça bien mieux que je ne le pourrais. Par contre je peux partager avec vous dans ce premier article quelques astuces que j’ai adoptées pour moi-même, et avant tout les outils dont je me sers pour arriver à mes fins. Je peux aussi vous livrer ma méthode, qui reste perfectible, personnelle, mais qui peut-être pourra vous donner quelques idées pour trouver ou peaufiner la vôtre.

Pour ce qui est de trouver l’idée première, l’amorce, l’étincelle créatrice, seule votre imagination saura vous guider.

Mais à partir de là, de ce mystère qui peut partir d’une impression, d’un sentiment, d’une vague sensation, parfois même seulement d’une couleur, d’une ambiance ou d’une simple phrase, il s’agit souvent d’apprivoiser le chaos, de l’organiser sans trop le brider, de sectionner des branches et d’en privilégier d’autres.

Order out of chaos, here comes the Mindmap again

Je vous ai déjà parlé de ma manie de faire des cartes heuristiques, des mindmaps, dans la conception des scénarios de jeu de rôle. Cette habitude s’est naturellement étendue à l’écriture littéraire comme elle a pu le faire dans ma vie quotidienne ou dans ma vie professionnelle pour structurer, ordonner, développer. Surtout développer. Car à partir de l’idée de base, de l’amorce de mon projet, je commence d’abord par creuser en notant tout ce que cela m’évoque.

J’utilise deux logiciels pour cela.

Historiquement, mon préféré, MindNode, essentiellement parce qu’il existe une version mobile, ce qui n’est pas le cas de Scapple. Je peux ainsi noter mes idées n’importe où, dès que je les ai à l’esprit, ou revenir sur un canevas même quand je suis loin de mon ordinateur. J’utilise la version 2 pour Mac, et pour iOS. Mais dernièrement, j’ai appris à connaître et à apprécier Scapple, dont le manque de formatage initial peut être une meilleure façon d’appréhender un problème de temps à autre. Son plus gros défaut est de ne pas posséder une version mobile, ce qui contraint à être derrière son ordinateur pour noter quoi que ce soit.

L’échange entre les deux est cependant possible via le format OPML et le .rtf, mais cela oblige quand même souvent à jongler.

Quant à la méthode, une fois que j’ai jeté toutes les idées qui dérivent de l’originelle, tout ce que m’inspire cette amorce, je commence à organiser en les reliant entre elles, en les regroupant, et souvent ces groupes engendrent d’autres idées qui en développent le concept. Je pousse la logique de chaque concept le plus loin possible et j’essaie de les expliquer les uns par rapport aux autres.

Je structure ainsi le début d’histoire entre l’intrigue, les personnages, les lieux et les éléments fondateurs.

Réalisme, recherches et crédibilité

Une histoire ne peut être crédible que si elle s’appuie sur une base solide qui en constituera le réalisme. Il est donc nécessaire de rechercher à chaque étape une cohérence dans l’intrigue, mais aussi dans l’univers décrit par l’histoire. Que ce soit pour un space opera poétique comme dans Poker d’Étoiles ou un monde rétrofuturiste comme pour Le Choix des Anges, ou plus encore dans une histoire censée se dérouler entre la Renaissance et nos jours dans des lieux comme Toulouse, Paris, ou Sarajevo comme le sera Fée du Logis, il faut construire ou reconstruire pour soi comme pour le lecteur un monde, un environnement dans lequel prendra place l’intrigue elle-même.

Jusque là ma méthode restait archaïque : bouts de papier, marque-page dans mon navigateur internet, fichier texte.

Et puis, malgré mes réticences initiales (basées sur mon expérience avec la première version du logiciel), j’ai fini par adopter Scrivener très récemment, depuis la sortie de sa troisième version majeure. Comme je l’ai adopté également pour la phase d’écriture elle-même, je vous en parlerai plus en détail, mais la phase préparatoire de recherche et de construction peut aussi bénéficier des outils de Scrivener.

Le plus intéressant pour moi reste la faculté du logiciel à intégrer les pages internet que l’on glisse-dépose dans son interface. Il y crée instantanément une archive web consultable à tout moment lors de la rédaction.

Je prends également des notes en cours de rédaction, sur les points qui me semblent à approfondir ou à améliorer, les recherches à faire pour en développer d’autres, ou les liens à faire avec d’autres chapitres.

Je me sers également beaucoup des fiches de personnage et de lieu dont je vous ai déjà livré les fichiers pour construire peu à peu une cohérence dans mon histoire.

De la même manière, il est impératif de ne pas se contredire soi-même dans un livre qui se veut crédible, et ce notamment sur la chronologie. Vous savez bien que le temps est une donnée fondamentale pour moi, mais dans un livre de fiction, c’est plus encore le cas.

J’utilise donc Aeon Timeline 2 qui permet de garder à l’esprit les dates importantes et de calculer automatiquement les âges des protagonistes à un moment donné de l’intrigue, tout comme la trace des événements passés et futurs afin de ne pas créer de paradoxes temporels qui pourraient anéantir votre si beau roman avant même qu’il ne soit né.

Et si je reviens dans le passé pour m’empêcher de faire ce rêve, est-ce que Fée du Logis disparaîtra ?

Pensée terrifiante

Aeon Timeline est même prévu pour s’interfacer avec Scrivener, ce qui permet de tenir l’intrigue à jour en même temps que les changements de chronologie et vice-versa.

Le travail à ce moment-là est un incessant va-et-vient entre MindNode, Scrivener et Aeon Timeline. Surtout pendant la phase de rédaction.

La plume du phœnix

J’ai écrit Le Choix des Anges de façon classique, avec LibreOffice, plus tard avec Pages.

Mais je me suis rendu compte que le processus d’écriture que j’avais mis en place rendait difficile le simple fait de retrouver un moment particulier de mon histoire pour le modifier. J’étais obligé de dérouler ou d’enrouler en permanence le fichier pour trouver deux endroits à corriger l’un par rapport à l’autre, pour vérifier leur cohérence ou leur tonalité. Et l’un comme l’autre devenaient lourds et lents au fur et à mesure que la rédaction avançait.

Je me suis donc tourné vers Scrivener et sa logique totalement différente qui permet de considérer chaque partie du texte comme un fichier séparé, organisé de façon fluide dans une sorte de chronologie narrative. Chaque morceau a son résumé, ses notes, parfois même des sauvegardes autonomes. On peut organiser chaque section avec des mots-clefs avec une liberté étonnante et un peu déroutante au début.

Il y a quantité de tutoriels sur Scrivener sur la Toile, notamment sur le site officiel de Littérature & latte. Vous pourrez en découvrir l’extrême versatilité et l’adaptabilité à tous les types de projets d’écriture.

Maison de Corrections

Il est absolument nécessaire de corriger un manuscrit, même si on le fait seul (ce que je ne recommande pas). C’est une question de respect envers le lecteur, et plus encore, envers soi-même. Je ne supporte pas de lire une faute ou une coquille dans les écrits des autres, alors je mets un point d’honneur à traquer comme je le peux les miennes.

Mais il existe plusieurs niveaux de corrections, que vous allez enchaîner voire superposer les uns aux autres.

Les corrections de fond, la « bêta-lecture »

Tout d’abord, il y a la correction la plus fondamentale, celle de la vraisemblance, de la cohérence et du réalisme de l’ouvrage. Si vous avez correctement pensé votre livre, il devrait y en avoir assez peu. Mais même l’intrigue la mieux pensée, même le personnage le plus travaillé psychologiquement peut se trouver dans une situation dont la vraisemblance peut être mise en doute à une lecture plus attentive. Et qui vous assure que vous n’avez pas dit que Tartampion avait les cheveux blonds au chapitre 4 et bruns au chapitre 5 ?

Chaque acte d’un personnage doit en outre être cohérent avec d’une part l’univers que vous avez construit, avec sa psychologie propre, et avec les réactions que sa psychologie lui autorisera lorsqu’il sera confronté à la situation que vous avez créée.

Vérifier que tout cela ne cloche pas est un travail difficile, car il faut prendre du recul avec le texte, avec les personnages, avec l’histoire.

C’est pour cela que je n’y vois que deux solutions : soit prendre deux ans de recul sans toucher le texte (à ce rythme-là, je n’accoucherais personnellement que d’un roman tous les 50 ans…), soit demander à quelqu’un d’autre de lire et de critiquer votre travail. C’est bien entendu la deuxième solution qui me paraît la plus intéressante, car elle permet aussi de confronter le point de vue d’un premier lecteur, ou même de plusieurs, avec celui de l’auteur. Souvent de la discussion naît la lumière, et cette situation ne fait pas exception à la règle.

Il faut bien sûr se trouver une ou plusieurs personnes de confiance, quelqu’un qui comprendra votre univers, qui sera suffisamment proche de vous pour l’apprécier et surtout pour vous faire des retours structurés, organisés, et des critiques constructives. Il n’est pas question de se limiter à un simple « oui c’est super génial » ou à un « je n’aime pas ». Il faut argumenter, développer, discuter. Pour l’auteur, cela demande un peu d’humilité, car il n’est pas toujours facile d’entendre que l’on n’a pas tout réussi du premier coup. Pour le bêta-lecteur, cela demande du doigté et de la diplomatie.

Ces corrections sont celles où l’auteur peut aussi « défendre son bout de gras », et argumenter lui aussi face à son bêta-lecteur. S’il pense que telle action du personnage est justifiée, il peut la garder, mais peut-être mieux l’expliquer.

La forme, une question de style

Une fois le fond stabilisé, il est maintenant temps de s’occuper de la forme.

Vos phrases sont-elles trop longues, trop courtes ? Y a-t-il des répétitions qui alourdissent le style, des fautes de syntaxe, un manque de concordance des temps ?

Je me sers de deux sources dans ce moment critique.

Tout d’abord Antidote 9, le logiciel de correction orthographique. Il a la particularité de repérer très facilement les répétitions ou les syntaxes discutables.

Ensuite et surtout, d’autres correcteurs ou correctrices humaines.

