Le Syndrome de Bradybloguie Créativo-induite, ou Mal de l’Œuf de Serpent à Plume

Le Syndrome de Bradybloguie Créativo-induite, ou Mal de l’Œuf de Serpent à Plume

L’homme était étendu sur la table, inconscient. Son corps était relié à des fils qui partaient de sa poitrine, de l’un de ses doigts. Il respirait encore, si on y prenait garde et si on attendait suffisamment longtemps pour percevoir un souffle faible et régulier, à peine perceptible. Ses traits étaient sereins. On avait l’impression qu’il était endormi. Et pourtant, les deux autres personnes qui étaient dans la salle n’étaient pas de cet avis. Ils étaient inquiets.

— Il est comme cela depuis deux semaines, dit Alex, le plus jeune. C’est trop long. Enfin, c’est ce que j’ai lu dans le Harrison…

— Tu sais, répondit Alain, les bouquins, surtout ceux de médecine interne, il faut s’en méfier. Si tu les crois aveuglément, tu vas te mettre à trouver des syndromes rares à toute la population… Mais cela dit, c’est vrai que je n’ai jamais vu ça. Un coma de blog aussi long, surtout chez quelqu’un comme lui, c’est exceptionnel. Tu es sûr que tu as vérifié l’E.C.G. ?

La mention de l’examen avait fait pâlir Alex. Bien sûr, comme étudiant, son travail était surtout, dans le service, de noter les observations des patients, de les interroger et de les examiner correctement, mais il était surtout employé par Alain comme celui qui effectuait les basses besognes, celles que son « supérieur hiérarchique », pourtant étudiant lui aussi, rechignait à accomplir. Il passait souvent ses matinées à des tâches répétitives et peu gratifiantes. Il ne comprenait pas d’ailleurs pourquoi il fallait mesurer les gaz du sang artériel chez certains patients tous les jours que Dieu faisait. Ni pourquoi c’était toujours à lui que l’on ordonnait d’évacuer un fécalome. Et puis, surtout, il avait pris en horreur cette machine qu’était l’électrocardiographe. Posée sur un chariot métallique brinquebalant dont les roulettes se bloquaient systématiquement, la petite machine cubique était devenue sa némésis pluriquotidienne. Il devait, chaque matin, la traîner hors de la salle des étudiants où elle était entreposée puis la promener dans chaque chambre et accomplir un rituel compliqué sur chaque patient grâce à elle. Il devait d’abord vérifier que son stock d’électrodes en polystyrène, à usage unique, serait suffisant, puis démêler les fils qui prenaient un malin plaisir à s’emberlificoter comme une pelote de laine à chaque fois qu’on les laissait faire. Il en était venu à se demander si des mauvais génies ou des lutins facétieux n’avaient pas élu domicile dans la machine, et s’ils ne s’étaient pas donné comme occupation principale de le faire tourner en bourrique. Une fois cette épreuve surmontée, ce qui prenait déjà plusieurs longues minutes d’énervement et d’exaspération, il fallait poser les électrodes sur le thorax du patient. Cela allait assez vite chez les femmes, mais devenait un vrai cauchemar sur les poitrines poilues des hommes, surtout en cette période estivale où la climatisation ne suffisait pas à bloquer la sudation. Les petits morceaux de matière synthétique censés coller sur la peau prenaient surtout dans leur piège adhésif des poils qui empêchaient le contact entre l’électrode métallique et la paroi cutanée. Et Alex était sans cesse en train d’inventer des stratagèmes machiavéliques pour les faire tenir suffisamment. Il n’était pas question de refaire ce foutu E.C.G. parce que le tracé serait jugé « ininterprétable » par Alain… Enfin, il fallait brancher la machine et espérer que le patient ne serait pas trop agité. Quand cela arrivait, le tracé des ondes était parasité par des mouvements involontaires et devenait illisible. Il devrait recommencer à vérifier les branchements… Puis il fallait débrancher le tout en s’assurant que la machine avait bien enregistré et imprimé. Aider le patient à enlever le surplus de gel conducteur visqueux, ranger les fils qui s’emmêlaient à nouveau comme mûs par une volonté propre et malveillante. Et recommencer dans la nouvelle chambre, avec le nouveau patient…

Et ce matin-là, justement, Alex avait décidé d’exprimer sa révolte en refusant sciemment d’accomplir ce rituel quotidien.

Mais il se rendait compte que dans ce cas précis, il avait mal jugé l’opportunité de se rebeller…

— Euh… c’est que… je devais faire l’observ’ de Madame Michu, alors…

— Ah bravo ! Et tu crois qu’on peut faire du bon boulot si tu continues à faire preuve d’autant de négligence dans le tien ?

Sans mot dire, Alex se résigna à chercher l’appareil qui lui donnait tant de cauchemars et se mit à installer le tout.

Pendant ce temps-là, Alain se plongea lui aussi dans le Harrison. La bible des maladies rares ne lui avait jamais paru une référence utile. Il y a avait là-dedans tellement de signes qui pouvaient correspondre à tellement de patients et à tellement d’autres syndromes plus courants qu’il n’avait toujours eu que méfiance envers cette manie qu’avaient tous les autres étudiants de sa promotion à le compulser à tout bout de champ. Et puis il trouvait tellement prétentieux de chercher une maladie rare chez tous les patients, comme si seules les affections de ce type méritaient l’attention d’un médecin. Alors qu’une banale allergie, ou une simple sciatique étaient tout aussi invalidantes pour les gens qui venaient à être hospitalisés dans son service. Les gens en souffraient tout autant que d’avoir une maladie de Tartampion.

Il referma le grand livre, et inspira un grand coup. S’il voulait comprendre, il devait revenir à la base, à ce qu’on lui avait enseigné, à ce qu’il avait compris, aux signes cliniques du patient, bref, à la réalité. C’était le seul moyen. Et puis, quel exemple allait-il montrer à Alex ? Le jeune homme était prometteur mais questionnait tout et tout le temps. Il remettait en question les choses qui étaient établies depuis des bons dans l’organisation des soins du service. Il avait raison, bien souvent, mais il devait apprendre à réfréner ses révoltes et à devenir plus diplomate. Mais son regard acéré bousculait très souvent Alain, en lui montrant une autre façon de faire, une autre vision de la situation. Bien souvent, ces interrogations permettaient de trouver une solution plus efficace, ou plus respectueuse du patient, moins invasive.

Alors il ferma les yeux un moment, pour se concentrer, et les rouvrit en fixant directement le corps du patient étendu sur la table. Alex avait branché les électrodes, le bip-bip du moniteur cardiaque commençait à se faire entendre dans la chambre.

Et les pièces du puzzle commencèrent à s’assembler. Les signes cliniques formèrent peu à peu une image d’ensemble, un tableau cohérent.

Les mouvements cloniques des mains et des doigts, en frappe de clavier. Le nystagmus qui suivait alternativement une direction droite puis une direction gauche. Le souffle qui parfois se modulait suivant des mots murmurés, incohérents les uns à la suite des autres. L’activité électrique cérébrale hyperstimulée. Et puis la desquamation étonnante qui se produisait à certains endroits du corps. Avec deux types de lésions. Des papules asymétriques incurvées vers la distalité sur tout le côté gauche. Des lésions eczématiformes. Mais aussi de petites éruptions diffuses sur le côté droit, comme une polykystose.

Et le petit bip-bip vint compléter cet ensemble et lui donner enfin une forme compréhensible.

Le rythme cardiaque s’était ralenti. Il restait régulier, mais ne propulsait le sang que plus rarement.

— Tu entends, demanda-t-il à Alex ?

— Non, quoi ?

— Une bradybloguie…

Alex tendit l’oreille, surpris. Il mit quelques battements de cœur à comprendre, à entendre, à saisir.

— Tu veux dire que…

— Oui, probablement. Tu veux biper le radiologue, j’aimerais une IRM cérébrale.

— Tout de suite. Mais, tu crois que c’est un plumireptile ?

— Aucun doute, regarde…

Et Alain gratta l’une des papules sur l’avant-bras gauche. Comme un eczéma, la peau sèche se détacha, mais contrairement à cette maladie banale, révéla en dessous une véritable écaille de serpent. Assez fier de lui, Alain réitéra l’expérience en incisant très doucement et précautionneusement une lésion sur l’avant-bras droit, et fit sortir une petite plume, un duvet naissant. Ils avaient affaire à un cas de plumireptilie. C’était leur premier cas, à l’un comme à l’autre.

Tout excités, ils se regardèrent et une sorte de communion passa entre eux. Cela dura quelques fugaces instants, et Alex rompit le contact.

— Je vais appeler le radio de garde. Je suis sûr qu’on aura l’IRM dans l’heure !

Il laissa Alain seul dans la pièce, qui imaginait les conséquences.

Il passa les quelques heures suivantes dans le même état d’hébétude vigilante au fur et à mesure que toutes ses pensées finissaient par se réaliser.

Comme il l’avait prédit, le radiologue, aussi emballé qu’Alex et lui, avait bousculé son planning et avait bloqué l’IRM une heure entière pour que les images s’étalent ensuite sur un négatoscope éblouissant. Il désigna la masse blanche qui trônait au centre du cerveau du patient. De son premier plumireptile. L’image était choquante. Comme une énorme métastase, la masse occupait une place extraordinaire dans le cerveau, mais contrairement à un cancer, elle ne parasitait pas son hôte. Elle était l’expression de la transformation du cerveau. Une production naturelle, physiologique chez les gens qui étaient atteints de plumireptilie. Dans les livres, les rares livres qui parlaient de cette pathologie, on comparait cette masse à une sécrétion physiologique. Certains auteurs prétendaient même que le liquide contenu dans la coque fibreuse était produit par les neurones eux-mêmes. Et on savait que les rares cas qui avaient pu être observés avaient une évolution similaire.

— Il est en coma de maturation, c’est ça ?

Le radiologue avait confirmé.

— La délivrance est proche. L’Œuf est presque arrivé à son développement maximal.

— Alors le rythme cardiaque va se ralentir encore. Normalement il va atteindre un plancher à un battement par mois. Et d’ici deux mois…

— Oui, d’ici deux mois, enchaîna Alain à la place d’Alex, l’Œuf va se fissurer, et la transformation des pensées en œuvre artistique sera complète. Il sortira du coma, et entamera un nouveau cycle de création. Lentement, une nouvelle œuvre va commencer à mûrir.

— Et on sait prédire à quel rythme les créations vont s’enchaîner ?

— C’est difficile, mais vu l’avancée de métamorphose du patient, je dirai que cela va s’accélérer.

— J’espère être encore dans le service quand ça va arriver !

— T’inquiète pas, si ce n’est pas le cas, je te tiendrai au courant, que tu puisses voir ça.

— J’ai hâte, s’exclama Alex en mettant les mains dans ses poches.

— Et lui donc ! répondit Alain dans un sourire. D’après son état, ça fait des années qu’il mature, cet Œuf…

Et l’attente commença.

Rythmes & cycles, partie 2 : L’Aventurier du Temps perdu

Rythmes & cycles, partie 2 : L’Aventurier du Temps perdu

J’ai un problème avec le Temps.

Vous l’avez sans doute compris depuis mon premier article sur le sujet, celui sur le voyage dans le temps. Votre impression aura été confirmée par mon deuxième article, celui sur la perception du temps dans notre société.

Mais il est temps (!) d’aller plus loin en parlant de ma propre perception, de mes propres interrogations, de mes propres paradoxes temporels.

Et peut-être qu’il se dégagera de tout cela une solution pour moi-même. Une solution pour enfin apprivoiser cette bête étrange qu’est le Temps. Une bestiole étonnante qui ne cesse de m’intriguer et que j’aimerais tant, à défaut de la dompter, pouvoir amadouer, ou au moins avec laquelle j’aimerais mieux parler.

