Cinquante nuances d’horreur

Cinquante nuances d’horreur

L’ami Saint Épondyle a pris l’habitude d’organiser de temps à autre des concours de fifties sur son blog.

Alors, non, il ne s’agit pas d’un concours de mode des années 1950, ou d’un radio-crochet centré sur le rock de la même époque.

Non, un fifty est une histoire très courte écrite en cinquante mots tout juste, ni plus, ni moins. Les règles de comptage des mots y sont particulièrement drastiques, car l’intérêt de l’exercice réside justement dans cette limite qui oblige à toutes les ellipses, aux métaphores, aux mots riches de puissances évocatrices.

On pourrait penser que les histoires qui en découlent sont fades et sans couleur. Au contraire. Le texte doit être ciselé avec précision, comme une mécanique horlogère d’antan, ou comme un bijou de belle facture. Et moyennant de gros efforts, il est possible de produire des textes à la fois percutants, colorés, structurés. Et courts. Si courts qu’ils laissent souvent la part belle à l’interprétation, à l’imagination du lecteur, qui va construire tout un « avant » et parfois même un « après » les cinquante mots.

Je n’ai jamais été un fan des concours d’écriture, mais c’est en découvrant le concours de fifties « à la manière de Philip K. Dick » que j’ai décidé de tenter l’expérience. J’étais alors en train de lire et de regarder The Man in the High Castle, et cela m’a semblé stimulant. Essayer de transposer une uchronie « dickienne » en cinquante mots… le défi était assez étrange pour me tenter. J’ai donc participé et The Woman in the High Tower (que vous trouverez au bas de cet article) en a été l’enfant.

J’ai trouvé l’exercice difficile, exigeant, presque cruel. Enlever des mots, les réorganiser. Amputer des phrases, les tordre. Trouver des images fortes, et choisir lesquelles garder et lesquelles abandonner. C’est très difficile. Ça oblige à la synthèse, mais aussi à la poésie.

Il y a quelques mois, Saint Épondyle a remis ça. Avec un thème qui avait peu de chances de me parler : l’horreur.

Mes univers de prédilections sont plus le merveilleux, le fantastique, le noir, et surtout la fantasy et la SF. J’ai une sainte horreur (!) des histoires de zombies (elles me font trop peur) et si je suis attiré par celles qui causent de vampires, c’est cause de la beauté du mal et du sous-titre sensuel, mais certainement pas à cause de l’aspect horrifique. Bref, sorti de l’indicible lovecraftien, qui a pour moi le goût de l’interrogation métaphysique et du jeu de rôle de mon adolescence, je n’aime pas avoir peur.

Mais ce fut encore un défi supplémentaire. Comment instiller la peur, l’horreur, en cinquante mots ?

La peur est un sentiment si diffus, si personnel. Ce qui terrifiera une personne en laissera une autre de marbre. Sans doute plus encore que les histoires d’amour ou les drames, les histoires d’horreur font appel à un noyau primal du lecteur. Ceux qui ont une arachnophobie comme moi seront certainement plus touchés par une histoire de toiles et de morsures par des êtres à plusieurs pattes et plusieurs yeux globuleux que d’autres personnes.

Je me suis fixé une méthode. Le thème doit être traité de façon la plus universelle possible. Il doit avoir un lien avec nos peurs primitives. Avec notre chair. Les mots doivent être forts, mais pas trop. Ils doivent porter des images connues, par chacun d’entre nous.

Et voici ce que cela donne.

La chère de ma chair

Il me regarde et sourit. La peau de mon visage écorchée sur la table par des épingles en fer se crispe lorsque sa main accouche nos enfants. Chacun arrache une part de mon âme ou de mon corps. Et les dévore.

Il me regarde encore, sourit.

Mon fils. L’Antéchrist.

J’en suis assez fier, même s’il n’a pas brillé dans le classement.

D’une part parce que j’ai estimé avoir rempli mon objectif. Raconter une histoire horrifique en cinquante mots tout juste, moi qui n’ai jamais vu d’autres films d’horreur que l’Exorciste et Projet Blair Witch, ainsi que les parodies Scream.

D’autre part, et c’est aussi un aspect essentiel, parce que j’ai pu lire les presque cent autres productions des participants qui comme moi avaient sué sang et eau sur leur fifty. La profusion est grande et on y trouve de belles perles. Mon préféré étant (ça tombe assez bien) le deuxième choix du jury, le texte de Groucho qui vous pourrez lire sur le blog de Saint Épondyle.

J’en retire aussi une discipline pour l’écriture de textes plus longs ou plus conventionnels. Il faut remettre sur le métier notre ouvrage, le penser, le peaufiner. Si nous mettons un peu de l’énergie du fifty dans nos textes plus longs, l’ensemble y gagnera sans doute en cohérence et en efficacité, sans pour autant perdre en intensité, en développements, en digressions essentielles. Il « suffit » de s’attacher à varier le vocabulaire, à varier les sens sollicités, à changer les angles. Bref, à travailler le texte.

C’est en tous les cas ce que je m’efforce de faire.

D’autres mondes à explorer sur la Toile, été 2016

D’autres mondes à explorer sur la Toile, été 2016

Summer is coming !

La chaleur estivale a fini par pointer le bout de son museau après de multiples tergiversations dignes d’une jeune fille faisant languir ses soupirants, et sans doute, tout comme moi, aurez-vous envie de vous alanguir sur une chaise longue pour profiter d’un repos bien mérité.