Là encore, vous seul jugerez si les corrections suggérées doivent être appliquées ou pas. Antidote n’est pas un logiciel parfait, il lui arrive de se tromper (assez souvent) ou d’être trop strict. Vos correcteurs auront sans doute aussi cette qualité. Mais même si Antidote réclame une correction pour l’emploi d’un mot familier, vous pouvez décider de le garder tout de même, car le personnage qui l’emploie possède un registre de langage familier, ou parce que vous désirez que votre style soit familier dans cette partie-là de votre livre. Vous pouvez décider de garder une répétition pour créer de l’emphase, pour donner un rythme à votre phrase comme en poésie ou en rhétorique.

Bref, là encore vous devrez faire des choix.

L’esprit et la lettre

Par contre, vous en aurez moins dans la troisième phase des corrections, la phase orthographique.

Là encore j’utilise deux sources (en plus de mes propres relectures) : Antidote et mes correctrices.

Antidote fera des suggestions de corrections basées sur les paramètres que vous lui aurez indiqués auparavant : voulez-vous écrire selon l’orthographe traditionnelle, ou la réforme simplifiée des années 1990 ? En fonction de ce choix, les graphies correctes ne seront pas les mêmes. Et Antidote vous les explique.

Plus de négociations avec mes correctrices, qui ont parfois autant de doutes que moi sur une orthographe. Mais les yeux aguerris des humains peuvent parfois trouver des coquilles que le logiciel a laissé passer, car les mots n’étaient pas incorrects, même s’ils changent complètement le sens de la phrase (mère et mer, par exemple).

L’art délicat de la typographie

Une fois l’orthographe corrigée, il faut s’occuper de la typographie, c’est-à-dire de la façon correcte d’enchaîner les signes de l’écriture, notamment (mais pas seulement) la ponctuation, de manière à ce que le texte ait une forme agréable pour le lecteur.

La typographie est essentiellement (mais pas seulement), l’art de savoir placer les espaces.

Les espaces fines, sécables, insécables. Les espaces après les points et jamais avant, les espaces avant et après les deux points, les espaces avant et après les points d’interrogation ou d’exclamation. Les espaces entre les chiffres.

Cependant, vous apprendrez aussi à mettre en forme les dialogues, l’importance des tirets cadratin et semi cadratin, des apostrophes et virgules courbes, des guillemets français et de leur différence avec les anglais.

C’est Antidote qui me sert de guide, là aussi. Et franchement, là, à de très rares exceptions près, je l’écoute toujours.

Existe-t-il un autre style ?

Cependant, comme vous pouvez le lire dans le premier volet de la série Créer un livre électronique au format ePub3, il est important de structurer le manuscrit final pour obtenir une base de texte qui sera mise en forme séparément. Une seule structure qui sera utilisée pour construire la forme de votre livre papier, et celle de la version électronique du même ouvrage.

On obtient cette structure grâce à l’emploi des styles de paragraphes ou des styles de caractères (voir le chapitre plus détaillé) dans les traitements de texte classiques comme LibreOffice, Pages ou Word.

Pour Scrivener, la philosophie est différente.

Le texte qui est dans le logiciel est un texte brut, peu mis en forme. Une fois écrit, il est nécessaire de le compiler, c’est-à-dire de l’exporter comme un fichier plus classique, dans l’ordre que vous aurez décidé. Par exemple, si vous désirez mettre le contenu du chapitre 11 avant celui du chapitre 7, pour quelque raison que ce soit (une sortie papier de correction permettant de mettre les deux chapitres en parallèle ?) vous indiquez simplement au logiciel qu’il doit organiser le manuscrit de sortie dans cet ordre-là, et abracadabra !

La phase de compilation est donc celle qui permet vraiment de donner une structure au texte, mais vous devrez sans doute auparavant distinguer dans votre rédaction les zones de texte qui différeront de votre texte principal. Je vous en donne un exemple avec le premier chapitre du Choix des Anges, construit comme un montage de cinéma qui entrelace différents moments dans la narration faite par Armand. Pour distinguer les phases de flash-back et celles de la narration normale, j’ai utilisé un style différent, que j’ai indiqué à Scrivener dès la rédaction. Ainsi, lorsque je vais compiler mon texte, les paramètres tiendront compte de ce style particulier.

Un seul texte, plusieurs vies

Une fois que le long et lent processus d’écriture est terminé, et même pendant, vous aurez besoin de mettre en forme le texte suivant vos besoins.

Or, un même texte peut être envoyé à vos bêta-lecteurs pour correction, ou au logiciel de mise en page pour obtenir un.pdf nécessaire à la fabrication du livre papier, ou au logiciel qui créera le fichier électronique à intégrer dans une liseuse.

C’est là que la philosophie de Scrivener est à mon avis un énorme avantage. Le texte ne change pas. Vous n’avez rien à faire dessus. Seule sa forme et le format du fichier de sortie vous changer. Et cela peut se décider en quelques clics pour peu que vous sachiez exactement ce que vous voulez.

Il faut d’abord connaître vos propres besoins.

Pour ma part, j’ai décidé de concevoir trois mises en forme seulement, en fonction de ce que le texte va devenir et aussi des étapes nécessaires. Je vous résume tout cela dans une petite carte heuristique (ça faisait longtemps).

  • Une mise en forme qui aura pour but de donner le texte à mes correctrices, selon deux modalités qui restent leur choix : un fichier .pdf à imprimer ou un fichier plus classique à corriger dans un traitement de texte.
  • Une mise en forme de publication destinée au livre papier, essentiellement sous un format .rtf qui sera importé dans un logiciel de mise en page comme Scribus.
  • Une mise en forme de publication destinée au livre électronique, comme un format ePub natif que je corrigerai ensuite selon mes desiderata plus précis.

Pour chacune, j’ai décidé de ce que je voulais : des en-têtes sur la page, et lesquels, jusqu’aux marges, en passant par l’incorporation des styles ou non.

Et j’ai construit deux formats de compilation pour Scrivener 3. Un format dit « épreuve » et un format dit « publication » qui servira pour la suite du travail de production, tant en papier qu’en numérique.

Dans les articles qui suivent, je détaillerai avec vous les étapes qui ont mené à la conception de ces formats de compilation.

La naissance de Janus

La suite de la vie du texte sera différente suivant que l’on désire fabriquer le livre papier, ou sa version électronique. Nous verrons cela dans deux séries d’articles complémentaires.

Les présents d’Hephaïstos

Tout comme le dieu forgeron le fit pour de célèbres Héros de la mythologie grecque, le Serpent à Plume a fait éclore dans son nid de flammes des armes magiques qui vous permettront de vaincre vos ennemis, mais surtout de surmonter les obstacles de la compilation avec Scrivener 3.

Voici donc : un modèle générique pour un roman (celui que j’utilise), et mes formats de compilation pour la correction, et pour la publication papier et numérique.

Nous les utiliserons pour les prochaines étapes de la fabrication du livre dans sa version papier, mais également dans sa version numérique.

Libre à vous des les utiliser ou de les modifier selon vos propres besoins, ils sont juste une base, certainement perfectible.

Le pentagramme d’écaille & de plume, invocations pour 2018

Le pentagramme d’écaille & de plume, invocations pour 2018

J’ai cherché toute la nuit dans la grande bibliothèque. Le classement de mon Maître est vraiment aussi fantasque que lui, et je me demande même si ça ne serait pas à dessein. Je sais qu’il y a des ouvrages dangereux, dans ces rayons poussiéreux, et j’en ai même probablement découvert un ou deux. Heureusement, j’ai profité de son sommeil profond, celui qui suit toujours les jours de célébrations — il abuse dans ces occasions-là un peu trop de la bouteille — pour fouiller tranquillement, et j’ai fini par dénicher ce que je cherchais.

La Monade Hiéroglyphique.

Jadis rédigé par le mage et nécromancien John Dee, ce traité contient surtout le tracé secret du Cercle d’invocation. Il paraît que le célèbre astrologue de la Reine d’Angleterre s’en servait pour convoquer les Anges et leur demander leur aide. Même si mon Maître s’en sert uniquement pour cela lui aussi, mon projet est tout autre.

J’ai dessiné à la craie sur le sol de ma chambre, en reproduisant le plus fidèlement possible ce que j’ai trouvé. J’ai inscrit les noms de pouvoir et les lettres en hébreux. J’ai pris du temps pour rassembler les chandeliers et les éléments. Et me voici devant le pentacle, flanqué du Tétragramme et entouré des sceaux de Salomon.

Il ne me reste plus qu’à entonner les chants magiques qui invoquent et commandent.

Au feu, mon élément, je ferai couler l’encre comme si elle était le sang de mon esprit.

Le Jour de l’Équinoxe, le 20 mars 2018, Le Choix des Anges, mon deuxième roman, apparaîtra aux yeux de tous, dans son incarnation de papier et dans son esprit numérique. Je dois encore apporter quelques dernières touches au manuscrit qui a été relu par les Juges Célestes durant la semaine de repos que je me suis accordée. Leur invocation a pris du temps, comme souvent lorsque l’on veut communiquer avec les puissances de la magie, mais mon rituel a fonctionné. J’ai donc achevé mon premier projet, ce projet qui durait depuis le début de ma formation avec mon Maître. J’y ai mis toute ma science, et je m’attache désormais à y mettre tout mon soin afin que la forme soit aussi satisfaisante que le fond. La maquette papier est prête. Elle a été soumise également aux Juges Célestes.

J’ai choisi un format A5, car mes camarades sur le Fil du Chant du Phœnix m’ont aidé à départager mon envie égoïste d’un grand livre (format Crown Quarto, quand même) et le confort du lecteur ou de la lectrice qui préfèrent plus largement une taille plus modeste afin d’emporter leur livre facilement. C’est à mon avis un bon compromis entre les deux. Mais je vous parlerai plus longuement de mes choix éditoriaux dans un article dédié, dans quelques semaines.