La mesure de la frustration humaine

J’ai récemment achevé de traverser une période de ce que j’appelle le « temps contracté ». Ce Temps où la somme des choses que nous devons accomplir pour notre simple survie dans la société est tellement élevée que le temps qui nous est imparti pour vivre, simplement vivre, semble se rétrécir à vue d’œil.

Les contraintes de l’existence moderne se combinent à celles de l’existence tout court pour nous submerger et faire paraître les heures comme des secondes qui filent entre nos doigts.

Papiers à remplir et à envoyer aux diverses administrations, en plusieurs exemplaires et avec des informations qui se recoupent sans jamais être totalement les mêmes, relances diverses et variées des différents interlocuteurs qui n’ont pas effectué leurs tâches car eux-mêmes en permanence plongés dans leur propre « temps contracté », tâches incompressibles nécessitées par notre rôle dans la société (notre travail), déplacements inévitables car nous vivons dans un espace sans cesse croissant qui malgré les progrès de nos moyens mécaniques ne peut être traversé instantanément, responsabilisées diverses inhérentes à nos différentes fonctions annexes ou centrales dans le monde (parent, enfant, conjoint, membre d’un groupe d’amis, membre d’une association, membre impliqué dans la vie de la cité), contingences physiologiques (le sommeil, en premier lieu)…

C’est la vie, me direz-vous. Et vous aurez raison.

Mais suis-je vraiment le seul à me sentir comme emprisonné par l’enchaînement implacable des tâches et des contingences ? Suis-je vraiment le seul à aspirer à ce que ce rythme ralentisse ? Suis-je le seul à me prendre à rêver d’une suspension du temps ? Suis-je le seul à trouver que le sablier du professeur Slughorn serait une merveilleuse invention ?

C’est que même sans penser une seule seconde à la finitude de notre existence et à sa conclusion inévitable, donc en évacuant d’emblée toute angoisse métaphysique de l’après-vie ou toute interrogation philosophique sur le sens de la vie, j’ai eu l’impression de me noyer moi-même dans l’infinité des choses que je devais faire, en me demandant si la proportion des choses que je souhaitais faire était vraiment satisfaisante.

Il y a tant de choses à faire pour simplement exister dans notre monde, que j’ai l’impression qu’elles dévorent littéralement le temps imparti aux choses que j’aurais envie de faire pour vivre pleinement le Temps que l’on m’a accordé dans cette vie.

Et chacune de ces choses, qu’elle soit une contrainte ou un choix, exige du temps, exige une durée, exige une attention, exige une disponibilité.

Étant un être fini, et non un être éternel, la somme de mes accomplissements est elle aussi finie.

Nous devons faire des choix. C’est l’une des vérités premières de l’existence.

J’ai fait des choix. Et ces choix ont pris leur dîme temporelle.

Changer de lieu d’exercice, même pour quelques centaines de mètres, même pour une liberté accrue et un confort supérieur, même pour m’affranchir de règles iniques et retrouver une plus grande liberté d’action, a eu un coût temporel. Construire un nid concret pour abriter ma vie avec la compagne de mes jours et de mes nuits, en adéquation avec mes valeurs et mes aspirations a eu un coût temporel bien plus élevé encore. Mais ces choix-là sont réfléchis et assumés. Le prix à payer est acceptable au regard des bénéfices.

Mais la complexité de nos systèmes dévore plus encore de Temps, inutilement, cruellement.

J’ai parfois eu l’impression de perdre mon temps. De le gâcher.

Mon métier me passionne, même s’il n’est pas ma passion. Il me permet de rencontrer d’autres êtres humains et d’entrer en relation avec eux de façon vraie, d’avoir un rôle, une fonction, utile et plus ou moins reconnue (même si on peut toujours vouloir être mieux reconnu, mais c’est un autre problème). Mais il est chronophage. Il dévore le temps, littéralement. Car cela prend du temps que de cerner le problème d’un patient après l’avoir apprivoisé. Cela prend du temps que de comprendre l’autre. Cela prend du temps que d’élaborer une stratégie commune pour trouver une solution ou un début de solution à un problème. Cela prend du temps que de réfléchir sur une situation. Et vingt à trente patients dans une journée, c’est long. Surtout quand il faut en plus convaincre des administrations de soin, quand il faut gérer une activité dite libérale, quand il faut faire tout cela de front.

Je ne me plains pas, loin de là. J’ai un métier passionnant, encore une fois.

Mais j’ai peur de me laisser enfermer dedans.

Car j’ai aussi beaucoup d’autres aspirations, beaucoup d’autres envies, beaucoup d’autres urgences qui piaffent d’impatience à l’intérieur même de mon corps, de mon cœur, de mon cerveau.

Et si peu de temps pour les laisser s’exprimer.

Là non plus, il n’est pas question d’angoisse existentielle. Il est plutôt question de frustration.

Sentir que l’on a au fond de soi une multitude de projets inexprimés, une myriade d’idées qui foisonnent et bouillonnent sans pouvoir naître vraiment, cela ronge. Leurs embryons s’agitent et étouffent de rester coincés dans la matrice de mon esprit.

Mais je ne sais comment les faire naître tous tant le Temps m’est compté au quotidien.

Les nommer pourra au moins un temps les apaiser, car les Noms ont un pouvoir, nous le savons tous.

L’approfondissement de mon expérience dans le soin, qui passe par la maîtrise plus grande des mots, de l’empathie, de la compréhension holistique de l’autre. Mon mémoire d’hypnose. Les formations indispensables et agréables à la fois. Les congrès où se croisent les chemins et s’enrichissent les expériences.

L’écriture, mon Grand Œuvre, ma grande passion, les histoires. Il y a en a tellement. Le Choix des Anges qui peine à naître, mais aussi Rocfou, cette tentative de faire vivre un univers médiéval fantastique enfin débarrassé des scories cruelles de Game of Thrones sans être une nouvelle paraphrase de Tolkien, Fée du Logis pour enfin transcrire en mots les impressions d’un rêve merveilleux et l’irruption du fantastique dans le réel, Sur les genoux d’Isis qui voudrait transposer le merveilleux de l’Égypte antique dans la culture de la fantasy moderne, Tarot, mon vieux projet de marier épopée arthurienne et légende napoléonienne (à moins que ce ne soit l’inverse), et maintenant La Tribu Perdue, une envie d’écrire enfin une littérature de loup-garou débarrassée des niaiseries du genre tout en assumant une portée littéraire (sans prétention excessive) en me basant sur la trame de ce que j’avais écrit en jeu de rôle pour mes petits camarades.

Le théâtre, que j’ai dû arrêter alors que la scène me manque. Il était physiquement trop compliqué d’assumer les répétitions et le reste de mes obligations.

Le cinéma, la réalisation, dont un seul projet pourrait remplir des années de temps complet : écrire un script, trouver des acteurs, constituer une équipe technique, trouver des décors, concevoir un découpage technique et un story-board, préparer un tournage et l’assumer puis le diriger ensuite de bout en bout, faire la direction d’acteur, monter les séquences, assurer la postproduction…

Appréhender la méditation de pleine conscience, lire des centaines de livres, voir des dizaines de séries, des milliers de films.

Vivre avec mes compagnons de jeu des centaines d’aventures de jeu de rôle, dans des univers variés : cape & épée, superhéros, horreur, science-fiction, space opera, roman noir, et tout ce qu’ils voudront bien tenter avec moi.

Écrire sur ce blog.

Et surtout : vivre. Vivre avec mes parents, mes amis. Vivre avec ma femme. Profiter du temps qu’il m’est accordé avec eux. Avec elle.

Vivre avec le monde. Prendre le temps de regarder les arbres danser dans le vent devant ma terrasse, les nuages filer sous la poussée de l’Autant, mon chat jouer avec une poussière ou un insecte, ou courser un mulot malchanceux.

Bref, je suis frustré. Frustré au quotidien par l’impossibilité primordiale de réaliser tout ce que je sens en moi.

Cette frustration atteint des sommets actuellement, car, paradoxe banal de l’univers, c’est en retrouvant plus de temps libre que les désirs étouffés jusque là frappent de plus belle à la porte du réel.

Retrouver l’Arche perdue

Conscient que tout ceci n’est qu’une période elle aussi limitée dans le temps, je m’attache tout de même à réfléchir sur ce que je peux en tirer comme leçon. La principale est celle-ci : l’Arche est en chacun de nous. En moi, j’ai déjà tout ce qu’il faut pour entrer à nouveau en harmonie avec le temps qui structure mon existence. Il suffit de laisser l’Ordre émerger du Chaos.

Il suffit de choisir, vous dira-t-on chez Psychologies Magazine. Il suffit de trouver ce qui est réellement important pour soi, de se concentrer dessus, et de dire adieu au reste, qui n’est que pollution de l’existence.

Oui. Mais non. En tous les cas pas pour moi.

Si j’ai appris une chose au cours de ces quelques années où mon champ de vision s’est étendu à d’autres façons de concevoir l’acte de soigner, c’est que la solution est unique pour chacun d’entre nous. Au point que les phrases toutes faites ne sont d’aucun secours, au point qu’elles puissent même devenir des obstacles à ce qu’elles prétendent offrir.

Le temps est relatif, me disait l’autre soir le grand Albert. Vous savez, celui qui trouve marrant de tirer la langue quand on le photographie ?

La majorité des gens vivent cette vérité sans vraiment en avoir conscience, parce qu’ils n’en mesurent pas toutes les conséquences.

Il est possible de dilater ou de contracter le temps. Du moins notre perception de son écoulement. Se plonger dans quelque chose d’agréable (un bon bouquin, un film poignant, une conversation passionnante) nous fait paraître l’écoulement du temps plus rapide. C’est la fameuse phrase « je n’ai pas vu le temps passer ». Au contraire, se trouver devant un débat télévisé de deuxième tour d’élection présidentielle, ou écouter pérorer un orateur qui se prend trop au sérieux, c’est l’assurance de se trouver dans une boucle temporelle qui ne finit jamais, et trouver « le temps long ».

Mais on peut aller plus loin. Si l’on parle assez vite à quelqu’un pendant dix minutes, il va avoir la sensation que le temps s’est écoulé plus vite. Au contraire, détachez bien les mots, posez les syllabes et prenez un ton plus lent, et ces mêmes dix minutes paraîtront une éternité à votre interlocuteur.

C’est ce que l’on appelle la distorsion temporelle. C’est très utile dans bien des situations, quand on est soignant.

Mais revenons-en au choix, à celui que me conseillerait Psychologies Magazine.

Choisir est un acte difficile, un acte adulte, car il signifie privilégier une voie et se fermer toutes les autres. Il existe, c’est vrai, des chemins de traverse qui permettent parfois d’en emprunter un autre que l’on avait oblitéré auparavant. Mais le principe est là : choisir, c’est trancher dans le vif et supprimer des potentialités. C’est ainsi que l’Univers a évolué depuis son commencement.

La frustration de n’avoir pas le temps de réaliser ce que l’on voudrait se résoudrait-elle en privilégiant une voie parmi toutes les autres et en se séparant de celles que l’on aura jugées moins importantes ? On serait tenté de le penser.

Cependant, je crois profondément que nous sommes là devant un cas de faux choix typique. Nous avons l’illusion du choix, et pas une véritable liberté.

Parce que nous ne pouvons pas décider de laisser tomber les contingences matérielles ou sociétales pour nous concentrer sur nos propres désirs. En tous les cas moi je n’en suis pas capable. Je ne suis pas Diogène dans son tonneau, vivant en marge de la société pour me consacrer entièrement à la philosophie. Il y a là pour moi une incongruité majeure, un choc difficilement acceptable. L’être humain est un animal social. Je ne puis m’écarter de la société de mes semblables. Je dois donc en assumer les conséquences.

D’un autre côté, est-il pensable, concevable, de renier la partie de soi qui aspire à vivre d’autres choses que les conséquences de sa place dans la société ? En d’autres termes, est-il possible, et souhaitable, que j’abandonne mes passions à la raison ? Est-il possible, et souhaitable, de choisir entre ces différentes passions ?