C’est en tous les cas ce à quoi mon moi profond de serpent à plumes aspire : se lover sur une pierre bien chaude, un bouquin entre les écailles. Ou un bon site à découvrir grâce à mon miroir numérique magique.

En route, donc pour notre deuxième voyage à travers la Toile, cette fois-ci sous les rayons du soleil.

Tout d’abord, un été ne serait pas un été sans un livre-fleuve à dévorer pendant les longues journées au bord de la piscine (si vous en avez une), ou sans un bon film dans lequel s’immerger pendant une éternité de durée variable, voire une partie de jeu de rôle entre amis pendant laquelle frissonner ou être exalté ensemble. Ça tombe bien, il y a un lieu pour cela : Cosmo [†] Orbüs, le temple numérique de Saint Épondyle, où vous trouverez en plus une dose de poésie et une vraie patte dans l’écriture des articles.

L’exploration estivale d’autres mondes, c’est aussi retrouver le goût des feuilletons des siècles précédents, autant dans les articles que dans des romans. En vous échouant sur le site de Catherine Loiseau, vous trouverez une île pas si déserte où vous abreuver d’ambiances steampunk et de machinations romanesques, mais aussi tout un ensemble de conseils, d’aides d’écriture, de petits trucs qui font la différence. Et je compte bien pour ma part entamer cet été, dès que mes écailles pourront se reposer, la série de la Ligue des Ténèbres

Enfin, comme il faut bien préparer la rentrée, tout bon internaute qui écrit un peu sur la Toile ira se revigorer aux remues-méninges de Camille Gillet sur Press Enter, où une verve haute en couleur qui fait toujours mouche s’assume avec passion. Car il n’est pas interdit de réfléchir un peu à ce qui se passe sur les réseaux, à la façon dont on peut naviguer dans les eaux troubles de l’océan des données informatiques, à quel genre de boussole on peut se fier dans ces courants contraires. C’est de la vie que Camille parle, à travers les réseaux, à travers son travail. De la vie et de l’éthique, de notre responsabilité, de nos choix.

Et à la rentrée, nous pourrons nous retrouver, voguant de concert, vers d’autres aventures.

Pour ma part, je vais lézarder quatre semaines, histoire de réchauffer ma plume au brasier de mon imaginaire, et de prendre mes aises dans ma nouvelle demeure.

D’autres mondes à explorer sur la Toile, fin 2015

D’autres mondes à explorer sur la Toile, fin 2015

Un peu à la manière du traditionnel #FollowFriday sur Twitter, j’inaugure une nouvelle rubrique où je vous emmènerai découvrir d’autres univers que le mien, d’autres élucubrations qui fleurissement et s’épanouissent sur la Toile. Parce qu’un tweet s’envole comme le pépiement d’un oiseau, et reste bien difficile à retrouver ensuite. Parce qu’un billet de blog, au contraire, est comme un rouleau dans la Grande Bibliothèque d’Alexandrie.

À l’aventure et au-delà, le blog d’Emmanuel Gouvernaire, est la première étape de ce périple inaugural dans les océans virtuels. La curiosité d’Emmanuel est intarissable, et il peut vous mener aussi bien vers les nouvelles traductions du Seigneur des Anneaux, que vers les créations étonnantes du body painting. Et cette étape est en soi déjà une multitude de voyages vers des découvertes inattendues.

Une fois que vous aurez rempli vos yeux des nombreuses photographies étonnantes qu’il vous réserve, vous aurez peut-être envie de vous replonger dans quelque chose de plus concret.

C’est là que les tranches de vie racontées avec humour et autodérision par Zazimutine sur son espace poétiquement nommé Touzazimutin pourront vous tirer des sourires qui illumineront votre journée. À travers sa façon unique de revisiter son quotidien, avec ses petits bonheurs et ses angoisses, elle met un petit peu de magie dans nos propres vies. Avec elle, le récit d’un casting de cinéma, ou les différences régionales entre la Bretagne et la région Toulousaine vont vous paraître aussi dépaysants et rafraîchissants qu’un bon roman. À ceci près qu’ici (presque) tout est réel.
Et parce que la Toile n’est qu’un reflet de nous-mêmes (tant qu’aucune entité pensante n’y a été engendrée), lire comment l’on peut rire ou sourire de nos petits tracas, ou simplement décider de prendre du recul sur nos vies en les voyant à travers un regard un peu décalé me semble une bonne chose.
Et comme il est d’usage de rendre à César ce que Brutus lui a volé, c’est elle qui m’a donné l’idée de cette rubrique… grâces lui en soient rendues.

Enfin, parce que l’une des plus belles choses dans la nature humaine est notre capacité à penser, cette première odyssée ne peut se terminer sans parler des questions que Mais où va le net ? nous pose. Il y répond autant pour lui-même que pour nous, et c’est rassurant. On se sent moins seul à se demander ce que nous réserve l’avenir des nouvelles technologies, et surtout la façon dont nos contemporains vont s’en saisir et s’en servir. Nous compris.
Et au passage, il est bon de réfléchir à ce que nous pourrions changer dans nos usages avec la technologie (c’est-à-dire grâce à elle ou dans notre manière de l’utiliser). C’est ce à quoi l’on peut s’essayer en suivant Mais où va le web ?

Une fois ce petit périple achevé, libre à vous de proposer d’autres voyages…

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