Quant à la maquette numérique, elle est aussi en cours de finalisation. Là encore, je partagerai avec vous mes choix et mes décisions dans un article dédié d’ici quelque temps.

Et comme j’ai décidé de m’autoéditer je vais aussi vous parler de mes choix en la matière, inspirés par les grands débats qui ont lieu, notamment sur Twitter, concernant, la promotion d’un livre autoédité, le rôle des prescripteurs, les fameux « services presse », etc.

À l’eau, son contraire, je sacrifie le rythme du flux et du reflux.

L’écriture du Choix des Anges m’a pris beaucoup de temps, parce que mon rythme d’écriture était haché, seulement possible dans les périodes de calme professionnel et entre les articles de ce blog. Beaucoup d’autres projets bouillonnent dans la marmite de mon cerveau, et si je dois mettre 6 ans à chaque fois pour les voir venir à maturité, je crois que j’en deviendrai fou. Je dois donc, n’étant pas en possession d’un retourneur de temps, trouver une autre manière de faire.

La régularité de métronome que j’ai imposé à ma publication sur cet espace numérique a tenu pendant 3 années et demie. Depuis quelques mois, il était devenu difficile de la maintenir en même temps que je poussais mon écriture du Choix des Anges. J’ai donc ralenti mon rythme.

La fréquentation s’en est ressentie, et clairement moins de visiteurs sont venus fureter ici en 2017. Loin de prendre cela comme un échec, je pense que c’est le signe que je dois évoluer.

Et ce faisant, je me suis rendu compte que ce que je voulais partager ici avait également évolué. De carnet de notes, cet espace est devenu un carnet de bord où j’expose les réflexions qui me viennent lorsque je lis, regarde ou écoute certaines œuvres artistiques. C’est devenu une sorte de trame dont le chaos apparent tisse tout de même un motif : celui des liens que fait mon cerveau au fil du temps entre le passé et le présent, entre les lectures d’il y a 20 ou 30 ans et celles d’aujourd’hui, entre des disciplines humaines parfois très dissemblables en apparence, ou très éloignées au premier abord, et pourtant qui se répondent étrangement.

J’ai compris que je ne voulais pas faire de cet endroit un clone de mauvaise qualité d’autres lieux numériques où se critiquent beaucoup mieux que je ne saurais le faire des dizaines d’œuvres par an. Je n’ai pas le temps matériel de lire, voir, disséquer autant de matière qu’eux. Je n’en ai pas l’envie non plus, car cela ne correspond pas à ce que je veux faire. J’aurais peur de m’ennuyer. Et je ne veux pas m’imposer quelque chose qui ne me correspond pas.

Je décide donc d’invoquer la sagesse.

Je décide d’écrire plus, mais d’écrire pour les histoires que je veux raconter. Je vais donc développer mes propres projets, et beaucoup moins disserter sur ceux des autres. Mais lorsque des liens se feront, je les partagerai toujours ici.

Et le rythme, le cycle, sera donc différent. L’eau en guidera la fréquence. Une fois par mois, probablement. Sans doute plus dans les premiers mois de l’année, lorsque la parution du Choix des Anges se fera imminente. Car, comme je l’ai écrit plus haut, j’aurai bien des choses à vous raconter sur cette première expérience d’auto-édition.

À l’air, impalpable, je veux donner une forme.

Et ce sera un objectif clair : dans un an, j’aurai achevé un troisième roman. Fée du Logis sera là aussi une expérience pour moi. Écrire un roman fantastique qui se passe à une période contemporaine, et dont l’histoire m’est intimement liée, car issue d’un songe que j’ai réellement vécu il y a quelques années. J’en parlerai sans doute de temps à autre ici.

Pour le moment, je ne me sens pas le courage d’ouvrir d’espace sur Wattpad ou Scribay, ou Tippee. Si d’autres s’y sentent à l’aise, je les comprends tout à fait. Mais j’ai moi besoin de me sentir chez moi, maître en toutes choses, arbitre de chaque décision, et propriétaire des murs numériques de ma demeure de zéros et de uns.

Aussi je ne partagerai pas chaque chapitre aussitôt écrit. Du moins pas dans sa forme définitive.

Par contre, j’ai dans l’idée d’ouvrir un espace à certains visiteurs, s’ils le désirent, pour lire les premiers jets. Et s’ils en font la demande. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Si cela vous intéresse, manifestez-vous donc.

Je fais le pari d’écrire un roman par an.

Voyons si les cartes et le destin me donneront raison.

À la terre, fondation de toutes choses, je promets de me tenir à ce que j’ai commencé.

Vous avez dû voir que j’ai commencé bien des projets, notamment concernant le jeu de rôle, et que je ne les ai pas menés à leur terme. Souvent parce que les achever était devenu difficile, par manque de joueurs, de temps, d’envie. Mais j’ai envie que cela change.

Je vais donc poursuivre ma série sur les mages et le système FATE.

Je vais donc poursuivre ma chronique sur Star Cowboy.

Et je vais redoubler d’efforts pour tenir l’engagement de terminer Fée du Logis l’année prochaine.

Enfin, à la quintessence, la force qui maintient l’univers en un tout, je m’abandonne.

Je ne désire pas devenir Jedi (encore que…) mais il me semble indispensable d’épouser les vicissitudes de l’existence, ce qui n’est pas dans ma nature, je dois l’avouer. Je dois donc ici promettre de rester réaliste dans mes objectifs et de ne pas vouloir les forcer à tout prix.

Le soin apporté aux choses me semble plus intéressant que la course à la productivité qui de toutes parts nous est imposée.

Après tout, la vie se déroule seulement véritablement en dehors d’internet, et comme elle a pu me le montrer cette année, tout n’est pas un long fleuve tranquille prévisible. Je ne sais donc comment l’aventure va tourner. C’est d’ailleurs ce qui en fait le côté excitant et la beauté.

Je suis armé, équipé, j’ai même une carte, certes incomplète et peu fiable, mais ses indications me permettront d’improviser au fur et à mesure.

Et lorsque les cinq vœux furent prononcés, je vis apparaître devant moi une forme longue, ophidienne, luisante, énorme. La silhouette déploya ses ailes et les plumes frôlèrent mon visage. Son regard était brûlant, la peau écailleuse luisait encore d’humidité, l’air irradiait autour d’elle et la terre grondait sous ses reptations.

Pour une cinquième année, le Serpent à Plume prend son envol.

Méthode holistique de création, épisode 2 : les lieux

Méthode holistique de création, épisode 2 : les lieux

Il y a quelque temps, je vous livrais la méthode holistique conçue par l’équipe de VITRIOL dont je faisais partie dans les années 90 pour décrire des personnages fictifs de jeu de rôle ou de fiction (littéraire, théâtrale, cinématographique).

J’ai eu envie de poursuivre ce travail en me demandant quelles pouvaient être les questions à se poser pour faire vivre un lieu dans une œuvre de fiction ou dans une partie de jeu de rôle, de façon à ce que la description soit la plus réaliste possible, mais aussi indépendante du média utilisé (que ce soit le système de jeu en jeu de rôle, ou lors du passage du livre à l’image par exemple).

J’en suis venu à une version d’une fiche de lieu qui peut être utilisée telle quelle ou adaptée suivant vos besoins.

Et je la partage avec vous, de la même manière que pour la fiche de personnage, en format .rtf (qui peut servir aussi de template dans Scrivener).

Elle est divisée en quatre parties distinctes : fiche de Situation (description rapide du lieu, comme s’y rendre), fiche d’Extérieurs (caractériser les jardins d’un château ou une forêt enchantée), fiche de Bâtiments (pour décrire en détail une maison ou un complexe spatial), fiche de Caractéristiques (les diverses particularités du lieu, son ambiance).

Tout comme moi, vous aurez peut-être besoin de la compléter d’un plan du lieu, pour y faire figurer les réponses que vous y aurez apportées de façon plus visuelle et plus claire. Voire pour les présenter à vos joueurs lors de vos parties de jeu de rôle.

Bref, lâchez-vous.

Et si vous avez des suggestions, des retours à faire, n’hésitez pas à les partager ici. Pour nous permettre d’améliorer encore cet outil.

Blade Runner 2049, comment donner la “réplique” à son ancêtre

Blade Runner 2049, comment donner la “réplique” à son ancêtre

Nous avons déjà parlé ensemble de Philip K. Dick, ce maître de la littérature de science-fiction dont de nombreux scénaristes et réalisateurs hollywoodiens se sont inspiré pour, notamment, Minority Report, ou The Man in the High Castle.

Parmi toutes ces adaptations, la plus emblématique est sans doute celle qui donna naissance, à partir de la nouvelle Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, au chef-d’œuvre de Ridley Scott qu’est Blade Runner, avec Harrisson Ford, Rutger Hauer, Sean Young et Daryl Hannah, entre autres.

Ce film est devenu l’une des fondations de la culture SF, par son sujet (la relation trouble entre l’humain et l’humain fabriqué, la relativité de la mémoire, la manipulation, le désir de liberté) qui deviendra l’archétype des dystopies qui sont tant à la mode ces dernières années, mais aussi par son esthétique sombre mêlant rues crasseuses et surpeuplées, capitalisme sauvage, industries omniprésentes, publicités envahissantes de notre monde moderne à une architecture inspirée de l’art déco, du néo-gothique, voire du baroque. L’ensemble a créé un canon d’ambiance qui sera repris et raffiné par Matrix beaucoup plus tard, mais qui reste pour l’instant indépassable à mon sens.

Vous n’avez jamais vu Blade Runner ?

Honte à vous, cependant, combien chanceux vous êtes, car vous allez découvrir une perle, et ce moment fragile de la découverte est un instant extraordinaire. Pour vous inciter à sauter le pas, voici la bande-annonce de l’une des multiples versions du film (Ridley Scott a fini par avoir son final cut, après tout).