Chacun a sa propre réponse en ce qui le concerne.

Mais la mienne est non.

Je ne peux me résoudre à m’amputer moi-même d’une part essentielle de mon existence.

Une grande sage m’a dit un jour que certaines personnes avaient une façon de penser en arborescence, ouvrant un éventail de possibilités dans leur esprit pour ensuite faire des liens, des ponts entre les différentes branches de cette arborescence. J’ai trouvé l’image parlante d’autant plus qu’elle me semble s’accorder parfaitement avec la façon dont j’ai toujours fonctionné.

Et un autre grand sage qui m’accompagne depuis ma naissance a théorisé le concept du trépied de vie. Chacun d’entre nous doit trouver trois pieds sur lesquels faire reposer sa vie. Ce peut-être la famille, les amis, le travail (rôle dans la société), une passion, un être aimé. Mais il en faut trois, au moins. À égale importance. Afin que si l’un d’entre eux vient à se briser, à s’affaiblir, les deux autres nous permettent de nous tenir encore debout pour le reconstruire ou le remplacer.

Je ne peux donc pas choisir. Ou plutôt si.

Je choisis de ne pas choisir.

Je fais le choix assumé de vivre selon plusieurs temps en même temps.

« N’as-tu jamais dansé avec le Diable au clair de lune ? »

La phrase du Joker devant l’Homme-Chauve-Souris me revient en tête quand je pense à ce qui me semble actuellement être la décision la plus sage pour me permettre d’apprivoiser les temps dont j’ai besoin pour vivre.

Je suis notoirement empoté quand il s’agit de danse. Je sens le rythme, mais je ne parviens pas à le retranscrire avec mon corps, comme s’il était incapable de vibrer avec la même fréquence que mes neurones, et que la musique. Et c’est valable si je me mets à chanter (non, je ne le ferai pas, vous pouvez être tranquille, il fera beau ce week-end), ou à jouer de la musique.

Un comble pour le fils d’un musicien. Un comble pour quelqu’un qui ressent les rythmes et les cycles à l’œuvre autour de lui.

Je suis un être de paradoxes.

Et pourtant, c’est bien la danse que je vais devoir apprendre pour apprivoiser le Temps. Une danse particulière, s’entend.

Ne pas choisir ne signifie pas ne pas structurer, ne pas hiérarchiser.

Dans une partition, dans une symphonie, dans un morceau de rock, et même dans un rap, différents instruments partagent la scène auditive. Selon un ordre, une harmonie. Un rythme. Des cycles. À un moment c’est la basse qui occupe la majeure partie du morceau, et les pieds bougent d’une certaine façon. À un autre moment, la basse fait place à la guitare ou à un violon, et ce sont les bras qui entrent en action, ou bien les pieds changent de rythme, de mouvement. Puis c’est la voix qui s’avance, alors que les autres instruments sont toujours là, et nos gestes suivent une autre phrase, une autre phase.

Voilà ce que je crois être ma solution. Apprendre à danser, à jouer, à chanter avec le Temps. Laisser à un instant le travail se déployer, pour mieux le mettre en sourdine quelque temps plus tard et faire émerger l’écriture d’une histoire lorsque ma femme invite ses amies et collègues lors d’un week-end « filles ». Profiter des espaces entre deux patients, entre deux problèmes, pour vagabonder dans mes pensées ou prendre des nouvelles de ceux qui me sont chers.

C’est difficile parce que ça demande une souplesse qui n’est pas forcément mon fort.

Et danser avec le Diable c’est périlleux, parce qu’il peut changer de rythme à tout moment. Même si la lune éclaire bien le dancefloor. On connaît sa réputation de petite farceuse.

Je vais donc apprendre la souplesse, mais aussi à laisser les événements faire émerger les points d’orgue de ma vie, sans la laisser filer seule, en la guidant de temps en temps pour qu’elle suive la direction voulue, mais en lui permettant quelques digressions de temps à autre. Et si vous songez au taoïsme en lisant ces lignes, vous ne faites peut-être pas tant fausse route que cela.

Je suis confiant. Je sais que je suis plein de ressources. Et que finalement, le Temps est avec moi, car il aime lui aussi jouer.

Joyeux troisième anniversaire, Serpent à Plume

Joyeux troisième anniversaire, Serpent à Plume

Je suis un homme de rituel, et les cycles sont pour moi une composante essentielle de l’existence.

Un troisième cycle s’achève déjà pour d’écaille & de plume, alors qu’une nouvelle fois la roue se met à tourner et ouvre un quatrième épisode de l’aventure débutée avec cet antre numérique. Une fois encore, c’est le moment de se retourner un peu pour voir le chemin parcouru, les réussites et les échecs, avant de regarder vers le futur et les projets qui vont animer cette quatrième année.

La régularité du métronome… ou presque

Cette année a été marquée par une pause. En musique, il n’y a pas que les notes. Il y a les silences, les pauses, les demi-pauses. Parfois, leur présence en dit aussi long que la mélodie. Parfois, ils sont insoutenables. Parfois encore ils sont lourds de sens.

Articles publiés

Pour la première fois au long de ces trois années, le métronome a sauté un battement, comme une extrasystole auriculaire, comme une syncope. Cet été a été riche sur le plan personnel, et j’ai choisi de manquer l’un de mes rendez-vous avec vous pour le vivre correctement. Parfois, la vie, la vraie, impose un rythme différent, son propre cycle. Il s’agit de l’écouter, de l’entendre, de le prendre en compte. Il s’agit de vivre.

Mais le reste de l’année, le cœur du Serpent à Plumes a retrouvé sa fréquence, et toutes les deux semaines un article paraissait. Cela reste ma grande fierté, pour la troisième année consécutive.

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Augmentation du nombre de visiteurs

La croissance de mes visiteurs continue à être au rendez-vous, même si beaucoup viennent butiner sans vraiment revenir. Mais je suis conscient que le monde virtuel est vaste, sans doute plus que notre monde bien réel, et que les découvertes y sont éphémères, que nous sommes tous des nomades numériques, avec quelques rares habitudes vers de grandes demeures bien identifiées. J’aime voir internet comme une contrée mystérieuse où l’on peut voyager de région en région sans jamais revenir sur ses pas. C’est sans doute que quelques grands royaumes captent la majorité des voyageurs : les réseaux sociaux, les sites d’information, les sites marchands. Je ne suis ni l’un, ni l’autre, encore moins le troisième.

J’ai quand même quelques invités réguliers, qui commencent à me lire de temps à autre. Je pense à Saint Épondyle, ou à Mais où va le Web, par exemple.

Et parmi ces visiteurs, j’ai retrouvé avec plaisir quelques connaissances perdues de vue depuis des années, comme Axel, ou WilyBird.

D’ailleurs, je me félicite de la qualité des quelques commentaires que j’ai reçus cette année.

Rétrospectives

Si l’on s’intéresse aux articles qui ont le plus attiré mes visiteurs, on peut retenir que, comme l’an passé, c’est mon analyse sur les séries et les films qui tient le haut du pavé. Je vous présente le trio gagnant.

Ensuite, mes contributions au jeu de rôle m’apportent un deuxième contingent d’invités. Particulièrement ma série sur Star Cowboy, ma campagne de space opera, et ma proposition de jouer avec FATE sur le mode des séries américaines, ou mon essai de présenter les scénarios sous forme de cartes heuristiques.

Enfin, ma grande déception est encore que mes productions plus littéraires arrivent dans le peloton de queue, mais je pense très sincèrement que les textes littéraires sont très difficiles à lire directement sur un site. J’ai donc quelques projets de ce côté-ci, dont je vous parlerai plus tard dans l’année si tout va bien.

Promesses non tenues, promesses à tenir

J’ai débuté l’année dernière en teasant honteusement des articles qui pour la plupart n’ont pas encore vu le jour. Je sais, c’est mal. Pourra défense, ils étaient tous déjà bien avancés. Mais j’ai été victime de ma propension à être enthousiaste pour ma dernière découverte, celle qui avait lieu juste avant la date de publication prévue d’un article. Et puis aussi, il faut l’avouer, par le fait que l’inspiration venait beaucoup plus facilement sur ces sujets-là que sur ceux qui étaient prévus à l’origine.

Je n’ai pas non plus tenu deux grandes promesses : terminer Le Choix des Anges, et le chapitre 2 de Fée du Logis.

Aussi cette année sera différente. Malgré les changements qui vont encore avoir lieu dans ma vie (cette fois-ci du côté professionnel), je vais consacrer plus de temps à l’écriture de ces deux projets littéraires. Malgré les représentations de Un drôle de cadeau, qui vont continuer cette année, je vais me discipliner. D’ailleurs, je n’ai pas totalement démérité en 2016, puisque la réécriture du Choix des Anges est achevée à 40 % environ. Il me reste du travail à accomplir, mais c’est largement faisable si mes vacances sont cette fois-ci de vraies vacances…

La vie est pour moi un enchaînement de cycles, mais aussi une question d’équilibre. Le défi est de trouver le juste équilibre entre tous les piliers de ma vie : piliers personnels, pilier professionnel, pilier artistique. J’ai l’ambition de réussir en 2017 à enfin trouver la bonne recette, la bonne formule alchimique.

J’y travaille, et j’ai de l’aide.

Alors, en avant, suivez-moi dans le quatrième cycle !

Trepalium, le travail ou la mort

Trepalium, le travail ou la mort

Le travail.

Dans nos sociétés où détenir un emploi est pratiquement devenu un marqueur de la valeur d’une personne, le sens étymologique du mot prend un sens nouveau.

Ce n’est donc pas un hasard si les scénaristes de la nouvelle série originale produite par Arte l’ont mise en exergue dans le premier épisode.

Trepalium, en latin, désigne le chevalet sur lequel les suppliciés étaient torturés. Il deviendra en français le mot travail, pour signifier aussi bien l’emploi d’un individu dans la société, sa tâche, que l’acte d’enfanter, véritable torture avant l’invention de l’anesthésie péridurale.

Torture.

Cette filiation étymologique est la base du pitch de la série.

Imaginez un monde où 80 % de la population est au chômage, et seulement 20 % occupent un emploi. Les tensions sociales ont été si fortes que 30 ans auparavant, les Actifs ont érigé un Mur autour de leur forteresse, laissant le reste de la population se débrouiller seule dans les ruines du reste de la cité. Alors qu’au dehors du Mur les Inactifs survivent dans des conditions très dures, à l’intérieur, chacun est prêt à tout pour garder son emploi, voire pour monter dans la hiérarchie en profitant de la moindre faiblesse d’un égal ou d’un supérieur. Ceux qui meurent au travail sont à peine froids qu’une lutte sans merci se joue pour se voir confier leur poste.

Même les enfants ne peuvent échapper à leur destin. Inactifs, ils sont livrés à eux-mêmes et doivent survivre d’expédients. Enfants d’Actifs, ils sont condamnés à réussir une scolarité impitoyable s’ils veulent contenter les espoirs que leurs parents ont placés en eux, espoirs de réussite sociale ou simplement de non-déclassement. Car à la moindre faiblesse, à la moindre maladie, point de protection sociale : c’est à la famille d’assurer la subsistance de celui ou de celle qui trébuche. Avoir des enfants possédant un bon emploi est donc la garantie de pouvoir vivre, ou survivre.

La série débute lorsque, pour libérer le Ministre du Travail retenu en otage depuis plus d’un an par des activistes au-delà du Mur et obtenir des aides financières de la communauté internationale, la Première Ministre décide de donner des gages en promulguant une loi obligeant dix mille Actifs à employer chacun un Inactif tiré au sort, qui chaque jour quittera la Zone pour entrer en ville, et chaque soir regagnera le bidonville des déshérités.

C’est ainsi que les deux sociétés vont à nouveau se côtoyer, apprendre chacune des horreurs que vit l’autre.

Izia Katell, jeune femme issue de la Zone, va ainsi entrer dans le quotidien de la famille de Ruben Garcia, jeune père de famille dont le regard désabusé sur sa propre existence cache mal des valeurs plus humaines que celles dont il est obligé de s’accommoder pour survivre.

C’est Mais où va le web ?, toujours à l’affût, qui m’a prévenu depuis Twitter de la diffusion de la série par Arte.

J’ai donc relevé le défi.

Trepalium décrit une évolution très noire de notre société actuelle. Une vision donc très irréaliste, mais qui a le mérite d’interroger la place que nous accordons à la valeur travail au travers d’une fable où Bienvenue à Gattaca aurait croisé Hunger Games.

Les références sont d’ailleurs assumées, jusque dans les lumières : ternes et froides dans la Zone, avec des débris, de la poussière, de la saleté, claires et brillantes dans la ville, où tout est aseptisé, artificiel, technologique. Ces choix fonctionnent bien, même s’ils sont empruntés à des références un peu trop appuyées, et si la réalisation a ce côté « image de série télé française » qui se voit immédiatement. Une qualité d’image qui gêne au départ pour entrer dans l’ambiance, d’ailleurs.

Le jeu est quant à lui un peu inégal, mais fonctionne relativement bien lorsqu’on saisit que les codes du théâtre ont été parfois choisis pour accentuer le trait. Et on entre petit à petit dans l’univers froid et glaçant. La réalisation s’améliore au fil des épisodes (ou bien on s’habitue).

L’intrigue quant à elle est sans grande inventivité (mais ce n’est pas là le véritable intérêt d’une dystopie, c’est vrai), et se déroule de manière classique, en empruntant le cheminement commun à Hunger Games, Divergente, et autres univers imaginaires totalitaires récents. Une révolution se prépare, dans laquelle les personnages « ordinaires » que sont Izia Katell, Ruben Garcia, et leurs familles, vont jouer un rôle de premier plan sans vraiment l’avoir cherché, simplement parce qu’ils se sont soulevés contre la tyrannie. Ce cheminement est surtout l’occasion pour chaque personnage de faire des choix moraux, de les mettre en pratique, d’y sacrifier éventuellement quelque chose.

La Zone suivant Trepalium (en haut) et le District d’Hunger Games (en bas), une belle ressemblance, non ?

Il faut dire que la dichotomie entre les deux mondes s’étend aussi au domaine psychologique, et c’est à la fois une bonne et une mauvaise surprise.

Mauvaise parce que la caricature paraît un peu trop marquée. Les Actifs, tout entiers tournés vers la réussite à tout prix, sont engoncés, méfiants, ne se touchent presque jamais. Leurs émotions sont cadenassées, car assimilées à des faiblesses potentielles. Les notions d’amour, d’amitié, de loyauté, sont toutes subordonnées à la réussite professionnelle. L’enfance même est une épreuve. Le loisir n’existe pas. Le personnage de la fille de Ruben, mutique, reflète toute l’absurdité et toute l’inhumanité de la société des Actifs. Elle choisit de se couper volontairement d’un monde qu’elle refuse. D’un autre côté, au-delà du Mur, les Zonards sont décrits comme des êtres plus instinctifs, avec des sentiments « normaux », même s’ils évoluent dans un monde dur où la survie physique est une épreuve de chaque instant.

C’est un petit peu manichéen, mais la bonne surprise est de sentir la cohérence du propos. Clairement, la série est prise comme une fable, et si on la regarde comme telle, la caricature, le manichéisme peuvent faire sens.

Et ce sens est une invitation à réfléchir sur notre façon d’envisager le fonctionnement et la place du travail dans nos vies.

On peut regretter cependant qu’avec 6 épisodes de 50 minutes, l’intrigue ne se contente que de décrire sur 3 épisodes un statu quo pour se concentrer sur les 3 derniers de narrer la chute du Mur. On aurait attendu d’une série produite et mise en avant par Arte d’approfondir un peu plus la réflexion. Surtout si l’on considère que les toutes dernières minutes de la série rebattent les cartes sur un twist non seulement prévisible mais assez dommageable, car on a l’impression qu’il est là pour focaliser l’attention du spectateur sur le déroulement de la Révolution plutôt que sur ce qui va se passer ensuite.

J’aurais bien aimé une proposition sur ce qui pouvait advenir une fois le Mur tombé. Quel genre de rapport au travail peut-on inventer si l’on sort de la dualité emploi/non emploi ? Si Trepalium est une série militante, clairement, j’aurais aimé qu’elle le soit d’une manière plus constructive. Il ne sert pas à grand-chose de dénoncer une fois de plus un état de fait, de décrire comment il peut mener à la ruine, sans proposer des pistes pour en sortir. Même si ce sont des chemins utopiques, même si ce sont des fantasmes sociologiques.

Les travers d’une société clivée, où le travail est montré comme aliénant, déshumanisant, toxique, où le cynisme des politiques et des dirigeants économiques (tout au long de la chaîne des responsabilités dans l’entreprise Aquaville, du plus petit chef de service au grand PDG) fait miroir avec les aspirations de la masse des exclus qui voient l’insertion dans un système inique comme étant la plus haute réalisation dans leur vie ; tout ceci est certes présent. Mais en poussant un peu plus la réflexion, on se rend compte que Zonards et Actifs sont unis dans cette soumission au travail. Les uns dans leur supplice de Sysiphe consistant à ne jamais perdre, les autres dans celui de Tantale, à ne faire que rêver d’atteindre un Graal qu’ils haïssent au demeurant.

Le trio dirigeant de la Ville (en haut) font face à Noah et sa mère Izia Katell, dans la Zone (en bas).

D’un autre côté, un personnage se détache de tous, celui de Robinson, la figure sage qui rêve de réunifier la société, même si son moteur n’est peut-être pas si innocent et altruiste qu’affiché. Il incarne une autre facette du travail, une facette qui tranche avec la vision qu’en ont tous les autres protagonistes. C’est un Zonard, mais il assume une fonction dans la Zone. Une double fonction. Celle d’un professeur, d’abord. Celui qui transmet aux autres non pas seulement des connaissances sur « le monde d’avant », mais aussi et surtout des outils pour réfléchir, pour penser par eux-mêmes. Gardien d’une bibliothèque, la seule que l’on voie dans la série, où les livres et les journaux sont conservés et prêtés alors que dans la cité tous les biens doivent être rendus pour être achetés à nouveau et faire fonctionner la machine productiviste, il incarne à la fois la mémoire d’une société plus civilisée, et la possibilité d’un autre modèle. Deuxième fonction, celle de dirigeant, dans l’ombre sous le pseudonyme de Sol, avec une grande ambition, celle de faire changer son monde. Celle d’un révolutionnaire.

C’est cette vision qui m’aurait vraiment intéressé de voir se développer. Il manque à Trepalium une ambition, et c’est justement celle de dépasser le simple cadre d’une fable commune comme peuvent nous en proposer tous les ans les studios hollywoodiens avec leurs dystopies produites pour les adolescents en manque de rébellion (et je n’ai rien ni contre les adolescents ni contre les rebelles).

On aurait pu montrer la chute du Mur en un seul épisode, le quatrième, et développer sur les deux derniers une ébauche de ce que le futur pouvait prendre comme forme. Évoquer un autre système. Changer les valeurs entre l’emploi et le non-emploi. Montrer une tentative.

Montrer comment, par exemple, un travail (celui d’enseignant) peut aussi être vu non seulement par le prisme du productivisme, mais aussi par celui de la vocation, de la fonction, du rôle.

Je crois profondément que le travail n’est pas aliénant, si et seulement si, il correspond à la place de chacun dans « l’Univers ». Je m’explique sur cette vision presque confucéenne des choses.

Il est faux de penser que les Zonards n’ont pas de travail, puisque chacun, pour survivre, est obligé d’occuper une fonction. Tel Robinson, tous occupent une place. Et si certains le font uniquement pour survivre, lui le fait par engagement. Il montre qu’un travail peut être à la fois utile, épanouissant, et donner un statut, une reconnaissance, même s’il n’est pas intégré dans la cité, même s’il vit en dehors du Mur. La bibliothèque semble être en effet comme un sanctuaire dans la série.

Ainsi, le travail peut être vu comme une fonction accomplie dans l’ordre des choses, et non comme une valeur à placer au-dessus des autres. Et sans notion de hiérarchie entre les différentes fonctions, puisque l’ensemble de la société a besoin de chacune de ses parties, comme un organisme a besoin de chacun de ses organes, pour fonctionner.

Si j’ai invoqué les mânes de Confucius, c’est sans doute parce que cette idée « d’ordre céleste » est ce qui résume le mieux pour moi cette vision idyllique et utopique certes, mais souhaitable, du monde du travail. Que chacun se sache à sa place, sans craindre le déclassement, mais en faisant de son mieux pour remplir sa fonction, ce qui lui offre non seulement les moyens de vivre de son travail, mais aussi la reconnaissance sociale après laquelle courent les Zonards dans Trepalium. Ce qui n’empêche pas non plus la mobilité, la promotion, la reconnaissance du mérite, le changement de poste, l’évolution de carrière.

Très loin, il est vrai, de la réalité actuelle que caricature la série en poussant dans ses retranchements la logique du système dans lequel nous vivons.

Actuellement, le travail est vu tel que le montre la série, comme une compétition permanente où chacun doit écraser l’autre. Les firmes commerciales doivent vendre plus que leurs concurrents, toujours plus. Les dirigeants doivent augmenter la productivité et les bénéfices de leur société, toujours et toujours plus. Les actionnaires doivent engranger plus de dividendes, toujours et toujours plus. Les salariés doivent augmenter leurs cadences, faire toujours mieux avec toujours moins de moyens, toujours et toujours plus. Et à chaque étage, écraser un concurrent n’est en aucune manière un interdit. Au contraire, c’est une pratique encouragée.

Un monde tel que le décrit Trepalium, sans les excès les plus visibles ?

Peut-être pas, parce que la série fait l’impasse sur les transformations actuelles du monde du travail dues à la révolution numérique, et ce même s’il tente une percée du côté des lanceurs d’alerte (des informations confidentielles à propos de l’entreprise Aquaville sont vitales pour la révolution qui se prépare, Sol se proposant de les divulguer pour créer une insurrection dont les activistes profiteraient). D’autres en parlent bien mieux que moi, mais si l’on peut craindre que cette révolution n’accentue un fossé entre classe possédante et classe subissante, on peut aussi penser qu’elle soit le bon moment pour repenser notre rapport avec le travail et notre rôle dans la société.

L’univers clair et aseptisé de Trepalium (en haut), et celui de Bienvenue à Gattaca (en bas)…

Le travail n’est-il pas qu’une façon de faire avancer l’Humanité ?

Si vivre c’est créer quelque chose de différent, qui n’existait pas avant, pour ajouter de la diversité et de la complexité à l’Univers qui nous entoure, alors le travail ne doit viser qu’à cela. Vivre.

Depuis les virus recombinant leurs génomes à l’infini pour constituer des espèces toujours plus diverses, jusqu’aux inventions que les esprits humains matérialisent, la vie n’est que création. Y compris dans les postes de travail les plus « simples », dont les techniques, les astuces professionnelles, les coups de main, sont toujours plus fins, sophistiqués, pensés, affinés, par les expériences, les échecs, l’apprentissage.

Pour le moment, l’Homme est irremplaçable dans le domaine de l’évolution, la création, l’inventivité.

Sa place est peut-être là, et non dans l’inutile course à la rentabilité.

Des mouvements sont à l’œuvre, ici ou , pour repenser notre place dans le travail.

Et au vu de l’explosion des pathologies plus ou moins directement liées à la sphère professionnelle (burn-out, dépressions, maladies professionnelles), dont je suis l’un des témoins privilégiés et impuissants, il est sans doute urgent d’y parvenir.