En 2016, des humains de synthèse ont été créés, les Répliquants, dont la force et l’endurance ont permis à l’espèce humaine de conquérir l’espace, mais dont la longévité était limitée à 4 années de vie. Lorsque certains se rebellèrent contre leurs maîtres, un corps de policiers spécialisés a été créé, les Blade Runner, pour les prendre en chasse, les traquer et les « retirer » de la circulation. Quand des Répliquants de modèle Nexus 6 s’échappent et se cachent à Los Angeles, c’est Rick Deckard, un ancien Blade Runner, qui est chargé de les retrouver et de les retirer. Mais il découvre que le créateur des Répliquants, le fondateur de la Tyrell Corporation, a créé une nouvelle série d’androïdes, possédant des souvenirs implantés, et donc totalement inconscients de leur propre nature. C’est la belle Rachel, dont le test de Voigt Kampff servant à détecter les Répliquants, se révélera positif, qui lui ouvrira les yeux sur une vérité plus dérangeante encore.

Tout cela, c’était en 1982, un temps où nous pensions que 2019 était un futur très éloigné. Et depuis, Blade Runner était devenu une icône, une idole, presque. On se prosternait à ses pieds, on s’en inspirait, on s’en revendiquait. Mais personne n’avait osé croire possible qu’on y donne véritablement une suite.

Mais les studios hollywoodiens, de nos jours, ne jurent que par un mot : licence. Prequels et sequels se suivent, s’enchaînent, et feuilletonnent gaiement, parfois au mépris de la qualité. Et Blade Runner était dans le viseur. C’est donc avec appréhension mais aussi une certaine excitation que le monde de la SF a appris qu’une suite était en préparation, réalisée par Denis Villeneuve (dont j’ai déjà dit tout le bien que je pensais de son Arrival), et portée par Harrisson Ford et Ryan Gosling.

Qu’est-ce donc que ce Blade Runner 2049 ?

En 2049, le monde a bien changé. Des catastrophes écologiques ont modifié le climat radicalement, une panne généralisée des systèmes informatiques a créé un trou noir de données personnelles et une rupture dans la société, et la Tyrell Corporation a fait faillite, rachetée par la Wallace Corporation qui a repris la production des Répliquants. Désormais, ceux-ci sont contrôlés, plus encore enchaînés, et devenus indispensables au fonctionnement de la société. Le corps des Blade Runner existe toujours, et utilise même certains Répliquants pour donner la chasse aux anciens modèles qui ont survécu (dotés d’une longévité illimitée) et qui refusent de rentrer dans le rang. Ainsi, K est-il sur la piste d’un ancien Nexus 8. Mais il découvrira que son congénère d’une génération antérieure protège un secret bien plus lourd, capable de tout bouleverser dans la relation entre humains et Répliquants.

Une « réplique » de l’original ?

Vous l’aurez remarqué, l’esthétique des deux films se ressemble. Beaucoup. Mais 2049 nous entraîne un peu plus loin que son aîné, en montrant des environnements beaucoup plus variés que les rues sales et sombres encombrées de monde. Une décharge gigantesque, les ruines désertiques et radioactives de Vegas, la nature dévastée mais encore résistante autour de la mégapole, sont autant de développements à un univers qui n’avait été qu’évoqué dans le film original. Ainsi, alors que Denis Villeneuve rend un hommage appuyé au film de 1982, s’il en respecte les canons esthétiques, il ne cherche pas toujours à respecter une bible. Par certains côtés, il montre même l’évolution du monde dans lequel s’inscrivent les deux opus. Le Los Angeles de 2049 a changé, et certains détails sont là pour le prouver. Les enseignes en kanji japonais sont toujours omniprésentes mais on croise aussi des caractères cyrilliques russes, la technologie a évolué, les ordinateurs et les supports de données aussi.

Si l’on parle de la forme, il est indispensable de parler de la musique. Dans le film de Ridley Scott, la musique de Vangelis est un atout majeur. Elle se déploie de façon très aérienne, soulignant à la fois la beauté paradoxale de certains plans, mais aussi la nostalgie et la tristesse de l’histoire. C’est le genre de bande originale que votre serviteur a écouté des années durant en boucle, sans jamais s’en lasser, en revoyant les plans du film, en ressentant à chaque fois les émotions si particulières de certaines scènes.

Dans 2049, la musique est signée de Benjamin Wallfisch (Ça 2017, Dunkirk) et de l’indéboulonnable Hans Zimmer. Elle réussit le pari de se tenir dans les traces des morceaux planants de Vangelis sans les plagier. On retrouve ces plans suspendus dans les airs où la musique sert de transition et de souffle entre les cènes. Des tonalités un peu différentes sont privilégiées, mais on sent à nouveau cette ambiance familière de légèreté dans un monde pesant et cruel. C’est d’ailleurs déstabilisant tant c’est réussi. J’ai même cru lors de la séance de cinéma que le compositeur était toujours Vangelis.

Sur le fond, la problématique de 2049 est la même que celle de Blade Runner. Qu’est-ce qui définit l’humain, où s’arrête la machine, où commence la réalité, où s’achève le mensonge ?

La frontière floue entre le rêve et la réalité, entre la folie et la raison, si chère à Philip K. Dick, cette frontière poreuse où les héros des deux films se tiennent, est traitée un peu différemment. Dans le Blade Runner originel, Deckard a des doutes sur sa propre identité assez tardivement, finalement, alors que le K de 2049 sait d’emblée qu’il est un Répliquant et que ses souvenirs sont faux. Mais dans un mouvement inverse, il vient lui aussi à douter de ses souvenirs alors que l’hypothèse folle de les avoir vraiment vécus semble être une possibilité au fil de l’intrigue.

Le questionnement sur la mémoire est donc traité en miroir dans les deux films. Cette mémoire dont on sait, scientifiquement et cognitivement parlant, qu’elle est reconstruite en permanence par nos processus cérébraux, que tout souvenir est une reconstruction partielle et a posteriori d’un événement vécu, et que les détails retenus n’ont parfois qu’un rapport éloigné avec ce qui s’est vraiment passé. On sait même que l’on peut créer de faux souvenirs si l’on entend une anecdote assez fréquemment, et en arriver à se forger des images si précises et si fortes que l’on peut croire avoir assisté à l’événement alors qu’il n’en est rien.

Blade Runner comme 2049 explorent la même thématique, celle de Memento ou d’Inception, tous deux de Christopher Nolan. Cette interrogation terrifiante sur la réalité de notre mémoire et de l’authenticité de nos désirs, donc de notre identité. Et 2049 le fait d’une façon inverse, ce qui ne manque pas de sel. Au lieu de se poser la question « mes souvenirs sont-ils faux ? », K se demande « Et si mes souvenirs étaient vrais ? ». Cette simple inversion change complètement la donne.

D’un côté c’est angoisse de l’humain qui se découvre machine, imposteur. De l’autre c’est l’angoisse tout aussi abyssale de la machine se découvrant humaine, avec tout ce que cela implique de responsabilité éthique, morale, existentielle.

Autre résonance entre les deux films : l’itinéraire du héros. La quête initiatique de Deckard et celle de K, bien qu’en sens inverse, sont toutes deux jalonnées par les mêmes étapes. L’amour d’abord. Celui de Deckard pour Rachel, celui de K pour Joi, l’assistante virtuelle qui partage son quotidien. Le doute ensuite. Et puis la révélation finale. Mais c’est leur rencontre, un moment réussi qui évite les écueils de la relation père-fils, qui marque une rupture dans leur cheminement. Les choix que fait K/Joe lors de la scène de combat finale parlent d’ailleurs de la relation qu’il noue avec son prédécesseur, de cette filiation, si ce n’est génétique, ou « technique », mais surtout spirituelle et émotionnelle.

La « réplique » d’un dialogue entre deux époques

Je ne suis en général pas un grand amateur des suites. Les dernières années m’ont prouvé que les grands chefs d’œuvres des décennies précédentes ne gagnaient pas à être prolongés à notre époque. En tiennent lieu d’exemples types Twin Peaks et sa saison 3 foutage de gueule dont je vous parlerai bientôt, X-Files et sa saison 10 ratée, les différentes suites de Pirates des Caraïbes qui abrutissent le personnage emblématique de Jack Sparrow un peu plus à chaque opus.

Pourtant, Blade Runner 2049 me semble réussi, car il a pris le parti risqué de dialoguer avec son illustre prédécesseur. Il fait plus que prolonger l’univers, de façon cohérente. Il complète le destin de Rachel et de Deckard, dans une suite logique, mais surtout il renouvelle les interrogations fondatrices du film de Ridley Scott en les adaptant à l’air du temps. L’histoire que vit K/Joe le mène à s’attacher à une entité virtuelle (Joi) qui elle-même cherche à accéder à l’existence pleine, l’existence physique. Écho numérique des ambitions des Répliquants du premier opus qui voulaient une existence propre, c’est la limite dans l’espace d’un programme informatique contenu dans une barrette mémoire qui résonne avec la limite temporelle d’organismes biologiques à la longévité strictement contrainte.

Cette interrogation sur la conscience du numérique est bien de notre époque. Elle rejoint tant la question de la définition de notre humanité, comme nous en avions discuté il y a quelque temps déjà. Cette question qui sans doute est la clef de notre évolution, non pas au sens physique du terme, mais surtout au sens éthique. Devenir vraiment humain, ce n’est pas une histoire de gènes, de matériel, d’implants, de mémoire, mais probablement plus de sentiments et d’émotions.

Nostalgie et hommage sans plagiat ni radotage, Blade Runner 2049 est digne de figurer au même plan que son prédécesseur. Je prends le pari qu’il deviendra lui aussi un classique.

L’homme qui savait la langue des serpents, ou l’amertume de perdre son paradis

L’homme qui savait la langue des serpents, ou l’amertume de perdre son paradis

C’était bien avant l’été dernier. En maraude chez mon libraire habituel, alors que je furetais plus que je ne traquais les livres qui me feraient envie, je suis tombé sur une couverture sobre représentant un serpent ailé et dont le titre était aussi évocateur que long : L’homme qui savait la langue des serpents. La quatrième de couverture m’apprit que l’auteur était Andrus Kivirähk, un Estonien dont l’ouvrage, inspiré des sagas islandaises, a connu le succès depuis 2007 dans son pays.