Trepalium y participe à sa manière, celle d’un miroir déformant.

Il est hélas frustrant de ne pas distinguer dans ce miroir une autre réalité, un reflet vers une autre proposition.

C’est peut-être notre rôle à nous, spectateurs, citoyens, que de le construire de nos mains.

Deux années déjà

Deux années déjà

La nouvelle année s’étant ouverte il y a quelques jours, il est temps pour moi de faire un petit bilan de cette deuxième année d’écaille & de plume, de savoir ce que j’ai réussi ou échoué, ce que je dois encore améliorer ou ce qui fonctionne bien. Comme l’année passée, j’avais envie de vous faire partager mes conclusions.
Comme l’année passée, je vais essayer de prendre quelques bonnes résolutions.
Et cette année, je vais aussi honteusement faire du teasing.

En quelques chiffres

Articles publiés

Cette année encore, j’ai réussi à tenir mon rythme initial d’un article toutes les deux semaines. Et l’actualité m’a même poussé à deux reprises à écrire plus.

D’abord lors des attentats de janvier 2015, puis, plus récemment, lorsque j’ai voulu décrypter pour les profanes comme pour les initiés la réelle portée et la réelle nocivité de la réforme dite « Loi de modernisation de notre système de santé ». Ce dernier article aura d’ailleurs eu une audience forte (toute proportion gardée), me faisant espérer que mes concitoyens ne sont plus autant dupes de ce que l’on essaie de leur faire gober.

%

Augmentation du nombre de visiteurs

C’est l’augmentation de fréquentation du site entre 2014 et 2015 en nombre de visiteurs. Il semblerait que le Nid du Serpent à Plumes commence à se faire connaître. Et cela on le doit aussi aux deux derniers chiffres.

Visiteurs venus de Facebook

Visiteurs venus de Twitter

C’est le nombre de visiteurs venus des réseaux sociaux, respectivement depuis Facebook et Twitter. Ce sont deux chiffres intéressants car si je tweete régulièrement, je ne suis pas du tout inscrit sur le Livre des Figures. Outre que les réseaux sociaux sont donc bien une voie d’accès à mes articles, il est amusant de constater que Facebook est tellement répandu qu’il n’est même plus besoin d’y être inscrit pour qu’il mène jusqu’à votre site… Ce pourrait être vrai des autres réseaux, mais pas au point de concurrencer en nombre de visiteurs ceux où l’on est soi-même présent (je suis clair, là ? J’ai un doute).

Ce qui marche : pourquoi j’ai raison

Je me répète, mais la régularité d’écriture est ma grande fierté de moi envers moi-même.

Le temps filant comme du sable très fin entre mes doigts pas si boudinés que cela, y faire entrer l’écriture de façon suffisamment régulière en 2015 a été une vraie performance entre les bouleversements professionnels (départ d’un associé, que l’on attendait depuis très, voire trop, longtemps, réorganisation qui s’ensuit, interrogations professionnelles récurrentes chez moi lorsque je constate comment évolue mon métier, et j’en passe), ceux qui interviennent dans ma vie privée (rien de grave, mais les projets privés, aussi enthousiasmants soient-ils, mangent aussi du temps et de l’espace de cerveau disponible), et enfin les obligations liées à la scène (je me fais l’effet d’un grand mytho quand j’écris ça, mais c’est la réalité même si je ne suis pas non plus en tournée dans toute la France…).

D’ailleurs, mes articles les plus lus sont ceux qui sont les plus construits. Et ça aussi, ça fait rudement plaisir !

Ainsi, le palmarès se joue en 2015 entre ePub Anatomy (318 vues), ma petite prédiction sur l’avenir de notre système de soin (222 vues), et mon essai d’utiliser FATE pour construire des campagnes de jeu de rôle sur un modèle de série américaine (187 vues). J’y rajouterai un article surprise en bon quatrième : Deux films sur un thème : à la recherche du bonheur (172 vues).

Mes textes plus littéraires, eux, ont moins de succès, soit à cause de la difficulté de lire sur écran, soit que tout bonnement ils n’ont pas plu. Le chapitre 1 de Fée du Logis a réuni 44 lecteurs, et Samhain & le Jabberwocky seulement 7…

Ce qui marche moins bien : pourquoi j’ai quand même parfois tort

C’est donc tout naturellement que je me penche sur ce qu’il faudrait améliorer.

D’abord, comme vous pouvez vous en rendre compte si vous comparez avec mes résolutions de l’année dernière, je n’ai pas beaucoup avancé sur mes projets littéraires.

Le Choix des anges est encore en chantier : réorganisation de quelques scènes, rajout de quelques autres, et un axe transversal à construire pour mieux rendre la problématique du choix entre Bien et Mal ont été déjà accomplis, mais il reste un gros travail de rédaction sur pas mal de choses.
Le deuxième chapitre de Fée du Logis est toujours à l’état d’embryon.
Quant à Rocfou ou Sur les genoux d’Isis, on peut carrément parler des toiles d’araignées qui commencent à envelopper les manuscrits…

Tout cela devrait quand même avancer un peu cette année, puisque 2016 sera moins théâtrale pour moi. Si Un drôle de cadeau continue à vivre avec deux représentations prévues avant la fin du printemps (et si je vais encore prendre un plaisir immense à incarner Marcel Feuillard sur scène), je passe mon tour pour la prochaine pièce que vont monter mes camarades de la Compagnie Raymond Crocotte.

Promis donc, en 2016, vous pourrez enfin lire Le Choix des Anges, et je l’espère Fée du Logis en entier.

Autre axe d’amélioration : les commentaires sur le site. Vous savez que j’ai réorganisé un peu le design de mon antre numérique. Mais pour le moment si je suis lu, peu d’entre vous ont voulu ou pu réagir. Mieux vaut peu de commentaires que des commentaires sans intérêt, c’est vrai, mais on peut parfois se sentir un peu seuls, donc, si une réflexion vous vient à propos de ce que vous lisez sur ce site, pas d’hésitation : écrivez-le et partagez-le…

Episode III : A New Hope

Alors oui, la troisième saison des aventures de Serpent à Plumes sur internet débute, et vous pourriez vouloir quelques images en avant-première. Je ne vous ai pas encore concocté de bande-annonce ou même de teaser (ça viendra peut-être quand on en sera à l’épisode VII… il paraît que c’est là que se déchaînent les fans), mais pour vous mettre l’eau à la bouche, voici quelques petites choses que vous pourriez bien voir ici en 2016 :

Sense8, ou comment la diversité humaine peut aussi nous rassembler

Vice Versa, l’esprit vu avec esprit (en regard croisé avec une neuropsychologue)

La Chine vue par les Occidentaux dans la littérature et le cinéma

Le difficile métier d’être père à travers deux films

Amerikla, comment initier des trentenaires au jeu de rôle

Petit guide de roll20 pour les vieux briscards du jeu de rôle qui n’arrivent plus à organiser des parties sur table

Les Lames du Cardinal ou comment la cape & l’épée rencontrent le jeu de rôle

Alors si tout cela vous donne envie, revenez régulièrement sur d’écaille & de plume, vous pourriez aussi lire ou voir beaucoup d’autres choses que mon esprit fébrile conçoit déjà.

Il ne me manque plus qu’une chose : le Temps !

Tiens ça mériterait bien une suite à ça, ou même à ça

La Deuxième Mue

La Deuxième Mue

Certains d’entre vous, familiers de l’antre du Serpent à Plumes, ont pu noter quelques changements dans la présentation du site.

Ces modifications ne sont pas qu’esthétiques ou cosmétiques, mais bien les conséquences d’une réflexion sur ce que je voudrais faire de ce Nid Virtuel.

Même si à mon avis toute personne qui écrit le fait avant tout pour exprimer ce qu’elle a en elle sans forcément chercher de retour, la démarche d’ouvrir un espace sur la Toile me semble relever d’une envie, ou d’un besoin, différents. Au-delà du narcissisme évident, voire de l’exhibitionnisme, qui me semblent attachés à toute exposition de ce genre, je crois que c’est le désir de susciter des réactions, qu’elles soient intellectuelles ou émotionnelles (artistiques), qui me guide dans cette aventure qu’est l’écriture. On peut d’ailleurs étendre ce constat à mes autres activités artistiques, que ce soit le théâtre ou le cinéma.

Il fallait donc aller plus loin dans la virtualisation/matérialisation de tout cela.

D’abord, se rapprocher du texte, et cela impliquait de se débarrasser de toutes les sidebars sur le site, même et surtout pour les articles de blog. Offrir le plein écran aux mots me semblait la meilleure façon de leur rendre leur impact, et de focaliser l’attention de mes lecteurs, vous, sur le principal. L’histoire, le rythme des phrases, l’enchaînement des idées.

Je suis conscient que cela est un peu à contre-courant de ce qui se fait sur la Toile, où les pages des blogs sont de plus en plus morcelées en différentes sections verticales.

Je suis également conscient que cela me place dans un courant de « storytelling » comme on le nomme dans la langue de l’auteur du Songe d’une Nuit d’Été. Mon espace se structure donc comme une trame un peu dirigiste qui veut raconter une histoire. C’est une présentation qui s’apparente plus à un livre, voire à un livre électronique de type « flux », et qui correspond plus à mon envie profonde qu’un blog construit sur un schéma standard.

C’est pour cela que l’image a une place importante dans ce flux. Elle aide à le structurer, à illustrer le propos, à prolonger la réflexion ou l’imagination.

J’ai donc pris le parti de faire de la place aux images, et de prendre soin de trouver à chaque fois celles qui me paraissaient apporter un petit « plus ». D’ailleurs, j’ouvre une page dédiée aux liens vers les artistes de chaque image, quand c’est possible et quand le lien existe.

Deuxième décision : faciliter les commentaires pour échanger plus efficacement avec mes lecteurs.

D’écaille & de plume est loin d’avoir une audience considérable, mais justement, le but est de faire en sorte qu’on puisse y échanger confortablement, facilement, agréablement. Si les foules s’y passionnent et s’y ruent plus tard, tant mieux, mais pour le moment j’ai envie d’une ambiance cosy, un brin british. Une causerie au coin du feu (élément commun au Dragon et au Phoenix).

C’est pourquoi je voulais reprendre à zéro la conception de la partie commentaire du site.

En fouinant un peu, en adaptant, j’ai trouvé à peu près ce qui me convenait avec deux systèmes complémentaires, que vous pourrez utiliser au grès de vos envies et de ce qui sera le plus pratique.

D’abord un système assez conventionnel dans sa forme où les commentaires se font à la fin de l’article. Mais leur particularité est de posséder quelques fonctionnalités avancées.

Vous pouvez ainsi avoir envie de marquer votre approbation avec un commentaire particulier sans pour autant vous immiscer vous-mêmes dans la conversation. Vous pourrez désormais le faire en vous servant du système de vote intégré directement dans les commentaires (un pouce levé ou baissé suivant votre appréciation, comme le Livre des Figures américain vous y a peut-être habitué).

Vous pouvez aussi avoir envie de partager un commentaire particulier (que ce soit le vôtre ou celui d’un autre) sur un réseau social. Il y a donc un bouton de partage sous chacun des commentaires, qui vous permet de faire apparaître les icônes de plusieurs réseaux parmi les plus populaires.

Vous pouvez toujours partager l’article dans son ensemble avec les boutons qui flottent, comme des bulles de couleur dans l’océan des données informatiques de ce Nid Virtuel, ou à la fin des articles eux-mêmes.

Vous pouvez également éditer votre commentaire fraîchement posté (jusqu’à 30 minutes après), si vous désiriez corriger quelque chose.

Enfin, dernière fonctionnalité de ces commentaires nouvelle génération, vous pouvez suivre leur déroulé en recevant des alertes par courrier électronique, et y répondre de la même manière, simplement en répondant aux mails que vous recevez.

Le deuxième système, que j’essaierai d’améliorer encore, notamment sur l’intégration esthétique, est une possibilité de commenter directement lors de la lecture d’un article, grâce à une petite bulle agrémentée d’un signe « + » que vous avez certainement remarqué se promenant à la droite de chacun des paragraphes lorsque vous déplacez votre souris. Au fil des phrases.

En cliquant sur ce « + », vous faites surgir une fenêtre modale sur le côté droit du paragraphe qui a suscité votre réaction, pour y insérer un commentaire. Une fois cela fait, la bulle restera attachée au paragraphe en y indiquant le nombre de commentaires qui y sont liés. Cela permet de noter des réactions directement dans le flux de lecture, et je me suis dit que pour certains articles de fond, pour ceux qui amènent une réflexion ordonnée et construite, cela serait plus agréable pour tous que de suivre l’enchaînement des réactions comme celui de mes divagations.

Ces commentaires « en ligne » pourront aussi être retrouvés dans la section dont je parlais auparavant, tout en bas de l’article.

Les deux systèmes sont donc imbriqués l’un à l’autre.

J’espère ainsi faciliter vos réactions, et avoir plus encore le plaisir de discuter avec vous, comme dernièrement Vieux Plouc, Axel F., ou Saint Épondyle.

Le troisième axe d’amélioration de l’interface a été concentré sur le nombre d’articles qui commence à augmenter sur ce site (52 sans compter celui-ci, au moment de sa publication). Malgré quelques rubriques permettant de se repérer un peu, il pouvait rester assez difficile de retrouver un article en particulier.

J’ai donc un peu vitaminé la recherche et l’indexation, avec une page dédiée à une recherche avancée (par catégorie d’article, par page, par titre, par auteur, par mots clefs, par contenu, commentaire ou extrait) qui saura retrouver pour vous, dans le dédale de l’antre du Serpent à Plumes, la pierre précieuse pour laquelle vous aviez entamé un périple si dangereux sur la Toile.

Enfin, pour des contacts plus privés, et après une absence de quelques semaines due à l’incursion d’un troll dans ma boîte mail, vous pouvez m’envoyer un message directement grâce à la page dédiée, que vous trouverez au pied du site.

Avec tous ces aménagements, mon Nid Virtuel convient bien mieux à ce que je voulais qu’il soit depuis le début. Et en terminant cette année 2015, je voulais ouvrir un nouveau chapitre pour m’y sentir mieux encore. Bien sûr, d’autres améliorations viendront sans doute. Mais la principale maintenant n’attend plus que vous et vos claviers…

Rythmes & cycles, réflexions sur la Nature, l’Homme, et la Maladie

Rythmes & cycles, réflexions sur la Nature, l’Homme, et la Maladie

Tout a probablement commencé le jour de mes 39 ans. J’entrais dans ma quarantième année et le passage du temps, pour la première fois de ma vie, m’a angoissé. La fameuse crise de la quarantaine, me suis-je dit. Et durant une année, mon esprit fut préoccupé par le temps, sa signification dans ma vie.

Cette angoisse sourde a paradoxalement pris fin le jour de mes quarante ans, sans aucune explication.
J’avais sans doute sans le savoir compris quelque chose.

Puis, à l’occasion d’un article sur ce blog, pour un concours lancé par Lune, j’ai retrouvé le fameux numéro de VITRIOL, le fanzine auquel je participais lorsque j’avais vingt ans, sur le Voyage dans le Temps. J’y ai relu avec plaisir (et quelque nostalgie, je dois l’avouer) l’article dans lequel deux de mes camarades de l’époque discouraient sur les différentes théories imaginaires ou scientifiques du Temps et de la façon dont on pouvait voyager à travers le passé ou le futur.

Enfin, il y a quelques semaines, c’est le livre que mon père a offert à mon épouse pour son anniversaire (Cosmos, de Michel Onfray) qui a achevé de me convaincre : le Temps et sa perception sont le point névralgique de toute vision du monde.

Un livre à lire... si vous arrivez jusqu'au bout... moi je n'ai pas pu !

Un livre à lire… si vous arrivez jusqu’au bout… moi je n’ai pas pu !

Et j’avais besoin de développer ici la façon dont je le vois, la façon dont je le perçois, pour sans doute expliquer comment la vision qu’en ont mes contemporains m’exaspère si souvent et si fortement.

Car s’il est bien une seule chose avec laquelle je suis d’accord dans le livre de Michel Onfray (par ailleurs horripilant au possible), c’est que les Hommes du XXIe siècle occidental ont une perception erronée du Temps.

La Fuite du Temps de la civilisation occidentale moderne

Mon métier est de soigner.

Qu’est-ce que cela pourrait-il vouloir dire d’autre que simplement ceci : favoriser des processus naturels de guérison, d’adaptation, de remplacement, au détriment de processus naturels de maladie, de désadaptation, de destruction ?

Car avec toute notre technologie, nous ne sommes pas capables de nous substituer complètement à la Nature. Nous dépendons toujours d’elle, car même avec notre compréhension intime de la matière vivante (si ce n’est de la matière elle-même), nous ne connaissons presque rien des mécanismes si complexes qui en régissent la régulation. Même en sachant quels processus biochimiques ou génétiques de régulation entrent en jeu dans chaque étape de la cascade moléculaire de la Vie, nous ne comprenons toujours pas l’entièreté du schéma concepteur du Vivant. Et même en connaissant ce schéma, quel savoir nous faudrait-il pour le remplacer par un autre ?

Car nous faisons partie du Vivant, nous sommes partie intégrante d’un monde qui nous dépasse et nous entoure, nous englobe. Nos processus intimes sont liés aux lois de la physique, de la chimie, de la biologie moléculaire. Des lois naturelles. Inviolables. Du moins dans l’état actuel de nos connaissances. Et pour certainement encore très longtemps.

Pourquoi alors mes contemporains s’acharnent-ils à nier que les processus naturels qui font partie d’eux si intimement ont besoin de temps ? En tous les cas, d’un temps qui échappe à leur volonté ?

Pourquoi alors exiger qu’une gastro-entérite virale disparaisse aussitôt le médecin consulté ? Comment ne pas comprendre que la simple diarrhée, pour s’arrêter, nécessite que les liquides excrétés à grand-peine par l’intestin soient réintégrés dans le milieu intérieur… et que cela demande du temps ?

Pourquoi calquer le fonctionnement d’un organisme vivant sur celui d’une machine ? Pourquoi penser que les rouages de notre corps, ou de notre pensée, pourraient se réduire à ce que nous avons nous-mêmes construit ? Le fonctionnement d’un ordinateur nous paraît extraordinairement complexe, et pourtant, il est infiniment plus simple et basique que celui d’une seule de nos cellules. Comment alors concevoir que nous puissions comprendre véritablement l’interaction des milliards de cellules qui nous composent ?

Nos signaux cellulaires vont vite, très vite, mais la Nature a son propre rythme, et ce n’est pas celui de l’ADSL

Notre technologie est puissante, elle nous a permis de conquérir la planète, de la dompter un temps (car ses mécanismes de régulation nous sont tout autant inaccessibles et vont finir par nous revenir à la figure), mais elle nous pousse à oublier que nous ne sommes pas les maîtres du Temps.

Notre rythme de vie s’est accéléré : l’informatique, l’électricité, ont permis de soustraire à nos vies des temps auparavant incompressibles : celui d’une lessive de linge, celui de la cuisson des aliments, celui de la communication entre deux points éloignés du globe terrestre.

Mais si l’immédiateté est devenue la norme, si la réactivité absolue est érigée en valeur, si la spontanéité et le « temps réel » (quel drôle d’expression, comme s’il existait un « temps irréel », qui serait de plus le temps naturel, et comme si le « temps réel » était notre propre façon de modifier la perception du passage des instants dans nos sociétés…) sont désormais des standards recherchés par tout un chacun, la Nature, elle, n’a pas évolué au même rythme que la Loi de Moore (qui stipule que les capacités informatiques doublent tous les 18 mois).

En avoir conscience me met régulièrement dans une exaspération terrible envers ceux (bien souvent mes patients, mais je m’inclue parfois dans le lot moi-même), qui, n’y ayant pas même pensé, croient que nos connaissances et nos thérapeutiques permettent de s’affranchir des rythmes biologiques.

Or, leur expliquer que la médecine n’est pas de la magie, qu’elle suit des règles qui ne dérogent en aucun cas à celles de la Nature, est parfois compliqué.

J’ai souvent l’impression de devoir briser un mythe pour le leur faire accepter. Le mythe de la médecine toute-puissante, le mythe de la science humaine sur-naturelle, le mythe du progrès que l’on n’arrête pas.

Or, j’en suis persuadé, tout ce qui nous entoure est soumis à une loi inviolable : le Temps est Cycles.

Le calendrier cyclique maya

Les Roues du Temps

Sans vouloir paraphraser le titre de la saga de Robert Jordan, je n’ai pas trouvé meilleure image pour décrire ce fait que la science comme la simple observation confirment à l’unisson.

Depuis la rotation hyperrapide des électrons autour du noyau d’un atome (et ce sens de rotation, le spin, à la base de technologies comme l’IRM) jusqu’à la rotation gigantesque des galaxies sur elles-mêmes, la physique et l’astrophysique nous offrent les premières preuves de ce que les Anciens avaient compris dans la révolution des astres dans le ciel.

La biologie offre la même image : les cycles des végétaux (les cercles de croissance des arbres) comme les existences des animaux (naissance, vie, prédation, reproduction, transmission, mort) suivent des schémas immuables.

Sur ce plan-là, Michel Onfray a parfaitement raison, qui décrit la succession des temps nécessaires à la dégustation d’une série de crus dans une cave, afin de remonter le temps.

Nos vies suivent le même cycle, chacune selon un rythme différent. Certains vivront ces étapes plus vite que d’autres, certains les verront s’étirer sur une période plus longue. Mais la vitesse ne varie pas à l’échelle cellulaire. Elle varie à l’échelle des événements de vie.

Comprendre que nous sommes soumis à quelque chose qui nous dépasse, sans que ce soit une volonté divine ou un maître transcendant, mais bien plutôt une loi universelle, devrait nous rapprocher d’une sagesse plus grande. En acceptant le simple fait que nos rythmes sont dictés par cette loi, nous pourrions plus facilement accompagner la marche de notre roue temporelle, et profiter de chaque degré de rotation.

Nous pourrions aussi voir le monde comme une harmonie à comprendre, une personne à rencontrer, à accepter avec ses qualités et ses défauts, simplement en observant la course de ses rouages circulaires, comme on s’émerveille devant la complexité élégante des mécanismes internes d’une montre.

Nous pourrions nous considérer comme un rouage essentiel, mais non pas plus important qu’un autre.

Nous pourrions retrouver un peu de certaines valeurs qui se sont envolées avec notre course vers toujours plus de rapidité : respect de soi-même, respect des autres, civisme. Je me fais l’effet d’un vieux bougon en écrivant ceci, mais je suis sûr que je ne suis pas le seul à déplorer l’état lamentable du civisme dans notre société. Je suis peut-être plus isolé quand je lie la perte de cette valeur à l’accroissement de nos exigences temporelles.

Retrouver le sens du temps serait très certainement salutaire pour nos sociétés dans leur ensemble.

Et pourtant.
Et pourtant, l’existence humaine, il est vrai, n’est pas seulement un cycle, car l’Homme a apporté une autre inconnue à l’équation : sa culture.

La Spirale Universelle

Réduire la Nature à des cercles qui se répètent à l’infini reste malgré tout simpliste, en effet.

Là encore, si la croissance d’une plante répond à la loi des cycles, elle répond aussi à une autre forme : la spirale formée par le nombre d’or.

Là encore nos connaissances ont confirmé ce que les Anciens avaient intuitivement compris : la fameuse suite de Fibonacci n’a pas seulement une élégance esthétique, elle est une donnée fondamentale du vivant. Elle décrit aussi bien la croissance d’une plante en termes mathématiques que l’impression d’harmonie qui se dégage d’un dessin de Léonard de Vinci ou des proportions d’une pyramide égyptienne.