On se fait toujours une idée d’un livre d’après ce que l’on imagine de son titre, de ce qu’il nous évoque. Et le folklore nordique est l’un de mes péchés mignons depuis l’enfance. Je me suis laissé tenter.

Grand bien m’en a pris.

Au moyen-âge, Leemet est le dernier de son peuple. Le dernier des Estoniens à parler encore la langue des serpents qui a permis à des générations de ses ancêtres de vivre en harmonie avec la nature selon des règles de bonne intelligence. La langue des serpents qui donne le pouvoir, lorsqu’on la siffle correctement, de persuader les proies de se laisser tuer par le chasseur, d’écarter les prédateurs, de domestiques les loups. Mais hélas, les chevaliers germains sont venus depuis l’occident sur leurs immenses navires, et ont imposé leur religion chrétienne, la vie dans des villages et non plus en forêt, et le progrès technique, les armes de métal, les règles de la féodalité. Bref, le progrès. En retour, oubliant la langue des serpents, ils sont obligés de travailler dur pour arracher à la terre les maigres ressources que la forêt leur dispensait auparavant facilement.

Depuis quelques générations, la forêt se vide de ses habitants, conquis par le nouveau mode de vie des envahisseurs. La mythique Salamandre, ce serpent ailé qui crachait du feu et qui aida les Estoniens à repousser les colons pendant des siècles, est endormie, et il n’y a plus suffisamment de gens qui parlent la langue des serpents pour la réveiller. Comme le peuple estonien, elle a sombré dans une indolente torpeur.

Leemet et sa famille luttent pour garder leur mode de vie ancestral, imparfait et aussi pétri d’incohérences que celui des chevaliers. Mais lorsque l’on est le dernier des siens, quel avenir peut-il encore exister ?

Tout au long des 454 pages du livre bénéficiant d’une traduction limpide, Leemet entraîne le lecteur dans son monde. Un monde excitant et intrigant, un monde où le meilleur ami d’un petit garçon peut être une vipère nommée Ints avec qui il discute de tout et de rien, où des hommes préhistoriques élèvent un pou géant plus ou moins intelligent, et où les vieillards sont soit de sages oncles transmettant leur savoir à la dernière génération, soit des prêtres rabougris et recroquevillés sur leurs traditions jusqu’à l’absurde. Un monde au crépuscule de sa vie, menacé de toutes parts, dont les derniers feux éclairent par contraste les travers du monde médiéval occidental, et par ricochet notre monde moderne, sans complaisance, mais sans angélisme. Car c’est aussi un monde où l’intolérance n’est pas moins forte que dans le nôtre, un monde violent même s’il l’est d’une façon différente.

Et pourtant, ce n’est pas le côté satire sociale et religieuse qui m’a le plus marqué.

Je retiens bien plus cette poésie désespérée et l’émotion qui étreint Leemet très jeune lorsqu’il comprend qu’il sera le dernier de son peuple. Toute sa vie sera un combat pour sauver ce monde, pour transmettre la langue des serpents, pour ne pas être le dernier, pour refuser ce destin, sans jamais y parvenir vraiment. Le drame intime d’un homme qui sait sa quête vouée à l’échec, mais qui ne peut se résoudre à baisser les bras et à laisser ses valeurs se dissoudre sans se battre.

Des valeurs que symbolise la langue des serpents et la symbiose qui existe entre les reptiles et les humains, qui partagent une place de prééminence bienveillante dans le monde de la forêt.

C’est un conte fantastique et moral qui se déploie sur toute une vie, porté par une langue qui évolue au fil des pages avec l’âge et la maturité de Leemet, épousant ses interrogations, ses doutes, ses espoirs et désespoirs.

Et j’ai trouvé avec plaisir une illustration d’un concept qui m’est cher : la langue des serpents telle que l’auteur la présente est un avatar de la langue angélique ou de l’énochéen des traditions bibliques, la langue originelle qui conférerait le pouvoir sur l’ensemble de la Création, et dont je vous parlais déjà à propos d’une autre œuvre.

Un beau voyage littéraire et imaginaire.

Créer des personnages réalistes : la méthode holistique de VITRIOL

Créer des personnages réalistes : la méthode holistique de VITRIOL

Dans ma jeunesse lointaine, j’ai fait partie de la rédaction d’un fanzine des cultures de l’imaginaire en général et du jeu de rôle en particulier, dont le nom acronymique VITRIOL contenait déjà en lui-même une énigme alchimique. Il est d’ailleurs possible de retrouver les numéros de ce fanzine dans leur deuxième vie numérique ici, grâce à Wilybird et à ChrisT.

Parmi les diverses élucubrations que nous avons commises à l’époque (je parle des années 90, cette époque où le smartphone n’existait pas et où on écoutait de la musique sur CD), il en est une qui devrait m’accompagner plus souvent, même vingt ans après, c’est la façon dont nous avions envisagé des fiches permettant d’interpréter des personnages extrêmement détaillés. Dans un souci de pousser le réalisme de nos alter ego imaginaires de rôlistes, nous avions commis quatre fiches génériques, prévues pour être utilisées avec n’importe quel système de jeu et dans n’importe quel univers, pour n’importe quel personnage, et qui donnaient une sorte de liste de questions à se poser sur celui ou celle (ou… dommage, il n’y a pas de nom neutre en français, mais bon, on peut aussi se servir de ces fiches pour interpréter un chat, un monstre, une entité androgyne ou hermaphrodite ou asexuée) que nous allions incarner.

Nous avions donc mis au point une série de questions qui dessinent, une fois que l’on y a répondu, les contours d’un personnage non seulement sur son apparence, mais aussi sur sa psychologie, son passé, ses blessures morales, sa spiritualité, ses liens.

Une façon d’appréhender une personne dans sa globalité, et pas seulement à travers les chiffres des systèmes de jeu de rôle. D’ailleurs, ces fiches avaient été pensées dans l’optique de jouer des parties de jeu de rôle sans règles.

Dans la séparation (on dit toujours un « split », de nos jours ?) qui suivit les derniers numéros de VITRIOL, comme il arrive parfois dans les groupes de rock lorsqu’ils sont au faîte de leur gloire, les fiches génériques tombèrent dans l’oubli de ma mémoire rôliste, mais survécurent sous leur forme imprimée, bien au chaud dans un carton.

Et puis je me suis remis à écrire. Des romans. Des scénarios de cinéma.

Et je me suis rendu compte que ce qui rendait vraiment un univers puissant, réel, évocateur, attachant, tenait bien souvent plus à la couleur des personnages, à la façon dont on les rencontrait, à leurs tics, à leur façon de penser, d’agir, qu’à autre chose.

Dans le jeu de rôle, mes nouveaux jeux fétiches, comme FATE, proposent même d’intégrer dans leur mécanisme des phrases simples qui caractérise un personnage, en lieu et place d’un score chiffré de FOR (Force) ou d’INT (Intelligence), voire de CHA (Charisme).

Aussi, ai-je eu besoin de penser à nouveau mes personnages de façon holistique, de me demander comment et pourquoi ils agissent, comment ils apparaissent et pourquoi ils apparaissent tels qu’ils le font.

J’ai ressorti les vieux grimoires de la poussière sous laquelle ils étaient ensevelis, et retrouvé les fiches génériques de VITRIOL.

Et je m’en sers à nouveau, avec bonheur, pour concevoir mes prochains écrits romanesques comme mes prochains scénarios de jeu de rôle.

J’ai même dans l’idée de les proposer à mes joueurs pour les aider avec leurs propres personnages.

Et pourquoi pas vous les offrir ?

J’ai donc saisi l’occasion pour apprendre quelques rudiments du logiciel Scribus, et j’ai remis les fiches au goût du jour, en format pdf modifiable pour que les rôlistes puissent les utiliser facilement, mais aussi au format rtf, pour, par exemple, que mes amis écrivains puissent les intégrer dans le logiciel Scrivener comme « template » (c’est d’ailleurs l’une de mes utilisations personnelles).

Vous êtes bien sûr libres de les diffuser, de les utiliser, de les adapter…

Mr. Robot saison 2, Réalité Virtuelle ou Virtualité Réelle ?

Mr. Robot saison 2, Réalité Virtuelle ou Virtualité Réelle ?

Un peu difficile à suivre et très surprenante, la deuxième saison de la série racontant les exploits informatiques du hacker Elliot Alderson plonge plus encore que la première dans la dichotomie floue entre le réel et le virtuel.

Si vous avez manqué le début, je vous invite à lire l’article que j’avais consacré à cette première saison en 2015. J’y dévoilais moins de spoilers que je ne le ferai ici, car la saison 2 est si complexe qu’en parler sans dévoiler est devenu complètement impossible. 

Mr. Robot, quand le hacker devient un héros de série

par Germain Huc | 28 novembre 2015 | Chimères Animées

De nos jours, le hacker n’est plus vraiment ni ce jeune garçon immature, ni ce nerd incapable de nouer des relations normales avec les autres, obsédé par sa machine et par le codage de programmes, ou le franchissement de barrières de sécurité.

Rien n’est ce qu’il paraît être

Pour aborder cette deuxième saison, il faut se souvenir du vertige qui a suivi les révélations majeures de la première.

Première révélation : Elliot est certes un génie du hacking, mais c’est aussi un garçon atteint de schizophrénie qui ne peut se résoudre à la mort de son père et qui a donc « décidé » de le ressusciter à travers des hallucinations qui donnent corps au mystérieux Mr. Robot. Elliott, ou du moins une partie de lui, est réellement Mr. Robot. Et cette existence parallèle est si autonome que la personnalité « première » d’Elliott est tenue à l’écart du plan monté par Mr. Robot dans la première saison, mais aussi dans la deuxième.