En l’appliquant au passage du temps, on peut considérer que la spirale du nombre d’or décrit l’évolution des cycles naturels sous l’influence de la culture humaine.

Notre culture, donc l’effort que nous produisons depuis la première organisation des sociétés préhumaines alors que nos ancêtres ne marchaient encore que partiellement courbés, infléchit forcément le réel.

Loin d’être la force maléfique que décrit Michel Onfray (paradoxe ultime que le philosophe dénigrant la culture qui donna naissance à sa discipline, et qui écrit un livre pour diffuser la thèse selon laquelle les livres nous éloignent du réel et devraient être objets de notre méfiance), la culture qui nous élève vers un état autre que celui de nature nous permet sans doute de mieux saisir les mécanismes à l’œuvre dans le monde. Et de mieux encore les accepter. De les accompagner. De les sublimer.

Ainsi, loin de nous faire revenir sans cesse au même point de départ, chaque cycle s’achève dans un état plus élevé de complexité dans l’univers qu’à son début, et fait renaître le cycle suivant vers une richesse supérieure du monde qui nous entoure.

Chaque livre écrit, chaque œuvre produite, chaque existence humaine qui passe, apporte d’innombrables opportunités à la Nature : des choix génétiques à chaque reproduction, inédits, car héritiers de milliards de combinaisons précédentes ayant produit un résultat unique, des choix artistiques ou techniques encore jamais vus, car bâtis sur les briques de chaque invention passée.

L’évolution de l’Univers se fait vers toujours plus de complexité.
Les quarks se sont combinés en particules positons ou électrons, qui se sont eux-mêmes combinés en atomes, puis les atomes en molécules, les molécules en cellules vivantes, ces dernières en organismes pluricellulaires, qui ont formé des sociétés. Et les sociétés produisent des cultures qui s’agencent pour former… quoi ? Le patrimoine de l’Humanité ? Et quel sera l’enfant de ce patrimoine ?

Tout cela sous la bienveillante houlette du temps et de ses cycles, pour donner à la spirale de complexité toujours plus d’ampleur dans un mouvement qui peut nous paraître éternel.

Mais que l’Homme puisse se croire autorisé à briser la base même de la rotation est d’un incroyable orgueil.
Nous serons peut-être un jour prochain capables de remplacer des protéines déficientes dans nos cellules (c’est la base de la thérapie génique), ou de palier à des mécanismes défaillants grâce à des agents robotisés minuscules qui nettoieront notre organisme (les nanotechnologies), mais même ces prouesses nécessiteront du temps, un temps qui ne sera pas dicté par notre seule volonté, mais bien par des contingences physiques : le temps de remplacement du gène défectueux dans les milliards de cellules de notre organisme par un virus modifié, le temps d’action de milliards des nanorobots sur une structure aussi compliquée que ce même organisme.

Même alors, je gage qu’il y aura des impatients pour râler et trouver que les choses sont inadmissibles et qu’à leur époque, on ne devrait pas attendre. Pour trouver que franchement, en 2548, attendre 24 heures pour qu’un membre repousse, c’est la préhistoire, ou qu’en 2548, guérir d’un rhume en moins de deux jours ne soit toujours pas possible…

Ceux-là, que j’espère moins nombreux alors, n’auront pas vraiment progressé sur la spirale du temps vers plus de complexité, de compréhension du monde et de sagesse.

Ceux-là resteront finalement plus prisonniers encore de ce temps qu’ils mettront tant d’énergie à combattre.

Phi, le Nombre d'Or

Les barbares, anciens ou modernes…

Les barbares, anciens ou modernes…

Ce que nous avons vécu hier, mercredi 7 janvier 2015, n’est hélas qu’une nouvelle résurgence d’un mal plus profond, plus ancien, plus tentaculaire.
Un mal qui hante l’Humanité depuis sa naissance.

Ceux qui ont osé lâchement assassiner des personnes désarmées simplement parce qu’elles étaient libres, parce qu’elle incarnaient la liberté de penser, la liberté de dénoncer, la liberté d’éclairer par le rire les ténèbres qui envahissent trop souvent le monde, ceux là ne sont pas seulement lâches, ils sont privés de Conscience.

Ces barbares ne sont que l’incarnation actuelle de ceux qui brûlaient des livres au rythme du pas de l’oie durant le XXe siècle, eux-mêmes héritiers des esprits étriqués qui en brûlaient, au nom de Dieu, déjà (même si ce n’était pas le même…), aux XVIIe et XVIIIe…

Ils sont les derniers avatars des barbares qui, sûrs d’être les Elus de je-ne-sais quelle cause, entité, ou personnalité, imbus d’eux-mêmes au point d’en éclater de suffisance et d’en suinter de bêtise, ont pu sévir dans notre Histoire au fil des siècles.

La barbarie, c’est l’absence de culture, l’absence de doute, l’absence de compassion. C’est être enfermé dans un système qui étouffe la pensée à un point tel qu’il l’anéantit dans la tête même de celui qui est endoctriné. C’est perdre son Humanité.

La nature humaine est violente, encore empreinte du sceau du prédateur, de l’animal qui devait survivre, qui devait conquérir un territoire pour lui et les siens. Mais elle n’est pas barbare. En tous les cas je ne puis me résoudre à le croire.

Voilà pourquoi nous, êtres Humains, nous tous, nous devons refuser cette barbarie.
Nous devons rester dignes, nous devons rester libres.
Nous devons reprendre le flambeau.

Il s’agit bien d’un combat, mais du combat inégal entre les Ténèbres et la Lumière, à l’intérieur de nous-mêmes comme à l’intérieur de nos sociétés.
Inégal, ce combat l’est à plus d’un titre.
D’abord parce que la tentation de répondre à la violence par la violence est forte.
Il ne faut pas y céder.
Car c’est surtout parce que la plume est, sera et a toujours été plus forte que l’épée, que ce combat est inégal. A la fin, que nous montre la barbarie ? Que pour tenter de faire taire un simple crayon, elle doit recourir à une arme automatique ou à un lance-roquettes. Et que, même alors que le sang a été versé, c’est le crayon qui remporte la mise. La barbarie est faible, l’Humanité est forte.

La victoire finale est promise à ceux qui tiennent la torche éclairée, à ceux qui envers et contre tout essayent d’arracher un sourire, un rire, une larme, avec des mots simples, avec des images, avec des sons, avec de l’intelligence et de la complicité, avec de l’Art, avec de l’éducation. Pas à ceux qui veulent recouvrir nos esprits et nos vies de Ténèbres.

Pour chasser les Ténèbres, une seule arme, à multiples usages : l’éducation. Apprendre aux autres à penser, à critiquer, les autres comme eux-mêmes, apprendre soi-même la dérision, l’auto-dérision, apprendre à douter de tout, sans se gaver de certitudes, jamais.

Apprendre à être Humain.

Et réapprendre à être Humaniste.

Une année d’écaille & de plume

Une année d’écaille & de plume

Tous les rythmes propres de la Nature sont des cycles, des révolutions dans lesquelles chaque phénomène, chaque être vivant, se retrouve périodiquement au même moment à la fois inchangé et profondément différent. Les levers du soleil sont immuables et toujours différents, les cycles des cellules vivantes ne sont jamais identiques… et les serpents changent périodiquement de peau en abandonnant leur ancienne mue. Les êtres humains ne font pas exception à la règle. Et les serpents à plumes ne peuvent pas plus y déroger…

C’est donc pour moi le moment délicat et intemporel, le temps suspendu, où le bilan du cycle précédent doit rencontrer l’anticipation du cycle suivant. Le moment où l’on jette un œil à l’année écoulée pour mieux se projeter vers celle qui va s’ouvrir. En quelques chiffres et quelques pensées jetées un peu comme elles viennent.

Le premier cycle du Serpent à Plumes

Cette première année, je m’étais fixé quelques objectifs simples.

24.

Nombre d’articles publiés cette année.

44779.

Nombre de mots publiés dans les articles de blog.

1940.

Nombre de mots moyens pour un article.

Le premier d’entre eux était tout simplement de faire vivre ce site, en postant régulièrement. Je suis parvenu à remplir cette mission-là, puisque mon métronome intérieur a égrainé les articles toutes les deux semaines. J’ai donc repris un bon rythme d’écriture après plusieurs années de difficultés à prendre la plume, et ce même avec une vie professionnelle et personnelle remplie de tracas ou de projets, prévus comme impromptus. L’écriture est autant une discipline qu’un plaisir, et j’ai maintenant acquis le « réflexe » que je cherchais à retrouver.

11.

Nombre d’articles dans L’encre & la plume. Catégorie d’Articles la plus représentée.

2.

Nombre d’articles de tutoriel (Les Pixe-Ailes du Phœnix).

En regardant ce que j’ai écrit durant cette année, je me rends compte que, sans surprise, les deux sujets les plus représentés sont de loin la littérature et le cinéma (11 et 9 articles respectivement). J’ai peu écrit sur le jeu de rôle, ne jouant pas assez pour me sentir l’autorité de le faire. Mon propos s’est porté assez souvent sur le côté numérique de la lecture, notamment avec ma série sur le livre électronique.

Article le plus lu.

Fate et le Format série américaine en jeu de rôle.

436.

Nombre de visiteurs uniques pour cet article.

4:19.

Temps moyen passé sur la lecture de cet article par les visiteurs.

Mais l’article qui a eu le plus de succès (et qui peut-être me vaut le plus de mon lectorat) est paradoxalement un article s’intéressant au jeu de rôle. Un engouement assez inattendu pour moi, même si je sais que la communauté rôliste est assez friande d’aides de jeu.

Je suis donc parvenu aux trois objectifs que je m’étais fixés : écrire, écrire sur ce qui me tenait à cœur, toucher un petit lectorat (autre que mes amis).

Mes petits bémols : ne pas avoir eu la possibilité de poster plus de mes écrits, le temps manquant pour assumer à la fois l’écriture sur cet espace, l’écriture sur Énergies Libres, un projet plus collaboratif avec des limites de temps plus dures, et l’écriture sur mes propres projets littéraires.

Les songes d’un nouveau cycle

Voici ce que la mue va nous apporter en 2015, si je parviens à me couvrir d’une nouvelle peau.

Tout d’abord, continuer sur cette lancée et ne pas ralentir mon rythme de publication sur cet espace. J’espère continuer à maintenir l’exigence de qualité qui me satisfait à peu près sur mes articles.

Je voudrais pouvoir donner corps aux quatre autres chapitres de Fée du Logis, pour vous les présenter tout au long de l’année qui s’ouvre.
Puis trouver enfin la discipline d’écrire aussi sur mes trois projets majeurs : Le Choix des Anges, Rocfou, et Sur les genoux d’Isis, dont je vous parlerai certainement dans les mois qui viennent.

Bref, je voudrais recommencer à écrire des histoires.

L’année devrait au moins voir naître la version littéraire du Choix des Anges. La correction est presque achevée. Il restera à peaufiner une couverture, à créer la maquette de livre électronique (et qui sait, une version papier ?), et à offrir la liberté à cette histoire, avant de la porter en images si le projet d’en faire un film peut devenir réalité.

Vous devriez aussi entendre parler d’Un drôle de cadeau, puisque nous devons jouer la première le 28 février 2015.

Enfin, je forme le souhait que vous soyez plus nombreux encore au fil des mois à me lire et me suivre. Après tout, c’est aussi pour cela qu’on se met à écrire…

Bonnes fêtes à vous !

Europe, du mythe à l’idéal… et vers la réalité ?

Europe, du mythe à l’idéal… et vers la réalité ?

Pour une fois, une petite réflexion sur un sujet non artistique… encore que…
La politique, ou « vie de la cité », au sens étymologique du terme, traverse nombre d’œuvres. Et chacun d’entre nous, comme citoyen, a le devoir de s’y pencher.