Deuxième révélation : Mr. Robot a échafaudé un plan d’une complexité inimaginable pour faire tomber la société E-Corp, mais également le système bancaire mondial dans son ensemble. Et ce plan a fonctionné. La saison 2 s’ouvre donc alors que la société dans son ensemble est tout juste en train de tenter de s’adapter à un monde dont la monnaie s’est écroulée, remplacée par une monnaie virtuelle ou des bons de rationnement.

Dès lors, ce sont les conséquences de ces deux révélations qui mènent l’intrigue.

Ainsi, Mr. Robot et FSociety deviennent célèbres. Tour à tour héros ou escrocs, bandits ou sauveurs, fléaux ou modèles, la population entière est à leur recherche, notamment une enquêtrice du FBI, l’agent DiPierro, dont les talents informatiques sont dignes de ceux d’Elliott.

Commence un jeu du chat et de la souris qui confronte l’agent DiPierro à la mouvance qui gravite autour de Mr. Robot : la Dark Army chinoise, les anciens acolytes d’Elliott dans la première saison, comme Darlene, sa sœur, Angela son amie d’enfance, ou Trenton l’une des chevilles ouvrières de FSociety, tandis qu’Elliott lui-même vit des déboires presque déconnectés de cette intrigue en se frottant à des trafiquants du dark web, ce pan du réseau où les crimes s’échangent comme des marchandises (drogues, armes, êtres humains).

Et pourtant toute la construction de la saison est une gigantesque mascarade.

D’abord parce que les aventures d’Elliott sont encore une façon pour son esprit de traverser une réalité plus sombre, parfois avec de véritables délires comme dans l’épisode 6, totalement foutraque.

Ensuite parce que le plan de Mr. Robot ne se termine pas seulement avec la conclusion de la première saison. Il va bien plus loin et implique la Chine, le gouvernement des États-Unis, E-Corp, et au-delà.

Enfin parce que les divers agendas des autres protagonistes sont eux aussi souvent des faux-semblants, des dissimulations, ou même totalement incompréhensibles. Les mensonges couvrant d’autres mensonges couvrant une vérité relative sont la norme.

Lorsque le spectateur prend conscience de tout cela, il peut ressentir un malaise assez profond. Lorsque chaque image, chaque dialogue, chaque situation peut être un pare-feu protégeant une autre vérité, elle-même sujette à caution, on devient méfiant, presque paranoïaque. On doute de tout, à chaque instant de la série. Comment savoir si Elliott est vraiment battu comme plâtre par des hommes de main dans une ruelle, ou s’il invente même ce passage-là ?

On ne le peut pas. Le spectateur est par définition le jouet des scénaristes dans une série télévisée, comme dans un film, une pièce de théâtre ou un roman. Mais cette vérité première ne m’a jamais paru si grande que dans la saison 2 de Mr. Robot. Car nous avons tous appris à nous méfier des « trucs » que le scénario pouvait utiliser pour nous perdre volontairement, et nous avons tous plus ou moins consciemment l’habitude de nous dire « OK, ça, à mon avis, c’est une hallucination, mais en fait il se passe vraiment telle autre chose ». Et nous élaborons des scénarios alternatifs. Pour parfois (et trop souvent dans les mauvaises séries) tomber juste. Mais pas ici, car tout est potentiellement faux, aucun repère ne peut nous permettre de tomber juste.

Ça en devient dérangeant.

Par exemple les motivations de certains personnages qui en deviennent incompréhensibles. L’exemple le plus frappant pour moi c’est celui d’Angela. On pense qu’elle veut faire tomber E-Corp de l’intérieur pour des motifs similaires à ceux d’Elliott, mais ses actions d’agent infiltré sont si convaincantes qu’on se prend à croire qu’elle a vraiment retourné sa veste pour épouser le cynisme du grand patron de la multinationale, mais qu’elle veut quand même se venger, mais qu’elle veut quand même devenir la prédatrice sans cœur qui prendrait sa succession.

Bref, on est perdu…

Les personnages principaux de la saison 2 de Mr. Robots

La folie comme métaphore du virtuel… et du réel

Cette sensation de perte de repères ne peut pas être gratuite. Elle est à mon sens à rapprocher du propos de la série, qui décrit notre propension de plus en plus grande à intégrer le virtuel dans notre réel, au point d’en perdre la notion de frontière entre les deux.

La folie est par définition un état de conscience qui ne distingue plus la réalité matérielle des productions fantasmées de notre psychisme. Nous prenons nos désirs pour des réalités, au sens propre.

En affublant Elliott d’un trouble psychiatrique de schizophrénie (certes un peu enjolivé, parce que la véritable schizophrénie ne se manifeste pas du tout comme de multiples personnalités étanches entre elles), la série nous place d’emblée dans la position de celui qui ne sait plus si ses amis Facebook sont véritablement des amis, des vrais, c’est-à-dire des gens sur lesquels on peut compter en cas de difficulté, qui pourraient venir chez nous à 3 heures du matin pour nous consoler lors d’un chagrin d’amour, ou boire des bières autour d’un bon match de rugby. Et elle nous le fait comprendre en prenant une autre image, celle de l’humain qui ne sait plus s’il est réellement emprisonné pour un piratage informatique ou s’il se cache pour échapper à des maffieux particulièrement dangereux.

La folie entre finalement peu à peu dans notre univers à tous par le biais des réseaux sociaux, des sites internet, des amis Facebook, des banques en ligne, des assistants virtuels, de la réalité augmentée qui nous montre des choses qui n’existent pas au milieu de l’image d’une chose ou d’une personne qui est physiquement présente devant nous.

Notre monde devient un monde fou, au sens propre.

Distinguer ce qui est réel et ce qui est informatiquement généré devient de plus en plus difficile.

Sommes-nous notre avatar sur un forum comme Elliott est finalement Mr. Robot ?

La lutte entre le réel et le virtuel

En même temps la série illustre une tendance qui s’accentue dans notre existence : le virtuel qui tente de prendre possession de notre réel.

Tout comme Mr. Robot s’ingénie à mettre Elliott dans des situations embarrassantes, difficiles, gênantes, voire intenables, pour pouvoir se retrouver avec les mains libres et continuer à échafauder son plan, certaines créations virtuelles commencent à nous dicter nos actions, comme tous les objets connectés qui sont inventés depuis quelques années : le frigo connecté est vide ! Va faire tes courses !

Le virtuel domine de plus en plus le réel, mais le réel essaie de résister. De même Elliott tente divers stratagèmes pour empêcher Mr. Robot de prendre le contrôle de sa vie. Privation de sommeil, ou bien de système informatique, écriture de tout ce qui lui passe par la tête et même d’un compte-rendu minute par minute de sa journée, médicaments, tout y passe.

Rien n’y fait.

Mr. Robot est une part de lui-même, si ancrée qu’il ne pourra s’en débarrasser.

Cela sera-t-il le cas pour nous aussi ?

La critique politique

Un aspect important de Mr. Robot est la critique assumée du système capitaliste et libéral dans lequel la société occidentale s’enfonce de plus en plus. Les divers personnages sont tous positionnés face à ce mode de fonctionnement. Il y a ceux qui luttent contre, et ceux qui vivent pour et par ce système. Parfois même la frontière est floue, un peu comme pour la distinction entre le réel et le virtuel.

Ceux qui luttent le font avec des idéologies différentes, et ce qui change c’est justement de savoir ce que la chute du système va entraîner ensuite. De répondre à la question : « on fait tomber le capitalisme financier, d’accord, mais pour mettre quoi à la place ? »

Les retraites qui ne sont plus payées, les fonctionnaires plus rémunérés, les investissements financiers gelés, la vie de millions de gens à travers les USA se trouve changée par la chute du système financier. Des conséquences que la série n’évoque que par petites touches même si elle n’omet pas les émeutes, les réquisitions, la création d’une monnaie transitoire.

Le système broyait déjà la vie des anonymes, mais sa chute entraîne aussi son lot d’avanies, plus ou moins voulues par les autorités, par la E-Corp, par la Dark Army et la Chine, pour des raisons totalement différentes et souvent opposées.

Fracture là encore, entre le simple quidam et les hautes sphères comme entre le réel et le virtuel. Entre les idéologues et les pragmatiques. Entre les anarchistes comme Darlene et les revanchards, entre les cyniques et les victimes.

La réponse apportée dans la série est tout sauf simple. Là encore, le flou domine.

Ce n’est pas là le moindre des compliments, car pour une fois une série américaine semble ne pas défendre mordicus une thèse, qu’elle soit pro ou antisystème.

En conclusion, Mr. Robot est un OVNI sériel, étrange, intéressant, plein de potentialités. Souvent difficile à suivre et donc difficile à regarder, noire, presque dépressive à certains moments. Mais essentielle lorsque l’on veut réfléchir aux enjeux de notre temps, et de ceux à venir.

Le Syndrome de Bradybloguie Créativo-induite, ou Mal de l’Œuf de Serpent à Plume

Le Syndrome de Bradybloguie Créativo-induite, ou Mal de l’Œuf de Serpent à Plume

L’homme était étendu sur la table, inconscient. Son corps était relié à des fils qui partaient de sa poitrine, de l’un de ses doigts. Il respirait encore, si on y prenait garde et si on attendait suffisamment longtemps pour percevoir un souffle faible et régulier, à peine perceptible. Ses traits étaient sereins. On avait l’impression qu’il était endormi. Et pourtant, les deux autres personnes qui étaient dans la salle n’étaient pas de cet avis. Ils étaient inquiets.

— Il est comme cela depuis deux semaines, dit Alex, le plus jeune. C’est trop long. Enfin, c’est ce que j’ai lu dans le Harrison…

— Tu sais, répondit Alain, les bouquins, surtout ceux de médecine interne, il faut s’en méfier. Si tu les crois aveuglément, tu vas te mettre à trouver des syndromes rares à toute la population… Mais cela dit, c’est vrai que je n’ai jamais vu ça. Un coma de blog aussi long, surtout chez quelqu’un comme lui, c’est exceptionnel. Tu es sûr que tu as vérifié l’E.C.G. ?