Notre cité, en ce début du XXIe siècle, n’est plus seulement notre ville ou notre village, mais bien le monde.
Et pour les habitants du Vieux Continent, c’est tout au moins l’Europe elle-même.
Mais les récentes élections démontrent avec éclat que, pour citer de Gaulle, il ne suffit pas de « sauter comme un cabri » en proclamant « l’Europe, l’Europe ! » pour que les peuples du continent soient emportés par le même enthousiasme. Pour qu’ils partagent l’idée de faire partie d’une même nation.
Je me suis posé alors la question : l’Europe est-elle et peut-elle être notre nation ? Mais qu’est-ce qu’une nation, en fait ?

Un mythe fondateur ?

Ravie par Zeus à son rivage phénicien de Tyr, la fille d’Agenor donnera son nom à la terre où le Roi des Dieux la déposera pour l’aimer. Un début pas forcément prometteur que cet enlèvement. On aurait pu penser que l’Olympien aurait fait à sa conquête le somptueux cadeau de lui offrir cette terre en souveraineté… ce ne fut pas le cas, elle qui fut donnée en mariage à un autre… ainsi va la faveur versatile les Dieux.

Une histoire commune ?

Le continent qui porte le nom d’Europe peut par contre compter sur une histoire très riche. Depuis l’établissement des peuples indo-européens jusqu’aux guerres mondiales du XXe siècle, en passant par le destin imposé par l’Empire Romain, les parentés croisées des anciennes monarchies ou les soubresauts des révolutions du XIXe siècle, l’histoire de chaque pays d’Europe est intimement liée à celle de ses voisins. Mais nous avons aussi une histoire commune avec d’autres parties du monde sans pour autant nous sentir faire partie d’une même nation. Depuis deux siècles la France et les États-Unis d’Amérique sont alliés, mais peu d’entre nous peuvent se sentir assez proches d’un américain du Midwest pour penser faire partie de la même nation.

Une langue commune ?

À première vue, c’est le critère le moins pertinent, si l’on considère la multiplicité et la diversité des langues parlées sur le Vieux Continent. Cependant, chacune de ces langues peut être apparentée à une ou plusieurs autres et toutes ont des racines communes (hormis le basque, je vous l’accorde…). On peut aussi comparer les différences qui les séparent à celles qui distinguent, disons l’occitan du picard. Si l’idée de nation a émergé en France, les différences linguistiques ont tout de même perduré très tard.

Une religion commune ?

Si l’Europe fut le berceau du christianisme, elle fut aussi celui de l’athéisme, et la sécularisation engagée depuis les Lumières a traversé tout le continent pour en faire le moins religieux de tous.

Une culture commune ?

C’est, je crois, là que l’on peut trouver une réponse. La conjugaison d’une histoire aussi imbriquée et de langues plus ou moins apparentées les unes aux autres n’a pu que créer des ponts entre les nations européennes. Ces ponts sont une certaine forme de pensée, depuis le droit romain jusqu’à des courants comme l’Humanisme, qui ont traversé tout le continent. À l’époque médiévale, les frontières n’étaient pas du tout les mêmes et les « étudiants » de l’époque allaient suivre des cours à Bologne comme à Montpellier. Si une langue structure la pensée et les concepts, le fait que nos langues soient issues d’une même origine nous fait appréhender la réalité suivant des abstractions assez proches. De là un sentiment de communauté d’intérêts, une proximité.
Sans nier les différences régionales existant au sein même de la nation française, nous partageons ce sentiment de faire partie d’un même ensemble.
Si l’on réfléchit à l’échelle européenne, et en évacuant les stéréotypes qui veulent que les Allemands soient disciplinés et rigoristes et les Espagnols au sang chaud, à quel point nous sentons-nous proches de nos voisins immédiats : espagnols, allemands, belges, suisses ?
Je crois que si l’on est honnête, cette proximité est une réalité.
Mais qu’en faire ?

Un destin commun ?

C’est là toute la question. Voulons-nous lier notre destin à celui des autres européens ?
C’est une question de volonté. Volonté politique, volonté des peuples, volonté de chacun d’entre nous.
Et il faut se poser la question non seulement d’un point de vue « défensif » – résister aux influences des autres blocs de civilisation comme l’Asie ou l’Amérique, minimiser les effets pervers de la mondialisation –, mais aussi d’un point de vue « positif » – construire un modèle qui peut relancer notre civilisation vers de plus grandes réalisations, dynamiser nos arts, nos sciences, notre pensée.

C’est l’échec de la conception actuelle de l’Europe.
Tout le monde ne parle de l’Europe, en France, mais aussi dans les autres pays européens, qu’en terme de protection, de forteresse.
Mais il y a aussi et surtout une dimension plus positive et constructive à prendre en compte. La résistance ne fait pas forcément les grandes choses. Les grandes choses se font quand on regarde vers l’extérieur.
La diversité même des Européens est leur force, comme leur unité d’histoire et leur communauté de pensée. Ensemble, non seulement ils peuvent éviter que des modèles qui ne leur conviennent pas ne prennent pied dans leur vie, mais encore peuvent-ils construire un modèle meilleur encore.

Construire une Utopie ?

C’est précisément ce qui nous manque. Une utopie, un Rêve Européen comme il y a eu un American Dream.
Mais comment ?
Je suis persuadé que l’influence la plus forte n’est pas l’influence politique, mais bien l’influence des idées, des concepts, des arts. C’est la culture qui influence les esprits. Servons-nous de notre culture commune et amplifions-la.
À commencer par donner à l’Europe une dimension éducative.
L’Humanisme s’est répandu à travers le continent à la Renaissance grâce aux universités qui formaient un maillage étendu. Reconstruisons cette trame. Confions à l’Europe des universités dans chaque pays, dans chaque région, où les étudiants ne seraient pas seulement ceux du programme Erasmus, qu’il faudrait étendre d’ailleurs.
L’Union elle-même pourvoirait au financement et au recrutement des enseignants, qui seraient de véritables fonctionnaires européens.
Nous formerions ainsi une jeunesse européenne imprégnée des mêmes idées, qui personnifierait la diversité et la richesse du continent dans son ensemble.
Il reste à déterminer dans quelle langue l’enseignement se ferait. J’ai bien peur qu’il ne faille accepter que ce soit l’anglais, même si, en bon français que je suis, je ne puis m’empêcher de penser que la langue de Molière serait plus apte dans ce rôle. Il est bien évident que la majorité des jeunes Européens parlent un minimum d’anglais, et une minorité le français, hélas.
À moins de considérer que l’apprentissage de langues différentes puisse aussi faire partie de ce projet.
Ou de penser que l’enseignement se ferait dans la langue du pays qui hébergerait l’université.
Les programmes seraient déterminés au niveau européen, bien sûr.
Le corollaire de cette idée est de créer des diplômes européens, reconnus dans toute l’Union. Et probablement reconnus ailleurs.

Et pourquoi se cantonner à l’université ?
Je crois que l’enseignement primaire et secondaire devrait rester la primauté des États, mais qu’il faudrait créer des programmes coordonnés. En Histoire et en Géographie, nous devrions apprendre à nos enfants un point de vue européen et pas seulement centré sur notre pays.

Le résultat se verrait en deux à trois générations. Car il ne faut pas se leurrer, le sentiment européen mettra du temps à s’enraciner. Un changement de cette envergure sera long. Mais c’est le seul moyen de construire une Europe qui soit aussi durable que l’Empire Romain et pas un assemblage artificiel conçu par des politiques déconnectés de la réalité.

Il faut aussi commencer à considérer que les citoyens européens doivent avoir des droits et des devoirs européens.
Ce qui veut dire deux choses essentielles : une véritable démocratie européenne, et une fiscalité européenne.

Pour le premier point, il est évident qu’il faut renforcer les pouvoirs du parlement européen. Lui donner un droit d’initiative des lois. Lui donner le pouvoir d’élire le président de l’exécutif, ou bien que ce président soit obligatoirement issu du parti ayant remporté les élections. Comme dans toutes les démocraties. Il a déjà le pouvoir de voter le budget de l’Union, mais c’est un pouvoir trop encadré par les États qui donnent des subsides et négocient à chaque période leur participation.
L’idée est de créer un impôt européen que paierait chaque État à hauteur d’un pourcentage de sa masse fiscale. Bien sûr ce pourcentage devra être le même pour tous les États, pour que chaque habitant de l’Union paye en proportions égales. Ce pourcentage pourra même être indiqué directement sur la feuille d’impôt du contribuable, comme il l’est pour nos collectivités territoriales.
L’impôt étant le socle de la solidarité, le contrôler via une instance démocratiquement élue et non plus par des tractations entre dirigeants pour des raisons plus ou moins louables est une nécessité. Absolue.

Ce budget pourrait servir à l’agriculture, comme actuellement, à l’industrie, mais aussi et surtout à la recherche et à développer une réelle place à notre continent. Une défense réelle, avec un squelette d’armée européenne. Une harmonisation de nos règles sociales. Des investissements massifs pour créer une révolution écologique et énergétique. Une véritable politique de numérique en créant un « cloud » européen avec nos propres règles et plus celles des USA. Bref, une vie quotidienne qui soit imprégnée d’une Europe positive.

Mais tout ceci présuppose d’abord une condition extrêmement difficile à remplir : que chaque pays accepte de briser ses propres conservatismes. Que chacun accepte que les autres aient beaucoup à nous apprendre et que nous devrons abandonner certains de nos « avantages » pour en gagner d’autres.
Ce n’est vraiment pas un combat gagné d’avance, mais c’est le seul moyen pour sortir d’un modèle qui ne correspond pas aux attentes des citoyens de l’Union.

Quitte à faire un nouveau traité avec quelques pays seulement.

Ouverture : le Serpent à Plumes

Ouverture : le Serpent à Plumes

C’est donc le lever de rideau.

Mon premier billet, sur mon premier véritable blog.

Oh, bien sûr, il y a eu l’expérience de celui que j’ai tenu pendant les trois ans qu’a duré la maturation du projet de mon premier véritable film, Ultima Necat. Mais c’était il y a maintenant plus de six ans.

Le net a un peu changé depuis cette époque. Et moi aussi.

L’idée a mis du temps à faire son nid, mais une fois bien installée, elle a déployé ses ailes. Il était temps pour moi de partager à nouveau mes passions au-delà du cercle privilégié que sont mes amis et ma famille.

Il sera donc question ici de ces contraires qui structurent le monde, le monde réel et notre monde intérieur, l’imaginaire. L’écaille du Dragon et la plume du Phœnix feront écho au serpent du caducée et à la plume de l’écrivain, mais aussi à l’obscurité des mythes et des légendes et à la lumière des sciences (ou l’inverse), à l’écho métallique des technologies et au crépitement flamboyant des arts.

Je vous ferai partager l’avancée de mes différents projets, qu’ils soient d’écriture ou de vidéo. Mes choix créatifs parfois aussi.
Je vous soumettrai mes coups de cœur et mes réflexions.

Comme j’ai été élevé dans la musique et que je suis imprégné de la certitude que toute chose obéit à un rythme bien déterminé, j’ai choisi de suivre un tempo d’un billet toutes les deux semaines, publié le week-end. Pour commencer. S’il s’avère que la partition doit jouer allegro ou vivace, peut-être aurez-vous le plaisir de me lire plus souvent. Mais pour bien débuter, le prélude se déploiera adagio pour prendre le temps d’installer un thème, une harmonie. Pour se glisser dans le costume d’un être aussi hybride qu’un serpent à plumes, c’est une nécessité.

Notre métronome sera lui aussi une chimère, puisqu’il sera numérique, virtuel. Vous pourrez en lancer le balancier en me suivant sur Twitter ou G+, ou via une souscription à une liste de diffusion mail. Vous serez alors certain de ne pas laisser échapper une note.

Et maintenant, Maestro… Musique !

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