La mention de l’examen avait fait pâlir Alex. Bien sûr, comme étudiant, son travail était surtout, dans le service, de noter les observations des patients, de les interroger et de les examiner correctement, mais il était surtout employé par Alain comme celui qui effectuait les basses besognes, celles que son « supérieur hiérarchique », pourtant étudiant lui aussi, rechignait à accomplir. Il passait souvent ses matinées à des tâches répétitives et peu gratifiantes. Il ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi il fallait mesurer les gaz du sang artériel chez certains patients tous les jours que Dieu faisait. Ni pourquoi c’était toujours à lui que l’on ordonnait d’évacuer un fécalome. Et puis, surtout, il avait pris en horreur cette machine qu’était l’électrocardiographe. Posée sur un chariot métallique brinquebalant dont les roulettes se bloquaient systématiquement, la petite machine cubique était devenue sa némésis pluriquotidienne. Il devait, chaque matin, la traîner hors de la salle des étudiants où elle était entreposée puis la promener dans chaque chambre et accomplir un rituel compliqué sur chaque patient grâce à elle. Il devait d’abord vérifier que son stock d’électrodes en polystyrène, à usage unique, serait suffisant, puis démêler les fils qui prenaient un malin plaisir à s’emberlificoter comme une pelote de laine à chaque fois qu’on les laissait faire. Il en était venu à se demander si des mauvais génies ou des lutins facétieux n’avaient pas élu domicile dans la machine, et s’ils ne s’étaient pas donné comme occupation principale de le faire tourner en bourrique. Une fois cette épreuve surmontée, ce qui prenait déjà plusieurs longues minutes d’énervement et d’exaspération, il fallait poser les électrodes sur le thorax du patient. Cela allait assez vite chez les femmes, mais devenait un vrai cauchemar sur les poitrines poilues des hommes, surtout en cette période estivale où la climatisation ne suffisait pas à bloquer la sudation. Les petits morceaux de matière synthétique censés coller sur la peau prenaient surtout dans leur piège adhésif des poils qui empêchaient le contact entre l’électrode métallique et la paroi cutanée. Et Alex était sans cesse en train d’inventer des stratagèmes machiavéliques pour les faire tenir suffisamment. Il n’était pas question de refaire ce foutu E.C.G. parce que le tracé serait jugé « ininterprétable » par Alain… Enfin, il fallait brancher la machine et espérer que le patient ne serait pas trop agité. Quand cela arrivait, le tracé des ondes était parasité par des mouvements involontaires et devenait illisible. Il devrait recommencer à vérifier les branchements… Puis il fallait débrancher le tout en s’assurant que la machine avait bien enregistré et imprimé. Aider le patient à enlever le surplus de gel conducteur visqueux, ranger les fils qui s’emmêlaient à nouveau comme mûs par une volonté propre et malveillante. Et recommencer dans la nouvelle chambre, avec le nouveau patient…

Et ce matin-là, justement, Alex avait décidé d’exprimer sa révolte en refusant sciemment d’accomplir ce rituel quotidien.

Mais il se rendait compte que dans ce cas précis, il avait mal jugé l’opportunité de se rebeller…

— Euh… c’est que… je devais faire l’observ’ de Madame Michu, alors…

— Ah bravo ! Et tu crois qu’on peut faire du bon boulot si tu continues à faire preuve d’autant de négligence dans le tien ?

Sans mot dire, Alex se résigna à chercher l’appareil qui lui donnait tant de cauchemars et se mit à installer le tout.

Pendant ce temps-là, Alain se plongea lui aussi dans le Harrison. La bible des maladies rares ne lui avait jamais paru une référence utile. Il y a avait là-dedans tellement de signes qui pouvaient correspondre à tellement de patients et à tellement d’autres syndromes plus courants qu’il n’avait toujours eu que méfiance envers cette manie qu’avaient tous les autres étudiants de sa promotion à le compulser à tout bout de champ. Et puis il trouvait tellement prétentieux de chercher une maladie rare chez tous les patients, comme si seules les affections de ce type méritaient l’attention d’un médecin. Alors qu’une banale allergie, ou une simple sciatique étaient tout aussi invalidantes pour les gens qui venaient à être hospitalisés dans son service. Les gens en souffraient tout autant que d’avoir une maladie de Tartampion.

Il referma le grand livre, et inspira un grand coup. S’il voulait comprendre, il devait revenir à la base, à ce qu’on lui avait enseigné, à ce qu’il avait compris, aux signes cliniques du patient, bref, à la réalité. C’était le seul moyen. Et puis, quel exemple allait-il montrer à Alex ? Le jeune homme était prometteur mais questionnait tout et tout le temps. Il remettait en question les choses qui étaient établies depuis des bons dans l’organisation des soins du service. Il avait raison, bien souvent, mais il devait apprendre à réfréner ses révoltes et à devenir plus diplomate. Mais son regard acéré bousculait très souvent Alain, en lui montrant une autre façon de faire, une autre vision de la situation. Bien souvent, ces interrogations permettaient de trouver une solution plus efficace, ou plus respectueuse du patient, moins invasive.

Alors il ferma les yeux un moment, pour se concentrer, et les rouvrit en fixant directement le corps du patient étendu sur la table. Alex avait branché les électrodes, le bip-bip du moniteur cardiaque commençait à se faire entendre dans la chambre.

Et les pièces du puzzle commencèrent à s’assembler. Les signes cliniques formèrent peu à peu une image d’ensemble, un tableau cohérent.

Les mouvements cloniques des mains et des doigts, en frappe de clavier. Le nystagmus qui suivait alternativement une direction droite puis une direction gauche. Le souffle qui parfois se modulait suivant des mots murmurés, incohérents les uns à la suite des autres. L’activité électrique cérébrale hyperstimulée. Et puis la desquamation étonnante qui se produisait à certains endroits du corps. Avec deux types de lésions. Des papules asymétriques incurvées vers la distalité sur tout le côté gauche. Des lésions eczématiformes. Mais aussi de petites éruptions diffuses sur le côté droit, comme une polykystose.

Et le petit bip-bip vint compléter cet ensemble et lui donner enfin une forme compréhensible.

Le rythme cardiaque s’était ralenti. Il restait régulier, mais ne propulsait le sang que plus rarement.

— Tu entends, demanda-t-il à Alex ?

— Non, quoi ?

— Une bradybloguie…

Alex tendit l’oreille, surpris. Il mit quelques battements de cœur à comprendre, à entendre, à saisir.

— Tu veux dire que…

— Oui, probablement. Tu veux biper le radiologue, j’aimerais une IRM cérébrale.

— Tout de suite. Mais, tu crois que c’est un plumireptile ?

— Aucun doute, regarde…

Et Alain gratta l’une des papules sur l’avant-bras gauche. Comme un eczéma, la peau sèche se détacha, mais contrairement à cette maladie banale, révéla en dessous une véritable écaille de serpent. Assez fier de lui, Alain réitéra l’expérience en incisant très doucement et précautionneusement une lésion sur l’avant-bras droit, et fit sortir une petite plume, un duvet naissant. Ils avaient affaire à un cas de plumireptilie. C’était leur premier cas, à l’un comme à l’autre.

Tout excités, ils se regardèrent et une sorte de communion passa entre eux. Cela dura quelques fugaces instants, et Alex rompit le contact.

— Je vais appeler le radio de garde. Je suis sûr qu’on aura l’IRM dans l’heure !

Il laissa Alain seul dans la pièce, qui imaginait les conséquences.

Il passa les quelques heures suivantes dans le même état d’hébétude vigilante au fur et à mesure que toutes ses pensées finissaient par se réaliser.

Comme il l’avait prédit, le radiologue, aussi emballé qu’Alex et lui, avait bousculé son planning et avait bloqué l’IRM une heure entière pour que les images s’étalent ensuite sur un négatoscope éblouissant. Il désigna la masse blanche qui trônait au centre du cerveau du patient. De son premier plumireptile. L’image était choquante. Comme une énorme métastase, la masse occupait une place extraordinaire dans le cerveau, mais contrairement à un cancer, elle ne parasitait pas son hôte. Elle était l’expression de la transformation du cerveau. Une production naturelle, physiologique chez les gens qui étaient atteints de plumireptilie. Dans les livres, les rares livres qui parlaient de cette pathologie, on comparait cette masse à une sécrétion physiologique. Certains auteurs prétendaient même que le liquide contenu dans la coque fibreuse était produit par les neurones eux-mêmes. Et on savait que les rares cas qui avaient pu être observés avaient une évolution similaire.

— Il est en coma de maturation, c’est ça ?

Le radiologue avait confirmé.

— La délivrance est proche. L’Œuf est presque arrivé à son développement maximal.

— Alors le rythme cardiaque va se ralentir encore. Normalement il va atteindre un plancher à un battement par mois. Et d’ici deux mois…

— Oui, d’ici deux mois, enchaîna Alain à la place d’Alex, l’Œuf va se fissurer, et la transformation des pensées en œuvre artistique sera complète. Il sortira du coma, et entamera un nouveau cycle de création. Lentement, une nouvelle œuvre va commencer à mûrir.

— Et on sait prédire à quel rythme les créations vont s’enchaîner ?

— C’est difficile, mais vu l’avancée de métamorphose du patient, je dirai que cela va s’accélérer.

— J’espère être encore dans le service quand ça va arriver !

— T’inquiète pas, si ce n’est pas le cas, je te tiendrai au courant, que tu puisses voir ça.

— J’ai hâte, s’exclama Alex en mettant les mains dans ses poches.

— Et lui donc ! répondit Alain dans un sourire. D’après son état, ça fait des années qu’il mature, cet Œuf…

Et l’attente commença.

FATE et la co-construction d’univers, partie 1 : personnages-Mages

FATE et la co-construction d’univers, partie 1 : personnages-Mages

Récemment, alors que nous sortions d’une première partie de Dungeon World et de sa narration particulière, Equites me faisait remarquer que Mage allait ressortir en édition 20th anniversary. Je n’ai jamais joué à Mage, mais les jeux WhiteWolf ont fait partie de mes meilleures expériences comme joueur et comme meneur dans les années 1990. Il savait donc, le bougre, que le thème de Mage me faisait de l’œil depuis très longtemps. Mais j’ai un peu changé depuis les années 1990 (non, on ne dit pas vieilli, on dit changé, voire mûri). Mes envies aussi. Les univers de WhiteWolf sont une madeleine de Proust, mais de celles qu’il vaut mieux garder intactes dans le souvenir que l’on en a, plutôt que de risquer de se confronter à une déception.

Depuis, j’ai en effet découvert FATE, et Dungeon World. Les concepts d’Aspects, de Fronts, de narration partagée. J’ai tenté de voir ce qu’on pouvait changer dans l’écriture des scénarios.

Je n’ai pas encore expérimenté la construction partagée d’univers. Enfin, plus depuis mes 15 ans et mes premières parties de jeu de rôle, finalement plus narrativistes que par la suite lorsque j’ai découvert L’Œil Noir, la Boîte Rouge, et tout le reste.

J’ai donc proposé à mon groupe de tenter l’aventure.

J’ai choisi FATE parce que je commence à bien connaître la mécanique, parce que c’est très simple et facilement adaptable pour jouer tout ce que l’on veut, parce que les concepts de narration partagée peuvent fonctionner avec ce système.

Et j’a commencé par me concevoir un petit hack, à base de mélange entre FATE ACCÉLÉRÉ et FATE CORE, pour jouer des Mages dans un univers contemporain. Pour résumer, je n’ai pas utilisé de Compétences mais des Approches, ce qui ressemble pas mal à l’Apocalypse et à Dungeon World : Astucieux, Flamboyant, Sournois, etc… L’idée est de se concentrer non pas sur ce que le personnage sait faire, mais sur comment il le fait.

Le reste est peu ou prou du FATE.

J’ai chopé des trucs sur internet histoire d’adapter la magie de Mage à FATE, notamment Mage Core de Douglas Underhill et Words of Power de Brian Engard. J’ai hybridé les deux approches et synthétisé tout cela dans une fiche de personnage maison que je vous livre ici. Celles de Dungeon World m’ont vraiment impressionné par leur côté didactique. J’ai donc décidé de m’en inspirer fortement, comme vous le verrez.

Pour ce qui est de l’univers, l’idée est de jouer du Mage, sans jouer à Mage, en picorant des choses à droite et à gauche, et surtout en laissant mes joueurs apporter leur grain de sel, de poivre ou d’épice là où ils en auront envie.

Je suis donc parti d’une base très simple, qui tiendrait en un Aspect : Le Sanctuaire de New York.

Et nous nous attacherons à broder dessus ensemble. C’est suffisamment vague pour que nous ayons les mains libres, mais cela pose déjà une ambiance qui ressemble un peu à Mage sans être du Mage.

On peut au choix dériver sur du Doctor Strange (le film est pas si mal que ça), un truc plus poétique à la Meghan Lindolm (alias Robin Hobb) avec son Dernier Magicien (un bouquin que je vous recommande), ou autre chose encore, comme The Craft (Dangereuse Alliance) avec Neve Campbel, ou les Sœurs Halliwell, ou tout à fait autre chose (The Magicians, la série de SyFy qui est un petit bijou dans sa saison 1 et dont je vous parlais déjà ici).

Tout cela en Roll20 puisque le groupe est géographiquement éclaté.

On essaie, et je vous ferai un compte-rendu.

Da Vinci’s Demons, la série psychédélico-initiatique

Da Vinci’s Demons, la série psychédélico-initiatique

Je vous ai déjà un peu parlé de Da Vinci’s Demons, cette série diffusée par la chaîne Starz (qui eu l’audace de produire Spartacus également). J’en faisais l’une des séries prometteuses de 2014. Je ne me suis pas trompé, car les trois saisons qu’elle occupe sont aussi étonnantes que déroutantes et parfois même un peu frustrantes. Un peu comme Penny Dreadful, d’ailleurs, dont je vous disais du bien dans le même article.

L’idée est de suivre les jeunes années de Leonardo da Vinci, dans l’Italie du Quatroccento et plus particulièrement dans la Florence de Lorenzo le Magnifique. Les périodes peu connues de la vie du Maestro servent de décor à une intrigue ésotérique complexe et parfois un peu trop brouillonne.

 

Génie et touche-à-tout, Leonardo aime créer des machines, des œuvres d’art, mais aussi résoudre des problèmes. Visionnaire, il est capable de véritables prodiges, et attire le regard des puissants de Florence, sa ville natale. Méprisé par son père et orphelin de mère, il n’a d’autres compagnons que Zoroastre le maure, Vanessa la catin, et Nico le jeune idéaliste. Mais il est soudain emporté par des visions issues de son passé comme de son avenir. Il semble être le seul à pouvoir faire pencher la balance dans le combat millénaire que se livrent les Fils de Mithras et les adorateurs du Labyrinthe. Les uns (dont faisait partie sa mère) cherchent l’illumination de l’Humanité à travers la connaissance, les autres au contraire à laisser les masses dans l’ignorance, pensant que c’est le savoir qui pervertit l’être humain. Maîtrisant des arts mystérieux et plus ou moins surnaturels, un étrange turc tente de l’enrôler dans la secte de Mithras. Alors que les adversaires de ce dernier gagnent le concours de Girolamo Riario, l’âme damnée du Pape Sixte IV, despote cruel qui tente d’annihiler les projets de Lorenzo et les Fils de Mithras par la même occasion.

Leonardo, ses compagnons et son ennemi juré, et néanmoins quasi double maléfique Girolamo vont devenir des protagonistes de premier plan dans cette lutte. Dans la saison 2, ils vont même traverser l’Atlantique pour se retrouver chez les Mayas. Et dans la saison 3, la quête du fameux Book of Leaves, dont la page perdue contient des secrets terrifiants, s’achève quand Leonardo comprend que les deux sectes sont l’une et l’autre dans l’erreur.

L’impression que laisse la série est mitigée.

D’abord, il y a, c’est vrai, une fascination puissante à suivre les aventures de Léonard de Vinci, ou du moins d’un Léonard tel qu’on l’a toujours fantasmé : supérieurement intelligent. Mais comme il est jeune, il est aussi franchement sexy, un parfait combattant, un escrimeur de génie, un politique à la finesse inégalée, et un ami loyal, à défaut d’être un amant fidèle. N’en jetez plus…

Il n’est guère que sa propension à être socialement décalé qui pourrait le rendre moins attirant. Et encore…

Ensuite, tout comme les chaînes câblées américaines nous y ont habitués, la reconstitution est extrêmement crédible. Les décors fabuleux, le jeu convaincant. Aucune erreur de casting n’a été faite. Les méchants sont bien méchants, on aime d’ailleurs les détester ou les prendre en pitié ou les détester à nouveau, comme Girolamo.

Mais. Car il y a un, mais, et de taille.

L’intrigue n’est hélas pas déroulée de façon cohérente. Tout se passe comme si les scénaristes avaient eu des idées très fortes dans les deux premières saisons, pour ne plus savoir comment les mener dans la troisième.

C’est particulièrement vrai quand on voit le dernier épisode de la saison 2 et qu’on enchaîne sur la troisième. On finit sur une scène où Leonardo, traversant le temps et l’espace par le jeu d’une épreuve mystique chez les Mayas, se retrouve devant lui-même agonisant dans sa vieillesse sur son lit de mort. Le vieux Leonardo lui confie que toutes ses réalisations sont le résultat de ses choix dans le combat entre les Fils de Mithras et le Labyrinthe, et qu’il a un destin. On comprend qu’il peut changer l’avenir, que la série peut partir sur une uchronie, que le côté ésotérique va s’intensifier. Et dans la troisième saison, c’est la politique qui prend le dessus et une banale chasse au trésor qui est présentée. Les actes de Girolamo, son repentir et sa rédemption possible, en contrepoint avec les doutes de Leonardo sur ses inventions et l’utilisation qui peut en être faite, sont au centre de tout. Mais plus aucun mot d’ésotérisme. Au point que la fin m’a laissé dubitatif et frustré.

J’attendais plus d’audace d’une troisième saison quand les deux précédentes avaient été si riches en scènes symboliques, et parfois même psychédéliques.

Malgré cela, les thèmes de cette troisième saison méritaient d’être abordés quand on parle de génie et d’invention, quand on parle de progrès technique et technologique.

Leonardo se pose la même question à laquelle nous devrions nous-mêmes répondre pour nos propres technologies : à quoi servent-elles ? Sont-elles seulement là pour repousser les limites de notre savoir et de nos possibilités d’action et leur existence est-elle un progrès en soi ? Ou bien faut-il réfléchir à la façon dont nous pouvons les utiliser pour faire le Bien, ou pour faire le Mal ? Pour aider l’Humanité à progresser, ou pour l’annihiler ? Pour soigner, ou pour tuer ? D’autres que nous peuvent-ils prendre le contrôle de nos inventions, pour les détourner de leur but originel, si louable soit-il ?

Toutes ces questions sont hélas amenées de façon un peu artificielle dans l’intrigue, au travers d’un véritable passage dépressif du Maestro. Un passage qui dure presque toute la saison. Et une saison, c’est très long. Beaucoup trop long.

Il n’en reste pas moins que Leonardo, comme ses compagnons et nombre d’autres protagonistes traversent les étapes d’une véritable initiation durant les deux premières saisons pour achever leurs destinées dans la troisième. Chacun d’eux trouve la réponse à la question existentielle : « qui suis-je ? » Ainsi, Nico est-il le futur Machiavel, par exemple.

Manquait-il une quatrième saison à l’ensemble, intercalée entre la deuxième et la troisième, pour faire le lien ? Manquait-il une véritable vision d’ensemble aux scénaristes ?

Quelle que soit la réponse à ces deux questions, j’ai été déçu par une série qui avait si bien commencé. Il y a de très bonnes choses à voir et à prendre dans Da Vinci’s Demons. Mais pas assez pour en faire une série d’exception.

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